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Full text of "Revue des études juives 1907"

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REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



~LW, 



VERSAILLES. — IMPRIMERIE CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 




REVUE 



in 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 

DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME CINQUANTE-TROISIEME 



PARIS 



A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 



83 bis , RUE LAFAYETTE 
1907 



*2> 









1^ ' 

101 
t. 5?) 



UNE AMBASSADE JUIVE A PERGAME 



Parmi les documents officiels, concernant les rapports des Juifs 
avec le monde hellénique, que Josèphe a reproduits dans ses Anti- 
quités Juives, le décret rendu par les Assemblées de Pergame ■ 
attire tout spécialement l'attention par ses dimensions d'abord et 
ensuite par son obscurité et les questions qu'il soulève. On n'est 
fixé ni sur son authenticité, ni sur sa date, ni sur sa signification 
véritable. Nous n'avons pas la prétention de donner à son sujet 
une solution définitive ; cependant nous voudrions en reprendre 
l'étude, car certains aspects de ce décret nous paraissent avoir été 
négligés jusqu'ici. On l'a surtout considéré du point de vue juif, 
en oubliant qu'en somme, c'est un décret rendu par une cité 
grecque et qu'il fallait peut-être tenter de le replacer dans la vie 
et dans l'histoire de la ville de Pergame. C'est ce que nous allons 
essayer de faire, en nous aidant de ce que nous savons de l'his- 
toire de la capitale des Attalides et des renseignements que les 
inscriptions nous ont donnés sur son organisation. 

Rappelons d'abord quel est l'objet de ce décret 2 . Des envoyés du 
grand-prêtre Hyrcan, venus à Rome pour demander au Sénat une 
action diplomatique en faveur des Juifs lésés par le roi Antiochus, 
reviennent d'Italie après avoir obtenu un Sénatus- consulte favo- 
rable. Ils passent, à leur retour, par la ville de Pergame, qui non 
seulement s'engage à respecter le Sénatus-consulte, mais encore 
promet d'envoyer à Hyrcan une ambassade spéciale. 

Il faut d'abord nous demander si ce décret est authentique. La 

î. Jos., AnL, XIV, 10, 22 [247-255] (les chiffres entre crochets renvoient aux para- 
graphes de l'édition N aller). 

2. Traduction dans les Œuvres complètes de Flavius Josèphe, traduites sous la 
direction de Th. Reinach, tome III, p. 251-252. — Traduction spéciale dans cette même 
Revue, Th. Reinach, Rev. Et. juives, 1899, p. 163 sq. 

T. LUI, n« 105. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

question mérite d'être posée, car, enfin, le sens critique de Josèphe, 
pas plus que sa probité d'historien, ne sont au-dessus de tout 
soupçon ; bien des documents reproduits dans les Antiquités con- 
tinuent et continueront encore pendant longtemps à inquiéter les 
commentateurs ' . Et l'authenticité du décret de Pergame ne découle 
pas nécessairement de celle des documents qui, dans l'ouvrage de 
Josèpbe, le précèdent ou le suivent immédiatement : nous verrons, 
en effet, plus loin, que les rescrits de César, d'Antoine, deDolabella, 
et les décrets des villes de 1 Archipel et d'Asie Mineure, qui rem- 
plissent le chapitre x du livre XIV des Antiquités, n'appartiennent 
certainement pas à la même époque et ne font pas partie de la 
même série que le document dont nous parlons ; la place qu'il 
occupe dans l'œuvre de Josèphe, loin de nous garantir son authen- 
ticité, pourrait donc être pour nous une raison de plus d'en 
douter. 

Si nous examinons maintenant ce texte en lui-même, et si nous 
commençons par en considérer la forme, nous ne serons pas 
au premier abord plus rassurés. L'allure générale du style est 
maladroite, obscure, à peine correcte 2 ; et, sans considérer comme 
des modèles de rédaction les traductions grecques des sénalus-con- 
sultes ou les décrets de l'époque hellénistique, nous devons cepen- 
dant reconnaître que ces documents ont une autre allure et plus de 
clarté. D'autres formules, sans être fautives, sont bien surprenantes 
néanmoins, comme l'hyperbolique àpeT7j xo» ^eY a ^ ^ u X ia L^aBJ; au 
lieu de l'ordinaire eûvota, et surtout le terme IxxXtj<ïs«, qui ne se 
rencontre jamais dans les inscriptions de Pergame, dont les rédac- 
teurs emploient toujours le mot o-^ao;; ainsi que l'expression o-^uôcr'.a 

ypàuuaTa, au lieu du lei'llie Officiel 'Apyetov 3 . . 

D'un autre côté, certaines particularités du décret inspirent plus 
de confiance. Son intitulé est exact 5 ; le prytane esî bien le magis- 
trat éponyme de Pergame; ce sont bien les stratèges qui intro- 

1. Par exemple, la fameuse lettre des Spartiates au grand-prètre Onias (Ant., Mil, 
5, 8 [166-170]) ; ou bieu encore le» rescrits d'Autioehus le Graud (An/., XII, 3, 3 et 4 
[138-133]). 

'2. Noter la construction incorrecte tespi tûv xaxà fiipY] e^cpaviçyàvrcov [249], propo- 
sition qui ne se rapporte à rien : — upoaxob'rco gouvernant le génitif: [251] zf t q xi 
(3ov),rî; y]u.Ù)v 7Tpo<7ETod;sv ; — l'emploi déconcertant de certaines particules de liaison : 
[250] ïva xe [xr,o£t? xai xr,v ev 'Iott/j ôè çpovpàv; to; àjj.otêofç te xàç 7rpoaY]xo0ca; a7to)/rç- 
J>-aevov, [;.£[j.vY]fj.évov xe: — le § 250 est si mal rédigé qu'on ne sait pas encore com- 
ment construire la phrase xai ttjv ev Iott/] ôè qjpoupàv exêa/.eîv, que les uns rapportent 
a êlrçj, les autres à 8ià xô. . ., qui précède immédiatement. 

3. Loi des Astynomes [Alk. MUL, 1902, p. 54), col. IV, 1. 58; Ath. Milt., 1809, p. 88, 
u» 37; Insc/ir. v. l'erg., n» 591. 

4. 'Ë7Ù Tïpvxàveco; Kpocxi-rcTrov (j.y]voç Aatatou 7rpwxr] Y V(J î>t J - Y l Txpax'^ywv [247]. 



UNE AMBASSADE JUIVE A PERGAME 3 

duisent les propositions auprès des assemblées delà cité ; enfin, le 
mois de Daisios est effectivement un mois du calendrier en usage à 
Pergame. Si le décret n'était pas authentique, il faudrait supposer 
chez le falsificateur, quel qu'il soit, une connaissance de l'or- 
ganisation municipale des cités helléniques (et en particulier 
de Pergame) qui serait fort surprenante chez un Juif de cette 
époque [. 

Mais, à noire avis, la meilleure preuve d'authenticité de ce 
document est le peu d'intérêt qu'il présente au point de vue des 
Juifs. Sans doute le Sénatus-consulte, qui en compose la première 
partie, leur est favorable ; mais on ne voit pas ce que le décret de 
Pergame y ajoute, sinon une ratification qui, à première vue du 
moins, et lorsqu'on n'essaye pas de replacer ce décret dans son 
époque, n'a aucune importance. Or, si Ton fabrique des documents, 
ce n'est pas pour le plaisir de faire des faux ; et si Josèphe — ou 
n'importe quel rédacteur juif — avait été l'auteur de ce décret, il 
l'aurait fait un peu plus avantageux pour Jérusalem. Il y a bien la 
mention de l'alliance qui unissait autrefois les ancêtres des Perga- 
méniens aux descendants d'Abraham; mais il est bien invraisem- 
blable qu'on ait imaginé ces circonstances compliquées, cette 
ambassade à Rome, ce vote des assemblées de Pergame, et tout 
ce long décret, pour y insérer cette misérable invention. 

Notre document nous paraît donc authentique. Sans doute la 
forme sous laquelle il nous est parvenu n'est pas lout à fait celle 
sous laquelle il a été rédigé par la chancellerie de Pergame. Un 
décret envoyé de Pergame à Jérusalem 2 , peut-être traduit du grec 
en araméen pour être rendu plus intelligible aux Juifs, retraduit 
ensuite de l'araméen en grec par Nicolas de Damas chez qui 
Josèphe l'a sans doute trouvé, un texte passant par tant d'inter- 
médiaires risquait bien de ne pas nous arriver toul à fait intact. 
Les divers rédacteurs par les mains desquels il a passé manquaient 
sans doute de soin, peut-être même de probité : ils en ont gâché 
le style, ils n'en ont point copié fidèlement les formules 3 ; enfin, 
ils n'ont pas pu résister au plaisir de l'embellir et de le rendre plus 

1. Chez Josèphe particulièrement, qui ignore les événements du monde hellénique 
lorsqu'ils ne se rapportent pas directement à l'histoire des Juifs (il ne connaît pas le 
nom de la bataille de Raphia : AnL, XII, 3, 3 [131]). 

2. Ceci est dit formellement : "Iva rciu^bxn npoç, Tpxavov xo àvxtypacpov xov tyrrfia- 
jxaxoç [254]. 

3. Ils ont peut-être été entraîné* par leurs propres habitudes de langage ; 1<>s mots 
de ÔYjjj-oç (dans le sens d'Assemblée du Peuple) et tT'Ap^eïov devaient être moins fami- 
liers à un Juif que ceux d'gxxX^5ta et de Sri^oTia ypà^aata (ce que Cicéron, Pro Flacco, 
XXX, 73, parlant précisément des Archives de Pergame, appelle miblicae Utterae). 



4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

flatteur pour les Juifs et leur grand-prêtre. Mais s'ils en ont modifié 
la tonne, ils n'en ont pas inventé le fond. 

Il y a donc eu réellement un sénatus-consulte rendu à Rome en 
faveur des Juifs et un décret de Pergame ratifiant ce sénatus- 
consulte. Il s'agit maintenant de fixer la date de ces deux docu- 
ments. Si Ton s'en tient rigoureusement aux indications données 
par le texte, il n'y a pas d'hésitation possible. C'est le grand-prêtre 
Hyrcan qui a envoyé l'ambassade, et il réclame l'assistance des 
Romains contre le roi Antiocbus,fils d'Antiochus. Or, si l'on écarte 
les roitelets de Commagène, dont il ne peut naturellement pas être 
question ici, et le dernier des Séleucides, Àntiocbus XIII, faible 
jouet des Romains et incapable de faire jamais le moindre tort aux 
Juifs de Jérusalem 1 , le souverain dont il est question ici est 
évidemment le roi de Syrie Antiocbus IX Cyzicène (113-95), fils 
d'Antiochus Vil Sidétès, et contemporain d'Hyrcan I e1 ' (135-104). La 
plupart des historiens qui se sont occupés de ce décret 2 ont adopté 
cette date, qui permet de conserver sans aucun changement le 
texte de Josèpbe. Nous allons voir qu'elle n'est pas aussi satisfai- 
sante qu'elle le paraît au premier abord, et qu'il faut, pour l'accep- 
ter, passer pardessus beaucoup d'invraisemblances bistoriques. 

Ritschl 3 et Mendelssohn '* ont déjà fait remarquer qu'il est bien 
étrange que les Juifs aient eu besoin de l'intervention des Romains 
contre Antiocbus Cyzicène. Josèpbe lui-même nous a raconté les 
insuccès de ce roi, contre lequel Hyrcan n'eut aucune peine à 
maintenir son indépendance. Absorbé pendant vingt ans (116 à 96) 
par une lutte stérile contre son demi-frère Antiocbus Grypos :; , ce 

1. De toute façon, le décret de Pergame n'est donc pas à sa place au indieu des 
autres documents, tous du premier siècle, qui remplissent le chap. x du livre XIV. Il 
y a été sans doute "attiré pir les décrets des autres cités grecques (Délos, Sardes, 
Ephèse, Halicarnasse). 

2. Niese, Hermès, VI, p. 477-4S3, et Geschichle der Mak. Reich., III, 371 : — Gut- 
schmid, Kleine Schriflen,l\, p. 332; — Unger, Si/zungber. der Munch. Akad., 1895, 
p. 592 sqq.; — Reinach, Rev. Et. juives, 1899, p. 163; - Bevan, The house of Se- 
leucus, t. II, p. 303; — Wilcken dans Pauly-Wissowa, art. Antioclius IX, p. 2483: — 
Schurer, Gesch. des Jûd. Vol/ces, P, p. 262-3, note, n'ose pas se prononcer. 

3. Rhein. Muséum., XXVIII, p. 599 sqq. 

4. Acta societ. phil. Leips., V, p. 89 sqq., et Rhein. Muséum, XXXII. p. 250. 

5. Josèphe, Ant., XIII, 10. Ce récit donne l'impression que c'était Antioehus Grypos, 
(ils de Démétrios, qui était considéré comme le souverain légitime de la Syrie, et dans 
ce cas les termes du décret de Pergame, 'Ave. paatXôù; 'Avt. uïoç, ne lui seraient même 
pas applicables. — M. Bevan [loc cit.\ a même cru trouver dans des inscriptions de 
Chypre (Herm., 1894, p. 436 sqq.) et de Délos R. C. H., 1884, p. 105) la preuve que 
c'était bien Grypos que les Romains considéraient comme le roi légitime ; mais les 
textes cités n'autorisent pas une pareille conclusion. 



UNE AMBASSADE JUIVE A PERGAME 5 

prince semble avoir traversé la Judée plutôt comme un malheu- 
reux chef de bandes que comme un roi victorieux. Une première 
tentative qu'il fit pour secourir les Samaritains, ses alliés, assiégés 
par les fils d'Hyrcan, se termina par une défaite qui ressemble à 
une déroule 1 . Une seconde expédition, malgré les 6,000 hommes 
envoyés par Ptolémée Lathyros, ne fut qu'une piteuse campagne 
de guérillas : le roi évitait les batailles rangées 2 ; il finit par aban- 
donner la partie et par confier sa troupe à deux généraux dont l'un 
fut battu et l'autre le trahit. La mort d'Àntiochus Grypos (96) 
n'améliora pas sa situation; il vit succéder à son frère son neveu 
Séleucus, qui lui infligea en 95 la défaite où il mourut. 

Sans doute, dans toute cette bistoire, c'est Josèpbe qui nous sert 
de guide, et Josèpbe, nous l'avons rappelé, est sujet a caution. Mais 
si Ton a raison de se défier de lui lorsqu'il parle des victoires 
d'Israël sur un ennemi redoutable (Anliochus Epipbane, par 
exemple), il n'en va pas de même lorsqu'il s'agit d'un adversaire im- 
puissant sur lequel on remporte des succès faciles. Ce qui ressort 
du chapitre x du livre XIÏI des Antiquités, ce n'est pas la valeur 
des armées d'Hyrcan, mais bien plutôt la faiblesse d'Antiocbus, sur 
laquelle Josèpbe n'aurait eu aucune raison d'insister, si elle n'avait 
pas été réelle. Nous savons, par ailleurs, quel souverain pitoyable 
était cet Antiochus Cyzicène, l'un des plus tristes représentants 
de la décadence des Séleucides. Non pas qu'il manquât de cou 
rage : c'est la dernière qualité que conservèrent ces Macédoniens 
dégénérés. Diodore 3 nous raconte ses escapades nocturnes, où, 
accompagné seulement de deux ou trois serviteurs, il partait à la 
chasse aux fauves et aux sangliers. Mais il. manquait d'énergie 
et de sérieux. Il avait, en particulier, la passion des automates, 
et il préférait ces coûteux enfantillages « aux bélépoles et aux 
machines de guerre qui auraient pu lui rendre de si grands ser- 
vices ■' ». Ce n'est pas avec ses jouets mécaniques qu'il aurait pu 
prendre les places-fortes et les territoires dont les Juifs, dans le 
décret de Pergame, demandent la restitution s . 

1. Ant., XIII, 10, 2 : oiojyBei; 8' à/pi ExuGo7t6}.;co; \jtco tù>v àSeXçwv Siiçvys. 

2. Ibid. : èuôpôet TTjV Tpxavoù y_u>pav... XqCTptxû;, [xà/ôaOai [xèv aÙTro xatà upô- 

CrCOTCOV OÙ ToXflÛV. 

3. Diodore, XXXV, 34. 

4. Diodore, h>c. cit. : , ETzezr,oe\)ae £è xaî veupocrTraoreèv xai ôV aùxoù xtveîv Çùa 
7r£VTa7irj)oq xaTapYVpa xai xaTàypuaa xai exepa 7r).etova Totaùxa [LV\ya.v m h\La.Tct.. OOx ù/z 
Se é)iiro).et; oùSè opyàvtov 7ro).topxr]xixà)v xaxaax£UY]v à xat SoSjav [jieyà}.Y]v xai ypeî i; 
à£to),6y&vç àv i^apéa/exo. 

5. Et il s'agit bien, dans ce décret, de conquêtes faites par Antiochus lui-même 
(oirwç re «ppoùpia xai Xtr/iva: xai yoopav, xai et ti àXXo àcpetXexo aùxàiv, àuoSoÔri). 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Si, maintenant, nous envisageons les fails du point de vue de 
Pergame, il nous paraîtra tout aussi difficile de placer ce document 
à l'époque d'Antiochus Cyzicène. A ce moment, en effet, c'est-à- 
dire après 116, le royaume des Attalides est, depuis dix-sept ans, 
une province romaine- Le testament d'Attale a été ratifié, la révolte 
dPAristonicus a été réprimée, la province d'Asie est organisée, et les 
spéculateurs italiens en commencent le pillage méthodique. Or, le 
texte du décret que nous étudions nous donne l'idée d'un état de 
choses tout différent. Pergame y parle en cité libre, alliée des 
Romains '. Le Sénat et le Peuple y règlent, sur la proposition des 
stratèges, une question de politique étrangère. Parmi les nom- 
breuses inscriptions de Pergame que nous possédons aujourd'hui, 
aucune ne nous permet de supposer que le gouvernement romain 
ait laissé à cette cité une pareille initiative, ni qu'il l'ait autorisée, 
après la révolte d'Aristonicus, à s'intituler l'alliée des Romains 2 . 
Et si, après cette date, Rome avait voulu imposer à Pergame une 
attitude politique, c'est par ses fonctionnaires, proconsuls ou 
légats, et non par l'intermédiaire de rénigmatique Lucius Pettius 3 , 
qu'elle aurait fait connaître sa volonté. La formule môme du début 
du décret, qui exalte la générosité des Romains, « défenseurs du 
genre humain et bienfaiteurs de leurs alliés», s'appliquerait mal 
à une époque où les nouveaux maîtres de Pergame venaient 
de s'approprier le trésor des Attalides et mettaient TAsie au 
pillage s . 

Ainsi, du point de vue des rois de Syrie comme du point de vue 
de Pergame, il nous paraît impossible de placer notre décret au 
temps d'Antiochus Cyzicène. Si, au contraire, nous admettons, 
avec Ritschl et Mendelssohn, une erreur de transcription 5 , et si 

1. ov\moLy oi 6vt£ç *Pw|xata>v, qu'on a voulu, il est vrai, corriger en a\)[i.\).<xytùv ôvxcov, 
rapporté à 'louôaiwv. 

2. On trouve parfois chez les historiens modernes que Pergame fut traitée en ville 
libre même après la mort d'Aristonicus et l'organisation de la province romaine d'Asie 
(Foueart, Formation de la province romaine d'Asie, dans les Mémoires de l'Aca- 
démie des Inscr., tome XXXVII (1903), p. 38. — Niese, Gescli. der Mak. Staale, III, 
p. 371). Mais c'est précisément sur ce décret de Josèphe que l'on se fonde. 

3. C'est ainsi que nous le désignons, faute de mieux. Le nom de Pettius ne se 
trouve pas, à notre connaissance, dans l'onomastique latine. Mendelssohn (loc. cil., 
p. 223) pense qu'il faut lire Petilius ou Pediu<. 

4. 'Euei oî 'Poofxaïoi xaTaxo).ou6oùvTeç tr, twv 7rpoy6vwv àywyri toùç inzïo tfj; xoivrj: 
aTcàvTtov àv6pa>7ttov àcçaXeta; xivovvouç àvaôc'^ovtat xai çt).OTi[xoùvxai toùç a\t\i\).à.y/jvz 
xaî çîXouï ev evoaiu,ovta xai (Ueëaîa xaTa^x^aai etprjvy]. [247], 

5. Il n'est même pas nécessaire d'en rendre responsables les copistes des manuscrits. 
Ce ne serait pas, nous l'avons vu, la première inexactitude de notre texte, et les nom- 
breux intermédiaires par lesquels il a passé avant d'arriver à Josèphe suffisent à 
expliquer cette faute. 



UNE AMBASSADE JUIVE A PERGAME 7 

nous lisons comme eux, au lieu de 'Avtio/o; 'Avtio^ou tiéç ', 'Av- 
tîo/oç br\\k-r\vçio\} ôidç, nous aurons alors affaire, non plus à Antio- 
chus IX, mais à son père, Antiochus VII Sidétès, le dernier grand 
roi de Syrie. 

Ici, nous n'avons plus besoin de corriger l'histoire el de supposer 
des victoires là où Ton ne nous parle que de défaites. Nous savons 2 
que dans la quatrième année de son règne, qui était en même temps 
la première année du pontificat d'Hyrcan I er , c'est-à-dire en 135 3 , 
Antiochus Sidétès envahit la Judée, assiégea Jérusalem et s'en em- 
para au bout d'un siège d'un an ''. Il montra, après sa victoire, une 
clémence inattendue : déjà, pendant le siège, il avait manifesté le 
plus grand respect pour les habitudes religieuses des Juifs en leur 
envoyant, pour la fête des Tabernacles, des victimes et des parfums : 
après la capitulation, il renonça à établir à Jérusalem une garnison 
et se contenta d'exiger des otages. 

Sans doute, nous croyons, avec Unger et Gutsclimid, que cette 
conduite mesurée d'Antiochus s'explique très bien par des raisons 
de prudence, et qu'il est inutile d'admettre ici une intervention 
romaine. Si le roi de Syrie a respecté les convictions religieuses 
des Juifs, s'il n'a pas installé de garnison dans l'Akra, c'est parce 
qu'il se souvenait de ce qui s'était passé du temps d'Antiochus 
Epiphane, et qu'il ne voulait pas pousser à bout un peuple qui 
pouvait mettre tant de furie dans son désespoir. Mais nous croyons 
aussi qu'Hyrcan ne devait pas se contenter de ces conditions déjà 
fort honorables. Désireux de faire d'Israël un véritable élat auto- 
nome, il ne lui suffisait pas de voir Jérusalem débarrassée des sol- 
dats syriens. Il lui fallait des avantages positifs : un territoire, des 
forteresses pour le défendre, des ports pour en exporter les pro- 
duits, des privilèges douaniers pour en développer le commerce: 
toutes choses qu'An liochus n'était sans doute pas disposé à lui 
rendre. Et c'est ici, croyons-nous, que doivent se placer l'aclion 
diplomatique d'Hyrcan et l'intervention de Rome. C'est pour obtenir 

1. L'hypothèse de Ritschl (pasiXeùç 'Avtiô/ou vioç, faute de copie pour QaffiXeù; 
'Avrioyecov. Cf. MTo).£[j.aîo? ô 'AXeÇavSpéwv 8a<ît).eû;) est ingénieuse, sans être certaine. 

2. Jos., Ant., XIII, 8, 2 ; Diodore, XXXIV, frg.l; Justin, XXXVI, 1; Eusèhe, I, 255. 

3. En général, on admet la date de 134. Mais si Antiochus a commencé à régner en 
138 et si le siège de Jérusalem a commencé, comme nous le dit Josèphe, en novembre 
(SuopivY)ç TiXeiâSo;), c'est en novembre 135 qu'il faut le faire débuter. C'est, d'ailleurs, 
la date adoptée par Wilcken (Antiochus VU dans Pauly-Wissowa, p. 2479). Quant à 
l'indication de la 3 e année de la 162» Olympiade, donnée par Josèphe et par la version 
arménienne d'Eusèbe (loc. cil.), elle est inadmissible, puisqu'elle nous conduit en 130- 
129, date à laquelle Antiochus part pour l'expédition des Parthes, où il devait être tué. 

4. La capitulation eut lieu peu de temps après la fête des Tabernacles (Jos., loc. 
cit.), c'est-à-dire en octobre ou novembre 134. 



8 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ces avantages que le grand-prêtre a envoyé auprès du Sénat l'am- 
bassade dont parle le décret de Pergame. 

Onrapproche, en général, et avec raison, cette ambassade de 
celle dont il est question dans le sénatus-consulle reproduit par 
Josèpbe au livre XIII des Antiquités (9, 2). Et, en effet, dans ce 
texte comme dans le décret que nous étudions, il est question des 
villes, ports et citadelles qu'Antiocbus devra rendre aux Juifs. Mais 
ce sénatus-consulle du livre XIII paraît avoir été rendu un certain 
temps après l'invasion de la Judée ', peut-être même après la mort 
du roi de Syrie 2 . D'autre part, il y est question d'un premier séna- 
tus-consulte en faveur des Juifs, dont Ànliocbus n'avait pas tenu 
compte 3 . Il y aurait donc eu deux ambassades : la première; décret 
de Pergame) envoyée par Hyrcan lorsque An tioclms Sidétès envahit 
la Judée, peut être aussi pendant le siège de Jérusalem ou peu de 
temps après la capitulation \ la seconde (XIII, 9, 2) envoyée plus 
tard à la fin du règne, ou même après la mort d'Antiochus Sidétès 3 . 

La seconde ambassade semble, d'ailleurs, avoir exprimé ses 
revendications avec plus d'énergie et de précision. La première 
avait demandé qu'Antiocbus a ne fît pas de tort aux Juifs » ; elle avait 
réclamé, mais sans entrer dans le détail, la restitution des conquêtes 
d'Antiochus, des privilèges douaniers , et la suppression de la 

\. 07a; 7t6),ei; . ..e).aësv 'Avxîoyo; [261]; xà xaxà xàv 7t6).eu.ov ixswvov tyrfliabé\?ai 
[262]. 

2. C'est ce que parait indiquer la place qu'occupe ce sénatus-consulte dans l'œuvre 
de Josèpbe ; aussitôt après la mort d'Antiochus Sidétès, Hyrcan fait une expédition en 
Syrie, en même temps qu'il « renouvelle l'alliance avec Rome », c'est-à-dire qu'il com- 
bine une action diplomatique à une démonstration militaire. 

3. "Oo-aç TToXeiç sXaêîv Avxioyoç... Ttapà xà xvjç avyxXrixov Sciypia; — xà.. . J/Y]?is6svxa 
Ttapà xà xrj; ouyxXrixou Sôy^a. 

4. C'est là un point qu'il est difficile de déterminer, et sur lequel il serait cepen- 
dant uti!e d'être li\é. Il se peut que les mots du décret de Pergame : otiooç [xiqôèv 
àôivqjj 'àvtioxoç. . . 'louoatou;, soit une allusion à l'investissement de Jérusalem : mais 
cela n'est pas certain ; en tous cas, cette phrase semble indiquer que les hostilités 
durent encore. 

o. Les deux ambassades n'ont point la même composition, ce qui prouve qu'elles ne 
doivent pas être confondues; mais elles ont un membre commun, Apollonius fils 
d'Alexandre, ce qui indique qu'elles ne sont pas séparées par un grand intervalle de 
temps. 

6. Nous avouons que nous ne comprenons pas mieux que ceux qui nous ont précédés 
la phrase : xoù eEr} aùxàiv ex xàiv )>t[Aévwv [ay]Ô' èçâyeiv. Le texte, dans son état présent, 
est inadmissible ; mais il ne gagne rien, ni à la correction de Gutschmid (ècr, aùxcô = 
Antiochus — qui priverait les ports de Judée d'un client, sans gêner beaucoup celui-ci), 
— ni à celle d'Unger (xoù ï%% aùxot; est twv )iuivwv ${j«Sv. . .)< Q ui suppose, chose bien 
invraisemblable, que les Juifs du temps d'Hyrcan venaient acheter du blé (de Sicile, 
sans doute) à Home! Peut-être faudrait-il lire xoù è£^j aùxtov èx xûv ).tu.évu>v •fifx.ïv 
èSàyetv : les Romains auraient profité de l'ambassade des Juifs pour obtenir des faci- 
lités dans l'exploitation des produits de Syrie. 



UNE AMBASSADE JUIVE A PERGAME 9 

garnison de Jopp;' '. La seconde ne laisse plus les choses dans le 
vague; elle demande la restitution de Joppé, des Ports, de Gazara, 
des Sources 2 ; l'interdiction, pour les soldats d'Antiochus, de tra- 
verser leur territoire et celui des populations qui leur sont sou- 
mises (ce qui marque un progrès territorial de l'Etat juif) ; enfin 
l'annulation des mesures prises par Antiochus 3 . Les prétentions 
d'Hyrcan avaient grandi, en même temps que sa puissance. 

Ainsi, au point de vue de l'histoire de la Syrie, il nous semble que 
le texte que nous éludions convient beaucoup mieux aux premières 
années d'Antiochus Sidétès qu'au temps d'Antiochus Cyzicène. 
Mais ce document a, en quelque sorte, deux faces, et nous allons 
voir maintenant si, du point de vue de Pergame, l'hypothèse que 
nous défendons peut aussi se soutenir. 

Si, comme nous l'avons dit plus haut, c'est au moment de l'ex- 
pédition de Syrie, ou immédiatement après la prise de Jérusalem 
qu'Hyrcan envoya sa première ambassade à Rome, c'est-à-dire 
entre 135 et 132, c'est sans doute entre 134 et 131 que cette ambas- 
sade, revenant d'Italie, passa par Pergame. Tout d'abord, la date 
de 133-132 doit être écarlée ; nous connaissons en effet, pour cette 
année, un décret de Pergame 5 ; le magistrat éponyme y est nommé ; 
et ce n'est ni le Kratippos de notre texte, ni même un prytane, 
mais un prêtre -i du nom de Ménestralos 

Restent les années 134-133 ou 132-131, c'est-à-dire la dernière 
année du règne d'Atlale III, ou la première année qui suit sa mort; 
et nous avouons qu'entre ces deux dates il nous paraît fort diffi- 
cile de nous décider. Rien ne s'oppose à ce que nous placions ce 
décret dans la dernière année d'Attale III. Il ne faut pas croire que 
ce document ne puisse être attribué à l'époque royale, parce que 
le roi n'y est pas nommé ; nous connaissons un grand nombre de 

1. Sur la localisation de ces noms, cf. Isid. Lévy, Rev. Et. juives, 1899. p. 277 sqq. 

2. Nous ne croyons pas, en effet, avec Unger, que la phrase xat ty]v èv 'I67T/] ôè 
(ppoupàv £zëx),£Ïv dépende de ôià xo..., et qu'il s'agisse d'un serviee rendu par Pto- 
lémée aux. Juifs; rien n'autorise une pareille interprétation. 

3. C'est ainsi, croyons-nous, qu'il faut entendre la phrase : ta xaxà tov 7i6).eu.ov 
Èxeïvov tyrtfiibi-nv. utt 1 'Avxiôxou . . àxupa yavr^ai. Si même on n'accepte pas le terme 
4»Y]?ic»0£vTa, assez étrange eu effet, s'il est question de décisions royales, le mot àxvpa 
n'en indique pas moins qu'il s'agit de mesures prises (et non pas de razzias opérées, 
comme l'indiquerait la correction de Naber, Xsyp.aôévxa). 

4. Inschr. von Pergamon, n» 249. 

5. L. 1 : 'Etù lepéco; MEv£<jxpà[xou] xoO 'ATto^.oowpou. Les événements exceptionnels 
de l'année 133 expliquent peut-être cette dérogation aux usages de Pergame. — L'ins- 
cription n'indique pas le dieu dont Ménestrate est prêtre ; peut-être est-ce Dionysos 
Kathegcmon, si étroitement uni à la famille royale de Pergame (d\ Prott, Dionysos 
Kathegemon dans Ath. Mitleil., 1902, p. 161 sqq.). 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

décrets de Pergame, antérieurs à 133, réglant des questions d'ad- 
ministration intérieure et même de politique extérieure, où le roi 
n'est pas nommé non plus, mais simplement représenté par les 
stratèges 1 . D'autre part, on s'expliquerait bien à cette époque la 
présence et le rôle de Lucius Pettius. Le testament d'Attale a tou- 
jours beaucoup étonné les historiens; on en avait même mis en 
doute l'authenticité el il a fallu qu'on en découvrît la mention 
épigraphique pour couper court à toute discussion 2 . Mais, si la 
réalité en est reconnue, on ne se rend pas encore bien compte des 
raisons qui ont pu pousser Altale à un pareil acte. Si cependant l'on 
admet qu'il ait été circonvenu, vers la fin de sa vie, par des person- 
nages comme ce Lucius Pettius, qui n'avaient pas de titre officiel, 
mais qui, par leur prestige personnel (àvrjp xaXoç xàyaOoç) et grâce à 
la puissance de Rome qu'on sentait derrière eux, pouvaient parler 
en maîtres (Tupodéxaçev) à Pergame, on se rendra compte des moyens 
par lesquels Atlale a pu être amené à prendre cette décision 3 . 

D'autre part, il se peut aussi que le décret ait été rendu seule- 
ment après 132, dans la période troublée qui s'étend entre la mort 
d'Attale et l'organisation définitive de la province. A cette époque, 
Pergame est encore une ville libre, conformément au testament 
d'Attale'' ; il n'est pas impossible que le Sénat l'ait autorisée à se 
nommer l'alliée des Romains et lui ait laissé un semblant d'initia- 
tive dans les questions de politique étrangère. On a dit que la 
révolte d'Aristonicus aurait empêché les ambassadeurs juifs de se 
rendre à Pergame 3 . Mais, comme l'a bien montré M. Foucart 6 , 
cette guerre ne semble pas avoir atteint Pergame, malgré les 
inquiétudes de l'année 133, et n'empêcha pas les Romains d'y 
venir en paix : Scipion Nasica y mourut en 132 7 , Licinius Crassus 

1. Sur des questions de politique extérieure réglées sans l'intervention apparente du 
roi : Inschr. von Pergamon, n os 5 et 245. 

2. Inschr. von Pergamon, n° 249. — Cf. Foucart, loc. cit., p. 2 sqq. 

3. C'est l'époque où les Romains semblent inspirer aux populations helléniques la 
plus grande sympathie ; on pouvait encore croire à leur désintéressement. Cf. C. /. G., 
2561 b {Inschr. von Magnesia, n° 105): c'est une inscription trouvée à Magnésie du 
Méandre, où est exposée la convention entre deux villes de Crète, après arbitrage des 
Pariens et intervention officieuse des Romains, vers 135, d'après les derniers éditeurs; 
la date 116-106 donnée par Bœckh est peu vraisemblable) : ce sont presque les mêmes 
formules laudatives que dans le décret de Pergame : 1. 18 t?jç ôè ouy^tou o-oixoûcri; 
TT] 7tap' éauir} upo; aTravTa; àvOpwrrou; Û7uapy w oû<rfl 8ixaio«3uvr) ; — 1. 23 : cofç Otcô 
*Pa>[xa£tov xtov xoivwv eOepyé-ccov ô\à 7iavTÔç YP a ?°! JL ^ V(j0V * 

4. Inschr. v. Pergamon, 249, 1. 4 : à-rco)i),ot7rev tyjv 7raxpioa yju.â>v è).ev6épav. 

5. Th. Reinach, loc. cit., p. 164. 

6. Foucart, loc. cit., p. 26. 

1. Plut.. Tiber. Gracch., 21 ; Val. Max., V, m, 2 ; Cic, Pro Place, 3. — Il est pro- 
bable que les cinq commissaires dont parle Strabon (XIV, 1, 38) séjournèrent à Per- 



UNE AMBASSADE JUIVE À PERGAME 11 

y fit un séjour en 13P. Rien ne s'oppose donc à ce que l'ambas- 
sade juive y ait passé à la même époque. 

Mais on peut se demander, — et la question se pose de toute 
façon, quelle que soit la date que Ton adopte, — pourquoi les 
envoyés d'Hyrcan se rendirent, en revenant d'Italie, à Pergame, 
qui ne semble vraiment pas être sur le chemin de Jérusalem. Le 
détour nous paraîtrait peut-être moins grand si nous connaissions 
la route par laquelle, au second siècle, les commerçants ou les 
diplomates allaient de Rome en Syrie. Il est probable cependant 
que l'itinéraire des ambassadeurs d'Hyrcan ressembla à celui que 
devaient suivre plus tard les fonctionnaires romains pour aller de 
Rome, sinon en Syrie, du moins dans l'extrémité sud-est de l' Asie- 
Mineure, en Gilicie 2 ; traversant la Grèce d'Actium à Athènes, ils 
quittèrent le Pirée pour se rendre, non pas en Judée, mais sur le 
point le plus rapproché de la côte d'en face, à Ephèse par exemple 
ou à Milet. Une fois arrivés là, il n'est pas difficile d'imaginer les 
raisons qui ont pu les déterminer à remonter jusqu'à Pergame. 
D'abord, si notre première hypothèse est juste, et si notre décret 
date vraiment de l'époque royale, il n'est pas impossible qu'ils aient 
obéi à des instructions officieuses du Sénat : l'activité et l'énergie 
d'Antiochus Sidétès pouvaient inquiéter les Romains; ils ont craint 
de retrouver en lui un second Anliochus-le-Grand; ils ont pu, dans 
ce cas, essayer de créer, par mesure de précaution, des relations 
d'amitié entre les deux États de l'Asie occidentale les plus capables 
de causer des embarras au roi de Syrie et d'entraver ses projets, 
c'est-à-dire le royaume de Pergame et l'État juif. D'autre part, en 
dehors de la politique romaine, les privilèges douaniers que les 
envoyés d'Hyrcan avaient obtenus et dont seul le roi d'Egypte ne 
devait pas subir les conséquences, intéressaient les grandes villes 
commerciales de l'Asie-Mineure, et il était tout naturel de les 
informer des nouveaux tarifs qui allaient entrer en vigueur. Enfin, 
il devait y avoir des Juifs dans la capitale des Attalides; deux 
générations après les événements dont nous parlons, Gicéron 3 
range Pergame parmi les villes d'Asie -Mineure qui envoyaient 
leur contribution annuelle pour la reconstruction du temple; et 
l'ambassade d'Hyrcan, débarquant sur la côte asiatique, a pu 

game vers la même époque : il se pourrait, dans ce cas, que Lucius Pettius soit l'un 
d'eux. 

1. Quint , XI, il, 50; Val. Max., vm, 7. 

2. Cic, ad Att., v, 8 sqq. 

3. Cic, Pro Flacco, XXVII, 68. 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

profiter de l'occasion pour aller rendre visite à la colonie Israélite 
de Pergame. 

C'est même ainsi qu'il faut, croyons-nous, expliquer un élément 
de notre décret qui est jusqu'ici resté incompréhensible. Le porte- 
parole des Juifs devant les Assemblées de Pergame n'est aucun 
des ambassadeurs qui ont été nommés au début du document: 
c'est un certain Théodore, dont on n'a pas encore parlé. C'est lui 
qui transmet au Sénat et au Peuple le Sénatus-consulte de Rome ' ; 
c'est lui qui propose aux Assemblées de Pergame l'alliance d'Hyr- 
can, et qui justifie cette proposition en exposant les vertus et la 
générosité de Tethnarque des Juifs; c'est lui, enfin, qui obtient des 
Pergaméniens l'envoi d'une ambassade à Jérusalem. Ce Théodore, 
dont le nom surgit ainsi au milieu du décret, a beaucoup intrigué 
les historiens ; et, comme il n'en a pas été question dans la première 
partie de notre document, certains ont supposé 2 que nous nous 
trouvions en présence de deux décrets plus ou moins bien fondus 
par Josèphe. Il nous paraît inutile de recourir à cette hypothèse 
compliquée. Si Théodore n'est pas nommé parmi les membres de 
l'ambassade, c'est qu'il n'en faisait pas partie; s'il se présente à 
nous comme un personnage déjà connu, et qu'on n'a pas besoin 
de désigner aul rement 3 , c'est que c'était un habitant de Pergame, 
et sans doute un Juif domicilié en cette ville, membre influent de 
la colonie Israélite, en bons termes avec le gouvernement, tout 
désigné, par conséquent, pour représenter ses compatriotes auprès 
des Assemblées. Son zèle oratoire l'entraîna assez loin ! , et c'est 
lui, semble-t-il, qu'il faut rendre responsable delà belle invention 
qui termine le décret. La parenté des gens de Pergame avec les 
Juifs du temps d'Abraham est une de ces extraordinaires affir- 
mations que les Juifs de cette époque ont lancées avec tant de 
sérieux '"; il est impossible de dire ce qu'il y avait à l'origine de 

1. Il est aussi porteur d'une lettre, iizirjzo).r h dont ou ne nous nomme pas l'auteur. 
Est-ce une lettre de Lucius Pettius, qui aura trouvé plus digne de la majesté du peuple 
romain de ne pas paraître lui-même devant les Assemblées et de s'y faire représenter 
par Théodore? Est-ce une lettre où Hyrcan propose son alliance? Il est probable, en 
effet, que Théodore ait eu un document ofliciel pour appuyer sa proposition; et la 
mention de cette lettre, 6 xr ( v èiricruo)>r)v ^aîv XTC080Ù4, lorsque Théodore demande aux 
stratèges l'envoi de la copie du décret, et d'une ambassade, nous porterait à adopter 
cette seconde hypothèse. 

2. Meudelssohn, loc. ci/., p. 15G. 

3. Ou ne lui donne même pas de patronymique. 

4. 7roir)7au,evo<; \izza TCoXXrjç TTcovSrj; toù; Xoyoy;. 

5. Cf. la parenté des Juifs avec les Spartiates, indiquée, non pas une, mais plusieurs 
fois: Jos., Ant., XIII, 5, 8 ; - Macchab., I, xn, o; II, v, 9 ; le dernier passage surtout 
parce qu'il semble en parler comme d'un fait si bien connu qu'on n'a même pas besoin 
d'y insister. 



UNE AMBASSADE JUIVE A PERGAME 13 

cette légende 1 : peut-être n'y avait-il rien; elle s'est présentée à 
Théodore, dans la chaleur de son discours, comme un bon argu- 
ment à donner pour la proposition d'Hyrcan. Quant aux Pergamé- 
niens, citoyens d'une ville neuve et sans histoire, ils ne devaient 
pas être très difficiles quand il s'agissait de leur passé, et l'affir- 
mation d'une parenté qui leur donnait, en quelque sorte, des titres 
de noblesse et qui faisait remonter leurs origines à l'époque fabu- 
leuse du Père des Hébreux, n'était sans doute pas pour leur 
déplaire. Qu'ils aient prétendu en trouver la preuve dans leurs 
archives, ou que ce soit là une naïve invention de Josèphe, c'est 
ce qu'il est naturellement impossible de décider. 

Nous avons dit tout à l'heure — et c'était une des raisons qui 
nous faisaient croire à l'authenticité de ce document — que, consi- 
déré du point de vue de Jérusalem, le décret de Pergame n'était 
pas d'un très grand intérêt ; les Juifs n'obtiennent de Pergame que 
l'acceptation du Sénatus-consulte et une vague promesse d'ambas- 
sade. Mais, si Ton accepte pour ce texte la date que nous avons 
indiquée et les hypothèses que nous avons proposées, on voit 
quel en est l'intérêt pour l'histoire de Pergame. 11 nous reporte à 
l'époque où les Romains d'une paît, les Juifs de l'autre, commen- 
cent à s'insinuer dans la capitale des Attalides ; les uns, assez 
puissants pour en diriger officieusement la politique tout en res- 
pectant les formes républicaines de la cité; les autres, assez consi- 
dérés pour être introduits dans les Assemblées, pour y prendre la 
parole et pour en obtenir des décrets avantageux et flatteurs pour 
leurs frères de Jérusalem. 

J. Hatzfeld. 



1. L'hypothèse de Gutscbmid (Kleine Schriflen, loc. cit.) (les Kétéens dont parle 
Homère (), 52i), premiers habitants de la Troade, identifiés avec les Hétéens de la 
Genèse, xxm, 3, 4) est ingénieuse et ressemble bien aux calembours étymologiques 
dont l'exégèse biblique est si coutumière ; mais il est impossible d'en vérifier l'exac- 
titude. 



LA DEFENSE 

D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 

ET QUESTIONS CONNEXES 



La défense d'élever des moutons et des chèvres en Palestine est 
une singularité de la législation rabbinique qui n'a d'analogie dans 
aucun pays. C'est chez les Juifs qu'on s'attendrait le moins à trou- 
ver une pareille loi, eux dont la vie était unie par de si multiples 
liens à celle des pasteurs. L'Écriture est pleine des tableaux les 
plus charmants de la vie pastorale 1 ; Abraham, Isaac et Jacob 
possédaient de riches troupeaux et étaient eux-mêmes pasteurs; 
c'est comme bergers que les frères de Joseph reçoivent le pays de 
Gochen pour s'y établir, et deux grandes tribus, Ruben et Gad, 
préfèrent rester à l'est du Jourdain, dans une région toute proche 
du désert, uniquement à cause des pâturages que réclament leurs 
nombreux troupeaux. Moïse, le grand législateur, reçoit la révéla- 
tion du Horeb pendant qu'il mène paître le bétail de Jéthro; David, 
le grand roi, est enlevé à ses brebis pour devenir le pasteur de son 
peuple; un prophète même, Amos, exerçait l'état de bouvier, et 
les prophéties, ainsi que toutes les parties poétiques de la Bible, 
sont remplies de comparaisons et d'images empruntées à la vie pas- 
torale. A son tour, la tradition industrieuse s'est plue à embellir la 
fonction pastorale d'un Moïse ou d'un David d'autres traits encore 
qui porteront toujours un glorieux témoignage en faveur des idées 
du peuple juif -. 

1. La vie animale dans la Bible fait l'objet d'une belle description de E. Heilbronn, 
Dus Tier Iehovahs, Berlin, 1905. 

2. Pour Moïse considéré comme bon pasteur v. Exod. ?\, n, 2; ibid., pour David; 
cf. Yalkout, II, § 823, f«115«; Midrasch Tehillim, lxxviïi, 21 (p. 357, Buber) ; 
Griinbaum, Gesammelte Aufsàtze zur Spmch- und Sagenkunde, p. 513; Neue 
Beitrage, p. 161. Dans un recueil ms. appartenant à M. E. Adler, de Londres, se 
trouve un "i-pti33> -pT b^ \I5"1170 qui contient encore plus de détails sur Moïse glorifié 
comme bon pasteur. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 15 

Ce sont là des conceptions qui non seulement dominent l'âme du 
peuple, mais qui exercent encore une profonde action sur sa vie 
religieuse; qu'on se rappelle seulement les sacrifices quotidiens et 
des fêtes, les dîmes et autres redevances sacerdotales, la dis- 
tinction rituelle entre les animaux ou les aliments purs et impurs, 
et bien d'autres traits. 

Comment donc a pu s'introduire chez un tel peuple l'inter- 
diction d'élever du menu bétail, c'est-à-dire des moutons et des 
chèvres? Avant d'examiner ce point, nous allons essayer d'ex- 
pliquer quelques cas analogues de la vie des Juifs en Palestine, 
à l'époque talmudique, avec l'espérance de projeter ainsi, du même 
coup, quelque lumière sur la question principale. 



I. — La défense d'élever des porcs. 

Nous nous trouvons d'abord en présence de l'interdiction visant 
l'élève des porcs. La Mischna s'exprime ainsi à ce sujet : « Un 
Israélite ne doit élever nulle part de porcs '. » Ce « nulle part » s'ex- 
plique par les autres cas énumérés dans la même Mischna et dans 
lesquels il est fait une différence entre Jérusalem et d'autres loca- 
lités, entre la Palestine et la Syrie ou l'étranger; quant aux porcs, 
ils ne peuvent être élevés en aucun lieu. Le mot « Israélite » n'est 
pas superflu non plus, car la défense précédente ne visait que le 
prêtre 2 . 

Si nous cherchons la raison de cette disposition, le Talmud de 
Babylone 3 nous olfre comme motif un fait historique survenu pen- 
dant la guerre civile qui mit aux prises Hyrcan II et Aristobule IL 
On raconte qu'un jour les partisans d' Aristobule ' firent monter sur 
la muraille de la ville un porc pour servir au sacrifice quotidien, et 
c'est sous l'impression de ce sacrilège qu'on proclama : « Maudit 

1. Baba Kamtna, vu, 1 : Ûip73 353 Û^-pTn ?N"YJ^ bljP $b. Ce blJP &îb dit à 
propos du porc et du chien n'a pas le même sens que le mot "pblàTO *pN dit_peu avant 
à propos du menu bétail et des poules. Rabbinovicz, ad locum, ne signale aucune 
variante, et pourtant il y a celle de "pb-j^ pjfl dans la formule du Talmud baby- 
lonien [82 b). 

2. Les Tossafot ont le mot ûltf ; c'est aussi la leçon d'Alfasi et de quelques manus- 
crits, v. Dikdouké Soferim, ad lociun. Dans le cas du chien on lit également TjIH- 
Néanmoins, le mot bôn\£P est tout à fait à sa place à cause de ËP5FQ qui précède. 

3. Baba Kamma, 82 b. 

4. D'après cette relation, Hyrcan était l'assiégé, Aristobule l'assiégeant ; mais il faut 
intervertir les rôles, comme font avec raison les textes parallèles. Cf. Graetz, Ge- 
schichte, 4 e édit,, III, pp. 708 et s. 



16 REVUE DES ETUDES JUIVJES 

soit l'homme qui élève des porcs '. » Il est certain que cette his- 
toire, que Josèphe 2 connaît aussi dans ses traits principaux — 
mais sans faire mention du porc — a été enjolivée par la légende ; 
elle prouve, en tout cas, que jusqu'à cette date-là on élevait des 
porcs en Palestine. Si un changement s'est produit à ce sujet, 
c'est, en effet, un événement historique qui en rendrait le mieux 
compte 3 , et la défense d'élever du menu bétail trouverait aussi 
sa meilleure explication dans l'histoire. Mais quiconque connaît 
l'esprit du ïalmud sentira que cet événement n'est qu'un point 
d'appui tout extérieur pour la défense en question, et, de plus, 
il faut remarquer que le ïalmud ne parle pas du tout, à cette 
occasion, d'une interdiction proprement dite, car la tournure : 
« Maudit soit l'homme, etc., » indique plutôt une admonition 
qu'une défense ''. 

Or, déjà les Tossafot, ad locum, renvoient à une explication dif- 
férente du Talmud de Jérusalem, qui rend fort bien compte de la 
défense, au point de vue rabbinique du moins. Se fondant sur une 
expression du texte biblique (Lévit., xi, 8 : tDb on D^rsa, immé- 
diatement après l'interdiction de la chair du porc, et: DsbûïitrNEûi, 
ib., 35 , on en déduit que, si une espèce d'animaux ne peut être 
mangée, on ne doit non plus en tirer aucune jouissance (ructt); 
seules, les choses dont l'interdiction est due aux rabbins sont auto- 
risées pour le commerce (ïmno). Là-dessus on soulève aussitôt la 
question qui se présente naturellement à l'esprit : mais l'âne (dont 
la chair est défendue, mais qu'il est permis d'élever], mais le cha- 
meau? Réponse : on élève Jane et le chameau pour leur travail, 
c'est à-dire : on n'en mange pas la chair, mais on les emploie au 
travail' 5 . Pour le porc et même, en un certain sens, pour le chien, 
qui est mentionné aussitôt après, la considération du travail ne se 

1- Û^"PTn b"TPÏ3 ^Wn TH» TIEN !"Ï*£J nm«a. Z>- S. donne, d'après un ms.. 
une addition qui ne manque pas d'intérêt : irPD *pn3 « dans sa maison ». V. aussi 
Menahot, 64 6, et So/a, 49//. 

2. Antiquités, XIV, il, 2. 

3. Lewysohn, Zoologie des Talmuds, p. 146, se tient pour satisfait de cette expli- 
cation historique. 

4. Ce n'est pas l'opinion de M. M. Friedmann dans son article consacré à notre sujet 
et intitulé "p'mTa n^mN « Quatre élevages » paru dans la revue hébraïque Kadimah, 
New-York, 1899, I, p. 4 du tirage à part. M. Friedmann est d'avis que la formule 
« maudit soit »... est plus rigoureuse que la défense elle-même. D'ailleurs, M. Fried- 
mann se contente, dans tout l'article, d'enregistrer les données halachiques sur ce sujet 
sans se préoccuper de leur valeur positive et historique. 

5. j. Baba Kamrna, vu, 10, 6 «, 1. 45. Cf. Maïmonide sur la Mischna de B. K., vu, 
7 ; d'après lui, le TTn ne serait que le type de toutes les choses ou hètes qu'il est 
défendu de manger. 



LÀ DEFENSE D ELEVEK DU MENU BETAIL EN PALESTINE 17 

présente pas, il est vrai ; mais, si l'on prend à la lettre le terme de 
jouissance (ttôtt'n), le chameau et Fane, dont le travail produit à 
coup sûr un grand profit, doivent entrer dans la même catégorie. 
Il semble donc qu'on défende moins le profit que la chose interdite 
rapporte, que le commerce qu'on en peut faire. C'est de la même 
façon qu'on prohibe le commerce des nebélot et des teréfot { , des 
poissons impurs 2 , et seuls font exception les animaux impurs 
qu'on prend à la chasse ou à la pêche, et qu'on peut vendre à des 
païens en raison de la peine particulière qu'ils ont coûtée 3 . 

On peut admettre sans autre preuve que le verbe </ élever » 
bia) '* désigne l'élevage pratiqué en grand, dans un but commer- 
cial, avec l'intention de revendre. C'est, en effet, la distinction 
qu'on établit à propos de la défense d'élever du menu bétail; ce 
qui est destiné à une fête, à la noce d'un fils 5 , ainsi que ce dont le 
boucher (ma) a besoin chaque fois peut être gardé dans la maison 
pendant trente jours 6 . 

Que si les indications du Yerouschalmi nous ont fait admettre 
comme vraisemblable que l'élevage des porcs est défendu en tant 
qu'il a pour but la vente et le commerce de ces animaux, par où il 
faut, dans ce cas, entendre de préférence la vente aux païens, 
voici qu'une nouvelle perspective s'ouvre à nous sur cette inter- 
diction tout entière. En effet, on défend de faire des affaires avec 
les païens trois jours avant leurs fêtes 7 ; de plus, il y a une foule 
de marchandises qu'on ne doit jamais leur vendre parce qu'ils s'en 
servent pour leur culte idolâtre 8 . Or, il semble que l'élève des 
porcs, qui se confond, comme nous l'avons vu, avec le commerce 
de ces animaux, se rapporte au même ordre d'idées; le porc, dont 

1. m. Schebiit, vu, 3: msiûa »bi mb"»353 &ôi ...n-nno "poij "para, 

puis : D^p'O et •3*073 H (reptiles et vers). Le reste se rapporte iu\ fruits et animaux 
consacrés, que nous omettons ici parce qu'ils n'intéressent pas la vie pratique. V. Tos- 
safot, Rosch ha-Schana, 22 a, s. v. : "pbnDDH \~ *lb*tf. 

2 Sifra, sur 133*5 N"ir*ï Vp'vl*', Lévit., xi, 12 (p. 50« Weiss) : Ù~n nC"?"* N*?0 
rmno. Cf. l'expression mJH3tï3 ">imo dans M. Sanhédrin, m, 3; dans Tus. Sanh., 
v, 2, et j. Sanh.,, m, 6 (21 a, 1. 43) : n?3H3ï3 "WI. 

3. Pesa/dm, 23 a. Cf. Bekhorot, 6 h. 

4. Cf. la baraita dans Soucca, 40 b, en bas : Û*.-n*P "J~73 b*7*P SW3Ï3. 
0. Les mômes exemples sont donnés aussi dans M. Schebiit, vu, 4. 

6. Baraita dans b. B. A., 79 6, 80a (voir plus loin, p. 40). La remarque des Tossa- 
fot (s. v. •pb*"l"}?3 "pW, pour qui la défense de ^b*WÎ0 comprend également l'élevage 
dans la maison, ne peut être qu'inexacte, étant déduite au moyen du pilpoul. Du reste, 
au lieu du mot nnC72 que donne le Babli, la Tosefta de B. A'., vin. 11 (p. 362), dit : 
'13 b*nb 3Tip rtmN l^irn b3N, avec cette restriction toutefois que l'animal 
n'aille pas paiti'e au dehors, mais reste attaché au pied du lit. 

7. M. Aboda Zara, 1, i, 

8. Ibid., 1, 0. 

T. LUI, n° 105. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les païens avaient besoin pour leur culte \ ne devait pas être élevé 
par les Juifs, afin de ne pas leur être procuré par eux. On s'ex- 
plique ainsi que le porc, qui n'est, à le bien prendre, qu'un animal 
défendu au même titre que les bêtes déchirées et crevées (teréfot 
et nebélot), ou même que les reptiles et les vers, soit néanmoins 
l'objet d'une disposition spéciale, précisément parce qu'il fallait, 
sur ce point comme sur d'autres, se défendre du culte païen. Des 
motifs politiques sont-ils venus s'ajouter à celui-ci, le porc, em- 
blème de Rome 2 , ne devait-il pas être cordialement détesté par les 
Juifs? On peut le croire, mais non le démontrer. Sans doute l'hor- 
reur instinctive que cet animal repoussant a toujours inspirée aux 
Juifs et aux Orientaux en général 3 n'a pu qu'être accrue par les 
circonstances politiques. 

Toutefois la Palestine ne se passa point de l'élevage des porcs, 
car non seulement les Évangiles'' en font souvent mention, mais 
même les rabbins du Talmud connaissent fort bien la nature de 
cet animal, comme on le voit par leurs assertions. C'est, disent-ils, 
l'animal le plus riche, parce qu'il trouve partout sa nourriture s ; 
ses propriétaires s'enrichissent rapidement parce qu'il est facile à 



1. Les Égyptiens sacrifiaient le porc à certaines divinités (Hérodote, H, 47-48); 
Strabon (IX, 438) et Ovide {Métamorph., xv, 111) en disent autant d'autres 
peuples. 

2. Festus, s. v. porci effigies : Madvig, Die Yerfassung und Vèrwaîtung des 
romischen Staates, Leipzig, 1882, II, 500. Voir aussi Friedinann, l. c, p. 4 et 5. 

3. Le porc était interdit aux Égyptiens d'après Élien, Anim., x, 16 (v. Hernies, 
XXXI, 240); Hérodote, n, 47 ; Plutarque, Iside, ch. vin; Jusèphe, Contre Apion, II, 13 
(v. Winer, Bibl. Realwôrterbuch, 3 e édition, II, 437) et aux Arabes d'après Celse, in 
Keim, Celsiis' wahrés Wort, Zurich, 1873, p. 68; Solin, ch. xxxvi ; saint Jérôme. 
Adv. Jovin., H, 7 ; il était impur pour les Pessinontins d'après Pausanias, VIL 17, 6 
(y. Theolog. Studien und Kritiken. 1895, p. 78). Cf. A. Wiener, Die jildischen Spei- 
segesetze, Breslau, 1895, p. 332; G. Mallery, Israeliten und Indianer, trad. allem. 
de Friedr. S. Krauss, Leipzig, 1891, p. 80; H. Schurtz, Die Speiseverbote, Hambourg, 
1893, p. 36. — Chez les Sabéens, le chameau, le porc, le chien et l'àne étaient défen- 
dus, entre autres animaux, au rapport d'Al-Nadîm, v. Cliwolsou, Die Ssabier und 
der Ssabàismus, H, 9; llobertsou Smith, Die Religion der Semiten^ trad. allem., 
p. 220. 

4. Matthieu, vin, 28 ; cf. Luc, xv, 16. — Winer, l. c, remarque avec raison que les 
Galiléens qui, sur bien des points, étaient plus relâchés dans leurs principes, avaient 
peut-être des troupeaux de porcs pour le commerce. Buhl, Géographie des alten 
Palàst., p. 60, croit pourtant que ces troupeaux appartenaient à la population grecque. 
I. Wimmer, Paliistinas Boden mit seiner Pflanzen- und Tierwelt, Cologne, 1902, 
p. 70, est d'avis que les Juifs pratiquaient l'élevage des porcs en grand, à cause de 
leurs soies et du commerce si florissant à l'époque gréco-romaine, dans les pays sui- 
vants : sur la rive orientale du lac de Génézareth, dans les régions marécageuses auprès 
du Jourdain, dans la plaine d'Esdrclon et sur la côte maritime. 

5. Sabbat, 155 6. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 19 

élever et devient vite gras ' ; on vante même le goût de sa chair 2 
et il se peut qu'il fût parfois servi à la table des Juifs riches 3 . 

On est autorisé, ce semble, à inférer de ces passages que, malgré 
l'horreur que le porc inspire aux Orientaux et l'interdiction for- 
melle dont il fut l'objet, l'élevage de cet animal ne put être totale- 
ment supprimé en Palestine. On voit même un docteur soupçonné 
de l'avoir pratiqué 5 , et dans la réponse où ce rabbin se disculpe, 
la prohibition n'a pas l'air bien catégorique' 5 . Ainsi donc, le pre- 
mier cas que nous avons examiné nous permet déjà de constater 
que les docteurs, en prohibant l'élevage d'une espèce animale, 
n'eurent pas entièrement gain de cause auprès du peuple. 



II. — La défense d'élever des chiens. 

Dans la même Mischna qui contient l'interdiction d'élever des 
porcs, on lit aussitôt après : « On ne doit pas élever de chien, à 
moins qu'il ne soit attaché à une chaîne 6 . » On voit de prime 
abord qu'il n'y a là aucune prohibition ni religieuse, ni écono- 
mique, ni politique 7 , mais une mesure de police inspirée par la 

1. Berachot, 55 a. Cf. j. Schekalim, III, 47 c, 1. 5 : IN n« rPS-p "ibftt IN 
ntf ^""PTn b"nfa*I. Cf. Pesikta rab., ch. xi.v, 62 b, Friedmann. Mais on ne lui recon- 
naît pas le caractère d'un animal domestique : *pby "PmS'IÎW *pN, Sabbat, 155 b. 

2. Houllin, 17 a ; v. Lewysohn, Zoologie des Talmuds, p. 147: Jewish Encyclop., 
s. v. swine. A l'époque du Messie, dit-on, le porc deviendra permis, v. Wiener, op. 
cit., pp. 365-370. 

3. 11 arriva une fois chez l'exilarque (tfrnbà UJ-H) qu'un chevreau fut rôti avec 
de la viande de porc ("itiN "inn), Pesahim, 76 6 ; v. mon article dans les Mélanges 
Sokolov) (Se fer ha-Yobel , p. 499. 

•4. C'est R. Yona dans j. Schekalim, l. c, R. Juda b. liai dans j. Sabbat, vm, 11 a, 
1. 37 ; j. Pesahim, x, 37 c, 1. 35 ; b. Berachot, 55 a ; Nedarim, 49 b (dans ce dernier 
passage il y a simplement : R. Juda, et le soupçon est élevé non par une matrone, 
mais par un Sadducéen), Pesikta r., p. 62 b, et Kohélet rabba, vm, 1 (où le railleur 
est un idolâtre). — La réponse du docteur est intéressante dans sa forme : Nedarim: 
"p-pON "im-min "WTWa î Berachot : '"Ol "H'nb ; Pesikta r. et Ko hé L r. : "pOfcn 

mptt bsn û-'-pTn uns Jh:p «b [pn) p^m -mm 13-ittb bania^ -nb r^b, 

où i3"l est l'équivalent de 5 'là, et où la citation de M. Baba Kamma, vu, 7, présente 
la variante Û"TN au lieu de bN-iUÎ^ (v. plus haut). 

5. On parle du porc avec la même tranquillité que du chameau : . . .bl2j< "I"lp2 
"Pin "np2, Tos. Haguiga, i, 8 (p. 233); b. Haguiga, 9 6. 

6. M. Baba Kamma, vu, 7 : -niap S"Ph UN NbN 33DÏ1 HN d*7N blJP Nbl 

nbœbiiîà. 

7. Il serait possible qu'on eût voulu se défendre contre le paganisme, comme nous 
l'avons admis pour le porc, car le chien était offert en sacrifice chez plus d'un peuple 
(v. Winer, Bibl. Bealwortebuch, I, 517; R. Smith, Die Beligion der Semiten, p. 221; 
cf. Is., lxvi, 3) ; mais il serait singulier que les rabbins en eussent su quelque chose 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

crainte de la férocité du chien et de sa morsure. Les chiens sont 
donc un danger public, irmb pT3, ainsi que s'exprime la Mischna 1 
en parlant des lions et des ours. Le motif de la défense ressort 
d'ailleurs clairement de ces paroles de R. Nathan : D'où sait-on 
qu'on ne doit pas élever dans sa maison un chien méchant?... 
Parce qu'il est dit : Tu ne causeras pas d'homicide dans ta maison 
(Deutér., xxn, 8) 2 . Le caractère dangereux du chien ressort égale- 
ment d'un passage où R. Éliézer réunit la culture des abeilles à 
l'élevage des chiens 3 : le terme de comparaison est à coup sûr 
le péril que ces animaux font courir par leur morsure ou leur 
piqûre. 

Le caractère dangereux du chien des pays orientaux est con- 
firmé par beaucoup de naturalistes et de voyageurs. On sait que 
cet animal vit dans un état demi-sauvage, et qu'il ne craint pas, 
surtout quand il a faim, de s'attaquer à l'homme lui-même '•. Il est 
souvent question, dans le Talmud, de sa morsure. Poussé par le 
besoin, il déchire des agneaux*, et, quoique moins féroce que 
l'âne , il est tellement redouté des hommes, qu'une femme en- 
ceinte avorta un jour rien que pour avoir entendu les aboiements 
d'un chien 7 . La chienne est encore plus hargneuse que le chien 8 . 
Et il faut remarquer que, pour tous ces traits, c'est du chien ordi- 
naire qu'il s'agit, non du chien enragé, dont le Talmud dépeint la 
férocité dune tout autre façon 9 . Aussi le chien était-il tenu en 
respect au moyen d'un instrument appelé "WD ,0 , qui figure dans la 
Bible et dans le Talmud comme servant à dompter les animaux 

à cette époque tardive, et on ne trouverait dans nos textes aucune indication qui mo- 
tivât ainsi cette prohibition. 

1. Abocla Zara, i, 7. 

2. Ketoubot, il b ; Baba Kamma, 15 b, 46 a : an a'^D D1N bw ÈtblB "p"<2tt 
'"Dl ""irPin ^1113. Ce sont les termes que nous connaissons déjà : 5*15 et irP3 "Tire 
(v. plus haut la variante de B. K., 82 b ), mais ils sont bien à leur place ici, car le 
chien était élevé pour l'usage domestique, et non pour le commerce (miriD)' — 
L'épithète de y~\ appliquée au chien anticipe jusqu'à un certain point sur le motif de 
la défense. (R. Hananel n'a pas la leçon y*\.). Ci*. Sabbat, 63 «, en bas, elj.B.K., vu, 
6 a, 1. 48 (où les auteurs de cet enseignement sont d'autres rabbins). 

3. Tosefta Baba Batra, i, 9 (p. 398) : QiabS b*7a»D Û^iai 513?:. 

4. Winer, s. v. Hund; Kohler, dans Jewish Encyclop., s. v. dog. 

5. Baba Kamma, 15 b. 

6. Pesahim, 49 b. 

7. Sabbat, 63 b ; Baba Kamma, 83 a. Quand on dit que le chien est privé de dents 
et de griffes, il semble que ce ne soit qu'une façon de parler. 

8. Eroubin, 86 a; cf. ce que dit à ce sujet Aristote, cité par Lewysohn, p. 85. 

9. V. Lewysohn, p. 84. 

10. j. Sabbat, v, 7c (1. 25), et j. Béça, n, 6i d [L 2) ; dans ces deux passages où cet 
instrument est nommé un distingue s'il est destiné ia niDnb pu N5S3 b^niaa 
T1DDN 5-DN5. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 21 

sauvages'. Le Talmud en parle à propos du cas où un bœuf (ou 
un àne 2 ) deviendrait sauvage, dégénéré, c'est-à-dire sujet à 
frapper des cornes ; on voit donc que ce n'est pas l'espèce des 
chiens ou des ânes qui est dangereuse, mais certains individus 
seulement 3 . Il doit en être de même du chien ; tous les chiens ne 
sont pas redoutables, mais uniquement le chien méchant (yi nbs). 
Seulement la chose est plus grave pour le chien, en ce sens que les 
cas de férocité sont plus fréquents chez lui que chez le bœuf ou 
l'âne, et c'est pourquoi il est l'objet d'une mesure de police. 

Cette mesure, d'après la Mischna elle-même, n'est pas absolue, 
puisqu'il est permis d'attacher le chien à une chaîne ; l'emploi du 
collier appelé nno est un autre moyen de le rendre inoffensif. 
Seul, R. Éliézer, le docteur déjà nommé, érige la défense en règle 
absolue 4 , mais il est certain que la pratique ne s'est pas con- 
formée à son opinion ; bien mieux, on est obligé de dire qu'elle 
ne se souciait pas du tout de l'interdiction d'élever des chiens, car 
nous avons des preuves péremptoires qui montrent que les Juifs 
palestiniens de l'époque talmudique avaient des chiens sans res- 
triction aucune. 

Nous trouvons déjà dans la Tosefta un passage d'après lequel 
l'élevage des chiens est autorisé avec une distinction semblable à 
celle que nous rencontrerons plus bas pour le menu bétail : « Quoi- 
qu'on ait dit qu'on ne doit pas élever de chiens dans une région 
habitée (aiu)*"), on peut néanmoins en élever dans les villes voisines 

1. Êzéchiel, xix, 9; dans le Dictionnaire de Gesenius, 13» édit., traduit par « prison, 
cage » (Kerker, Kàfig). Dans Sabbat, 51 b (nm03 N£V ÏTTl "pN), Levy (III, 477) 
traduit par « collier » ou « carcan » (Halseisen), ce qui conviendrait peut-être 
mieux. 

2. C'est de la même façon que, dans deux bar aï tas, Baba Kamma, 33 a, le bœuf et 
le chien sont réunis : des ouvriers venus pour réclamer leur salaire au maître de 
la maison reçoivent des coups de corne du bœuf ou sont mordus par le chien du 
propriétaire. Dans M. Nedarim, ix, 3, la crainte du chien ligure à côté de celle du 
serpent. 

3. j. Sabbat, v, 7 c, I. 23 : an "ip"IO"W *\W ; mais dans j. Béça, u, 61 <:/, 1. 1 : 

*man. 

4. L'assertion de Bûchler, Der galilàische Am ha- Ares, p. 192, n. 1, disant que 
les éditions portent le nom de R. Nathan (au lieu de -|T3ÔN, sic !) me parait être une 
erreur, car l'indication de Zuckermandel, Tosefta, p. 398, se rapporte évidemment 
non à la ligne 31, mais à la ligne 30 : au lieu de R. Yosé d'autres éditions lisent 
R. Nathan, à. bon droit d'ailleurs, car dans le cas suivant (p. 399, 1. 1) c'est aussi 
R. Nathan qui exprime une opinion analogue. — Dans Tos. B. À'., vin, 17 (p. 362, 
1. 31), il y a R. Éliézer, et la formule est : ÛvpTfl 315335 B'ObS bliïzTi. Dans Tos. 
Yebamot, m, 4 (p. 244, 1. 1), où R. Éliézer est questionné à ce sujet, il donne une 
réponse évasive aussi bien pour le porc que pour le chien (v. plus bas). La baraïta de 
Baba Kamma, 83 a, nomme ici bll^ïl nT3^bN "an ; il s'agit donc de R, Éliézer b. 
Hyrcanos. 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de la frontière (ibd) 1 . Les localités proches de la frontière avaient 
besoin, par crainte d'une irruption des païens 2 , d'une protection 
particulière, que la vigilance des chiens assurait le mieux. Ce qui 
suit dans le même texte n'est pas une disposition halachiqne, mais 
une simple indication : « Le jour on les attache à des chaînes de 
fer, et on les lâche la nuit 3 . » Les chiens avaient donc une impor- 
tance particulière, et non pas seulement, à ce qu'il semble, dans les 
villes-frontières, mais dans toutes les villes, car on dit : « N'habite 
pas un, endroit où ne hennit pas un cheval \ et où un chien n'aboie 
pas 5 . » C'est le conseil qu'on donnait en Babylonie, où les villes 
avaient la mauvaise réputation d'être le théâtre du brigandage, de 
la débauche et du parjure 6 . Nous comprenons ainsi cette assertion 
d'un Amora babylonien, pour qui les villes de la Babylonie, et, 
avant tout, Nehardéa, doivent être considérées comme voisines de 
la frontière 7 . On conçoit facilement que la tranquillité publique 
ait été moins grande dans ce pays que dans la Palestine, soumise à 
la domination romaine, et c'est ainsi que ces Àmoras paraissent 
demander l'autorisation d'avoir des chiens en Babylonie, dans 
l'intérêt de la sécurité publique. 

Il est donc clair qu'il ne saurait être question d'une interdiction 
absolue d'élever des chiens, et déjà nous voyons qu'elle est 
enfreinte dans deux grands territoires : en Palestine, à la frontière, 
en Babylonie, peut-être partout 8 , en tout cas, au moins à Nehardéa. 
Mais nous avons encore l'opinion de B. Simon b. Eléazar, qui permet 
d'élever les chiens de village, les belettes des bois, les chats et les 
singes, tous animaux qui nettoient la maison (des souris, des rats, 

1. Tos. Baba Kamma, vin, 17 (p. 362). Ce texte est évidemment une amplification 
de la Mischna de B. A., vu, 7. 

2. Une disposition analogue est celle d'après laquelle on doit avoir, dans les endroits 
proches de la frontière, plus d'un gardien pour son champ : Tos. Schebiit, iv, 7 
(p. 66); j. Schebiit, vi, 36c. V. Rivis/a Israël., III, 11. 

3. mb^ba ims "p-nnEi bina b» mabusbiDa fma vntziip dwa. et. la 

baraïta dans B. A*., 83 a: D"P2 n'HTfilpl ,"lDob rDIttDïl *P*a «in bïiE baN 

ï-ib"»ba rmEi. 

4. C'est-à-dire : où il n'y a pas d'agent de police monté. 

5. Pesahim, 113 a. C'est Rab qui le dit à Rab Assi ; la scène se passe donc en Raby- 
lonie. Le mot Nn?3 ne doit pas forcément désigner une « ville », comme dit Raschi 
(Nmp), mais un endroit quelconque; de même, mi"" y dans Tos. B. A., vm, 17. 
signifie plutôt de petites localités ; il est vrai que le Rabli, 83 a, porte -yiy. 

6. Eroubin, 21 b, «ai UTI*!, donc un Babylonien ; D'OID ^aiyp s'oppose à 

a'nsa. 

7. b. Baba Kamma, 83 a ; Eroubin, 4oa. 

8. Tel me paraît être le sens de ce passage, car les mots fcWH!"J5 fc032Hn n'ont été 
introduits qu'après coup au moyen d'une interprétation : Raschi, il est vrai, paraît 
admettre que l'assertion est restreinte à Nehardéa. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 23 

des déchets de viande et d'os, etc. ') ; et, quoiqu'il ne parle pas des 
chiens en général, mais seulement d'une catégorie spéciale, la 
défense n'en est pas moins transgressée une nouvelle fois. Aussi 
hien peut-on prouver par maint exemple que les Juifs avaient des 
chiens dans leurs maisons. Le grand-prêtre lui-même en avait 2 , 
pourquoi le simple particulier n'aurait -il pas pu en faire 
autant? Comment aurait-on pu prendre les chiens pour des 
espèces de prophètes 3 , s'il ne s'en fût pas trouvé communément 
dans les villes? On admet comme tout naturel que chaque Israélite 
ait son chien 4 . Même au point de vue halachique, beaucoup de 
dispositions n'ont de sens que si le chien est toujours et partout 
dans la maison, par exemple, quand il est question de ce qu'on 
peut préparer à manger pour le chien les jours de fête :i . Enfin, on 
parle du chien de berger comme de la chose la plus commune ; la 
fidélité de cet animal, sa vigilance et les services qu'il rend sont 
célébrés sur les tons les plus divers 6 . C'est justement, il est vrai, 
dans les passages où les qualités du chien sont si vantées que 
figure l'opinion qui le considère comme l'ennemi de l'homme (avec 
référence àProv., xvi, 7) 7 ; de plus, il est formellement question 
ailleurs d'un chien sauvage 8 , ce qui a pu facilement exister : il 
n'en reste pas moins que le chien vivait dans les maisons juives 

i. Tos. Baba Kamma, vm, 17 : mDipm 'pbinm *pfc«0 rïlbim Û^^IDID Û^ba 
'l5. Les mêmes animaux figurent dans B. A'., 80 « (seulement l'auteur est appelé ici 
par erreur R. Ismaël) et 80 b, mais dans un autre ordre. Cf. encore M. Kilaïm, vm, 5; 
Sifra, sur xi, 26 (51 d Weiss) ; Kohélet rabba, vi, 11, etc. — "nD"D 25D est le chien 
de village, qui était peut-être domestiqué et dans l'espèce duquel on prenait sans doute 
les chiens de berger. Cette signification de "HD1D résulte avec évidence de M. Terou- 
mot, il, 5, où "nCD (à propos d'oignons) est opposé à ï-ft^lft ainsi qu'à b^fcOû 
1 n p n tû n blD, mets des citadins. Toutes les autres explications (Lewysohn, Zoologie, 
§ 124 : « chien-renard » ; Kohler, dans Jew. Encycl., IV, 631 : « chiens de Chypre ») 
sont fausses. Pour "p&OO mbin, qu'il suffise de renvoyer à Pline, Histoire Natur., 
XXIX, 4, 16 : c'est la mustela silvestris ou belette des bois; cf. Lewysohn, p. 95. 

2. Tos. Kélim, Baba Kamma, i, 6 (p. 569). 

3. Baraïta dans Baba Kamma, 60 b : D"0"D Û*nb3 /*pWjÛ tP3b3. Cf. Berachot, 
3 a. V. Grùnhaum, dans Zeilsckrift des deutschen Palâstinavereins, VIII, 85. 

4. Mechilla de B. Simon b. Yokaï, p. 55 Hoffmann : bï313 FPS1 *ÏÏ"IN1 1TÎ& b^T 

'•D -nbs. 

5. Tos. Béça, n, 6; Béça, 21a ; Mechilta de B. Simon b. Yokaï, p. 17 Hoffmann. 
— Au rebours du porc, le chien est un animal domestique dont la nourriture est pré- 
parée par l'homme, baraïta dans b. Sabbat, 155 6. 

6. M. Houllin, i, 8; Horaïot, 13 a; voir surtout deux touchantes anecdotes dans 
j. Teroumot, vm, 46 a, fable que déjà Kohler, l. c, a replacée dans le folk-lore uni- 
versel; cf. aussi Pesikta, 19 b, Buber. 

7. j. Teroumol, vin, 46 a, ligne 31 (mais d'après Lévi c'est le serpent qui est l'en- 
nemi de l'homme) et Pesikta, l. c. (opinion de R. Méir). 

8. Genèse rabba, lxxvii, 3; Cantique rabba, m, 6 : 'pv-iaK ab^ (▼. Lehnworler, 
II, 12). 



24 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

presque sans restriction, et il n'est guère possible de parler d'une 
interdiction véritable d'élever cet animal. Certes, il ne faut pas 
attacher d'importance au fait que les bergers avaient des chiens 
pour leurs troupeaux, car, en bien des points, ils n'observaient 
pas les prescriptions des rabbins, comme nous le savons par 
d'autres sources et comme on le verra plus loin : mais on trouve le 
chien dans toutes les autres maisons juives, et on a peine à croire 
que dans tous ces cas la loi ait été enfreinte. A notre avis, la 
Mischna de Baba Kamma, vu, 7, doit donc être considérée comme 
un simple avertissement, dont l'effet est que le dommage causé par 
la morsure d'un chien ne peut avoir des conséquences de police 1 . 
Cependant, il nous faut encore examiner brièvement une autre 
défense. Il était interdit de vendre à un païen des chiens de village, 
des belettes des bois, des chats et des singes 2 ; mais, ici encore, 
R. Siméon b. Eléazar le permet 3 , se fondant sur ce que ces 
animaux sont aptes à nettoyer la maison 4 . Il est facile de recon- 
naître la raison de cette défense : ces animaux servaient à des buts 
païens d'une autre manière encore que ceux que la Mischna défend 
de vendre aux non-Juifs [Aboda Zara, i, 3), étant dressés pour 
toutes sortes de jeux et de spectacles, et pour les divertissements 
de leurs maîtres :i . 



III. — La défense d'élever des abeilles. 

Nous avons déjà mentionné en passant la défense de cultiver des 
abeilles, à propos de l'élevage des chiens. Nous lisons à ce sujet : 
« On doit éloigner les abeilles de cinquante coudées hors de la ville, 
afin qu'elles ne piquent pas les gens. R. Eliézer 6 dit : Celui qui 

1. Cf. les cas juridiques dans Baba Kamma, 33 a. 

2. Tos. Schebiit, v, 9 (p. 68). 

3. Tos. Aboda Zara, n, 3 (p. 462). D'autres animaux sont énumérés dans M. Aboda 
Zara, i, 5, 6, 7, entre autres le coq blanc ("pb bl20"!n) dont on est le plus certain 
qu'il servait au culte idolâtre [ib. : b^bfiÔ ^DH *p2" , "ip?2 "pN'IÎ "'SDÏS), et qu'il est dé- 
fendu pour cette raison de vendre aux païens. Une étude très défectueuse a été écrite 
tout récemment sur ce sujet par L. Landesberg, 35 "'Ipn, II, 92 et s. (Szatmàr, 
4905). 

4. Le texte porte ici : rP3ïl DN l pp57ûrî ; dans Tos. B. K. nous avons eu -|p3. 

5. C'est ce qu'on voit dans Kohélet rabba, vi, 11, et passages parallèles. Cf. Sachs, 
Beilrâge zur Sprach- una Alterthumsforschunçi, I, 172, et mes Lehnwôrter, I, 
282-3. — On parle dans ce cas des chiens de village probablement parce que cette 
espèce seule pouvait être dressée dans ce but. 

6. Le texte porte ""iTJpbfi*, mais nous avons déjà vu plus haut qu'il s'agit de R. 
Éliézer. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 25 

cultive des abeilles est sur le même rang que celui qui élève des 
chiens r . » 

On voit ici la môme préoccupation que pour le chien : préserver 
l'homme de la piqûre de l'animal. On trouve en Orient les abeilles 
à l'état sauvage et en gros essaims, et tout le monde sait que leur 
piqûre est bien plus dangereuse, leur blessure bien plus doulou- 
reuse que dans nos pays 2 . C'est pourquoi les Hébreux sont souvent 
menacés dans la Bible du châtiment des abeilles, dont l'espèce 
comprend naturellement aussi les frelons et les guêpes (n3ns), et 
le Talmud parle encore davantage du danger que peut causer la 
piqûre de ces insectes 3 . On conçoit donc parfaitement que l'on 
se gardât contre eux. Mais une prohibition particulière n'était pas 
plus nécessaire ici que dans d'autres cas, où l'instinct de chacun 
permettait d'éviter le danger, et il suffisait parfaitement d'une 
simple mesure de police pour que les ruchers et les ruches ne 
fussent pas élevés dans la ville même, mais en dehors d'elle, à 
une distance de 50 coudées —distance bien petite d'ailleurs ; . Il y 
a loin de là à la défense de cultiver des abeilles, et seul R. Eliézer 
parle expressément de cette défense, en quoi il se trouva sans 
doute en minorité, et ne fut pas plus suivi que dans le cas des 
chiens. 

Il y a apparence que toute cette mesure de protection contre les 
abeilles ne s'applique qu'à Jérusalem, car la ville par excellence 
(-py) est toujours Jérusalem, et l'analogie d'une autre prescription 
qui, selon toute vraisemblance, n'a de valeur que pour Jérusalem, 
à savoir qu'il faut éloigner les tombeaux et les tanneries à 50 cou- 
dées de la ville 5 , vient également à l'appui de cette supposition. 



1. Tos. Baba Batra, i, 9 (p. 398). 

2. V. les sources dans Winer, s. v. Bienen (I, 119); Rosenmiïller, Biblische Natur- 
geschichte, lï, 422; L. Luw, Die Lebensaller in der jûd. Lileraf., p. 147. 

3. b. Sabbat, 106 b ; Keritot, 36; Taanit, 14a, etc. V. Lewysobn, § 402-407. 

4. Tandis que Schrader estimait la coudée « sacrée » à 0™,5235, et la coudée ordi- 
naire, moins ancienne, — c'est celle dont il est question ici — à m .4839, les dernières 
évaluations, et à ce qu'il semble plus exactes, de G. Mommert donnent ;i la coudée 
« sacrée » m ,399, à la coudée ordinaire m ,3323 (v. Zeilschrift des deulschen Pa- 
làstina-Vereins, XXIX, 207). Nous obtenons ainsi : ra ,3325 X 50 = 16»\625. 

5. M. Baba Batra, il, 9 (25 a). On sait qu'un des dix privilèges de Jérusalem con- 
sistait en ce que les morts ne pouvaient pas y passer la nuit (voir plus loin les sources) 
et on n'y souffrait que les tombeaux des rois de la dynastie davidique et celui de la 
propbétesse Houlda (on rapporte à ce sujet que des excavations, niblTC, conduisaient 
de ces tombeaux à la vallée du Gédron, Tos. Baba Batra, i, 11 [p. 399] ; Abot de B. 
Natan, p. 104 Schechter, etc.). Par contre, de nombreux passages prouvent que dans 
d'autres villes il y avait des tombeaux et des ossements humains ; Tibériade en est un 
exemple bien connu (v. Graetz, Geschichte, IV, 3 e édit. , 181). 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nous verrons plus loin qu'elle résulte encore d'autres raisons. 
L'opinion plus rigoriste de R. Eliézer doit donc viser le môme 
objet, et partant il ne saurait être question d'une restriction faite à 
la culture des abeilles que pour Jérusalem. 

Le Talmud est bien éloigné de défendre d'avoir des abeilles chez 
soi. Dans le même passage où des dispositions sont prises en vue 
de protéger la ville, nous en trouvons une qui a pour but de proté- 
ger les abeilles : « On doit éloigner la moutarde (bnn) des abeilles; 
R. Yosé autorise la moutarde 1 . » Ce texte prouve suffisamment 
qu'on voulait plutôt encore favoriser l'apiculture. D'ailleurs, il n'est 
pas nécessaire de démontrer que les Juifs de Palestine la prati- 
quaient, car la Miscbna, le Talmud et le Midrasch sont pleins de 
récits se rapportant aux abeilles. 



IV. — La défense de prendre des pigeons. 

Examinons maintenant une prescription relative à la chasse aux 
pigeons, qui figure dans la même Miscbna {Baba Kamma, vu, 7) : 
« On ne doit pas tendre de filets pour prendre des pigeons, à moins 
que ce ne soit à une distance de 30 ris (on) des terrains de culture 
(mur). » On sous-entend que la plupart des pigeons, du moins dans 
les pays habités, sont domestiqués et appartiennent à des proprié- 
taires déterminés, de sorte que la chasse de ces animaux porterait 
atteinte au droit de propriété 2 . Naturellement toutes les façons de 
se les approprier sont défendues, mais la Mischna, suivant son 
habitude, indique en même temps le procédé le plus usuel, dans 
lequel on se servait d'un filet (aa^) 3 . Celui-ci était fait, à ce qu'il 

1. M. Baba Batra, n, 10; Tosefta, t, 9. La Tosefta donne encore ce motif aux 
paroles de R. Yosé : L'intéressé peut dire, en effet, à son voisin : « De même que tu fais 
dans ton champ ce qui te convient, de même je fais dans le mien ce qui me convient. » 
La baraïta dans Baba Batra, 18a et 25 6, est un peu plus claire : Tu dis : « Éloigne 
ta moutarde de mes abeilles; éloigne plutôt, toi, tes abeilles de ma moutarde, car elles 
s'approchent et dévorent les fleurs (Raschi et Arouch : les grains) de ma moutarde. » 

2. Sur les pigeons domestiques, v. Béça, 24a, et Lewysohn, § 247. 

3. Dans nos textes ainsi que dans Y Arouch (éd. Kohut, V, 392), la Mischna porte 
■pailla, mais la citation du Rabli, 83a, les éditions du Yerouschalmi et la Guemara 
du même, 6 a, aussi bien que le ms. de Munich (Dikdouké Soferim, Baba Kamma, 
p. 89) lisent *pattJ3 ; de même dans Baba Batra, 23 a ; le ms. de la Mischna de Kauf- 
mann donne Û^3^D, mais dans l'édition Lowe le mot s'est altéré en 'j'OttJS, corruption 
qui se retrouve dans la Peschitto sur Proverbes, vi, 5, tandis que le Targoum, ad loc, 
et sur xxii, 5, lit correctement fiOU^. Le même mot revient sous la forme N3U31 
(Kohut, VII, 307). La racine 2U3D « attraper » existe donc dans le néo-hébreu comme 
dans le syriaque et l'arabe, et je crois même qu'il faut y rattacher aussi DtiJV), Ge- 
nèse, xv, 11. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 27 

semble, avec les poils de la queue d'un cheval ou d'une vache 1 , 
qu'on avait tressés (bis) 2 . Il ressort, je crois, de ces indications qui 
s'étendent jusqu'aux détails, que cette manière de prendre les 
oiseaux, particulièrement les pigeons, se pratiquait communé- 
ment, ce qui suffit à prouver que cette prohibition ne mettait 
aucune entrave à la chasse aux pigeons. On cite même nommément 
des personnes qui s'adonnaient à cette chasse 3 , et la qualification 
qu'ils reçoivent paraît indiquer que ce n'étaient pas des chasseurs 
en général, pas môme des chasseurs d'oiseaux, mais précisément 
des chasseurs de pigeons, car c'est seulement à propos des pigeons 
que ce mot se trouve sûrement 4 . Dans deux passages, le Talmud 
de Babylone 5 soulève cette question : Comment se fait-il que les 
pigeons se trouvent à une distance de 30 ris, alors que le pigeonnier 
n'a besoin d'être éloigné de la ville que de 50 coudées? De plus, la 
Tosefta contient une addition 6 , qui est citée aussi dans ces endroits 
du Babli, et d'après laquelle la chasse aux pigeons ne peut avoir 
lieu dans les contrées habitées même à 100 milles de distance, ce 
qui signifie : même à la plus grande distance (v. Tossafot, ad. /oc), 
et est donc en contradiction directe avec la Mischna. Les Tossafot, 
sur ce passage, font encore d'autres questions, et tout cela montre 
que cette défense ne fut pas introduite dans la pratique, puisqu'il 
surgissait des difficultés qui restaient sans solution. 

Le Talmud est obligé de rapporter la prohibition plus rigoureuse 
formulée par la Tosefta à la colonie ou à la région des pigeons 
(•paaiiD THi^a) : ainsi aw n'aurait pas ici son sens ordinaire de pays 
de culture, de terre habitée, mais celui d'endroit où l'on élève des 
pigeons. Les pigeonniers doivent être établis à 50 coudées de. la 
ville 7 ; aussi, comme l'élevage des pigeons était très répandu, des 
colonies entières de pigeonniers s'élevaient-elles sur certains points 
autour de la ville. C'est là ce que la Mischna entend par aitir», scil. 
•paa-na a-na*' 8 . 

i. Tos. Sabbat, ix, 1 (p. 121) : ^att)^? 'prpnîJIU ; la baraïta de Sabbat, 90 6, 
porte "p^3!£73tt3 (où Raschi glose en français IZJ^b, lices, licium). Poser un piège 
se dit "pOTlD, Baba Kamma, vu, 7 ; cf. n^"l ttHEJ. 

2. Baba Mêcia, 85 6, et Ketoubot, 103 b : ^aiû^a NDb"''!}. 

3. NatCn S|OT\ b. Houllin, 116 a, et Sabbat, 130 a ; cf. Houllin, 54 a. Par contre, 
NaUJ"H mat3i Taanit, 10 a, et Sabbat, 146 6, doit, sans doute, être expliqué, avec 
R. Natan [Arouch, VII, 307), comme N2N rPa ^"l ; cependant Raschi en fait aussi 
un chasseur. 

4. C'est ainsi qu'on lit aussi dans Jewish Encycl., X, 151, s. v.poultry. 

5. Baba Kamma, 83a, et Ba6a Batra, 23 a. 

6. Tos. Baba Kamma, vm, 9 (p. 361). 

7. M. Ba6a Batra, n, 5; Tos. Baba Batra, i, 7 (p. 398). — Le motif est différent 
suivant Raschi ou les Tossafot; v. aussi Raschi sur J3a6a Kamma, 83a. 

8. C'est à quoi je rapporte lapVD a'MDIÏl dans Tos. Baba Kamma, vm, 17 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans ces colonies, dit la Mischna de Baba Kamma, vu, 7, on ne 
doit pas poser de pièges à pigeons, mais seulement à une distance 
de 30m'; la Tosefta ajoute que dans une telle colonie {•pas-na nw), 
même quand elle embrasse plusieurs centaines de milles, on ne 
peut se livrer à la chasse aux pigeons, ce qui se conçoit fort bien, 
car on n'ira pas chasser, par exemple, au milieu d'un troupeau de 
moutons. Mais nous voilà bien loin de la défense de chasser aux 
pigeons, de sorte que cette défense n'a eu aucun effet dans la vie 
pratique. 



V. — La défense d'élever des poules. 

Si, pour les abeilles, nous avons émis la conjecture qu'il s'agis- 
sait seulement de Jérusalem, nous en venons maintenant à une 
interdiction qui, formellement, ne s'applique qu'à cette ville. La 
Mischna, que nous avons déjà souvent citée, contient encore la 
prohibition suivante : « On ne doit pas élever de poules à Jérusa- 
lem, à cause des choses saintes * », sur quoi Raschi remarque : 
« Car les Israélites (c'est-à-dire : les laïques, par opposition aux 
prêtres i mangent là (à Jérusalem) la chair des sacrifices de scfie- 
lamim et de todah et les dîmes du bétail; or, il est de la nature des 
poules de gratter le fumier 2 et elles pourraient ainsi entraîner 
un os de la grandeur d'une lentille, qui viendrait d'un reptile 
(yio), et rendre impures les chairs consacrées. » Cette défense 
a donc pour but de préserver le caractère saint de la chair des 
sacrifices qu'on devait consommer à Jérusalem ; elle n'a de sens 
que pour Jérusalem et pendant l'existence du Temple. 

En effet, l'interdiction d'élever des poules est comptée parmi les 
dix privilèges de Jérusalem, que nous allons énumérer pour la 

(p. 362) : s'il les les pigeonniers) avait établis à l'endroit convenable (c.-à-d. à 50 
coudées hors de la ville). Ce verbe D^tBlH explique parfaitement le sens de colonie de 
pigeons (|u'il faut donner ici à mO' 1 . 

1. M. Baba Kamma, vu, 7 : D^'inp- ^D12 Û^bCrT^a Û^bl^nn ■pVl-W 'pN- 
Je suppose que l'explication Û^'lSI^n "0973 et celle du cas suivant (nTirmri "OD73) 
n'étaient pas données primitivement, car les quatre autres cas de la Mischna ne sont 
pas :..( tivés, et la baratta de Baba Kamma, 826, se contente de formuler simplement 
la défense : EPSUpTl fin *pbi:»72 *ptf"1, c'est seulement la Guemara, ibid., qui ajoute 
un motif à chacun de ces cas, aussi bien qu'aux autres, dans le nôtre : 2TCJ73 
Û v vZnp ; il se pourrait que ce fûtj seulement d'après ce passage (ou d'après Tos. 
Baba Kamma, vin, 10) que les deux mots eussent pénétré dans la Mischna. 

2. r!DŒN2 1p3b ; cf. Sabbat, 110/3 : ^^pn - , D">3173 ; Baba Mecia, 86 6 ; 

nnDiz;N73 nbnanm. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 29 

clarté de l'exposition : t. Une maison vendue n'est pas dévolue 
pour toujours, mais peut être rachetée (cf. Lévit., xxv, 30). — 2. La 
ville de Jérusalem n'offre pas la génisse destinée à être énuquée 
d'après Deutér., xxi, 1 et suiv. — 3. Elle ne peut pas être déclarée 
ville séduite d'après Deut., xxm, 14. — 4. Elle ne devient pas im- 
pure par suite de la lèpre des maisons. — 5. On ne doit pas y bâtir 
de balcons ni d'exostra donnant sur la rue. — 6. On n'y dépose 
pas de tas de fumier. — 7. On n'y élève pas de fours en briques. 
— 8. On n'y crée pas de jardins, ni de parcs (exception faite des 
jardins de rosiers, qui s'y trouvaient depuis le temps des anciens 
prophètes). — 9. On riy élève pas de poules. — 10. On n'y laisse 
pas passer la nuit à un mort. 

Or, la Tosefta formule ainsi la défense : « On ne doit pas élever 
de poules à Jérusalem à cause des choses saintes; mais s'il y a 
devant elles (les poules) un jardin ou un tas de fumier, c'est per- 
mis 1 . » On se demande avec étonnement : comment peut-on envi- 
sager la possibilité de l'existence d'un jardin ou d'un tas de fumier, 
puisque l'un et l'autre sont interdits à Jérusalem ? La Tosefta 
elle-même, dans un autre passage, en fait un des privilèges de 
Jérusalem -. 

Une troisième source renferme la même défense sous la forme 
suivante : « On n'y fait (dans la ville de Jérusalem) aucune planta- 
tion 3 ; on n'y crée pas non plus de jardins ni de parcs (abstraction 
faite des roseraies, etc.), et on ne peut y élever des oies ou des 
poules'', moins encore des porcs; on ne doit pas y laisser de tas 
de fumier, à cause de l'impureté, etc. 5 . » Ainsi, il est bien établi, 
d'après toutes les relations, qu'on ne souffrait à Jérusalem ni jar- 

i. Baba Kamma, vin, 10. On admet, sans doute, que dans ce cas la poule ne traî- 
nera rien avec elle, trouvant assez à picorer dans le jardin ou sur le tas de fumier. 
M. Friedmann, l. c, lit dans le texte de la Tosefta baniS* yHN3 D^HD N51 et 
explique D~b par « à des prêtres ». L'édition de Zuckerm., p. 361, porte DTPjSb 
qui exige un autre sens. 

2. Tos. Negaim, vi, 2 (p. 625) : f-p VJFpD 'pN"! mriBIDN H3 ptt^pE "pôtl 
'"O Vin î"Vl3b"'N. Ce qui étonne, par exemple, c'est qu'aussitôt après on dise : "pN"l 
."IN731L3 IjQTD mriSTZJN ~3 *p?3" n p73. Je suppose que cette dernière phrase se rap- 
porte à la défense de garder des poules, qui autrement manquerait dans la Tossefta ; 
dans ce cas, 71^731^3 ^jD?^ correspond à D^lpn ""jDED, que nous lisons dans la 
Misclma. Dans Abot de 11. Natan (voir plus bas), il est vrai, cette explication ne suffit 
pas. Pour une autre solution, voir M. Friedmann, /. c. 

3. m^'^j ~3 DVl313 "pNI ; n'est l'équivalent du cas de mib^N dans la Tosefta. 

4. ■pblM-nrn ^TIT» n3 "pb^E V N1 ! le tnot "H™ est une addition, occa- 
sionnée par le fait que les oies et les poules sont souvent nommées ensemble. 

o. Abot de R. Natan, recension A, ch. xxxv (p. 104 Schechterl ; il est évident 
que ce texte est une contamination de la baraita de Baba Kamma, 82 ô, et de Tos. 
Negaïm, vi, 2. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dins ni tas de fumier; comment la ïosefta, dans le passage cité, 
peut-elle donc parler de jardins et de tas de fumier à Jérusalem? 

Un seul moyen, ce me semble, s'offre à nous pour résoudre cette 
difficulté.. Au nombre des privilèges de Jérusalem, peut-être même 
en tête de ces privilèges, figure celui d'après lequel la loi de Negaïm 
n'a pas d'application à Jérusalem 1 ; chose bien naturelle, car Jéru- 
salem, où tout le culte du peuple était concentré, ne pouvait à au- 
cun moment être déclarée impure. Ainsi donc, le principe suivant 
lequel Jérusalem ne peut devenir impure par suite de la lèpre des 
maisons 2 est admis et reconnu 3 , et pourtant on dit dans tous les 
passages où il en est question que R. Juda (b. Haï) était d'un avis 
différent; d'après lui, le privilège ne s'appliquerait qu'au sanc- 
tuaire, et non à tout Jérusalem l . 

Ici, quoique nous évitions autant que possible les discussions tal- 
mudiques, nous sommes obligé d'entrer dans quelques détails sur 
l'explication du Talmud, qui est d'ailleurs la même dans les deux 
Guemaras. La loi mosaïque sur la lèpre des maisons n'est applicable, 
d'après la théorie talmudique, qu'aux immeubles privés, mais non 
aux édifices publics, tels que les synagogues et les écoles, ni non 
plus, par conséquent, à Jérusalem en entier, qui est la propriété 
commune de tout Israël. On ne peut pourtant pas s'empêcher de 
remarquer que les deux cas ne sont pas entièrement semblables, car 
pour les maisons de prière et d'étude, ce sont de simples édifices qui 
sont exclus par la loi, tandis que pour Jérusalem, c'est de tout un 
domaine qu'il s'agit. Cette raison suffit à faire regarder comme 
plus logique l'opinion de R. Juda, qui restreint le privilège au 
Temple seulement; d'autre part, par définition même la lèpre des 
maisons s'applique à des constructions et non à des territoires. Si, 
de plus, on se demande pourquoi la ville de Jérusalem est reconnue 
propriété commune et indivise, on arrive au même résultat. Car 
topograpbiquement c'est seulement le terrain du Temple qu'on 
peut considérer comme un domaine extraterritorial, attendu qu'il se 
partage entre Juda et Benjamin. C'est ce que dit une baraïta : dans 
le lot de Juda se trouvaient la montagne du Temple, les salles, les 
parvis; dans celui de Benjamin étaient situés : le portique, le sanc- 

1. Dans Baba À'., 82 6, IN'egaïm figure en quatrième lieu, dans Abot de R. N., 
I. c, en premier lieu; dans Tos. Negaïm, vi, 1, tout le débat s'ouvre vraiment avec 
IN'eiratm. 

2. D'après la Tosefta, ibid., il n'existe pas du tout de y^KTl rPD. 

:j. Cf. M. Negaïm, xn, 4; Yoma, 12a: Meguilla, 26 « ; j. Orla, i, 2, 61a, 1. 1 
Sifrà, sur xiv, 34 (p. 73 a). 

4. -nbn ttnpttn mm «b« ifiyfcîïï fcÔ "<3N, Tos. Negaïm, vi, 1 : Yoma, Me- 
guilla, j. Orla, Sifra, loc. cit. 



LÀ DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 31 

tuaire (Hékhal) et le Saint des Saints; déplus, une ligne partait du 
lot de Juda et s'étendait jusqu'à celui de Benjamin, et c'est sur elle 
qu'était élevé l'autel 1 . Il est clair qu'il est uniquement question, 
ici, de la superficie proprement dite du Temple, et comme elle était 
en partie judéenne, en partie benjamite, la loi sur la lèpre des mai- 
sons ne pouvait être appliquée au sanctuaire. Par contre, les autres 
parties de Jérusalem appartenaient, d'après R. Juda, à une tribu 
déterminée, celle de Juda 2 . Il est vrai que les autres rabbins con- 
sidèrent toute la ville de Jérusalem comme un territoire commun 3 , 
et c'est conformément à leur opinion qu'est rédigée la Misclma de 
Negaïrn, xn, 4; mais cette opinion ne saurait être fondée ni topo- 
grapliiquement ni historiquement, et ne peut être motivée que du 
point de vue du culte : tout Israël, en effet, participait au culte 
central de Jérusalem. 

Il résulte de cet exposé que l'un des premiers privilèges de Jéru- 
salem, celui grâce auquel la ville était soustraite à la loi sur la 
lèpre des maisons, que ce privilège, formulé dans la Mischna et 
dans des baraïtas sans aucune restriction ni discussion, se rap- 
porte seulement au Temple d'après R. Juda, qui invoque ce qui 
était devenu pour lui une tradition, que nous devons, nous aussi, 
pour des raisons d'ordre général, accepter comme exacte. 

Ne pourrait-il pas en être de même de tel autre de ces dix pri- 
vilèges ? Voici, par exemple, celui d'après lequel Jérusalem n'offre 
pas la génisse à énuquer (fiBW ttbay), ce que le Talmud '* explique 
en disant que cette ville appartient eu commun à toutes les tribus ; 
on donne le même motif à l'exemption qui lui est conférée tou- 
chant la loi de la ville « séduite » \ Or, il est clair que, d'après ce 
que nous avons dit plus haut, cette explication n'est pas inébran- 
lable, et il est probable, quoiqu'on ne le dise pas, que R. Juda aura 
été ici également d'un autre avis. 11 n'en est plus ainsi si les deux 
privilèges s'appliquent uniquement au Temple, car le terrain du 
Temple peut effectivement être qualifié de domaine commun, et, 

1. Yoma, 12a ; Meguilla y 26a; Zebahim, 536, 118 6; Aboi de R. Nalan, receo- 
sion A, ch. xxxv. 

2. b^aatfb npjbnna ûr>i»T-p -iao rmrp rm, Yoma i 12 a, etc. 

3. a^uaiïîb ÏTpbnro ttb, Yoma, 12 a: Meguilla, 26 a; dans j. Orla, n, 1 : ^ns 
D"»wâ3E5rt bab &TTHÛ OTMÇTpb. Sur le terme p?Ba«S cf. Tos. Baba Kamma, vin, 
18 (p. 363) : « les tribus CB^CS^UÎft) ne doivent pas pécher dans le lac de Tibériade , 
parce qu'il appartient au lot de Nel'tali », etc. ; cf. aussi Baba Kamma, 81 b ; j. Baba 
Bat va, v, 15 a, 1. 39; Sifré Deut., § 355 (p. 147 6). 

4. Baba Kamma, 82 b. 

5. Une autre raison est donnée dans Sifré, sur Deut., § 92 (p. 93 a) : n5Pj ttbltt 
!TÏ**1 mab, et dans Sanhédrin, 112 6. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

comme tel, soustrait à la règle générale grâce à l'interprétation 
littérale du Lexte biblique. Semblablement, R. Nathan était tenté 
d'affirmer que la loi du fils rebelle (Deirtér., xxi, 18) n'a pas non 
plus d'application à Jérusalem, parce que l'Écriture emploie à ce 
sujet les expressions « sa ville », « son endroit », alors que Jéru- 
salem est commun à tous les Israélites \. Il est donc possible que 
ce soit R. Nathan qui représente l'opinion opposée à celle de R. Juda, 
mais érigée en règle définitive. 

Les quatre privilèges énumérés en dernier lieu, à savoir : ûm:: 2 , 
ttBTi* rto 3 , rvmyn w*, ïtwi -ma la 3 , sont tous, d'après l'affir- 
mation expresse du Talmud lui-môme, purement théoriques, les 
lois en question n'ayant jamais été appliquées dans la vie pra- 
tique (i . Donc, au fond, Jérusalem partage ces privilèges avec n'im- 
porte quel endroit du pays. 

Il en est autrement d'une défense comme celle d'élever des 
poules; ce n'est plus de la théorie, mais un cas concret de la vie 
réelle. Si l'élevage des poules avait intéressé les habitants de Jéru- 
salem, les rabbins n'auraient même pas du tout édicté une loi 
semblable. Mais il faut convenir qu'une ville dont la population 
était si dense 7 ne s'y prêtait pas le moins du monde. Pour élever 
des poules, il faut, ainsi que l'indique le passage de la Tosefta 
déjà mentionné, des jardins et des tas de fumier; les uns et les 
autres manquaient a Jérusalem. Pour ce qui est des jardins, nous 
trouvons, par exemple, à Sébasle-Samarie des parcs 8 , mais proba- 
blement devant les murs delà ville, et il a pu y en avoir aussi de 

1. Tos. Negaïm, vi, 2 (p. 625). 

2. ibid., vi, i : /- ot anas rrtab, rrnnb Tn* «bi msi «b ywnn ma; San- 

hedr., lia. 

3. M. Sota, ix, 9 : Tiz^y Tîbsy nbaa D'SîWnrt 13T-373 ; Sifre Deut., § 205 
(p. 111 6) et passades parallèles. D'après Tossafot, Baba Batra, 23 b, la non appli- 
cation à Jérusalem de la lui de TÏZil'ïy "352 résulterait aussi de ce que la popula- 
tion y comprenait beaucoup de Juifs venus du dehors et de commerçants païens. 

4. Baratta dans Sanhedr., 71 a. 

5. Ibid. 

6. D'autres cas énumérés dans Tos. Negaïm, vi. 2, étaient également difficiles à réa- 
liser et n'ont guère pu être mis en pratique ; qu'on en juge : PN 713 "pS^bw *pM 

p*n .D*na roina ■pTsra 'pan ,d"7n ninas* nainn ynînyn "pai ,man 
ma -nap» •pn mnap m pû-'ptt ■pan ,apin -iab aip72 riaina ■psn'u 

'13 riÉOasrï mbin 13p1 TH- D'ailleurs, pour ce dernier privilège il est déjà fait 
une exception, et c'est comme si nous disions : dans le passé il y a bien eu des tom- 
beaux à Jérusalem, mais nous formulons une loi pour l'avenir, ou en d'autres termes: 
l'idéal est une chose, et la réalité en est une autre. 

7. Schick, dans Zeitschrift des deutschen Palâsiina-Vereins, IV, 211-221, Ben- 
zinger, Arc/néologie, pp. 55-56. 

8. M. Arachin,m, 2; Sifra, 114 a Weiss. 



LÀ DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 33 

tels à Jérusalem'. Cependant il s'y trouvait une roseraie qu'on 
supportait parce qu'elle existait déjà, disait-on, à l'époque des pro- 
phètes. On fait une remarque analogue pour les tombeaux situés 
à Jérusalem, en expliquant que c'étaient ceux des rois de la maison 
de David et celui de la prophétesse Houlda. En d'autres termes, 
cela veut dire qu'on s'accommodait des faits existants. On s'y serait 
difficilement résigné si des textes bibliques formels n'avaient 
coupé court à toute objection. Je suppose donc que le jardin de 
roses n'est autre que le jardin royal mentionné quelquefois dans 
la Bible (Il Rois, xxv, 4; Jérém., xxxix, 4; lu, 7 ; Néhém., m, 15) 2 , 
peut-être le jardin d'Ouzza (II Rois, xxi, 18, 26). Il est probable 
que les magnifiques jardins d'Hérode 3 , avec leurs jets d'eau, leurs 
colombiers et leurs machines étaient également situés à la même 
place ; ils devaient être particulièrement odieux aux rabbins, qui 
étaient pourtant obligés de les supporter et prétextèrent, pour jus- 
tifier leur tolérance, que ces jardins avaient déjà existé au temps 
des prophètes. On comprend qu'ils aient mieux aimé invoquer les 
prophètes 4 que les rois. 

Or, comme le palais royal était, selon toute apparence, situé sur 
la même montagne que le Temple 5 , le jardin royal en était natu- 
rellement aussi tout proche, et nous aurions ainsi la preuve indi- 
recte qu'il faut rapporter à la Montagne du Temple le renseigne- 
ment que nous donnent nos sources en nous apprenant qu'il n'y 
avait à Jérusalem que cet antique jardin de roses. S'il en est ainsi, 
les jardins et les parcs étaient autorisés dans les autres parties de 
la ville 6 ; seule, la Montagne du Temple ne devait pas en avoir 
d'autre, ce que le Talmud de Babylone explique par la mauvaise 
odeur que dégagerait la végétation en pourrissant 7 . 

Je ne crois pas, d'ailleurs, que cette explication suffise. D'après 
nos idées, la flore est plutôt faite pour répandre de bonnes odeurs. 
De plus, l'herbe, les mauvaises herbes surtout, poussent spontané- 
ment, et comment pouvait-on se protéger contre leuis émanations? 
On attendrait plutôt une application de la loi du Deutéronome, 

1. V. Josèphe, Bellum, VI, i, 1 ; cf. Graetz, III (4« édit.), p. 505. 

2. V. Stade, Geschichte des Volkes Israël, I, 593, 693. 

3. Josèphe, Bellum judaicum, V, iv, 4; cf. Schurer, 3 e éd., I, 394. 

4. On a sans doute en vue les prophètes post-exiliques Aggée, Zacharie et Mala- 1 
chie, malgré l'expression D"0'HDN-)Ï1 D n N' , 32. 

5. Benzinger, Archaeologie, pp. 44, 233. 

6. Cf. Ecclés., il, 5. — On discute la question de savoir s'il est permis de trans- 
former le terrain d'une nmîH "P2 en jardins et en parcs, Tos. Sanhedr., xiv, 6 
(p. 437) ; M. Sanh., x, 5 ; d'après Sifré Deut., § 96 (p. 93 6), c'est défendu. 

7. Baba Kamma, 82 6; le mot Nn-PO (ou "jimO), d'après Raschi, signifie dé 
l'herbe pourrie, ou bien : le fumier servant d'engrais. 

T. LUI, n° 105. 3 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xvi, 21 : « Tu ne te planteras aucune Ascbéra, aucun arbre à côté 
de l'autel de l'Éternel, ton Dieu. » Sur quoi une ancienne source * 
remarque que la plantation d'un arbre ou la construction d'une 
maison sur la Montagne du Temple serait considérée comme une 
infraction à ce commandement. Il ne s'agit donc pas d'interdire 
une pratique du culte païen, mais de protéger le lieu où l'on ado- 
rait Dieu et où se réunissait le peuple contre toute construction et 
toute plantation. Il fallait que les fidèles eussent la place pour 
manifester librement leur recueillement et leur piété 2 . 

Mais si nous acceptons celte raison, ce n'est pas seulement des 
jardins et des parcs, mais même des arbres isolés qu'on n'aurait 
pas dû planter. C'est ainsi, en effet, que l'entend la Tosefta : On 
ne doit pas laisser d'arbres à Jérusalem (c'est-à-dire : sur la Mon- 
tagne du Temple), à l'exception du jardin de roses, etc. 3 . Un autre 
texte est encore plus précis : On ne doit y faire aucune plantation; 
on ne doit y créer aucun jardin ou parc, à l'exception des jardins 
de roses, etc. 4 . Cette prescription ne peut être inspirée que par le 
désir de conserver l'endroit pour l'objet auquel il est destiné. 
Aussi lisons-nous dans le même passage de la Tosefta : « En elle (la 
ville, plus exactement : sur la Montagne du Temple) on ne doit ni 
planter, ni bâtir, ni labourer ». 5 On ne peut en aucune façon noter 
ici une raison halachique ; la nature des choses demandait que la 
Montagne du Temple fût protégée contre les plantations et les 
édifices, rien de plus. Mais s'il était défendu d'y planter et d'y 
labourer, à quoi bon le fumier? Aussi ajoute-t-on avec raison : on 
ne doit pas y laisser non plus de tas de fumier. 

Toutes ces dispositions n'ont qu'un sens et ne conviennent qu'à 
la Montagne du Temple. Celle-ci est le bien commun de tout Israël, 
et les autorités sacerdotales et rabbiniques rivalisent de zèle pour 

i. Sifré Deut., § 145 (p. 103 6) : n"Ott nï!3 rP3 PÔ131 "jb^ Tû^b 'pattl 

nuirn Nbs -iai* Niniu. 

2. Cf. Abot, v, 5 : OTIVI Û"nnnta»1 tPD1D£ ÛVl?yi3>; ib. : dip^n -ô "IS 
Û n btf3l"P2 "pbNIZJ. Ici, on commence par parler du Temple et on continue par Jéru- 
salem, tant il est facile de confondre l'un et l'autre. 

3. Tos. Negaïm, vi, 2 (p. 625) : 'iDi -pn mab^N !13 "pW3 ffrn* 

4. Abot de R. Natan, recension A, eh, xxxv : *pfcn ,mS^3 ttn Û^JEaia "pfiO 
...pn ...PIM Til 1^12212. Les jardins de roses, au pluriel, sont probablement une 
erreur : après D^OTIDT ni23 on a continué par le pluriel D"H~n m 23 et "pmî. 

5. Ce texte est une excellente illustration de M. Taanit, iv, 6 : TyH ÏVUHna, 
mais dans Taanit, 29 a, on lit blSTTH DN ...ïîin\ÎJ22, c'est-à-dire le Temple, et 
s. Jérôme, sur Zacbar., vin, 19, dit également : « aratum templum » (Seliiïrer, Ges- 
chichte, 3' édit., 1, G92). On voit de nouveau ici que des renseignements qui s'appli- 
quent à la Montagne du Temple ont été étendus à toute la ville, par suite de l'inexac- 
titude de ceux qui ont rapporté le texte* 



LÀ DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 35 

la protéger. Par contre, une grande ville comme Jérusalem ne peut 
pas se prêter à de telles restrictions, et si même l'on ne doit 
pas songer à de grands jardins situés à l'intérieur de l'enceinte 
fortifiée, ce n'est pas à cause d'une prescription quelconque, mais 
uniquement par suite de considérations pratiques, comme une 
conséquence nécessaire du manque d'espace. 

Nous pouvons maintenant conclure sur ce sujet. Plusieurs des 
privilèges en question ne se rapportent, de toute nécessité, qu'à 
l'emplacement occupé par le Temple; donc, la défense d'élever des 
poules, qui est en connexion avec ces privilèges, aura eu la même 
portée restreinte. C'est que la place faisait défaut, aussi bien que 
les conditions essentielles : les jardins et les tas de fumier, que les 
poules ont coutume de rechercher. C'est seulement en second lieu 
qu'on peut accepter l'explication donnée par le Talmud : on ne 
garde pas de poules (sur la Montagne du Temple) à cause des 
choses saintes (n^DTpïi -os») qui pourraient devenir impures, les 
poules y apportant des matières impures et abominables ramas- 
sées ailleurs. Ce dernier motif tombe si, comme dit la Tosefta, 
« il y a là un jardin ou un tas de fumier », car il est vraisemblable 
que les poules se porteront alors à cet endroit, et non sur rempla- 
cement consacré ; ou bien les poules, dans ce cas, n'entraîneront 
rien avec elles. Ce jardin ou ce tas de fumier peut exister dans la 
ville, et d'après notre exposé l'un et l'autre étaient autorisés. Une 
partie contiguë de la ville peut avoir renfermé des jardins et des 
tas de fumier; les poules de la Montagne du Temple s'y seraient 
portées, de sorte que cet endroit n'aurait pas pu être souillé par 
une charogne ou quelque chose de semblable. Naturellement on 
ne s'en rapportait pas à la sagesse des poules, et on ne gardait pas 
du tout ces animaux sur la Montagne du Temple; seulement la 
Halacha veut, fidèle à sa méthode, citer un cas possible. 

On pourrait cependant alléguer contre cette interprétation de la 
Mischna la seconde phrase du texte en question : « Quant aux 
prêtres, ils ne doivent pas le faire dans toute la Palestine à cause 
des choses de pureté'. » Ici Jérusalem et le reste de la Palestine 
sont opposés l'un à l'autre. Mais c'est là justement ce qui vient 
appuyer notre théorie, car dans d'autres passages c'est le Temple 
précisément qu'on distingue du reste de la Palestine. Qu'on com- 
pare, par exemple, la Mischna de Rosch ha-Schana, iv, 1 : ttnptta 
n^S3 ab baa y^p-in vrt « quand le Jour de l'an tombait un 
samedi, on sonnait du Schofar dans le Temple, mais non dans la 

i. n-nrjart ■•aett bfinun yn&u û^ï-d »H 



36 REVUE DES ETUDES JUIVES 

province ». Ici « le Temple » exclut Jérusalem, et « la province » 
comprend Jérusalem *. Certes, on pourrait presser le terme et dire 
qu'autre chose est snp» et autre chose tp^Tûvr», et que L'exprès? 
sion a été ainsi choisie à dessein ; mais des raisons intrinsèques 
inclinent à faire penser que dans les deux cas « le Temple » et 
« Jérusalem » ne font qu'un, de même que « la province » et « la 
Palestine ». 

Pour ce qui est de L'élevage des poules, il y a encore des consi- 
dérations extrinsèques qui nous obligent à nous en tenir à cette 
interprétation. On sait que le Nouveau-Testament mentionne ex- 
pressément des coqs (Matth., xxvi, 34 et s.; Marc, xiv, 30; Luc,xxn, 
34; Jean, xvm, 27) et des poules (Matth , xxm, 37; Luc, xnr, 34) 2 et 
cela à propos d'événements qui ont Jérusalem pour théâtre. Ll est 
absolument impossible d'accorder ces données avec la défense 
rabbinique d'élever des poules à Jérusalem. On a eu recours à plu- 
sieurs essais d'explication ; on a voulu reconnaître dans le cri du 
coq que Pierre entend trois ibis avant la pointe de l'aurore la son- 
nerie du buccinator romain annonçant les veilles; de même on a 
songé au buccinator du tribunal juif; d'autres encore ont pensé au 
prêtre chargé d'appeler au service les autres prêtres chaque matin 
vers l'heure du cri du coq 3 , sans se douter que le Talmud '' incline 
également à voir dans cet appel le cri du coq, ce qui prouve encore 
qu'il y avait des poules à Jérusalem. 

D'autres croient que Pierre a pu entendre le coq, parce que la 
maison de Caïphe était située hors des murs delà ville ;i , où l'inter- 
diction n'avait plus cours, explication qui est assez d'accord avec 
la nôtre; d'autres, enfin, ont pensé que ce coq appartenait à un 
seigneur romain (peut-être même à Pilate), qui se souciait peu de 
la loi rabbinique 6 . Toutefois, la tendance générale des critiques 

1. V. Raschi et Tossafot : ■pbïaaa îO"l Dr51ï31-P2 N5 ,WH»a N5 538- Cf. 
M. Iiosch ha-Schana, iv, 3; Schekalim, i, 3; Soucca, iv, 2, et Guemara, ibid., 
43 a, Quant à Maimonide, voir L. Heller [Tosafot Yom Tob) sur M. Schekalim, i, 3. 

2. Ici, il est vrai, le texte dit oiseau en général (ôpvt;), mais l'image de l'animal qui 
prend le petit sous ses ailes convient le mieux à la poule, chez laquelle on pouvait 
observer ce trait plus qu'ailleurs. Cf. Bochart, Hierozoicon, II, 695-696. 

3. M. Tamid, i, 2 : "13^71 nTHpE (Mischna de Cambridge, éd. Lowe : mip» 
■naïl), dans Yoma, 20 b : 'Un nfcOHp, mais Raschi, ad loc. : ' ^ mip. L'expres- 
sion ")2nn n&O'lp se trouve aussi deux fois dans Exode r. } i, 28, où la signification 
est également incertaine. 

4. Yoma, 20 b\ cf. aussi le commentaire (attribué à Raschi) de M. Tamid, i, 2, et 
j. Soucca, V, 55 c, 1. 24, où l'on écarte même l'objection que *D3 "p peut difficilement 
se dire d'un coq. 

5. Ce qui est exact ; v. mon article Caiaphas dans Jew. Encycl., III, 493. 

6. Pour toutes ces explications, v. Winer, I, 515. 



LA DÉFENSE D'ELEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 37 

évangéliques est de révoquer complètement en doute les privilèges 
de Jérusalem, et, d'une façon générale, d'accorder plus de crédit à 
la relation de l'Évangile qu'aux renseignements du Talmud. Mais 
d'après notre explication il ne subsiste plus du tout de difficulté, 
car la défense rabbinique ne se rapporte qu'à la Montagne du 
Temple, laissant toute liberté à la ville de Jérusalem pour l'élevage 
des poules. 

Il n'est pas indifférent de pouvoir constater que cet élevage était 
encore pratiqué à Jérusalem quand le Temple existait. Le docteur 
qui voit le coq dans le mot nn* de M. Tamid, i, 2, et M. Yoma, 
i, 8, doit naturellement avoir pensé à celte époque, car les deux 
Mischnas parlent du culte du Temple. De même, quand on raconte 
à plusieurs reprises qu'un coq fut lapidé à Jérusalem pour avoir 
fait périr un jour un être humain 1 , il faut que ce cas soit survenu 
pendant la durée du Temple, car la lapidation suppose l'existence 
d'un tribunal suprême. De tous ces faits il résulte qu'il n'a pu être 
défendu d'élever des poules à Jérusalem. 



VI. — La défense d'élever du menu bétail. 

La défense d'élever du menu bétail en Palestine est une atteinte 
aux intérêts les plus évidents du pays et ne peut avoir véritable- 
ment existé à aucune époque. D'ailleurs, les rabbins se contre- 
disent eux-mêmes quand ils font ressortir, d'une part, la grande 
utilité des moutons et des chèvres et que, de l'autre, ils édictent 
l'interdiction d'élever ces animaux. Parmi les différentes opinions 
et maximes qui se trouvent dans le Talmud et dans le Midrasch 2 , 
nous n'en citerons que quelques-unes, qui se rapportent à notre 
sujet : « On doit vendre son champ pour acheter des boucs, mais 
non pas vendre des boucs pour acheter un champ 3 . » R. Yohanan, 
rabbin palestinien, dit: « Que celui qui veut s'enrichir s'occupe de 

1. Il avait enlevé la cervelle d'un enfant à coups de bec : M. Edouyot, vi, 1 ; 
j. Eroub., x, 26 o, 1. 43 ; Berachot, 27 a. Il faut donc supposer que la poule et sur- 
tout le coq étaient plus forts en Palestine que les nôtres. On s'explique ainsi qu'on pût 
employer les oies et les poules au battage du blé : Baba Mecia, 91 b ; v. Lewysohn, 
Zoologie, p. 198. 

2. V. Le wysohn, Zoologie, § loi [le mouton; et § 455 Ja chèvre). 

3. Houll., 84 a, texte anonyme et probablement ancien. Le mot ÏD'Hin^ n'est em- 
ployé qu'à cause de Prov., xxvn, 26, et ne prouve pas que ce fût un terme de la langue 
courante pour désigner la « race ovine » en général, comme le dit Lewysobn, op. cit.. 
p. 119. 



38 REVUE DES ETUDES JUIVES 

menu bétail », et un Babylonien, R. Hisda, s'exprime dans le même 
sens 1 . Les docteurs disent même qu'on peut se nourrir uniquement 
avec le lait que donnent les brebis et les chèvres de la maison 2 . 
Avec de telles opinions, qui sont pleinement d'accord avec la réa- 
lité, comment comprendre la défense d'élever du menu bétail? Elle 
apparaît également inadmissible, si on lui oppose les nombreux 
passages où le Talmud parle des bergers. Si l'on n'élevait pas des 
moutons et des chèvres, d'où viennent ces bergers si souvent 
mentionnés? Ce ne sont pas des gardiens d'ânes et de chameaux, 
car ceux-ci portaient habituellement des noms spéciaux (fbîaa 
V^fcïi); les bouviers sont également désignés comme tels 3 , de sorte 
que les « bergers » tout court ne peuvent être que les gardiens de 
moutons et de chèvres. 

Les bergers de l'époque talmudique, à l'inverse de ceux de l'é- 
poque biblique, ont une mauvaise réputation. Ils paraissent avoir 
été méprisés par la société elle-même, ainsi que nous l'apprend un 
proverbe 4 ; enfin, les rabbins, animés d'un si profond esprit de pitié 
et de justice, n'ont pour eux que de sévères paroles de blâme. On 
les soupçonnait de dérober le bien de leurs maîtres à eux confié 5 , 
et on ne leur accordait non plus aucune confiance au point de vue 
religieux 6 , ce qui prouve leur manque d'instruction. Aussi les 
docteurs formulèrent-ils le principe que le témoignage d'un berger 
est sans valeur, mettant ainsi ce dernier sur le même rang que les 
brigands, les auteurs d'actes de violence et autres gens suspects 7 . 

Il n'en a pas toujours été ainsi. LaMischna, qui déclare inaptes à 
témoigner ceux qui exercent certains métiers décriés ou prohibés 8 , 
ne fait pas encore figurer les bergers dans son énumération; c'est 
plus tard seulement qu'on a placé dans la même catégorie qu'eux 
les brigands et les auteurs d'actes de violence, plus tard encore 
les bergers, les collecteurs (fermiers) d'impôts et les publicains 9 . 

1. Houll., Mb. 

2. Ibid., 84 a. 

3. M. Sanhedr., m, 2, Tos., v, 1 (p. 422) : -)p3 "^yn ^bti) ( Ge sont peut-être les 
trois bouviers qui contribuaient, par leurs observations météorologiques, à la fixation 
de la néoménie, Sanh., 18 6; j. Rosch ha-Schana, H, 58 b) ; Baba Mecia, 42 6: 
ttn'pn ; Sota, 48 a : i"ip3 au pluriel. 

4. Baba Mecia, 84 b : '*pl fcTJH N3b"Û ; R. Natan, dans YArouch, lit : 
*N2bp. 

5. M. Bab. Kam., x, 10; Tos., xi, 9 (p. 370), etc. 

6. M. Bechorot, v, 4. 

7. Tos. Sanh., v, 5 (p. 423) : b* tmvann bai •paottnm awim û-obnn 

ïlblOD Dnny lltiEil. Voir plus loin. 

8. M. Sanh., m, 5 (6). 

9. Deux baraïtas dans Sanh., 25 b ; '"DT \fiÀ9 IWlîl, etc - 



LÀ DEFENSE D'ELEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 39 

Les bergers prenaient dès lors rang dans la pire sociélé. Leur 
exclusion est ainsi expliquée par un texte que nous a conservé la 
Guemara, ad locum, texte anonyme, donc ancien et accepté sans 
discussion : « Dans le principe, on croyait que c'était un pur 
hasard (Raschi : que le bétail allait paître dans les champs d'autrtti, 
sans que le berger en eût l'intention); mais quand on vit que 
c'était à dessein et avec préméditation qu'ils (les bergers) l'y con- 
duisaient, les rabbins décidèrent (leur exclusion de l'aptitude à 
témoigner). » 

Entre les pratiques malhonnêtes des bergers et la défense d'éle- 
ver du menu bétail il existe un rapport, auquel la Guemara, ad 
/ocwm, fait allusion 1 . Effectivement le Talmud nous indique tou- 
jours le brigandage comme motif de cette prohibition. L'anecdote 
suivante est caractéristique à cet égard 2 . Les anciens chefs d'aca- 
démie, dit-on, étaient purs de toute tache ; c'est seulement au 
temps de Juda b. Baba qu'on put trouver une tache en eux. On 
disait, en effet, de Juda b. Baba 3 , que toutes ses actions étaient 
agréables à Dieu, sauf qu'il élevait une pièce de bétail 7 '. Car, comme 
il était un jour tombé malade, le médecin vint chez lui et lui dit : 
tu n'as d'autre remède que du lait chaud 5 . Sur quoi il prit une 
chèvre qu'il attacha au pied du lit et dont il téta du lait chaud, 
car il était malade de la poitrine. Un jour, les docteurs voulurent se 
rendre auprès de lui, mais ils dirent : comment pouvons-nous aller 
chez lui, alors qu'un brigand (o'W^b Xtjqpt^ç) est dans sa maison? 
Quand ensuite il mourut, les docteurs examinèrent ses actions 

1. Dans Sanh., 25 6, on passe de ni*73>b blOD à l'Enseignement de ftaba : P.i'TI 
1.q*gpi etc. 

2. Tos. B. A'., vin, 13 (p. 362); baratta dans Baba Kamma, 80 a; Temoura, 15 b] 
j. Sala, ix, 24a, 1. 32. 

3. D'après la Tosefta et le Yerouschalmi ; B. K. et Temoura ont : *vori3 Ï-ÎUJ^'E 
*"înfc*- A. Biichler, dans son livre Der galilaische '•Am-ha'Ares (Vienne, 1906), p. 191, 
n. 1, tient le nom pour inexact, parce que 11. Juda b. Baba, d'après le récit de Sanh., 
14a, est mort martyr des Romains. En effet, on remarque dans Temoura, 15 6, que 
^On désigne soit R. Juda b. Baba, suit R. Juda b. Haï, et c'est uniquement d'après 
cette règle que R. Juda b. Baba est le héros de notre anecdote. 

4. Tos. : n73n3 ; ajouter np*7, suivant la leçon d'autres éditions et des passages 
parallèles. 

5. C'est-à-dire : du lait frais pris au pis. 11 était en effet (ainsi qu'on lit plus exacte- 
ment dans Temoura, 15 6) malade de la poitrine (inbjj 0313 ÎT*ÏTiZ3) et devait téter le 

lait de la cbèvre (mnrro nmn abn pa^tt T5>, plus loin : nbn rrsTjïï p3T> ïtïti). 

Un cas semblable est mentionné dans Keloub., 60 a, où le poitrinaire (nDI^ ; Rascbi : 
fcO-n^bD) doit téter du lait chaud, d'après Rascbi précisément du lait de cbèvre. 
Cf. aussi les dispositions balachiques dans Tos. Sabb., ix, 21 (p. 123) et Tos. Nidda, 
n, 5 (p. 642). On recommande particulièrement le lait d'une chèvre blanche (Sabbat, 
109 6). 



40 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et ne lui trouvèrent aucun autre péché que celui-ci. Lui-même 
avait dit, au moment de mourir : je sais que je n'ai aucun autre 
péché que celui-ci; j'ai, eu effet, transgressé les paroles de mes col- 
lègues *. — Si cet homme si pieux — que ce soit R. Juda b. Baba 
ou un autre — a tenu ce propos, il ne Ta pas fait par malice ou par 
dédain pour ses collègues, mais parce qu'il était d'un autre avis, 
c'est-à-dire qu'il ne reconnaissait pas la défense d'élever du menu 
bétail. Donc la première phrase de notre Mischna {Baba Kamma, 
vu, 7 : « on ne doit pas élever de menu bétail en Palestine, mais on 
peut en élever en Syrie et dans les pâturages de la Palestine ») a 
aussi peu manqué d'être contestée que les dispositions analogues 
visant l'élevage des poules, des porcs et des chiens, et dont nous 
avons déjà constaté le peu d'efficacité. 

Les rabbins, eux, voulaient certes ériger une loi absolue et 
inconditionnelle, qu'on ne pût jamais transgresser en aucun cas. Le 
pieux héros de l'anecdote n'avait, durant sa maladie, qu'une seule 
chèvre dans sa maison, et cet animal n'allait pas paître, mais res- 
tait attaché au pied du lit 2 , donc dans la chambre, et cependant 
son maître encourut le blâme de ses collègues. Un autre exemple 
certain d'un rabbin élevant du menu bétail est celui de R. Hanina 
ben Dosa. Il possédait des chèvres, et comme les voisins disaient 
qu'elles causaient des dégâts, il démontra comme qui dirait par un 
miracle que ses bêtes étaient innocentes 3 . A travers ce récit il 
transparaît également que les chèvres faisaient du dégât dans les 
champs d'autrui ; il est vrai qu'elles allaient paître et n'étaient pas 
enfermées en chambre. La question qui s'impose à nous pour ce 
cas se trouve déjà dans le Talmud, mais dans une addition qui n'est 
pas authentique 4 et qui ne figure en cet endroit que pour rapporter 
un autre trait merveilleux de R. Hanina b. Dosa, le héros de la pre- 
mière histoire. On demande donc d'abord, ce qui est assez signi- 

i. Tos. : fHan "H^ 52 "TTO^tt); de même j. Sota et Baba Kamma; dans 
Temoura avec la citation : i"tf3 np*J ÏTOÎia "pb-ttE *pN Û^Sn TIEN VWO. 

2. riL373^J *y03. Garder un animal domestique dans la chambre est encore au- 
jourd'hui en usage en Orient, et môme en Occident dans certaines maisons rurales. 
C'est d'après cet usage qu'on dit de l'agneau pascal dans la Mechilta de R. Simon b. 
Yohaï, sur Exod., xn, 6 (p. 10 Hoffmann; manque dans la Mechilta de R. Ismaël): 
n^Tû" "^"DS ■p*"lV»2p Tïllû, et c'est à lui encore que se rapporte l'expression ^HJ) 
dans Targ. Pseudo-Jonathan, ad loc. Dans M. Kélim, xix, 2, on mentionne aussi la 
corde qui servait à attacher l'animal. Cf. ce qui est dit de la poule dans Tos. Sabbat, 
vi (vu), 4 (p. 117) : nbWin ïlb ^niDlpl, scil. : au pied du lit (nUttïl "^"13) dont 
il est question aussitôt avant. Cf. encore Houllin, 54 b, et Raschi, ad loc. On atta- 
chait aussi le coq au pied du lit dans un but magique (Berachot, la). 

3. b. Taanit, 25 a (en araméen). 

4. V. ibid, la note en marge et Dikdoukê Soferim, ad loc. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 41 

ficatif : comment R. Hanina b. Dosa pouvait-il avoir des chèvres, 
puisqu'il était pauvre 1 ? En second lieu : les rabbins ne disent-ils 
pas qu'on ne doit pas élever de menu bétail en Palestine? La ré- 
ponse nous apprend que R. Hanina devait ses chèvres à un hasard : 
on avait déposé près de sa porte des poules, qu'il échangea ensuite 
contre des chèvres 2 . On ne résout ainsi, à bien regarder, que la 
première question, celle de la pauvreté de R. Hanina, mais non 
celle de la violation d'une loi. Pour nous, qui ne voulons pas nous 
engager dans des discussions talmudiques, nous ne connaissons, 
ici encore, que la raison par laquelle l'autre pieux rabbin expli- 
quait sa conduite : c'est qu'il avait transgressé la défense. Tous 
deux sont présentés comme particulièrement pieux 3 et comme 
jouissant d'une grande considération, et pourtant ils ne se sou- 
ciaient pas de cette prohibition. Que si dans le premier cas le nom 
de Juda b. Baba est exact, et s'il est prouvé que Hanina b. Dosa 
était un Galiléen *, ces deux exemples nous transporteraient en 
Galilée et nous aurions à constater une dérogation à l'usage suivi 
en Judée. 

C'est formellement en Galilée que nous place un troisième cas 
non moins positif. R. Ismaël — d'après une autre version R. Simon 
b. Schezouri — racontait : Ma famille paternelle faisait partie des 
propriétaires de la Haute-Galilée, mais elle fut ruinée parce que 
ses membres faisaient paître des troupeaux dans les bois et déci- 
daient dans les affaires civiles comme juges uniques (sans collègue). 
Quoiqu'ils eussent leurs bois tout près de leurs maisons, il y avait 
cependant au milieu un petit champ au travers duquel ils menaient 
le bétail 5 . Il est évident, et la ïosefta le dit d'ailleurs clairement, 

1. On se rappelle que, d'après la remarque citée plus haut,' les moutons et les chè- 
vres enrichissent leurs possesseurs ; on ne le savait pas de R. Hanina. 

2. On apprend en passant que l'élevage des poules donnait de bons bénéfices, nou- 
velle raison de ne pas penser qu'il était défendu d'élever ces animaux. Cf. Baba Me- 
çia, 86 6, où R. Yohanan dit qu'on peut sans peine élever une poule sur un fumier. 
C'est le même Yohanan qui loue tant les avantages de l'élevage du menu bétail (v. plus 
loin). Les poules enrichissent par leurs œufs, b. Taa?i., I. c. 

3. Sur la piété de Hanina b. Dosa cf. l'anecdote de son âne dans Aboi de R. Natan, 
recension A, ch. vm, i. /*., p. 38 Schechter (ailleurs c'est l'âne de R. Pinhas b. Yaïr) 
et M. Sota, i. f. 

4. C'est ce qu'affirme Bùchler, Der galil. Am-ha-Ares, p. 331, n. 3. 

5. Baba Kamma, 80 a, où on lit: ypbyn b*baaiD ÙTO "»b3>3W ; mais le mot 
1"pby?1 manque dans le ms. de Munich et dans Tos. Baba Kamma, vin, 14 (p. 362), 
où la môme histoire est racontée, mais dans un style plus ancien. Dans [la Tosefta le 
motif miTEto 131*7 *|i3*7 est donné en premier lieu, et le second est ainsi formulé : 
ïip*! !-H3ï*7*3 lb*T , 3tt)1 (dans le Babli : 'pumm *p3*-|*£ VHÏÏ). Quant à la phrase 
ÛÎTTQb *T y "l*aO &HZ5Tlh Ûilb rPlri; D"3*ÎO, je l'interprète comme s'il y avait : 
■PSI Di"Pnnb *-iroD Ûïlbtt O^lB-nniB B"3W1 La Tosefta porte : *p ifi b* S|N 



42 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il s'agit de menu bétail, et de menu bétail qu'on menait paître. 
Les propriétaires, qui appartenaient à l'élite du pays, n'auraient 
certainement pas envoyé à dessein leur troupeau dans les terres 
d'autrui; mais un petit champ séparait leur maison du bois qui 
servait de pâturage, et leurs bêtes étaient obligées de passer par ce 
champ étranger. Comme le fait se renouvelait chaque fois, le cas 
cesse d'être fortuit pour devenir intentionnel 1 . Il est vrai qu'une 
loi rabbinique connue 2 donne à tout propriétaire le droit de se 
faire un chemin menant à son immeuble, mais peut-être la règle 
ne s'applique -t-elle pas à un bois, de sorte que le voisin n'était pas 
obligé de céder. Je suppose que c'était là justement le point en 
litige et que ces propriétaires avaient abusé de leur autorité pour 
prononcer une sentence dans leur propre affaire; ainsi les deux 
fautes — juger dans des procès civils et faire paître dans le bois — 
seraient étroitement liées l'une à l'autre. 

Le sens de l'anecdote paraît donc être celui-ci : cette famille de 
propriétaires galiléens possédait des bois à eux, dans lesquels ils 
pouvaient envoyer leurs troupeaux; seulement un champ étranger 
les en séparait. Quel eût été le cas si les bois ne leur eussent pas 
appartenu ? Même alors il leur eût été permis de s'en servir, car 
d'après la théorie talmutlique, un des privilèges fondamentaux de 
la Palestine, remontant à Josué, permet de faire paître dans les 
bois, sans tenir compte des réclamations des propriétaires 3 . En 
d'autres termes, les bois ne constituent pas une propriété privée, 
mais une propriété collective ad hoc, et cette coutume est si sacrée, 
si inviolable, qu'on la considérait comme instituée par Josué. Le 
Talmud ne parle généralement sur ce ton que des institutions an- 
tiques implantées depuis si longtemps que personne n'en connais- 

"P^b ^1730 12b ÏTH UJ-nn. La dernière phrase est conçue dans le Babli comme 

suit : n^by ^pn "piratai, dans la Tosefta : -pi ïiKSTn no:::: r^mno 

n^hï. En règle générale les bois et les monts boisés sont situés loin de la ville : Tos. 
Baba Batra, m, 5 (p. 402) : Ï732P "QM "p^P 1 ^ 1 " 7 plDIinn nN SOI . — D'après l'ex- 
plication de Biïchler, Der galll. Am-ha-Ares, p. 194, la faute consistait en ce que le 
troupeau allait paître dans des bois. Pas le moins du monde: c'est cpi'il devait passer 
par un champ étranger. C'est parce qu'on était obligé de faire paître le menu bétail 
uniquement dans des régions boisées, et non sur des terres cultivées, que l'élevage en 
était plus difficile que celui des bêtes à cornes, v. Bechorot, 28 6 (R. Houna) : D1U37J 
!"Ï3 "WTj TipT n?:rn "ÔlUTa ï"HT3, et cf. Raschi et Tossafot. Chose curieuse, Raschi 
ne tient pas compte, comme les Tossafot en font la remarque, du terme mn, comme 
s'il n'existait pas du tout de défense à ce sujet. 

1. D'après Sanhédrin, 25 6 : «Tab^a ^Nipi* et 12"n5ïa Npl. 

2. M. Baba Batra, xi, 6, 7, 8. 

3. Baraita dans Baba Kamma, 81a, en haut: lîrttJ JPUiirP HSnil l pN3n m^3> 
'13 yWim ivn»; cf. j. Baba Batra, v, 15a, 1. 38 : 'iDN "punira •p*" 1 " 1 " 1 

Vpjpsa C33UÎ3 rmrr unuj. cf. m. Bioch, m:pnn rrnn nm È, h 54, 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 43 

sait plus l'origine. C'est à coup sûr la constitution naturelle du 
pays qui faisait des bois les pacages du menu bétail, et c'était un 
des intérêts vitaux de la population de jouir partout et librement 
de ce droit, sans s'occuper des propriétaires 1 . Nulle part on ne 
donne à entendre que cette théorie foncièrement palestinienne ait 
été modifiée à une époque quelconque. Mais alors il est difficile de 
comprendre qu'avec un tel état de choses il puisse être question 
d'une spoliation à l'égard d'autrui à propos de pâturage, alors que 
les terrains de pacage proprement dits, les régions boisées, étaient 
entièrement libres. Il est donc impossible de ne pas identifier les 
expressions im» et "p^Tin. La Mischna de Baba Kamma, vu, 7, 
excepte de l'interdiction les « pâturages » de la Palestine ; le pâtu- 
rage est ainsi propriété collective aussi bien que le bois. L'identité 
de l'un avec l'autre ressort avec évidence de la baraïta de Baba 
Kamma, 79 b, où le terme de "punin remplace celui de mnnitt de 
la Mischna. En rapprochant les deux textes, Mischna et Baraïta, on 
obtient les catégories suivantes pour l'élevage du petit bétail : 

A. En Palestine, il est 1° défendu dans les contrées habitées 
(mur*) ; 2° autorisé dans les pâturages (nnmtt) 2 ou bois ("ptzmn). 

B. En Syrie, à plus forte raison dans les autres pays, il est auto- 
risé même dans les contrées habitées. 



1. Une autre baraïta, dans Baba Kamma, 796, définit plus exactement midbar 
par: désert de Juda et désert de la région frontière d'Acco ("D? ^Bp31B "m^m). 
Plusieurs textes, cités par Rabbinovicz, D. S., ad loc, lisent ici : "IDD, l^pjjy 
1p"W ; le ms. de Munich porte "pp-W IBDatD nVPinai !mri*31B nVWtta, 

cf. Tosefta (p. 362, 1. 2) : ip"iN733> iD33iz; nTm?3T) mwatt nm-non (Edd. 

*IBD3tt)V Ce rapprochement montre que les déserts de Juda et d'Amico(la localité est 
inconnue) sont les véritables pacages de la Palestine, le second probablement pour la 
Galilée. Dans Taanit, 21a, en bas, on trouve mentionnés à la fois Acco et Amico. — 
Le Talmud de Jérusalem donne plusieurs fois une autre localité qui s'appelle Mahir; 
voir j. B. K. VII, 6 a, 1. 28 (c'est notre endroit) b^tt niZ)3> !"HD'a ÉOÏ11Z3 WWGI "piû 
b^tt nttJ3> !"SU5U5 53> ; de même j. Pesahim, iv, 30 d, 1. 51, et j. Aboda Zara, i, 39, 1. 56. 
Ce Mahir doit être cherché dans le désert de la Judée. Cf. Exode Babba, ch. n. — 
Il y a encore d'autres textes où c'est toujours le désert qui est un lieu de pâturage : 
v. M. Béça, v, i. f. (b., 40a), où m^31B s'oppose à rrWa; cf. Sabbat, 45a. 
Parfois le pacage est simplement appelé îTItfJ, p. ex. dans M. Bechorot, v, 3, et là 
c'est un fait positif qui est raconté. Cette mischna tout entière, qui se place à l'époque 
romaine, car un questeur ("i"lt301p) y figure, est accessoirement une protestation 
contre la défense d'élever du menu bétail. Une autre protestation résulte d'une baraïta 
(Menahot, 87 a) qui nous enseigne que pour l'usage du Sanctuaire on apporte des 
boucs de Moab, des moutons de Hébron, des agneaux de Saron et des pigeons de la 
Montagne du Roi ; c'est une assertion qui soustrait le pâturage à chaque restriction. 
D'autre part, il est vrai que « Hébron » de ce texte peut correspondre aux « déserts » 
de la Judée. 

2. La restriction faite par R. Papa dans Baba Kamma, 81 a, est inspirée par la 
discussion et n'a aucune signification pour nous. 



44 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Si les mots •pumn et rmintt peuvent ainsi être intervertis, c'est 
un point important pour la connaissance de la nature du sol et la 
distribution des pacages en Palestine. Le terme tznn de l'hébreu 
biblique, auquel les modernes ne veulent pas reconnaître le sens 
de bois\ est fort bien illustré par notre cas. En effet, ujnn étant 
identique avec le désert de Juda, il ne peut s'agir d'un bois propre- 
ment dit, car le désert de Juda ne présente que des montagnes 
dénudées, portant rarement de petits buissons, mais jamais de 
parties boisées. Il est difficile de croire qu'il en ait été jadis autre- 
ment. Ce « désert » sert encore aujourd'hui de pacage à d'innom- 
brables brebis et chèvres — plus encore à ces dernières — et fournit 
une excellente pâture, tandis qu'un véritable bois ne conviendrait 
pas du tout à cet usage. C'est ainsi que notre défense se trouve 
restreinte aux limites précises des villes et villages, où chaque 
morceau de terrain a son propriétaire, qu'on ne doit pas dépouiller. 

Mais cette déprédation était-elle donc si grave qu'on dût dé- 
fendre d'une façon générale d'avoir du menu bétail? N'aurait-il pas 
suffi de punir les coupables, les bergers, que d'ailleurs on punis- 
sait en effet? On explique cette loi si sévère en disant que la spo- 
liation n'atteignait pas des particuliers, mais le pays lui-même, 
théorie qui aurait fini par rendre le pays inhabitable. Qu'on se 
rappelle la lutte des bergers d'Abraham et de Loth, qui eut pour 
dernière conséquence l'évacuation du pays contesté par l'une des 
parties (Genèse, xm, 7-12), l'émigration d'Esaii (ibid., xxxvi, G) et 
les préoccupations des tribus de Ruben et de Gad (Nombres, xxxn). 
On sait assez que les Bédouins sont également obligés de changer 
souvent leurs pacages. Quand la population s'accrut et qu'elle 
devint plus riche en troupeaux, on jugea nécessairement que le 
sud de la Judée— dont il est question en première ligne parce 
qu'elle forme les environs immédiats de Jérusalem — et l'étroit 
district de la Galilée resserré entre les établissements phéniciens et 
helléniques, seraient insuffisants et impropres à la colonisation si 
l'on tolérait les pratiques déprédatrices des bergers qui, audacieux 
et impudents, menaient paître leurs troupeaux dans les champs 
d'autrui; on eut alors recours au moyen radical, en interdisant 
d'une manière générale l'élevage du menu bétail dans les parties 
habitées de la Palestine. Cette défense fut donc inspirée par le 
souci et la préoccupation de rendre la Palestine habitable (ûnu5tt 

1. Gesenius-Buhl, Wôrterbuch, 13 8 éd., s. v. '£J"iri- Pour l'emploi du mot dans le 
néo-hébreu, v. Levy, II, 119. II se dit aussi des buissons de roseaux, ce qui est im- 
portant pour le désert d'Acco, qu'on doit se représenter, non comme montagneux, 
mais comme plat. 



LÀ DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 45 

ba-iuî" 1 yni* mur»), ainsi que les sources le répètent à plusieurs 
reprises 1 . Les autres explications 2 , n'étant ni conformes aux textes 
ni fondées en fait, sont superflues et inexactes. 

Il est probable que la défense remonte à un temps où il y avait 
une autorité pour veiller avec soin à la prospérité des districts juifs 
de la Palestine, surtout de la contrée de Jérusalem; elle n'aurait 
aucun sens à une époque postérieure et dans une autre région. 
Nous avons vu plus haut trois cas où des rabbins nommément 
désignés se refusèrent à en faire l'application à la Galilée. Le Tal- 
mud lui-même, au cours de la discussion sur la Mischna qui est le 
point de départ de la question (Baba Kamma, vu, 7), y apporte 
toutes sortes de restrictions : l'élève du menu bétail est seul inter- 
dit, par contre celui des bêtes à cornes est autorisé 3 . Mais, d'autre 
part, nous connaissons une tentative faite pour étendre la défense 
à cette catégorie, car lorsqu'on dit : « Le pasteur dont il s'agit est 
indifféremment un pasteur de menu bétail ou de gros bétail » 4 , 
cette formule englobe, avec la condamnation du pâtre, celle de 

i. Sanh., 25 b, et encore dans l'histoire du rabbin malade de la poitrine, Baba 
Kamma, 80 a, etc. —Une mesure favorisant l'arboriculture est également motivée par 
R. Yobanan par le considérant V'fl ny^n QV£72 {B. M., 101 a). 

2. D'après S. Funk (Monatsschrift, XLIX [1905], 543), on voulait, par cette défense, 
mettre un obstacle à l'envahissement de l'élevage. M. Funk s'appuie probablement sur 
des cas analogues dans l'économie romaine; nous connaissons plusieurs édits romains 
ayant pour but de protéger l'agriculture rurale ; Domitien défend et restreint la culture 
de la vigne et on donne des privilèges à l'agriculture italiques (voir M. Voigt, Die rôm. 
AUertilmer, 2 e éd., Munich 1903, p. 436). Tacite, Annales, IV, 27, voit, dans l'élève 
du bétail et les plantages des forêts, un danger public. Voir aussi H. Schiller, Gesch. 
der rôm. Kaiserzeit, I, 424. Cependant ce sont des faits analogues, et non les mêmes, 
que révèlent nos sources rabbiniques. D'après A. Buchlcr [Der gai. A m ha Ares, 
p. 193), le législateur, voyant qu'on négligeait l'agriculture — peut-être parce qu'on ne 
pouvait supporter les lourds impôts — pour se livrer aux travaux plus faciles de l'élève 
du bétail, voulut protéger la culture du sol. C'est aussi à peu près l'opinion de M. Fried- 
raaiin, op. c, p. 17. 

3. Motifs : on ne décrète pas une loi d'intérêt général si la majorité ne peut s'en 
accommoder ; le menu bétail peut être importé de l'étranger, tandis qu'on ne peut pas 
importer le gros bétail. Dans Tos. B. K., vin, 11 (p. 362) on trouve la même distinc- 
tion sans la phrase : 'ibï n~iT3- Par contre, la formule est tout à fait semblable dans 

Tos. Schebut, m, 13 (p. 64; : noa n?ûm "pbiaîa ba« rrpn rram l" 1 ^ 373 F** 

1»3>b blbTO ma «bi* Vin ablB (noter l'expression -lia au lieu de mW). — Or, 
nous savons — et par des sources rabbiniques encore — qu'on exportait aussi du gros 
bétail (des vaches et des porcs) d'Alexandrie (Mischna dans Bechorot, 23 b ; Sanh., 
33 a, 93 a), des bœufs d'Egypte {Soucca, 21 b), de sorte que le raisonnement du Tal- 
mud ne peut se soutenir. En réalité, le gros bétail avait d'autres pacages, exigeait 
d'ailleurs une plus grande quantité de paisson, et ne donnait pas lieu enfin à l'usage 
illicite des pâturages d'autrui. 

4. Le babylonien Kaba (Sanh., 25 b) parle, il est vrai, de l'action de faire paître 
qu'il veut distinguer de l'élevage, lequel serait plutôt autorisé d'après lui, mais c'est 
encore une distinction inadmissible. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Faction de paître. — Chose remarquable, c'est l'Àmôra babylonien 
Raba qui établit cette règle, et c'est encore lui qui, comme nous 
lavons montré précédemment, parle des effets de la défense rela- 
tive au chien en Babylonie ; or, comme il ne mentionne la Baby- 
lonie, quand il s'agit de l'élève du menu bétail, que sous forme 
négative', on peut admettre que, du moins d'après lui, l'inter- 
diction n'avait jamais d'application dans ce pays. Il a contre lui 
l'autorité plus considérable et bien plus ancienne de Rab, qui fait 
cette déclaration : « Nous nous comportons en Babylonie comme 
ceux de Palestine au sujet du menu bétail » 2 ; mais il semble que 
cette opinion ne s'était pas imposée, et que la prohibition n'avait 
pas cours en Babylonie. Peut-être les circonstances étaient-elles 
différentes, et rendaient impossibles les empiétements sur les pâ- 
turages d'autrui; ou bien les bergers, plus scrupuleux et plus 
pieux, ne se rendaient pas coupables de cette faute ; mais on peut 
aussi penser que les rabbins, y eût-il même des abus, n'y voyaient 
pas une raison d'intervenir en faveur du pays, comme ils le firent 
pour la Palestine, la riche Babylonie ne se trouvant pas en danger 
d'être dépeuplée. 

Une autre restriction imposée à notre défense est contenue dans 
lé passage suivant du Talmud 3 : « Quoiqu'il ait été dit qu'on ne 
doit pas élever de menu bétail, il est cependant permis de le garder 
(riTOtt) à la maison trente jours avant la fête (bai) 4 et trente jours 
avant le repas de noce du fils 5 ; seulement on ne doit pas garder 

1. Sanh., deuxième enseignement de Raba : ■pblOD ^"frO îlpl Ï1WHD ÏI^Y! 

Cp)-r,UD Asa ^dn non rwïia hjti (i. biDD). 

2. B. A\, 80 a : TVpi rranab b&niDi y-|fiO 5333 1Dtt£3> iriB*. H est tout â 
fait significatif qu'aussitôt après on nous apprenne que R. Houna, un des personnages 
les plus considérables de la Babylonie, gardait du menu bétail et, comme on lui en 
demandait l'explication, s'était excusé en disant qu'il faisait paître le troupeau par sa 
femme Hibba. Dans une autre relation, le Talmud explique que cette déclaration de 
Rab comptait à partir de l'arrivée de Rab en Babylonie (533b 3"l NPN "OT3), c'est-à- 
dire que son arrivée a fait de ce pays une seconde Palestine et que la notion de 3"1\231 
s'y appliquait aussi bien qu'en Palestine (voir Rascbi). 

3. Ibid., 79/;. 

4. On sait que, fidèle au principe -|UJ33 Nbfc* ïinEEÎ *pN, on s'efforçait de mancer 
de la viande les jours de fête, mais aussi le samedi, v. Mélanges Sokolow (""iEO 
b3"P7î), p. 498. L'usage de manger de la viande non seulement aux jours de fôte, 
mais encore au Nouvel an et même, d'après R. Yosé ba-Guelili, la veille du Grand- 
Pardon, est également sous-entendu, pour la Galilée, dans M. Houll., v, 4, et Tos. 
HoulL, v, 9 (p. 507) : ,m Q rî31D3 tTp~lD !-J2>3nN3. Là comme ici on mentionne la 
coutume de servir de la viande au repas de noce et la conduite à suivre par le 
bouclier de profession (rDSû), voir plus haut. 

5. Outre les nombreux passages où il est question du repas de noce, v. particulière- 
ment Sifré Deut., § 107 (p. 96 6) : '*DT T3D ïiniSEb HBna n^ b"D"S et cf. la note 
précédente. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 47 

au delà de trente jours après la fête i la dernière bête 2 . » — Et 
encore : « Le boucher peut acheter, abattre, acheter encore — 
autant qu'il faut — et garder des bêtes chez lui ; seulement il ne 
doit pas garder la dernière pendant trente jours. » Raschi et les 
ïossafistes ne sont pas d'accord sur le sens de ce passage. D'après 
l'explication, bien singulière, de Raschi, le mot naa désignerait le 
marchand de bestiaux 3 ; ainsi ce dernier, qui achète en gros et 
revend ensuite, peut garder chez lui des bêles pendant trente 
jours, à dater du moment où il les a achetées jusqu'au jour du 
marché ; mais celle qu'il a achetée en dernier lieu 4 , il ne doit pas 
la garder après le jour de marché de manière à laisser trente 
jours s'écouler depuis l'achat jusqu'à ce jour. A quoi les Tossa- 
fisles objectent que la ïosefta porte : plus de trente jours 5 , ce qui 
montre que les animaux pouvaient toujours être gardés trente 
jours après le marché 6 ; de plus, observent les Tossafistes, la 
baraïta ne parle pas du tout du jour du marché. L'explication qu'ils 
donnent ensuite ne les satisfait pas eux-mêmes et ne nous satisfait 
pas davantage. Mais ce n'est pas tout. Comment et pourquoi le 
mot ma désignerait-il le marchand de bestiaux et non, comme 
dans l'hébreu de la Bible et souvent dans celui de la Mischna, le 
cuisinier, celui qui abat la viande ? Puis, s'il n'est question que de 
la vente, pourquoi le texte mentionne-t-il le cas de l'abatage 7 ? 
Je crois donc que rnu a, dans ce passage, sa signification ordi- 

1. Ces mots un peu obscurs sont ainsi expliqués par Raschi : Si l'on a acheté des 
bêtes trente jours avant la fête et immédiatement avant celle-ci, on ne doit pas dire : 
je vais abattre celles que j'ai acbetées d'abord et garder les autres même après la fête 
jusqu'à ce que trente jours se soient écoulés depuis l'achat. 

2. Ici s'arrête une baraïta ; elle est suivie dans le Talmud d'une explication en ara- 
méen que Raschi ne paraît pas avoir connue encore Dans Tos. B. À\, vin, 11, le pas- 
sage est ainsi conçu : bsn-ŒP flNS ïipi rî53tt3 "pb^E *J\S ÎIENIE ^D by r\» 

«bn ût» û-tubia i;n rinttJ»b omp û*p D^tubia bsnb D"np ïrm« "pb-intt b3N 
iiîûïïn msb rmrap annsî NbN pniaa ïwyi ïrôarp Nïinuj. on voit que 

l'expression nn\D73 du Talmud est rendue dans ce passage de la Tosefta par la 
phrase : la bête ne doit pas sortir et paître au dehors, mais être attachée au pied 
du lit. Voir aussi Friedmann, op. t\, p. 9. 

3. pmn D*pb msarran ns ynp72rr. 

4. Dans le texte : n3"l^y. 

5. Voici le texte de la Tosefta (p. 362) : -pi;Bi Nbtt Tnbm "Dltn nplb maïll 

bv û^iobia» nn-p onsra rwnriNti rrç. 

6. La seconde objection des Tossafot est que précédemment il y avait ï"î5T"intf 
tandis qu'ici on dit nîl^. Cette difficulté peu fondée en elle-même, car le Tanna a 
parfaitement le droit de ne pas répéter le mot biblique TTjMy, est d'ailleurs résolue 
par le texte de la Tosefta qui est cité immédiatement après et qui porte îlSTin&t. 

7. '"13 nmûl nplb BrTOl nplb rmam. Dans la citation de Raschi il y a 
IN, « pu bien », entre les deux propositions. La Tosefta, il est vrai, dit seulement 

"13153"! npib. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

naire, celle de boucher, et celui-ci trouve place ici à la suite de la 
mesure relative aux jours de fête et au repas de noce, de même 
qu'il figure dans le même ordre dans M. Houllin, v, 4, 5 '*. Il est 
extrêmement important que le boucher ne soit pas empêché de 
vendre sa viande avant les jours de fête, si important que cette 
même Mischna va jusqu'à l'y faire contraindre par la force. Le 
boucher, ne pouvant naturellement pas savoir à l'avance combien 
il faudra de viande, se pourvoit d'un nombre de bêtes plus que 
suffisant, et, suivant les besoins, il les prend et les abat, ou les 
laisse en vie. De la sorte, le mot rtm* se trouve justifié : la bête non 
employée et restée enfermée 2 ne doit pas être gardée par lui pen- 
dant trente jours. Illustrons le cas par un exemple. Un boucher 
évalue la quantité de viande dont il a besoin avant la fête de Pâque 
à dix moutons, qu'il achète avant la fête, suivant l'occasion. Mais il 
s'est trouvé qu'il lui a fallu neuf bêtes, il lui en reste donc une qu'il 
n'a pu placer, utiliser. Il va sans dire que le tour de celle-ci finira 
également par venir; ce qu'on demande donc, c'est que cet animal 
ne reste pas dans la maison du boucher plus longtemps que trente 
jours 3 , depuis le moment de l'achat, jusqu'à l'abatage, sans quoi 
il paraîtrait servir, non à la consommation, mais à l'élevage. De la 
sorte, la baraïta devient claire dans tous ses détails, et la Tosefta 
a la même signification \ Ni dans l'une, ni dans l'autre, le passage 
en question n'était primitivement séparé du cas précédent ; il ne 
fallait donc pas une indication formelle pour faire comprendre 
qu'il s'agissait d'assurer les besoins de la fête, et c'est, à vrai dire, 
cette considération d'ordre religieux qui explique l'exception faite 
pour le roa ; entendez que le particulier peut garder chez lui, avant 
la fête, l'animal destiné à être abattu, tandis que le boucher pro- 
fessionnel, en tenant un certain nombre, peut, suivant les besoins, 
en acheter une et la tuer, ou en acheter une et la conserver dans sa 
maison. 

Nous avons fait connaître ainsi le contenu de l'interdiction 
relative à l'élevage du menu bétail, et sa portée. Elle se réduit 
à peu de chose, et n'a de valeur que pour la partie habitée de la 

1. "irrD b$n m^n DN D^aTHStt 1?» p*p"ia tt^msai. Il est vrai qu'on 
prend ici pour exemple, non une pièce de menu bétail, mais un bœuf, qui coûterait 
mille dénars. 

2. Signification de la racine dans le seul passage biblique où elle se trouve, Ruth, 
i, 13; v. Gesenius-Bubl, Worlei'buch, 13 e édit. M. Friedmann, op. c, p. 10, explique 
ïimy '• « une bête isolée enfermée à la maison », ce qui me semble correct. 

3. Il importe peu dès lors que le texte porte trente jours ou plus de trente jours. 

4. 131721 nplb rnum signifie que le boucher achète l'animal et en débite la 
viande au fur et à mesure des besoins. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 49 

Palestine; les prairies et collines boisées de ce pays, ainsi que la 
Syrie et à plus forte raison les autres contrées en sont exclues. 
Même dans la région prohibée, il est seulement défendu de prati- 
quer rélevage du menu bétail, c'est-à dire; de le laisser paître ; 
l'usage des animaux de boucherie est libre ; même si on en garde 
un vivant pendant un assez long temps à la maison, et Ton va jus- 
qu'à en permettre un plus grand nombre au boucher. Il est probable 
que la tentative qui fut faite d'étendre l'interdiction à la Babylonie 
échoua, et avec raison, car la Babylonie, si elle devint plus tard 
la métropole du Judaïsme, n'était pourtant pas entourée d'un tel 
respect que la colonisation en dut être protégée par des disposi- 
tions toutes spéciales. 

Mais la Palestine elle-même, pendant combien de temps put-elle 
jouir de cetle protection ? Nous avons déjà indiqué plus haut que 
celte mesure ne pouvait provenir que d'une autorité qui s'in- 
téressait particulièrement à Jérusalem. Après la destruction de 
cette ville par Titus, il n'y eut plus lout d'abord une autorité de ce 
genre et l'objet de la protection, Jérusalem (on pourrait ajouter 
tout au plus les environs immédiats), était en des mains étrangères. 
Nous lisons, en effet, que le patriarche R. Gamliel II, la plus haute 
autorité de la génération suivante (il s'agit certainementdeR. Gam- 
liel de Yabné, le deuxième du nom), autorisa déjà l'élevage du menu 
bétail, même en Palestine. <• Les disciples demandèrent à R Gam- 
liel : Est-il permis de pratiquer l'élevage ? H leur répondit : « Gela 
estpermis. » 'Son contemporain, R. Eliézer, dont il a déjà été ques- 
tion à ce propos, n'est pas aussi catégorique. Ilaurait eu, lui aussi, 
à répondre à une demande semblable, ce qui prouve qu'un chan- 
gement était survenu, qui avait mis la question à l'ordre du jour ; 
ce fait nouveau, c'est, à notre avis, la destruction de Jérusalem, en 
Tan 70. R. Eliézer se prononce, ou, pour mieux dire, ne se prononce 
pas — car demandes et réponses forment comme une chaîne d'in- 
décisions et de confusions — sur l'ensemble complexe des questions 

1. D. A., SOrt. Le Talmud oppose naturellement aussitôt la Misclma qui dit 'ptf 
'iDl "p:>""i;i72 et veut appliquer la décision de Gamliel au fait de garder l'animal 
(mn\D^j, de sorte qu'il ne serait pas en discussion avec la Misclma (v. Tossafot, 
ad loc), mais cette explication est encore contraire aux termes si clairs de la réponse 
de Gamliel. Il est vrai que dans la Tosefta (u. 362) cette réponse est conçue dans le 
même sens : Q-p *b r^^yn ntf "J^^pTS \7Ï? "l?0tf, mais je crois qu'il y a 
quelque désordre dans la Tosefta, d'autant plus que la réponse ainsi formulée ne 
correspond pas à la question. Cependant M. Friedmanu, l. c, est d'avis que *p?2"^p72 
veut dire « conserver une bête isolée » = n3"l}>', de façon que la réponse correspondrait 
à rnrTûb dans le Babli. Ce qui suit dans le Talmud : 'i^i N£n N2D 13531 et 
nt373n ^"ÎD2 ri"V£Tp ÎON, ne se rapporte pas à ce cas, comme il est prouvé par 
la Tosefta, mais, comme dans celle-ci, à ceux de la fête et du repas de noce. 

T. LUI, is° 105. 4 



KO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qui nous occupent, et c'est ce qui nous a conduit à chercher dans 
toutes ces interdictions un enchaînement causal. Nous allons repro- 
duire le passage en entier 1 : 

« On demande à R. Eliézer : Qu'en est-il du bâtard (lîttfc) ? peut- 
il enlever la chaussure (c'est-à-dire, peut-il subir la formalité pres- 
crite dans Deut., xxv, 9, pour rendre libre sa belle-sœur devenue 
veuve?) Il leur dit : Demandez s'il peut hériter. Et peut-il hériter ? 
Il leur dit : Mais peut-il enlever la chaussure? Peut-il enduire sa 
maison de chaux? Il leur dit : Mais peut-il enduire sa tombe de 
chaux ? Il leur dit : Peut-il enduire sa maison de chaux 2 ? Peut- on 
élever des chiens? Il leur dit : Peut- on élever des porcs? [Puis] il 
leur dit 3 : Peut-on élever des chiens? Peut-on élever des poules ? 
Il leur dit : Peut-on élever du menu bétail? Et peut-on élever du 
menu bétail? Il leur dit : Peut-on élever des poules? Peut-on sauver 
le berger de la gueule du loup? Il leur dit : Je crois que vous n'avez 
questionné que pour le mouton. Mais peut-on sauver le mouton ? 
Il leur dit : Je crois que vous n'avez questionné que pour le 
berger *. Et X (laibo) aura-t-il part au monde futur ? Il leur dit : Je 
Crois que vous n'avez questionné que pour X (un autre). Non pas 
que fi. Eliézer les ait renvoyés à plus tard, mais c'est qu'il ne disait 
pas une chose qu'il n'eût jamais entendue (de ses maîtres). » 

Ce jeu étrange de demandes auxquelles on en oppose d'autres, 
celles-ci et celles-là restant en fin de compte sans réponse 5 , nous 

1. Tos. Yebamot, m, 3, 4 (p. 243 et 244). 

2. Les cas de irP3 et *n3p se rapportent, non au bâtard, mais à n'importe quel 
homme. La question est extrêmement bizarre et ne me paraît explicable que par 
la défense de Crépir les maisons depuis la destruction de Jérusalem (baratta dans 
Baba Batra, 60 6 : 'irn 'J"H' n 073 "pN; Tos. B. B., n, 17, p. 401), mais il n'est pas 
question ailleurs du tombeau. En tout cas, nous touchons ici la preuve que cette 
chaîne de questions est postérieure à l'an 70. 

3. D'après l'analogie des autres questions, il vaudrait mieux avoir ici : eux, les con- 
sultants, demandèrent à leur tour. 

4. Le berger pécheur et la brebis (rjwDOO) objet du péché ne doivent pas être 
sauvés d'un danger mortel : voilà jusqu'où pourrait aller une interprétation rigoriste. 
Cf. les passages de b. Aboda Zara, 26a, et Tos. B. 3/., n, 33 (p. 375). 

5. Biichler, Der qalil. Am lia-Ares, p. 192, considère chaque réplique comme une 
réponse : on demande à R. Eliézer s'il est permis d'avoir des chiens, il répond en 
demandant s'il est permis d'élever des porcs; comme aucun docteur ne le permet, 
R. Eliézer pense que les chiens sont également interdits. Cette interprétation est 
inexacte, car la question porte, outre sur les porcs, sur bien d'autres choses dont la 
prohibition n'est pas évidente: de plus, nous avons montré que môme pour les porcs la 
défense absolue de les élever n'a pas existé. La remarque qui sert de conclusion géné- 
rale et d'après laquelle R. Eliézer évitait de se prononcer sur des questions qu'il 
n'avait pas entendues de ses maîtres montre que ce docteur ne se permit de formuler 
une décision sur aucun des points qu'on lui soumit. On ne comprend pas comment 
Biichler, au milieu de ces questions et répliques, a pu voir que sur certains points 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE M 

révèle seulement que, quand il devint nécessaire d'introduire des 
changements dans l'état de choses existant, une foule de questions 
surgirent, mais que certains docteurs ne purent pas ou ne voulurent 
pas les résoudre La Mischna de Baba Kamma, vu, 7, qui formule 
sur le menu bétail, les poules, les porcs, les chiens et quelques 
autres cas, une décision absolue et non contredite, doit, sous cette 
forme, dater d'une époque antérieure, de l'époque du Temple ; c'est 
ce que nous avions déjà conclu de la préoccupation qu'elle montre 
pour Jérusalem et les choses saintes '. R. Gamliel tranchait la diffi- 
culté en déclarant l'élève du menu bétail autorisé en Palestine. 
C'était probablement, si Ton tenait compte de la situation de la 
Palestine, la question la plus urgente, et R. Gamliel la résolut 
dans l'esprit libéral. Il était moins urgent d'en décider d'autres 
ayant trait au sanctuaire, car la réalité s'était déjà chargée de les 
résoudrecomme nous avons vu qu'elle l'avait fait pour l'élevage 
des poules, des porcs et des chiens. Mais on connaît à ce sujet le 
sentiment talmudique et rabbinique : une défense, formulée à une 
époque quelconque, sous l'empire dune nécessité quelconque, 
persiste, ne fût-ce que comme un schéma idéal, môme si les temps 
et les circonstances ont changé. R. Éliézer, pressé de questions, 
pouvait donc s'abstenir de se prononcer positivement, les temps 
ne s étant pas encore éclaircis ; c'est qu'aussi l'intervalle était trop 
court, et les orages qui avaient fondu sur le peuple, trop violents 
pour que la clarté pût se faire partout. C'est ainsi que R. Éliézer 
n'avait reçu à ce sujet aucune tradition de ses maîtres. 

Les chefs d'écoles doivent s'être aperçu qu'une défense comme 
celle de l'élevage du menu bétail ne pouvait pas être maintenue 
dans un pays comme la Palestine, et s'ils n'adoptèrent pas du pre- 
mier coup le point de vue de R. Gamliel, ils ne purent plus procla- 
mer l'interdiction dans toute sa rigueur. Tandis qu'auparavant elle 
s'appliquait à tout le monde, nous entendons maintenant R. Juda 
dire que le « haber», c'est-à-dire le docteur vivant d'après certaines 
règles particulières, ne doit pas élever de menu bétail 2 . Que nous 

R. Éliézer décidait « permis » et sur d'autres « défendu ». Comme exemple analogue 
de cette irrésolution de R. Éliézer, Bucldcr renvoie avec raison à Yoma, 66 6; Tos. 
Yoma, iv, 14. Sur ce principe de R. Éliézer h. Hyrcan de ne pas le prononcer, s'il 
n'avait entendu la tradition de ses maîtres, voir J. M. Weiss, Dor Dor we-Dorschaw, 
II, 82. 

1. Une preuve moins importante de l'ancienneté de ce texte resuite de la mention 
du 0">") pour évaluer la distance ; ailleurs on compte plutôt d'après d'autres mesures : 

r>72 et rra&t. 

2. M. Demaï, IL 2 : ^W ttb f|wS "TOItt miTT '-| ...-|2n rWIS VOS DSp^tl 

npi ï-nam. 



52 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sommes loin d'une défense stricle ! Il ne reste plus qu'une obliga- 
tion morale, et cette obligation môme est niée par les collègues de 
R. Juda. Toujours est-il qu'on voyait avec plaisir un « haber » 
s'abstenir d'élever du menu bétail, et les trois cas que nous avons 
examinés plus baut, le cas du pieux rabbin malade, celui de la 
noble famille galiléenne et celui de R. Hanina b. Dosa, concernent 
précisément des « habérim », et c'est probablement en cette qualité 
qu'ils subissent à ce propos des reproches de certains docteurs. 
Quant à ceux-ci, ou bien ils n'admettaient pas celte défense, ou 
bien ils jugeaient inutile de l'appliquer à la Galilée. Le fait est qu'à 
partir de ce moment, on ne parle plus de cette défense que sur le 
ton de l'exhortation et de la prière, mais nullement sur le ton im- 
pératif de la loi ' . 

Essentiellement différents sont deux enseignements qui mettent 
les bergers sur le même rang que les païens. « Les païens et les 
pasteurs de menu bétail ne sont ni avantagés ni désavantagés 2 » 
ou littéralement : ils ne doivent pas être ni dégagés ni immergés 
en cas de danger. On se rappelle qu'on demandait à R. Éliézer si 
l'on pouvait sauver le berger de la vengeance du loup, et qu'il 
répliqua que c'était aussi bien une question de savoir si l'on pouvait 
sauver la brebis du même danger. On voit ici que la défense avait 
des conséquences pratiques, mais seulement à une époque ancienne, 
et la disposition, acceptée sans contradiction, d'une baraïta ano- 
nyme, d'après laquelle on ne doit pas aller au secours d'un berger 
même en danger de mort, est dans le même rapport avec la ques- 
tion posée à R. Éliézer que la Mischna de Baba Kamma, vu, 7, en 
général, avec les autorités postérieures ; en d'autres termes, l'inter- 
prétation rigoriste d'autrefois est obligée de cédera l'interprétation 
nouvelle, plus libérale; R. Éliézer, du moins, conçoit encore des 
doutes à ce sujet; quant à la solution définitive dans le sens d'un 
traitement plus humain du berger, le hasard seul a fait qu'elle ne 
s'est pas conservée. 

De toute cette hostilité témoignée aux bergers il ne reste plus 

1. Voir, par exemple, Tos. Soucca, n, o, p. 194 [Soucca, 29 a.) : îf^DHiS ~>jL12 
npl r>ur>Z ^bllK bn ...^pnb nniKEtt D"nm ; — baraïta dans Pesahim, 
50 6 (Tos. Biccourim, n. 16, p. 102) : pam *pN ...Va "»b"Wm tXSWO "nsn 
Db"l3?b Î-D-D "JETÛ; Dérech ere<; zoutla, n : bTOlïTl ....JMD'nTO fWO "lbfin 
-j"3. 

2. Baraïta dans Aboda Zara, 26a : N51 *pb:>33 frô Ttpn rV£r>2 VHfl D""03>n 
V'P'Tl»; dans Tos. B. M., n, 33 (p. 375) : rpbl^T rtpi !inna DVTim tT"ttn 
1" , T , "n?2 Nb"l "pb27J Nb. On voit que « taire paître » (n^*l"l) équivaut à s élever •> 
ibi; . De même dans Tos. H, A., vai, 15; B. A., 80 a ; r!31ÏÏP rt©3>t23 ïiyn ; cf. 
Sank. t 2ob, et v. la remarque de Bùcliler, op. cit., p. 194, n. 1. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BÉTAIL EN PALESTINE 53 

désormais que la disposition qui les rend inaptes au- témoignage. 
Mais nous ne nous tromperons pas en affirmant qu'il a fallu laisser 
tomber cette loi, dont on a le droit de dire qu'elle est injuste et 
stigmatise sans raison un métier autrefois très considéré. La 
Mischna énumère en deux endroits les personnes incapables de 
témoigner en raison d'une flétrissure qui s'attacbe à elles, mais qui 
est seulement rabbinique et nullement mosaïque, comme le dé- 
montre le contexte tout entier et comme les commentateurs le font 
expressément ressortir ' ; or, les bergers ne figurent môme pas au 
nombre de ces légers coupables. Pourtant un trait rapproche une 
catégorie de ces coupables et les bergers; on dit, en effet, pour 
motiver l'exclusion des joueurs de dés qu'ils sont disqualifiés parce 
qu'ils ne travaillent pas au bien de la société 2 ; et ce qu'on dit d'eux 
négativement, on le dit sous forme positive des bergers : à savoir 
qu'ils se rendent coupables envers la société. Que si les bergers 
ne figurent pas cependant au nombre des disqualifiés, c'est proba- 
blement que la Miscbna adopte la tbéorie nouvelle, d'après laquelle 
l'anatbème contre les bergers a déjà cessé d'avoir cours. 

En effet, le Talmud 3 cite deux baraïtas qui se présentent comme 
des additions à la Mischna Ççvhs "îD^Dïn, N3n), additions d'une épo- 
que plus récente d'après la Guemara, d'après nous additions à une 
certaine pratique suivie par le tribunal, mais rejetées par le rédac- 
teur de la Mischna. En voici le texte : « On y ajouta les brigands et 
les auteurs de violences'», non pas les brigands véritables, mais 
ceux qui en prennent à leur aise avec certaines minuties. On y 
ajouta en outre les bergers, les collecteurs d'impôts et les publi- 
cains s . » A coup sur ces individus, avec toutes leurs pra- 
tiques, constituaient une apparition nouvelle dans la société 
juive et ils furent frappés d'anathème aussitôt qu'on eut appris cà 
les connaître et à les détester. La vie pratique a coutume d'émous- 
ser ces sortes d'antagonismes; on partage l'existence de ces gens 
des années durant et on finit par s'y faire. On pourrait démontrer, 

1. M. Bosch ha-Schana, i, 8 : ■nbfcl , ÎT2ip2 prNDEn j'pb'lOSn In Ï3N 
Û*H33**1 ;p^M *nn*0*l ,t"T3*P TPIDTOI ,rr*rm. Les mômes catégories figurent 
dans M. San/iecL, ni, 3; seuls les esclaves manquent. Les Tossafistes, sur Sanhedr., 
%ib, expliquent logiquement nette exclusion des esclaves en disant que la Mischna 
n'énumère que les gens disqualifiés par les rabbins ( >, 32*"|*7 ""blOS), mais non ceux 
qui le sont déjà de par la Torah, par exemple les brigands. Or les esclaves font 
partie de ces derniers. S'ils figurent néanmoins dans R. ha-Sch., c'est pour des rai- 
sons que donnent les commentateurs ad loc. 

2. Sanhedr., 24 6 : obv blO l m 115'* 3 •ppiOT pN^ lob . . .TON "1123*3 m. 

3. Ibid., 25 a. 

4. D-ooTanm û^bwn. 

5. *po:n*om Yuan D" , jh-i?i. 



M REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en effet, que même des docteurs éminents étaient publicains et 
péàgers au service de l'empire romain, et s'ils s'exposaient à des 
reproches, toujours est-il que ceux-ci n'étaient pas plus vifs que 
ceux qu'on adressait à l'élevage du menu bétail, dont on ne s'abste- 
nait pourtant pas. 

De même, les brigands d'une espèce moins farouche, les auteurs 
d'actes de violence, ainsi que leurs confrères souvent mentionnés : 
les oppresseurs ("pp^tt), les violents (pDais) constituaient un phéno- 
mène nouveau, comme le prouve entre autres la loi du Sicaricon 1 , 
et il fallait les combattre d'une manière quelconque, mais on ne 
peut faire durer longtemps de tels boycottages. C'est ainsi que les 
bergers paraissent, en effet, comme témoins 2 , et il est difficile de 
croire qu'on ait eu l'intention de n'accréditer que les bouviers, à 
l'exclusion des pasteurs de moutons et de chèvres. On peut môme 
déduire indirectement de M.. Bosch ha -Schéma, i, 8, que le berger, 
que le point de vue rahbinique tout au plus permet de considérer 
comme un brigand, était admis à témoigner dans les affaires matri- 
moniales 3 . 

Il est encore un point essentiel que nous devons examiner en 
terminant. Quand il a été question jusqu'à présent des vols et des 
brigandages des bergers, on sous-entendait toujours qu'ils étaient 
bergers pour leur propre compte : il était donc de leur intérêt de 
laisser leurs troupeaux se repaître sur des pâturages étrangers. 
C'est ce que nous avons observé, entre autres cas, dans la famille 
noble de Galilée; la femme de R. Houna garde également le trou- 
peau pour son mari, de sorte qu'elle y trouvait en même temps son 
intérêt. R. Hanina b. Dosa, auquel on fait remarquer le dommage 
causé par ses chèvres, ne paraît pas avoir gardé celles-ci en per- 
sonne, mais il se peut que ce lût sa femme ou ses enfants. C'est 
seulement alors qu'on pouvait craindre l'usage déloyal du bien 
d'autrui; il est vrai que celte considération cessa dans la suite 
d'être décisive, car nous avons vu, par exemple, ce pieux malade qui 

1. Ce qui n'est pas moins caractéristique, c'est que le mot le plus souvent employé 
pour désigner le brigand, Q^uDD^b, est grec (Xyioty;;) . 

2. Dans M. Sanh., m, 2 : -jpa iy-\ ttSSbttï ""by pa^fc». Dans Sanh., 25 6, on ne 
veut pas admettre qu'ils figurent comme témoins (rVH3>b) ; ils formeraient le collège 
rabbinique (HSVjb}, mais cette explication est contraire au sens naturel des mots, car 
dans la phrase voisine '"\^ froj* *hy *{73&0 il ne peut s'agir que du témoin. 

3. V. Rosch ha-Schana, 22 a, et d'une façon positive dans Tossafot sur Aboda 
Zara, 26 a, en bas : ÏIUJK mirb D^ttîD (D^llïl) dn D3"l. Comme, d'autre part, 
même un pa'ien de bonne foi [V2MD "'Db ï~PO)2) est cru (M. Yebamot r x\l, 5), il en est 
autant, à plus forte raison, du berger et de tous les autres individus disqualifiés: v. 
Lipmann Heller sur M. Rosch ha-Schana, i, 8. 



LA DÉFENSE D'ÉLEVER DU MENU BETAIL EN PALESTINE 55 

ne faisait pas paître du tout sa bête, mais la tenait attachée dans 
sa chambre, et à qui on en fit pourtant un reproche. Tout cela se 
comprend, car les rabbins, quand il s'agissait de leurs dispositions, 
n'avaient pas coutume de se perdre dans des distinctions (jnbo ab) 
et condamnaient toutes les formes que pouvait revêtir l'objet de 
leur haine. 

Mais, au fond, toute une catégorie de bergers doit être exceptée 
de la disqualification. Le Talmud lui-même le reconnaît en expli- 
quant l'enseignement de R. Juda disant que le berger en général 
(rwi dno) est inapte à rendre témoignage. Il ne s'agit, dit-il à ce 
sujet, que du berger qui fait paître son propre troupeau, mais non 
de celui qui est au service d'autrui, car personne ne pèche s'il n'y 
trouve pas son intérêt 1 . On conçoit que les pasteurs péchaient pour 
leur profit personnel ou contre les intérêts de leurs maîtres, ainsi 
qu'il résulte de nombreuses dispositions 2 , mais ils ne portaient pas 
atteinte au bien public dans l'intérêt de leurs maîtres. Donc un 
Akiba qui servait comme berger chez Kalba Saboua n'est, d'après 
la théorie talmudique, aucunement disqualifié. De même, un berger 
payé par la ville ne s'amusera pas, par pur caprice, à conduire ses 
troupeaux sur des pâturages étrangers, mais attendra d'être arrivé 
au pacage communal 3 . Il est facile, d'après cela, de voir quel petit 
nombre de bergers était atteint par la disqualification '*. 

Nous pouvons maintenant formuler le résultat de notre étude 
dans la proposition suivante : la Mischna de Baba Kamma, vu, 7, 
avec sa défense d'élever le menu bétail, les poules, les porcs et 
les chiens, n'a eu, pour la vie pratique, autant dire aucune signi- 
fication. 

Budapest, août 1906. 

S. Krauss. 



1. L'enseignement de Juda est reproduit dans Sanh., 25 b, plus brièvement dans 
Baba Meoia, 5 6, où se trouve la remarque : Nfabyi NTT FPT^ Rft, puis : MpîTl 

ib abi Nain ûin v». 

2. Voir particulièrement le cas cité dans B. M., o« : 'iDl 603H NITTH ; pour la 
halacha théorique, v. M. B. K , x, 10 ; Tos. B. K., xi, 9, 10. 

3. C'est l'exemple pris par Raschi dans B. M., 5 6. 

4. Le propriétaire de troupeaux porterait difficilement le nom de rT3>1*"l, mais plutôt 
celui de n^Sîl b^3, comme dans l'histoire de la famille galiléenne, B. K,, 80 a. Seul 
le berger de profession, c'est-à-dire qui s'occupe de préférence de pâturage, et l'homme 
pâturant qui vend ses services à autrui, pourraient le plus souvent être désignés par 
Î13>in ; cf. Tos. Éroub., vi, 13 (p. 145) : rtfin nnN pT ; Berachot, 40 b : N" 1 ?") ^mi : 
B. M., 5a: 603>-) Nlrin. 



LE PROSÉLYTISME JUIF 



SUITE 



IV 



LE GUER TOSCUAB. 



Comme La dit Schtirer, le guer toschab dont il est si souvent 
question dans les textes talmndiques est, à n'en pas clouter, le 
métèque de la Bible et ne représente pas une catégorie spéciale de 
prosélytes. Mais il ne faut pas se dissimuler que cette conception 
historique ne rend pas compte de tous les passages où paraît ce 
terme, en particulier de celui-ci : « Baraïta. Naaman était un 
guer toschab, Nebuzaradan un guer cédek 2 . » 

Pour le sens de guer cédek, aucune contestation possible : c'est 
le prosélyte sincère, qui est venu au Judaïsme par amour et qui en 
a accepté toutes les lois. Or, si le second terme désigne le prosélyte 
parfait, le premier, étant donnée l'opposition, doit s'appliquer à un 
prosélyte de qualité inférieure. L'auteur de cette baraïta s'est ins- 
piré du verset des Rois (I, v,18) : « L'Éternel veuille pardonner ceci 
à ton serviteur, c'est que, lorsque ton maître entrera dans la maison 
de Rimmon pour s'y prosterner et qu'il s'appuiera sur sa main, je 
me prosternerai dans la maison de Rimmon. » Un prosélyte du 
second degré n'aurait ni demandé ni accepté une telle concession. 
D'après Raschi, Naaman est un guer toschab pour avoir seulement 

1. Voir t. L, p. 1 et suiv. ; t. LI, p. 1 et suiv. 

2. Guittin, 57 b; Sanhédrin, 96 6. Cf. une distinction analogue faite par Rabbi, 
j. Baba Mecia, 10 c. 



LE PROSÉLYTISME JUIF 57 

renoncé à l'idolâtrie (« car ton serviteur ne fera plus d'holocaustes 
ni de sacrifices à d'autres dieux qu'à l'Éternel », vers. 17), sans 
avoir accepté en môme temps toutes les prescriptions du culte juif. 

Ici donc guer toschab est certainement un demi-prosélyte, et non 
plus un simple métèque. 

Il y a plus, si guer toschab désignait toujours un métèque, 
comment pourrait-on attribuer ce titre à Naaman, qui n'habitait 
pas la Palestine? Cette qualité, dans l'esprit des rabbins, était 
donc indépendante de la résidence. 

Soutiendra-t-on qu'en emportant de la terre d'Israël, comme il le 
fit, Naaman, pour l'auteur delà baraïta, s'était assimilé à un habitant 
de la Palestine? Ce serait attribuer gratuitement à ce rabbin des con- 
naissances historiques auxquelles il ne devait guère prétendre S'il 
avait fait preuve d'un tel esprit critique, il aurait vu également que 
la possession de cette terre était nécessaire, aux yeux de Naaman, 
pour célébrer le culte du Dieu d'Israël, et, par conséquent, que cette 
pratique impliquait sa conversion à ce culte. 

On opposera peut-être à cette conclusion que, d'après un autre 
texte', Naaman était un simple m p, c'est-à-dire un païen obser- 
vant les six ou sept prescriptions imposées à tous les hommes, au 
dire des rabbins. Or justement, de lavis de certains docteurs 2 , 
le guer toschab est celui qui suit les lois noachiques. Mais cette 
objection serait insoutenable puisque, encore une fois, Naaman 
n'était pas domicilié en Judée, et que cette circonstance seule peut 
justifier le titre de guer toschab. Guer toschab n'est synonyme de 
ben Noah que lorsqu'il s'agit d'un métèque palestinien. 

Qu'on ne s'étonne pas que tous les rabbins n'aient pas été d'ac- 
cord sur la qualité de Naaman au regard du Judaïsme : ces diver- 
gences de vues sont presque constantes à propos de chacun des 
héros de l'Écriture. Ainsi, pour la plupart des exégètes du Talmud 
et du Midrascb, Jethro est le type du véritable prosélyte. Or cela 
n'empêche pas tel interprèle du texte sacré de placer le beau-père 
de Moïse au-dessous même de Naaman. Il s'exprime, en effet, ainsi: 
«L'Écriture porte : Car l'Eternel est le [vrai] Dieu. Les rabbins ont 
dit à ce propos : Jethro croyait à la réalité des divinités; voilà 
pourquoi il déclara à Moïse : Maintenant je sais que l'Éternel est le 
plus grand des dieux. Naaman n'y croyait plus qu'à moitié, puisqu'il 
dit : Je reconnais qu'il n'y a de Dieu de toute la terre qu'en Israël 
(il ne parle pas du ciel). Rachab alla plus loin en disant : Car 

1. Sanhédrin, 74 b et 75 a. 

2. Aboda Zara, 64 b. 



58 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'Éternel votre Dieu est le Dieu du ciel et de la terre. Mais Moïse les 
dépassa tous... » Ce texte de Debarnn Rabba, en. n, n'est autre 
chose qu'une variante de la Mechilta sur Ex , xvm, 11 1 . 

Ce Midrasch nous montre en même temps que de bonne heure 
Naaman était assimilé aux prosélytes classiques, car autrement il 
ne serait pas placé entre Jethro etRachab,les types les plus fameux 
des païens convertis au Judaïsme. 

Voilà donc un nouveau dogme scientifique à reviser: il n'est plus 
permis d'affirmer que la conception du gner toschab n'a rien à 
faire avec le prosélytisme 2 . 

Une fois ce bloc entamé, on s'aperçoit qu'en d'autres passages le 
guer toschab est une variété de prosélyte du premier degré. Ainsi 
R. Yohanan est d'avis qu'un guer toschab qui, dans un délai de 
douze mois ne s'est pas circoncis, est considéré comme un sectaire 
païen 3 . Ce rabbin ne pense certainement pas aux anciens métèques 
palestiniens, car nulle part la circoncision n'est requise de ces 
étrangers pour résider en terre juive; il vise des prosélytes de 
son temps qui, quoique ayant embrassé le Judaïsme, n'ont pas 
voulu accepter la circoncision. Pour lui, ils sont considérés 
comme prosélytes pendant une année seulement en ce qui 
concerne les obligations des Juifs envers eux ; passé ce délai, 
ce ne sont plus que des païens, encore qu'ils se soient détachés 
du paganisme. 

L'expression toschab a subi une évolution parallèle à celle de 
guer : de même que celle-ci perdait son sens primitif de métèque 
pour prendre celui de prosélyte du second degré, le toschab, distin- 
gué dans l'Écriture du guer, devenait un demi-prosélyte, synonyme 
de «craignant le ciel ». Seulement ce dernier terme est resté pour 
désigner spécialement cette catégorie de prosélytes, peut-être parce 
qu'il était employé, avec ce sens, en dehors de la Palestine, dans 
les pays de langue grecque comme à Rome. En Palestine, les 
rabbins ne se servent de celui de guer toschab avec cette acception 
qu'exceptionnellement. Mais si exceptionnels que soient les cas, ils 
montrent qu'il y a un véritable lien entre les Œsêofjtgvoi et les 
aw -nu. 

1. C'est ce livre que désignent les mots : « Les rabbins ont dit. . . ». 

2. Bertholet, p. 325. 

3. Aboda Zara, 65 a. 



LE PROSELYTISME JUIF 59 



CIRCONCISION OU BAPTÊME. 



On connaît la discussion de R. Éliézer et de R. Josué sur les 
conditions requises du prosélyte pour son introduction dans le 
Judaïsme : d après la version conservée dans le ïalmud de Raby- 
lone, R. Éliézer aurait exigé la circoncision et le baptême, tandis 
que R. Josué, comme plus tard R. Juda b. Haï, se serait contenté 
du baptême K On a mis en rapport cette tolérance de R. Josué avec 
sa bienveillance envers les candidats au prosélytisme, bienveil- 
lance qui fait pendant à celle de Hiliel 2 . Cette opinion de R. Josué 
et surtout celle de R. Juda b. Haï étaient-elles dans l'esprit de ces 
deux docteurs purement théoriques ; représentent-elles seulement 
un vœu, un pieux desideratum? Il ne paraît pas, en tout cas, que 
dans la pratique, on se soit jamais appuyé sur leur dire, à supposer 
qu'il ait eu une telle portée. 

Cependant il faut signaler une singularité du traité des prosé- 
lytes [Masséchet Guerim) qui semblerait faire croire que le baptême 
aurait passé au premier plan et peut être même évincé la circon- 
cision. Le texte est ainsi conçu : « On n'accueille pas tout de suite 
la demande de celui qui veut se convertir. On lui dit : Pourquoi te 
convertir? Tu vois cependant que ce peuple est humilié, asservi, au 
dernier rang des nations, que maladies et épreuves l'atteignent, 
qu'ils enterrent enfants et petits-enfants, qu'ils sont mis à mort 
pour la circoncision, le baptême et les autres prescriptions; qu'en 
outre, ils ne pratiquent pas publiquement comme les autres 
nations (les observances de leur culte). S'il répond qu'il ne se sent 
pas capable de se faire à tout cela, on le congédie. S'il s'y soumet, 
on le fait descendre à la maison d'ablution, on le couvre d'eau jus- 
qu'à la ceinture et on lui apprend quelques-unes des prescriptions 
de détail de la Loi, en même temps qu'on lui impose l'obligation 
des règles de charité relatives à la terre. Ce discours, on le tient 
également aux femmes. On leur enjoint de bien observer les lois 
ayant trait à l'impureté chronique et à la lumière du vendredi. 



\. Yebamot, 47 b ; contrairement à j. Kiddouschin, 64 d 
2. Voir t. LI, p. 13 et s. 



60 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

— Après le baptême on dil au néophyte des choses bonnes et 
«droites » : « A qui f es-tu attaché? Heureux es-tu : à Celui qui a 
créé le monde par sa parole. Or le monde n'a été créé qu'a cause 
d'Israël, eux seuls ont été appelés les enfants de Dieu, eux seuls 
sont chers à Dieu. Tout ce que nous t'avons dit avait pour but 
d'accroître ton mérite. » 

Nous avons là certainement une sorte de manuel du prosély- 
tisme, un rituel des conversions 1 . Or n'est-il pas remarquable que 
la circoncision ne soit pas mentionnée, et même au premier rang 
des actes obligatoires? 

La surprise est plus grande quand on compare ce rituel à celui 
que le Talmud de Babylone a conservé : « 11 est dit dans une baraïta : 
Quand un non-juif de nos jours 2 demande à se convertir au Judaïsme, 
on lui dit : «Pourquoi le veux-tu? Ne sais-tu pas que les Israélites 
aujourd'hui sont pourchassés, humiliés, soumis à toute sorte 
d'épreuves? S'il répond : je ne l'ignore pas, et je n'en suis pas 
digne, on le reçoit immédiatement et on lui fait connaître quelques- 
unes des prescriptions les plus légères et les plus rigoureuses, le 
péché qu'il y a à enfreindre les lois de charité relatives à la terre 
et les punitions qui s'attachent à la transgression de la loi On lui 
dit : Sache que, si jusqu'ici tu as mangé de la graisse, tu n'étais pas 
passible du retranchement, ou si tu n'as pas observé le sabbat, tu 
n'étais pas passible de la lapidation, ce qui n'est plus le cas aujour- 
d'hui. Pareillement on lui fait connaître la récompense de l'obser- 
vance des prescriptions religieuses. Sache, lui dit-on, que le monde 
futur est réservé aux justes, que de nos jours les Israélites ne sont 
pas en état de supporter ni l'abondance du bonheur ni celle de la 
punition. Mais on n'insiste pas [sur les raisons qu'il aurait de 
renoncer à son dessein] et on n'entre pas dans trop de détails. 
Accepte-t-il : on le circoncit immédiatement. Après sa guérison,on 
lui fait subir le baptême ; pendant ce temps, deux docteurs lui font 
connaître quelques-unes des lois les plus légères et les plus sévères. 
Après le baptême, il est comme tout autre Israélite. Les femmes, on 
les plonge dans l'eau jusqu'au cou et deux rabbins qui se tiennent 
dehors leur enseignent quelques-unes des lois légères et sévères » 
(Yebamot, 47 a-b). 

1. Un tel manuel est indiqué dans Rut/i Habba, sur i, 6. Cédant aux instances de sa 
bru, Noémie lui expose les règles des prosélytes (a^~i> mDbn nb n~mO rîb^nnn) 
lui disant : « Mafdle, sache que les filles d'Israël n'ont pas l'habitude d'aller aux théâtres 
et aux cirques des païens, etc. » 

2. Ces mots font sans doute allusion à un autre rituel en vigueur au temps de la 
prospérité de l'fctat juif. 



LE PROSELYTISME JUIF 61 

Ici on ne manque pas de signaler avant tout la circoncision. Ou le 
passage qui devait en parler dans Masséchet Guérim a été passé par 
une étourderie de copiste, ou le rituel de ce traité serait uu vestige 
d'un manuel des prosélytes conçu dans l'esprit de R. Josué. 

Il est bon justementd'observer que le texte de Masséchet Guérin, 
quoique apparenté à celui du Talmud, n'en dérive pas nécessaire- 
ment et même a conservé des traits anciens : la mort infligée pour 
la circoncision et le baptême, de même que le culte célébré clan- 
destinement font penser au temps d'Adrien. 

Que si, dans le paragraphe qui suit immédiatement, la Masséchet 
Guérim rapporte l'opinion de R. Éliézer exigeant la circoncision et 
même semble ignorer l'avis de R. Josué, cela prouverait que l'auteur 
a mis bout à bout des textes de provenance différente sans se 
préoccuper des contradictions qu'ils présenlent entre eux. 

Il va sans dire que notre hypothèse, présentée d'ailleurs timide- 
ment, serait ruinée par la découverte d'un manuscrit de Masséchet 
Guérim contenant les mots dont l'absence a provoqué cette note. 

Israël Lévi. 



LES DEUX ALPHABETS DE BEN SIM 



Il existe deux opuscules intitulés l'un et l'autre Alphabet de 
Ben Sira; ce sont des sortes de commentaires de vingt-deux sen- 
tences attribuées à Ben Sira et rangées suivant Tordre alphabé- 
tique ', Ont-ils dû leur naissance à un Vague souvenir du cantique 
alphabétique qui clôt le livre de Ben Sira? Rien ne permet de le 
supposer, car, comme on le verra, il est fort douteux que les 
auteurs de ces deux pseudépigraphes aient eu entre les mains 
rœuvre du Siracide. 

La première étude vraiment scientifique consacrée à ces deux 
compositions est celle de M. Louis Ginzberg [Jewish Encyclope- 
dia, s. v. Ben Sira). Notre savant confrère y a déployé ses qua- 
lités ordinaires d'érudition et de méthode, mais peut-être n'a-t-il 
pas serré le problème d'assez près. Il nous paraît utile de reprendre 
la question à nouveau en notant seulement ce que M. Ginzberg a 
laissé dans l'ombre ou interprété autrement que nous 



LE PREMIER ALPHABET DE BEN SIRA, 



Nous appellerons ainsi celui qui occupe les premières pages de 
l'édition de Steinschneider. Il est fait de deux parties : 1° de sen- 
tences rédigées en araméen, et 2° d'un commentaire de ces sen- 
tences écrit en hébreu. De ces aphorismes un seul est emprunté à 
l'Ecclésiastique, c'est le premier : « Honore le médecin avant que 

1. La meilleure édition est celle de Steinschneider, Alphabeticum Syracidis, Berlin, 
1854. 



LES DEUX ALPHABETS DE BEN SIRA 63 

tu n'aies besoin de lui » (— xxxvin, 1). Seulement il peut n'en pro- 
venir qu'indirectement, car il se lit dans le Talmud de Jérusalem 
(Taanit, 66 d ; cf. Tanhouma, Mikèç, 10; Pesikta Rabbati, xxv, 
p. 127 a; Schemot Rabbafxxi), et, qui plus est, traduit en araméen 
de la même façon. 

Un second est dit généralement emprunté à l'œuvre de Ben Sira; 
il est ainsi conçu : « Ne fais pas de bien au méchant et il ne t'arri- 
vera rien de mal. » Or, rien de tel ne se lit dans l'Ecclésiastique, 
et c'est à tort que MM. Neubauer et Cowley ' renvoient au ch. vu, 1, 
qui porte : « Ne fais pas le mal, et il ne t'en arrivera pas. » L'idée 
seulement en est exprimée au ch. xn, vers. 2 et suiv.: « Fais du bien 
au juste, et tu recevras une récompense, sinon de lui, au moins de 
Dieu. Point de bonheur pour celui qui fail plaisir au méchant. . . 
Tu obtiendras double mal au temps de l'indigence pour tout le 
bien que tu lui auras procuré. Ne lui donne pas des armes dont il 
se serve contre toi. » Ici, il est incontestable que ce n'est pas un 
emprunt direct au Ben Sira. Bien mieux, l'aphorisme est cité sim- 
plement comme un proverbe populaire : aa fn^N p^K l^n "je 
*]b *aE sb &wrai Ta*n Nb «Fab : « De là ce qu'on dit. . . » (Bereschit 
Rabba, xxn) ; . . .tzrab ata -n^a «rwai «in s C'est pour cela que les 
gens disent. . . (Vayihra Rabba, xxn, et Kohélet Rabba, v); «bn» 
!.. .1JW « Le proverbe dit... » (Tanhouma, éd. Buber, IV, 99). 
C'est dans l'édition ordinaire du Tanhouma ( Houkkat) que s'est 
introduite la glose « Ben Sira » : nto p n^i* abn» « Le proverbe 
dit Ben Sira. . . » 2 . Il est visible que «-no p est une addition margi- 
nale, qui rend, d'ailleurs, la phrase incompréhensible. Au surplus, 
ces mots ne figurent pas dans le ms. d'Oxford, qui correspond à 
l'édition ordinaire. 

Une autre sentence (n° 12) : « A l'homme intelligent [suffit] un 
signe, au sot [il faut] le bâton », se retrouve dans le Midrasch 
Mischlè, sur xxn, 6, qui la donne comme une citation de Ben Sira, 
ce qui est faux; mais on ne saurait dire qui, de l'Alphabet ou du 
Midrasch, est l'emprunteur. 

Plusieurs aphorismes n'ont de commun avec l'Ecclésiastique que 
l'esprit qui les anime. Tels : n° 2 : « Le fils qui n'est pas intelli- 
gent, abandonne-le sur l'eau qu'il nage a; n° 4 : « L'or a besoin 
d'être battu, l'enfant d'être frappé » ; n> o : « Sois bon et ne te 
refuse pas ta part de bonheur 3 » ; n" 10 : « Ne retiens pas ta main 

1. The original Hebrew of a portion of Ecclesiasticus, p. xx. 

2. Un copiste aura noté que ce proverbe figure dans l'Alphabet de Ben Sira. 

3. Dans le ms. 394 de la Bibliothèque nationale de Paris, qui contient, f° 148 b, 
l'Alphabet de Ben Sira sans le commentaire, le n' 5 est ainsi conçu : 2U û3> 3C3 "H H 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du bonheur » ; n° 6 : « Malheur au méchant, malheur à ceux qui le 
fréquentent » ; n° 20 : « Un premier ami, ne le renie pas » ; n° 21 : 
« Si tu as soixante conseillers, n'en renonce pas moins à ton 
propre conseil. » 

Le fond de tous ces proverbes, on en conviendra, est trop banal 
pour qu'on ait besoin de croire que l'auteur en a puisé l'idée dans 
l'Ecclésiastique. Le n° 21 renferme même un indice attestant qu'il ne 
peut être de Ben Sira, c'est l'emploi du nombre soixante, qui est 
caractéristique des proverbes populaires de la Babylonie à l'époque 
talmudique. C'est ainsi que Rabba dit à Rabbah b. Mari : « D'où 
vient ce que dit le peuple : Soixante courriers courent et n'attei- 
gnent pas l'homme qui a mangé le matin ? » (Baba Kamma, 92 b). 
— « D'où vient, demande le même rabbin, ce proverbe : « Soixante 
douleurs pour la dent qui entend le bruit de ses voisines et ne 
mange pas? (ibid.) » — « Soixante sortes de fer pendent au dard 
de la guêpe » (Houllin, 38 b). — « Si tu as eu soixante enfants qui 
sont morts, remarie-loi et aies-en un qui soit plus robuste que 
soixante » (Baba Batra, 91 a)*. 

Le n° 7, chose curieuse, n'est qu'une traduction de Kohélet, xi, 
\ : « Jette ton pain sur la surface de l'eau, et tu le retrouveras à la 
fin de tes jours. » 

Le n° 15 : « Un vieillard dans la maison est un bon signe dans la 
maison » paraît n'être qu'une altération du proverbe (Arachin, 
]9 a) : « Une vieille femme dans la maison est un trésor dans la 
maison. » Il semble qu'on ait mal lu kttd « trésor », dont on a fait 
ndtj'D « signe » 2 . 

M. Ginzberg renvoie pour les n os 17 et 22 aux proverbes d'Ahi- 
kar, n 08 43 et 71 du syriaque. 

Enfin, pour èlre complet, disons encore que le commentaire du 
n* H cite de Ben Sira un vingt-troisième proverbe, qui n'a aucun 
lien avec l'Ecclésiastique : Nttb* nnnn?3 wc»"i w fcODtttt « Du matin 
au soir le monde est détruit. » 

îlD-in tô 1ZT3 *J73 'ïpb.m. Ce ms. a parfois la leçon correcte. Ainsi il confirme la 
conjecture de Neubauer et Cowley pour le n° 14, où il porte (et non p^bl) h^bj) ")*)D 
'PN'UD "piinS Tp"l72 « Un petit feu fait brûler de nombreuses meules de blé. » 
Cf. Épître de Jacques, m, 5. 

i. Voir encore Pesahim, 1116: « Le sorbier qui est près de la ville n'a pas moins 
de soixante démons. » Il fallait pour les exorciser une formule spéciale au nombre 
soixante. Cf. Bechorot, 8 b, Baba Mecia. 84 b. On sait que ce nombre provient du 
système babylonien. 

2. Dans le ms. de la Bibl. nat. mentionné plus baut, on lit même : Kmail N30 
Nn**33 Nna Nj?û"<Cn KE^D KrP23 NP30 Nmaa NIID. C'est le texte même du 
Talmud, avec l'addition des trois derniers mots. 



LES DEUX ALPHABETS DE BEN SIRA. 65 

En somme, il n'est aucune de ces sentences qui provienne direc- 
tement de Ben Sira. On n'en a attribué la paternité à ce moraliste 
que parce qu'on savait par le ïalmud qu'il en avait composé de 
semblables. De bonne heure, d'ailleurs, son ouvrage avait été 
comme un aimant attirant à lui les proverbes usuels en Bahylonie. 
C'est ce qu'on voit dans Je Talmud (Sanhédrin, 100 6) où un rabbin 
babylonien cite de Ben Sira, déjà au iv e siècle, des apophtegmes 
étrangers à l'Ecclésiastique. Or justement, ces proverbes apocry- 
phes sont rédigés en araméen, comme ceux de l'Alphabet. Môme 
phénomène dans Kalla Rabbati, qui mentionne du Siracide une 
série de sentences araméennes qui n'ont aucune ressemblance 
avec le texte de 1'Ecclésiaslique. 

Faut-il supposer que notre collection aurait vu le jour en Bahy- 
lonie ou aurait été faite à l'aide de proverbes originaires de cette 
région? C'est cette dernière hypolhèse que propose M. Ginzberg. 
Mais la solution n'est pas entièrement satisfaisante, car, comme 
on l'a vu, deux au moins des proverbes sont tirés du Talmud de 
Jérusalem ou des Midraschim palestiniens. Que si certains numéros 
peuvent être d'origine babylonienne et d'une époque relativement 
ancienne, il n'en reste pas moins vrai que la collection est assez 
récente et remonte à une date tardive où les deux Talmuds et 
certains Midraschim peu anciens étaient répandus, c'est-à-dire au 
temps des Gaonim. La date pourrait être précisée si l'auteur de la 
collection était le même que celui du commentaire. Mais rien n'est 
moins sûr. 

Ce commentateur, qui ne manque pas d'érudition talmudiquc et 
midraschique, possède des traditions curieuses. Il connaît à Ben 
Sira un fils, du nom d'Ouzziel, et un pelit-iils, Joseph II rapporte 
leurs opinions et leurs controverses (n os 1, 2, 8, 10). Ces mêmes 
personnages fabuleux sont mentionnés dans le m s. 15,299 du 
British Muséum v f° 2(5 «). C'est à eux que Ben Sira aurait révélé 
cinq livres et cinq séder ; ces cinq livres sont le Se fer Yecira, 
le t\x-i o ('?), le prrp"7 'o, la Pesikta Babbati, en deux versions, 
et le livre de Zeroubabel (apocalypse messianique). La divul- 
gation de ces mystères aurait fait trembler toute l'armée des 
cieux ! 

Le commentateur illustre les sentences, non seulement au moyen 
des récits bibliques, mais à l'aide d'historiettes (n os 8, 12, 16, 18)* 

1. MM. Neubauer et Cowley {op. cit., p. xiv) disent au sujet de ces historiettes : 
« The stories given after each proverb in part 1 are mostly indécent and written in 
mockery of Jewish literature ». Ils ont confondu le second Alphabet avec le premier. 
T. LUI, n° 105. 5 



66 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et de contes populaires (n 03 7, 9 et 11)*. L'un de ceux-ci semble 
indiquer que l'auteur aurait vécu dans un pays musulman, c'est 
celui de l'homme qui ne veut pas dire : « Si Dieu l'ordonne. » On 
connaît cette expression musulmane. Mais, comme le même conte 
était répandu parmi les chrétiens 2 , on ne peut rien déduire de La 
rencontre. 

M. Ginzberg a plus raison d'appuyer celte conclusion sur la 
citation d'un proverbe arabe que l'auteur reproduit sous sa forme 
originale et qu'il traduit en hébreu (n° 22). Seulement, il faut faire 
entrer en ligne de compte un autre renseignement : le commenta- 
teur disant(n°9) : « Nous sommes soumis aujourd'hui à la postérité 
d'Ésaii », montre par là qu'il vit clans un pays chrétien. Il y a donc 
lieu de supposer qu'il écrivait dans l'Italie méridionale au x e ou au 
xi e siècle. Il ne saurait être question d'une époque plus récente, car 
notre Alphabet a élé utilisé par l'auteur de l'autre composition de 
ce nom, laquelle est déjà citée dans l'Arouch. 

D'autres données concordent avec ce renseignement : son exé- 
gèse ne ressemble guère à celle des écoles françaises et alle- 
mandes, qui s'inspirent du Midrasch. D'après lui, c'est à cause de 
la crainte provoquée parla sévérité habituelle de son père qu'Isaac 
n'oppose aucune résistance quand Abraham l'attache sur le bûcher 
ou qu'Ismaël accepte son renvoi sans mot dire. Si Jephté met 
à mort sa fille, c'est pour avoir fréquenté les gens de la tribu 
d'Éphraïm, qui brûlaient leurs enfants en l'honneur de Baal. La 
morale de l'auteur n'a rien non plus de l'austérité des Français et 
des Allemands : il ne veut pas qu'on se montre trop dévot K*r» 
û^ttî, de peur de passer pour un fou (n° 5). Il n'est pas besoin de 
dire que l'auteur du commentaire de l'Alphabet ne saurait être 
espagnol. 

Israël Lévi. 



1. L'un est le conte des animaux qui parlent, conte qui reparaît dans le llibbour 
Maasiol ; un autre celui de l'homme qui sauve un lion, d'après Vayikra Rabba, xn, 
qui cite à ce propos le proverbe dont il a été question plus haut. 

2. Voir Luzel, Légendes chrétiennes de la liasse-Bretagne, I, p. 68. 



HAYYIM B. ISAAC OR ZAROUA 



Nous nous proposons, dans cette esquisse, de tracer, à l'aide de 
renseignements rares et épars, le portrait d'un homme qui, s'il n'a 
pas sa place parmi les maîtres de la pensée, mérite, néanmoins, 
d'être appelé le digne héritier du nom paternel, et qui, dépositaire 
de l'activité littéraire de son père, a le plus fait pour que les opi- 
nions de ce dernier pussent pénétrer dans les ouvrages des auto- 
rités rabbiniques postérieures. Cet homme est Hayyim, fils de 
R. Isaac de Vienne, Fauteur de YOr Zaroua. Jusqu'à présent, on 
s'est peu occupé de lui. A part le petit recueil de ses Consultations, 
édité par J. Rosenberg (Leipzig, 1865), on n'a guère fait attention 
à lui, et même les quelques données qui se dégagent de ces 
Réponses ne sont pas réunies. Le petit Or Zaroua, son œuvre, se 
trouve en manuscrit dans les bibliothèques et attend un éditeur. 
Son nom revient assez souvent dans les écrits de Mordekhaï, du 
Maharil, d'Isserlein, de Moïse Minz; il nous paraît donc intéressant 
de rassembler les matériaux littéraires et historiques qui per- 
mettent de le caractériser et de se faire une idée de sa vie et de 
son œuvre. 

Isaac b. Moïse b. Isaac b. Schalom \ l'auteur de l'Or Zaroua, 
avait deux fils, Baruch 2 et Hayyim, ainsi qu'une fille, mariée à 

1. O. Z. (== Or Zaroua), 1,227 b ; Zunz, Literaturgeschichte, 458. Isaac b. Scha- 
lom correspondit avecKalonymos b. Juda HTnn (O.Z., Baba Batra, § 176 ; II. O.Z. 
[= Hayyim Or Zaroua], n" 167), oncle de R. Simha de Spire (O. Z., Baba Kamma, 
§430; //. O. Z., n*22l). Il est l'auteur du zoulat û^abtfa "flED pN • Zunz. Ltg., 
313, admet que l'auteur de selihot Samuel b. Isaac est l'oncle d'Isaac Or Zaroua. 

2. Hayyim dit avoir transcrit quelques opinions de son père d'après la copie de son 
frère : TIN T mTOtt ">npn*n b"£T TN?a N3N 15*31 y\VO (n° 121) et : 

tt"N iiiiîb pTi^nb "p-o ûn am* mai Tiprun tin t» iwra&(f6.,p. 38 d.) 

Récanate, n° 567 : î"N '■pin 'il î"N prWT 'il bNItt'I) p pniT 'l pDD pi' 
Baruch n'est donc pas le gendre, mais le fils d'Isaac 0. Z. On ne comprend pas pour- 
quoi Zunz, Ltg., 458, où il dresse l'arbre généalogique d'Isaac b. Schalom, fait de 
Baruch le gendre d'Isaac 0. Z. Michael, Or ha-Hayyim, n° 878, hésite entre les deux 
degrés de parenté. 



6* REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Samuel b. Sabbataï 1 . Les fils, nés de ce mariage, portent le nom 
d'Or Zaroua 2 , qui resta aussi dans la famille. Le fils de Baruch 
s'appelait Schalom 3 , celui de Hayyim, Isaac 4 . Isaac b. Hayyim, qui 
réunit les Consultations de son père, est probablement le rabbin 
du xiv° siècle connu sous le nom d'Isaac d'Oppenheim ;; , qui eut 
parmi ses élèves Menahem de Mersebourg 6 et Oser de Silésie 7 . Il 
est appelé « le Grand » par le Mabaril 8 , et désigné comme "pan 
\^-ina ;) . Si nous ajoutons Isaac Or Zaroua ,() , cité par Abraham 
Klausner, traité avec considération par le Mabaril, et qui est peut- 
être le fils d'un arrière- petit-fils d'Isaac Or Zaroua, nous connaî- 
trions ainsi la quatrième génération d'Isaac de Vienne n . 

Nous savons peu de chose sur la vie de Hayyim. Seules quelques 
citations fugitives nous renseignent sur le lieu de son séjour, 
sur ses maîtres et sur ses relations. Il doit avoir beaucoup 
souffert, ainsi que l'indique son double nom, Hayyim Eliézer ,2 . 

1. O. Z., I, 214. Isaac 0. Z. lui adresse une consultation. Dans H. 0. Z., 25, on 
trouve un Sabbataï b. Samuel, qui peut avoir été un fils du gendre d'Isaac 0. Z. 

2. Hayyim est cité le plus souvent sous la désignation î"Nm. Pour Baruch, v. 
Recanate, l. c. 

3. II. 0. Z , consultations 49, 68, 105, 138, 152. 

4. IbicL, n° s 14, 69, 199. 

5. Joseph b. Moïse, Léket Yoscher, éd. Freimann, Introduction, p. xxivn, n° 79. La 
consultation n° 1020 de R. Méir de Rotheubourg, éd. Bloch (Budapest 1895 , porte la 
susciïptiou : a^n3SlNW pnS^ 'H ^"frTO ">nai nb«; elle est signée : p priLT 
Û^T! "l"pn. C'est un disciple de R. Méir de Rotheubourg [Hiddousché Anschè 
Scliera, Kiddouschin, i. f. ; Moïse Minz, Consultations, n° 102). Teroumat ha- 
Déschen, n° 196, cite la copie d'une de ses Consultations (na"VOn?3 !"îpnj*n Î1T 
'D"1J<73 pn^ l"imo), où il permet de s'incliner devant un prince qui porte des 
croix sur ses habits. L'empereur Robert palatin le nomma percepteur de l'impôt sur 
les Juifs (Gnetz, Geschichte, VIII, 102). Dans Mahzor Vitry, p. 56, on trouve un Isaac 
b. Hayyim, qui peut être identique avec le fils de notre Hayyim. 

6. Léket Yoscher, II, 3y. 

7. Freimann, loç. cit. 

8. Mabaril, Consultations (éd. Hauau), ir 54. 

9. Ibid., n° 57. 

10. Cité dans Mabaril, Minhaguim, p. 21 : "O^a *jn N&13 "172113 11113 mm 

t"n pmr "iot mm Vao i"nn». 

11. Hayyim Or Zaroua cite sa belle-mère : NaN "Ij^ailD *3 HTjIÏI b"T M173m 
*mtt (n° 101). 

12. //. O. Z., n" 25, 36, 37, 65, 81, 90, 116, 182, 199. La consultation citée dans 
Mabaril, Consultations, u° 198, est également signée « Hayyim Eliézer ». On trouve 
aussi le nom renversé: Eliézer Hayyim, //. O. Z., n° 8 : y"3 T'na V"n □" n îl """N 

— y"2 v 'nn p aib?n a^n wv?n ; n» 9 : y"\s a^n = -it^-ôn a^n. Hayyim 

adopte le nom d'Eliézer probablement à cause de son grand respect pour son maître 
R. Eliézer. Le nom modifié ou ajouté à la suite d'une maladie est le nom véritable, cf. 
Teroumat ha-Déschen, n° 23i. — Ou peut supposer que Léket Yoscher, II, 81 : 
a^n "ITybN *Y'n nnr^n est une Consultation de notre Hayyim, quoiqu'elle soit 
signée : nTJ^XX p 3*^11 1T3^bN DlblBl miÙUÎIN ^TWb TaDH pi ; le 



HAYYIM B. ISÀAG OR ZAROUA 69 

Chaque fois qu'il signe ainsi, il ne manque pas de se désigner 
comme aib^rt (l'affligé); par contre, cette désignation fait défaut 
quand il signe seulement Hayyim. Il n'y a pas grand'chose à tirer 
de ce fait, des expressions analogues se retrouvant pour d'autres 
personnages ' ; toutefois, il semble que le changement de nom de 
Hayyim Or Zaroua se rattache à un épisode malheureux de sa vie, 
à une maladie peut-être. 

Hayyim a survécu à son frère Baruch, ainsi qu'au fils de Baruch, 
Schalom. Dans sa correspondance avec ce dernier 2 , tous deux 
sont désignés comme morts. Il faut admettre que Baruch était 
beaucoup plus âgé que Hayyim, car celui-ci appelle son neveu : 
■*TO "m» (mon maître et neveu). En tout cas, il ne doit pas y avoir 
eu, entre l'oncle et le neveu, une différence d'âge considérable. 
Dans les réponses de Schalom, nous ne trouvons pas cette accu - 
mulation de titres dont Hayyim fait usage quand il parle de son 
neveu 3 , ce qui paraît indiquer que Schalom élait déjà un homme 
assez âgé, un rabbin notoire quand il correspondit avec son oncle. 

De son père, R. Isaac Or Zaroua, Hayyim n'a que des traditions 
écrites, pas une seule verbale. Il ne rapporte aucune de ses paroles. 
On peut supposer qu'il est né dans les dernières années de la vie 
de son père, qu'il puise à sa succession littéraire, mais qu'il n'a 
pas été de ses élèves. On ne saurait préciser l'année de sa nais- 
sance; nous admettons qu'il est né à la fin de la première moitié 
du xiu e siècle, et qu'il vivait encore au commencement du xiv e . 

Nous sommes mieux renseignés sur les maîtres de Hayyim. Le 
plus éminent d'entre eux est R. Méir b. Baruch, l'élève d'Isaac Or 
Zaroua, à Wiirzbourg ', Méir de Rothenbourg est comme le centre 
de la vie intellectuelle des Juifs d'Allemagne dans la seconde moitié 

second HT3n?N est une faute. Cette consultation est citée par Derisclia sur Yoré Déa , 
334, § 15, d'après les Uag. Maïmuni (Freimann, l. c, note 78, et Introduction, xxn, 
sur R. Eliézer Hayyim b. Kliézcr). Josué Falk cite encore les Consultations de H. 0. Z. 
sur Yoré Déa, 371, § n° G. 

1. //. 0. Z., n° 14 : nT33m mb*m *S9r» î n ° 81 : ri3H3 ^97i : n° 90: ^yn 
ï"ÎT33fn. De même mb^~ est ajouté à leur signature par Rehabya b. Hillel, n° 23 ; 
Hayyim b. Macliir, n° 119, (v. plus loin, p. SI); Matatia b. Isaac, n° 162; Isaac b. 
Elia, no- 165, 166. 

2. n° 49 : ^b a^on ^-i23 "nittn , q° gs fp. 20 d.) .- -j"n ^aa ■n-iEia wvsi on 

p"~ "pi 3 T'3 DlblîJ. Si p"n n'est pas une faute, la signification en pourrait être 
TDllpH, quoique cette désignation précède ordinairement le nom. Le n° 105 porte la 
suscription : b"T "H33 mab "TlbNtf) nUJN Î1T ; le n« 138 : n"~n "»*t3a ^172? 

; tpc Dibsj ; le n° 152 : n"bbt ^na na anbic. 

3. — iwS n-nana "n*i uy ^uîai ^vz ^nsab, 

4. Mordekhaï, éd. Riva di Trento, 925 ; R. Méir, Consultations, éd. Rerlin, p. 42, 
n» 289 ; p. 173, n° 55. 



70 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

du xin e siècle ; l'étude du Talmud est attachée à son nom et tous les 
savants gravitent autour de lui. La littérature halachique de cette 
époque et de la période suivante ressortit, pour ainsi dire, tout 
entière à sa personnalité et c'est ainsi que Hayyim entre égale- 
ment dans ce cercle, auquel appartiennent Ascher b. Yehiel, Mor- 
dekbaï b. Hillel, Méir ha-Goben, Moïse Parnès ' et beaucoup 
d'autres. On trouve assez souvent, dans les Consultations de 
Hayyim Or Zaroua, des remarques qui attestent des relations per- 
sonnelles avec le maître : « R. Méir m'a enseigné 2 , m'a dit 3 , je lui 
ai dit 4 , je lui ai demandé :i , j'ai entendu de lui 6 , j'ai vu que 
R Méir 7 ... » Il a assisté une fois à un Séder chez, R. Méir, et rap- 
porte les bénédictions prononcées par lui 8 . À Rotbenbourg, il est 
en relations avec Méir ha-Coben 9 , qui a rédigé en partie les Hag- 
gahot Maïmouni: il reçoit de lui une communication sur une 
consultation de R. Méir et lui rapporte ce qu'il a entendu de son 
autre maître, R. Eliézer )0 . Plus tard, il correspond avec ses autres 
condisciples, quand le maître vénéré est déjà mort. Ses Consulta - 



1. L'auteur du Parnès est Moïse b. Jacob ha-Lévi, qui écrit à Hayyim 0. Z. sur R. 

Méir {H. o. z., n° i) : -pvi !"Pn «bu: b"T -pxE 'n airs "m?: n« vnîri ^ni 
rrb* *pa rpab iThaa noaan n^n -in«b Nbt* noian mab nsapa. uket 
Yoscher, i, 13 : ^pa» rrn «bi 12 "tTntu n"-in»b ana Dj-id rua 73 '-in bas 

n03Sn n"»ab 1NT3 T3> (cf. Maharil, Gonsult. ,n°10, Agour, 29). Cette lettre n'est pas 
la consultation q» 1 de H. 0. Z., dans laquelle Moïse b. Jacob ba-Lévi se nomme le disciple 
de Hayyim. L'objet du débat est le même, mais R. Méir avait d'abord agi autrement et 
c'est seulement plus tard qu'il prononçait la bénédiction du « talit katan » à la syna- 
gogue. Moïse Parnès a écrit encore une t'ois à Hayyim 0. Z. sur la môme question, à quoi 
fait allusion le passage cité du Léket Yoscher. Quoi qu'il en soit, l'identité de Moïse b. 
Jacob ha-Lévi avec Moïse Parnès est évidente. Nous connaissons ainsi le nom de l'auteur 
du Se fer ha- Pâmés, que les bibliographes n'indiquent pas. L'ouvrage a paru en 1891, 
àVilna. Un Jacob ha-Lévi est mentionné par Hayyim 0. Z., n° 247 : c'est peut-être le 
père de Moïse. 

2. H. O.Z., n° 4 : «jup rpbu b? *pab ib ÏTTlfi b"£T "PN73 ira"! ^V2> 

3. n° s 4, 8 : pioaib ia»ffl mmbu hy "pab ro^ia ib n»« vu» '-«a-i niB. 
pian r^a. 

4. n» 244: b"£T "mttb ^n^7:N ^n ba#. 

5. is° loi : o-'apsn b* •panatt te n? b"piiTT iran m» n« ^nbwi) naai, 

6. N 05 129, 242. 

7. N«' 126, 244, 251. 

8. n° 213 : N-na i-naan bia^ia *iriN ^pau) b"piiiT '->ai ^a nN ^n\n ■rçK't. 
muses. 

9. N° 253 : pmaKaina l^an *V»fl£ '1 anîltt T3>72U> *p\IÎ. Le n° 258 est 
signé : Méir b. Yekoutiel ha-Cohen ; celui-ci peut être identique avec le précédent. Il 
remarque, loco citato : b"£ï "{WTO ïlW 1D">3n IDOa ^nN£?J p\ Ce passage 
ne se trouve pas dans Hag. Maïm., mais cela n'exclut pas forcément l'identifi- 
cation. 

10. Hag. Maim., Tefilla, II, i : «Y'n bu) VDtt 3>73OT Û^tl 'n ""b ^WN pi 

rwwa b"T nTa^bN. 



HAYYIM B. ISAAG OH ZAROUA 71 

lions contiennent sur la captivité de R. Méir des renseignemenls 
intéressants *, 

Nous ne distinguons pas clairement les relations de Hayyim avec 
son second maître, R. Eliézer. Il s'agit probablement d'Eliézer b. 
Epbraïm 2 , à qui R. Méir écrit avec les expressions du plus profond 
respect 3 , mais dont nous ne savons pas où il a vécu et exercé son 
activité. Tous les indices portent à croire que c'était un rabbin 
français, le célèbre Tossafiste Eliézer de Touques \ fils d'une sœur 
de Hizkia b. Jacob de Magdebourg 3 et, par conséquent, d'origine 
allemande. Hayyim a fréquenté son école °, il a été en France, 
mais il n'est pas impossible que R. Eliézer ait vécu quelque temps 
en Allemagne 7 . Les rapports entre Hayyim et lui sont, ainsi qu'on 

1. H. 0. Z., n°« HO, 164. 

2. Zunz, Ltg., 362, n» 6 ; R. Méir, Consultations, éd. de Berlin, p. 144, n<> 18; 
p. 188, n» 81 ; p. 202, n- 18. 

3. Ibid. p. 202,n» 18 ; éd. de Crémone, 241. 

4. Back, Méir b. Baruch, p. 42, l'identifie avec R. Eliézer de Touques. Les mots de H. 
0. Z., 191 : WîlSttl tliab?3n tëatl ÏTÏ1 sont rapportés par lui, non à R. Méir, mais à 
R. Eliézer, dont il est dit, ibid. : ^jIIj" ba "PTnnb fliabîaM riT3 aifiaft — La 
Consultation deR. Yehiel ha-Coben examine une question souvent traitée: la restitution 
de la dot d'une rn"ll73. La question de savoir si une femme rebelle à son mari a droit à 
son apport dotal a même été débattue dans des synodes de communautés. //. 0. Z., 126, 

i. f. nannb mb^npn nbisbiabi arpapa rsnv rmir 'i "niqb nbta tn lani 
no^arua nu oa Toan rfniTarna ipnbi nrp mini^n. Les mots N-porca rrnio 

doivent être placés après mb^npn nbtybtfjbl, qui désigne la réunion des trois villes de 
Spire, Worms et Mayence. R. Méir était d'avis que la n 111 73 devait partir les mains 
vides, H. 0. Z., 155 : iniV»3 rpOabl ÇPXJJPB r!72a b"LlT "PN73 1^3-1 p pi 

bitan Nb no^aarna nw îb^CNtS oia^naia unpn nibnpb w-\^ p-naamaa. 

Il est aussi question de cette réunion de Nuremberg dans llag. Maïm., Ischout, XIV, 

îo : (i. p-naynaa) pniaa^'-paa "im Dnvna ispn mbnpma iian ; et. encore 
h. o.z., 69 (p. 2id), 126 (p. \od) : îbnpi "lïanb» -fin i-ii» ijpb etab un na 
p-i^aamab, 

Les mots de Yehiel ba-Coben : piDbTaïl HT2 S^ÏID!! prouveut que R. Eliézer 
vivait dans un autre pays. Dans H. 0. Z., 69, on trouve la mention des -|"n73 'oin 
ITa^bfc* ; il peut donc s'agir du célèbre Tossafiste de Touques. Dans le n* 8 (p. 3 d) 
Hayyim écrit : btf k ]N Dnisnïlb ">anbnB "pKl "'b tt)"? m:*731 HD^ yiKa "»$£! 
TinbUJ Û'Jjb "jmarn Ûlp73 IDDOT 'p*. H faut peut-être entendre par là la France, 
siège de la science tossafiste. 

5. Léket Yoscher, 11, 39 : n"ïlttî3 bl» inirïN *|a Ni!"? ^1^73 "iTJ^bN "1. 

6. Hag. Maïm., Tefdla, II, n; Teroumat ha-Déschen, n° 87 : inN p^n^n 

Nau:ai n^iTjn bina ib ana nî^bN n"-|ïtorçi *"» n"-in mu)-rt73 aibnarr» 

I3'173ri bina ana "pm bNUJ ibiSN. On peut conclure des mots ib^N Nattai que 
R. Eliézer ne demeurait peut-être pas loin de Hayyim 0. Z. 

7. H. o. z., n° 126 : piyaaiiab ibnpi iTanb» -T-inra ^asb aab dn ^a. Une 

phrase paraît être tombée ; pour ibnpl I. ibnpai. R- Eliézer a-t-il exercé son activité 
à Nuremberg? N° 10 : •prpaE T71 «b V'plST "lîjpfe» '"I "«"11731 "PN73 'H ^"11731 

n-ui n^aa aman ipnb ^ia ^nnb. n* 211 .- 'wbN 1513*11 i^"ii?3 att ana"» 

b"p!3fct (cf. Tossafot, Baba Mecia, 70 a, 5. v. ^bap73 Npn^ •' c'est une allusion aux 
Tossafot d'Eliézer. 



72 REVUE DUS ETUDES JUIVES 

le voit par la consultation qui lui est adressée 1 , plutôt ceux de 
deux amis que ceux d'un disciple et d'un maître, en dépit de toutes 
les marques de respect. Le titre « mon maître 2 » ne signifie pas 
grand'chosechez Hayyim Or Zaroua, non plus que chez les autres 
rabbins de ce temps II est inspiré par un excès de modestie, d'une 
part, et de l'autre par la profonde considération qu'il professe pour 
les savants. 

Nous pouvons ainsi compter également R. Yonatan 3 parmi les 
maîtres de Hayyim Or Zaroua. Il vivait à Ratisbonne, et ne doit 
pas être confondu avec R. Yonatan b. Isaac, le maître d'Isaac Or 
Zaroua 4 . Il avait un fils, nommé Aaron, duquel Hayyim tient une 
communication orale 5 . Hayyim Or Zaroua est en relations avec la 
communauté de Ratisbonne, et lui donne son avis dans des ques- 
tions douteuses 6 . 

Parmi les collègues de Hayyim nous trouvons : Salomon b. 
Machir de Prague 7 , Scbemarya b. Hayyim 8 , Samuel b. Jacob de 
Landshut 9 et R. Mordekhaï ,0 , qui peut être identique avec le 
célèbre rabbin Mordekhaï b. Hillel ". Nous ne pouvons que joindre 

1. N° 8. 

2. "ma peut être aussi une abréviation de IS'HYU, formule impersonnelle. C'est 
ainsi qu'Aseber b. Yeliiel, qui n'était pourtant en aucune façon un disciple de Hayyim, 
l'appelle i~na ( n ° 82). Hayyim n'était pas davantage l'élève de R. Heilinan (n» 110;, 
de R. Yedidya (n° 91) ou de H. Menaliem de Wurzbourg (u° 110). 

3. //. 0. Z., 2, 24, 08, 111, 256. N° 171 : 'n a~>n Y'aiD b» û"on Tne ïb-ibi 
vp*a ynb tassai riD rsxis ^rv>">n «b nana yna frarv Zunz, Ltg., 342, 

tire de ce passage que R. Hakim vivait vers 1290 dans le sud de l'Allemagne. 11 fau- 
drait corriger ainsi : frOT "l"im DU) TDOSb» p a^an "V'-iniB "tblbl, R. Yo- 
natan vivait probablement à Ratisbonne, n° 2 ; n° 163 : bl~I> ana "TinbtB naai 

a^n 'nn ^a-np T»b pmciaa^na innb "naii ba D"ms "asb. Je lis a*on au 

lieu de QiTl. 

4. Or Zaroua, I, 39a ; II, 12, «. A'., § 189, 197, 198, 200; B. M., § 197, 359; 
Sankedr., 51, 68. Partout avec la formule b"£T- 

5. //. o.z., 68 : fris-n -i"nn ■a'ma p pn« n"nar 

6. IS T ° S 65, 110. 

7. N» 8 : nabiu n"nn "niab TibàtSi ; n° 52 : -va?: p nabœ Vin -mai 

"•3 ana b"£T; n 1 119 : b"2T nabï) "l"-|n ^l» ">3 nbïî nn (dans la signature 

à la p. 37 d : -paa na a^n aibyn, h .faut lire : -raa -la rstobuî); n° 134 : 
■*b a^u)n mabtt -T-in ■'-liai ; n° 110 .- in*»» b"£T nabu) Tin i-na ^d» bat* 

ÉWlBa ^m^na p. Rack, Afieir 6. Baruch, 76, n. 2, veut le rapprocher d'un certain 
Salomon de Vienne, mais c'est sans raison. 

8. n° 9 : rmatt) i"in -ma ^b -ido -noso ; n° 14 : b"£t a^n p ïmaio ; 
no 210 : b"T rmaiB n""in ""ma ^b a^an -pis namsai ; n* 239 .- ma pas 

yVanj bN-na" 1 T'in mwb b"2T rrpin -i"-ir: aoa b"£T ma» n"in, 

9. n- 53 (p. 15 d) : anna-isba banara -»"-in ma arota 173a, Le n° 37 est 

adressé à Samuel b. Jacob, peut-être le même ; le n° 244 à Samuel. 

10. N° s 226, 230, 238. 

11. Cf. Kohn, Mardochai b. Hillel, 45, n. 5. 



HAYY1M B. ISAÂG OR ZAROUÀ 73 

les différentes notices les unes aux autres, sans déterminer la date 
des faits et des relations de Hayyim avec ces savants. 

Il en est de même pour son lieu de séjour. Il a vécu quelque 
temps à Wiener-Neustadt, où il fut en rapports avec R. Obadya l . 
C'est là qu'il reçoit la visite de son parent Saadia I). Sclinéor 2 . 
Peut-être était il à la tête d'une école 3 ; toutefois nous ne savons 
rien de son activité à Wiener-Neustadt. Il est sûr qu'il n'a pas vécu 
à Cologne, comme le croit Zunz 5 . La consultation que lui adresse 
Salomon b. Adret 3 porte cette vague adresse : en Allemagne. 

Il a pris part à la réunion des communautés qui se tint à 
Mayence et à laquelle assistaient R. Menaliem de Wurzbourg, 
Ascher b. Yehiel, R. Heilmann, ainsi que les chefs et présidents 
des communautés. Le passage qui se rapporte à cet événement 6 
est malheureusement corrompu ; en voici le texte : *nrai "^n -o toi 
"V-iïi "nitti KiWJuab mbrrpn bb nimnai (?) rans» iwat^a (?) ûnst-n 
b'ôrrtn bDT -lias n"-in ^*r\m l^b^n n"nn m?ai pTUSTn» Dn:?a 
(?) E|b« 'b "|b72b bl*w on fmb ■D-isnn -o mbnpn ^xm Dirna vrrc). 

1. n« ii2: srnmy n in -nia ny nTn -rm-i Bptt , 'iR3a ^rm-ni. Avec ce 

R. Obadya, dont il dit n° 32, i. f. : riD^l p ">b 173N TISU "l"n\D rtnVIïaSI 
■JV3, Pt n° 199 : ib rT£pn ÏTHSn* TinE pN, H. Z. correspond pins tard, 
après avoir quitté Wiener-Neustadt : n os 102, 117, 123. 

2. N« 199 : ^fcO m*0 "\"~72 71*71 h2U3a Tin^l, Il correspond avec lui, n os 112, 
202, 203 : ÏTHJ'O "Y'n Wnp "ni» et TUTTC "13 rmjD. — Un R. Saadia est 
cité dans les Consultations de R. Méir, n° 990 : n^^O '"1 D*»I/3 3P3 "m 73. Morde- 
kha'i, Sanh., 702 ; //a?. Maïtn., Tocn we-nit'an, VI, 9 : DC3 pCD ""TN73 '"1") *m?j 
b"a£T m 20 '"1 ; Maharil, Consultations (éd. de Hanau),n° 35 : □ "^"ip-'ba rTH3>D 'l 
"imm mD^ br iblD ; cf. î'6/t/., n° 91. A Wiener-Neustadt H. 0. Z. peut se servir 
des closes de Moïse b. Hisdaï Takou ; n° 8 et ibid., p. 4 b (sur Kila'im) ; n° 135 (sur 
Yadayim) ; n° 193 (sur Huila) ; n° 201 (sur Mikcaol). N° 179: VW^OŒ it rmUîn 

b"si ipn non Tin bio t navoB nprwa naTOn» "ripnyrs. OrZaroua, 
i, 206 6 : b"£T \s-ion "in ïtos 'n nanœn ?nsxa mon ; de même, ib., p. 41 a, 

remarque de Hayyim. 

3. Salomon de Prague écrit, H. O. Z., u° 119 : "jrmn 22 n^j Updm "pbttîim 
ta tna" v »ZJ" , "l. N° 52 il écrit au nom de Moïse b. Hayyim, qui exerçait à Wiener-Neustadt. 
Il est possible que Hayyim O. Z. vécût à Neustadt à l'époque où il correspondait avec 
Salomon b. Maclnr. Maharil, Consultations, n° 170 : mb^npa ^'«Siyffl Û^hbm 
m^ Hî30^îa "jrtDn ^nn "im»1 ...n"n™73 ">sby. H fut peut-être le successeur 
de Moïse b. Hayyim, v. Pollàk, A zsidék tort. BécsujUelyben (Histoire des Juifs de 
Wiener-Neustadt), 47. 

4. Zur Geschichte, 193 : a Chajjm b. Isaac (Kolu) ». Micbael, Or ha-Hayyim, n° 404, 
dit de H. O. Z. : io:"lb"ipa min "pan m, et cite à l'appui : Mabaril, Consultations, 
75. Mais le R. Hiiyyim cité à cet endroit est Hayyim b. Yehiel Héfeç Zahab, comme le 
prouve le texte parallèle des Consultations de Méir b. Baruch, n° 241. De même, 
dans les Consultations du même, éd. Berlin, ms. Parme, n° 476 : ^p^cnai 
fcPSlbp» "Y'-in pa, il faut corriger -fnn en n""in ; c'est le même Hayyim 
Héfeç Zahab. 

5. Salomon b. Adret, Consultations, l, n« 571. 

6. No 110. 



74 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Back * s'étend longuement sur ce texte intéressant et parle d'un 
impôt énorme — 30,000 marcs — exigé des Juifs. Comme R. Méir 
de Rothenbourg était emprisonné à cette époque, Back croit qu'il 
s'agissait de sa mise en liberté. Il lit Diana pour ûns-n ; quant 
aux mots rc^stt mvnaa, ils désigneraient une expulsion partielle 
des Juifs de France. Cette explication n'est pas exacte. On ne peut 
pas lire wna pour ûsiskna, car le nom de Dim s'entend des com- 
munautés rhénanes, alors que dans notre passage il est question 
d'un endroit déterminé. Nous ne connaissons pas d'expulsion par- 
tielle des Juifs de France à cette date ; d'ailleurs, le sujet de la 
phrase manque. Enfin, les mots g]b« 'b "jbttb bna o» ne peuvent pas 
signifier : « un grand impôt de 30,000 marcs ». Je corrige donc le 
texte ainsi : nsn^tt mair^a «sw^a *iwi i3N ^d nui : Hayyim ra- 
conte qu'il a été à Mayenee après être revenu de France. C'est à 
cette époque que la réunion se tint dans cette ville. C'est ce qui 
résulte aussi du contexte : ïiju) nm^a tueibi. D'autre part, au lieu 
de t|b« 'b ^biob bYW on ■jrrb WMrt, il faut lire E|b&HYi ^b^b. On 
obtient ainsi un meilleur sens, et la légende des trente mille 
marcs, qu'un copiste naïf a tiré du nom de Rodolphe, disparaît de 
l'histoire de R. Méir. Ce qui prouve qu'il ne s'agit pas ici de la 
délivrance de R. Méir, c'est que lui-même se prononce sur les 
impôts des biens immobiliers 2 . 

La réunion de Mayenee avait, en effet, pour objet la levée d'une 
grosse taxe pour l'empereur Rodolphe de Habsbourg et l'on vou- 
lait taxer également les immeubles des orphelins, quoique, d'après 
une coutume des pays rhénans, les biens immobiliers ne fussent 
pas imposables. R. Méir, qui était alors en prison, déclara que la 
taxe prélevée sur ces biens ne devait pas dépasser le quart de 
leur valeur. Hayyim connut plus tard cette opinion par Salomon 
b. Machir, quand il fut à Prague 3 . 

La date du synode de Mayenee peut être fixée approximative- 
ment. R. Méir était prisonnier et l'impôt devait être levé pour 
Rodolphe. Nous sommes donc entre 1286 et 1291. Nous pouvons 
ainsi fixer l'époque du séjour de Hayyim Or Zaroua à Mayenee. Il 
était dans cette ville au temps où R. Méir fut emprisonné et devait 

1. Meir b. Barucli, pp, 64, 76, 10'J. 

2. Le passage des Consultations de Méir, éd. Crémone, n° 305 : 'b ^tt?2 ib^tf) 
Û"DbN / que Back cite à l'appui de son explication, est corrompu, ainsi qu'il résulte 
de la réponse. 

3. b"2T ïittbuj n"nn "nia "be ba« oisn ï-rn 15 ^nJM «b -niu ^bïït 

fiW.Ba TlVïia *p "TWattî. H. 0. Z. peut avoir été à Prague pour visiter R. Salomon. 
Rien ne prouve qu'il y ait vécu un certain temps. 



HAYYIM B. ÏSAAC OR ZAROUA 7b 

être transféré de Wasserbourg à Ensisheim. C'est là qu'il s'établit 
à son retour de France. Il était donc déjà assez âgé quand il fré- 
quenta en France l'école de R. Éliézer. Comme son père, Isaac Or 
Zaroua, et son maître, R. Méir de Rothenbourg ', il visita les aca- 
démies françaises, source de la science talmudique. Ce voyage en 
France n'est pas attesté par des relations d'une clarté manifeste, 
mais par certains passages des Consultations de Hayyim Or Za- 
roua, qui sont corrompues et ont besoin d'être corrigées précisé- 
ment aux endroits qui devraient jeter quelque lumière sur sa vie 
et son activité. A défaut de sources externes, nous sommes réduits 
à des corrections de texte, d'où ne peuvent résulter des faits in- 
contestables. Le séjour de Hayyim en France est encore confirmé 
par ses relations personnelles et épistolaires avec Matalia b. Isaac 2 , 
avec Isaac b. Élia 3 , qui peut être identique avec Isaac rsnb 4 , avec 
Péreç b. Élia de Corbeil s , qui est peut-être le frère du précédent 6 . 
Celui-ci demeura quelque temps en Allemagne T . 

Nous avons encore une autre preuve du séjour de Hayyim Or 
Zaroua à Mayence. Dans une lettre adressée à Azriel b. Yehiel, 
et contenant la décision des communautés de Spire, Worms et 

1. Isaac Or Zaroua fut l'élève de Juda Sire Léon à Paris, Méir b. Baruch celui de 
Samuel Sire Morel. 

2. N« 6 : ^pî pnir 13 WnnB "V'nW V? nttN p"l. Le dernier mot est une 
faute pour b'^TStt ou irp (Chinon). N» 161 : p Wntt73 '"lîl "ms ^ 3^ti?Él 

i:pî pnir. n* 162 il signe b"pii:ï pnsr» p irnrriE (rwbn) 'bn 3-ibj'n ^373- 

11 est peut-être identique avec le M. b, Y. nomme dans Mordekhaï, Keloabot, 262 
(184), car la référence « Ahiassaf » indiquée comme source après la signature pourrait 
se rapporter à ce qui suit : HÏ375 ^"""lîl mVwP, de sorte qu'il ne serait pas un con- 
temporain d'Eliézer b. Yorl ha-Lévi. La même consultation de Matatia se trouve dans 
Hag. Mordekhaï, Ketaiibot, 820 (200) ; cf. Gross, Galtia judaica, 581. — Matatia b. 
Isaac parait être un Français. 11 mentionne les dïlbttj 'coin [H. 0. Z., n° 6), les 
"OblD mSDin (n° 16 1) par opposition aux Tossafot de Samuel b. Méir, B. Tarn et 
R. Isaac. Ne veut-il pas désigner les Tossafot de Touques — recension écourtée de 
celles de Sens,— qui sont nommées iT^rN "V'rra 'DOin dans H. 0. Z., n° 69? 
Hayyim possède des Tossafot sur Kiddouscliin, £qui ne sont pas françaises, u° 26 ; 
Q^ncn^n irniDI nïï^D Û^JO ^"P3 tt)" 1 "ï^^a-npTa niDDina, les Tossafot de 
Juda Sire Léon sur Kiddouschin (n° 53), des Tossafot sur Berakhot (n° 129). 

3. .N os 143-146, 162-166. N° 146 : fi&Tfi yisb "IN13 Û'ia "O pourrait plutôt se 
rapporter à Hayyim qu'à Isaac Or Zaroua. 

4. N° 81 ; T3>"lb pn^ "l"nrt "«b pb"TU3 17:3 b"atn. On peut supposer que tanb 
est synonyme de "TID^IÉ et qu'Isaac T3>lb est identique avec Isaac b. Elia. On trouve 
T3Hb y*iN dans Teroumat ha-Déschen, 103 ; Maharil, Consultations, 83. 

5. N° 101 : b"p"l£T y-lD 'n "Hltt p niBpma TT'N-l 3ViÛ1. Cf. Gallia judaica, 
566, où est cité un pass:ige qui nous montre les rapports de R. Péreç avec B. Méir et 
R. Hayyim (Taschbeç, n° 400). 

6. Back, p. 70, n. 2. 

7. Gallia judaica, l. c. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Mayence aux termes de laquelle une sommation juridique éma- 
nant de Tune de ces trois communautés devait être acceptée par- 
tout, nous trouvons aux signatures de la communauté de Mayence, 
à la suite d'isaac b. Méir, le nom de Hayyim b. Isaac '. Il doit donc 
avoir exercé au sein de celte communauté les fonctions d'un chef. 
Isaac b. Elia parle de l'école qu'il y tenait; il le visita deux fois, 
mais ne put s'expliquer avec lui, parce que Hayyim était profon- 
dément ému par l'emprisonnement de son maîlre R. Méir et son 
transfert dans un autre lieu de détention. Isaac b. Élia écrit dans 
sa lettre que R. Méir, qu'il n'avait pas connu personnellement, lui 
apparut en songe après sa mort, d'où il conclut qu'il devait réta- 
blir, comme R. Méir avait coutume de faire, une ancienne leçon 
attaquée. Voici ce curieux passage 2 : aawua tua s^kids !"i"ar»*3i 
r-H3 tô "tcn TO^aia -»b cpTDim Bxsraa iizmE ma ^apn^ai 13*73 
tpst «bn "naib d^do -1 dk manb D'wd v:a b^apnb "robrs nrm*a 
inara^ b? r^y^n-\ (?) i:a po^pn nan hy rwnzj&na tvjd ^a -nas iNxnttb 
ùipTûn "po. Rack 3 rapporte ce texte à R. Méir, qu'Isaac b. Élia aurait 
visité deux fois, sans pouvoir lui parler parce qu'il était occupé 
par l'emprisonnement de son fils et son départ de la ville. Cette 
hypothèse, avec toutes les conséquences qui s'en dégagent, ne 
repose sur aucun fait réel. Isaac b. Élia dit lui-même de R. Méir, 
qui lui apparut en songe : ûbi^w imenb vnaï sbp, et il lui aurait 
rendu visite deux fois! Il ne le trouva pas libre, il doit donc 
l'avoir vu. Cette explication inexacte repose sur une faute de texte. 
R. Méir n'avait pas de fils et n'a jamais été « occupé » par cette 
affaire. Je lis dans le passage en question : ^an b* rmaana Tioa ">a 
û"ip£tt 1*3 TPfiraF b* mum "rtrai no^sn. Pour tout homme non pré- 
venu et n'imaginant pas des faits historiques sur la foi de notices 
isolées, le sens est clair. Isaac b. Élia écrit : » Avec l'aide de 
Dieu j'examinerai la question quand je m'y rendrai. Car lorsqu'il 
(Hayyim Or Zaroua) fonda son école à Mayence et me fit un cor- 
dial accueil, j'y suis allé deux fois, mais je ne l'ai pas trouvé libre. 
La première fois il était troublé parce que notre maîlre (R. Méir) 
avait été mis en prison, la seconde fois parce qu'il quitta l'en- 
droit. » Cette citation est importante pour l'emprisonnement de 
R. Méir et son transfert à Ensisheim. Elle nous montre aussi l'im- 
pression que cette détention fit sur Hayyim Or Zaroua. 

1. D^Tin Y$ 'O idans D^aïaSïp '~, Vienne, 1864], p. 97, note ï'rrf : Méir 
b. Baruch, Consultations, éd. Berlin, p. 319. Ce dernier texte présente des lacunes 
et des variantes. 

2. H. O. Z., n° 164. 

3. Meir b. Baruch, pp. 68, 71. 



HAYYIM B. ISAAC OR ZAROUA 77 

Nous ne savons rien de plus sur la biographie de R. Hayyim. Les 
historiens Conforte', Azoulaï 2 disent seulement qu'il était contem- 
porain de Salomon b. Adret et qu'il est cité dans les Haggahot 
Ascheri sous le chiffre rfhrro. Mais la consultation adressée à 
Hayyim qu'on lit dans les Consultations deSalomon b. Adret 3 n'est 
pas signée et comme beaucoup de Réponses de ce recueil appar- 
tiennent à R. Méirde Rothenbourg, il n'est pas impossible que cette 
consultation provienne du même cercle, d'Ascher b. Yehiel par 
exemple. Ce dernier arriva en Espagne en 1305 et l'introduction des 
Consultations de R. Méir dans le recueil de celles de Salomon b. 
Adret se rattache selon loute apparence à cet événement L'hypo- 
thèse qu'Ascher serait l'auteur de la lettre en question n'empêche 
pas que Hayyim Or Zaro.ua ait encore pu être en vie au commen- 
cement du xiv e siècle. 



La correspondance de Hayyim b. Isaac 



Hayyim Or Zaroua échangea une active correspondance avec ses 
maîtres et les savants de son temps. Ceux ci sont: Abigdorb. Jacob \ 
Abraham b. Sîmha 3 , Ascher b. Yehiel , Hayyim b. Jacob de Vesoul 
(Bourgogne) 7 , R. Eliézer 8 , Epliraïm b. Abraham 9 , Isaac b. Elia <0 , 
Isaac 11 , Isaac, son fils 12 , Yonatan 13 , Juda b. Sabbataï 1 '', Manoah 15 , 

1. Koré ha-Dorot, éd. Cassel, 22 a. 

2. Sc'wm ha-Gue lolim, s. v. 

3. Consultations, I, 571. 

' 4. H. 0. Z., 180 avec l'eulogie 1330 V'pT- 

5. N os 120, 124, 125. Communication verbale du même, n° 49. 

6. N° 52 : "1U3S 1~ vyflys a^TDin *>nnbtt) 311Z», N° 82, Ascheri l'apelle m» 
u ' 91, 231 ; Hag. Ascheri, Kiddouschin, II, 1 ; UJîOb n""H 3Pl3n TU, et ib., 6. 

7. N° 8. 

8. N« 229. 

9. n° 28 : Nsa-na y-ixa w "T'y» ap^ P Q^n '^nb ^narar: p. 

10. N«» 143-146, 163-166; cf. sur lui Méir h. Barueh, Consultations, 542. 

11. N° 157 : Isaac et Manoah. 

12. N os (14), 69, 199. Le n* 69 est signé : pniS" 1 "l""!" p pn^ ; il manque au 
milieu : p Q"^n "Vin, Freimann, Léket Yoscher, Iutrod., p. xxïviii. Dans le n«162 
Mitatia b. Isaac envoie des compliments au fils de Hayyim, Isaac. N° 148 : î"HZJpn pi 
S© 133 r?. 

13. N<* 2, 90, 256. 

14. Méir 1). Barueh, Consultations, éd. Berlin, p. 16, m». Parme, n" 52. La même 
consultation corrompue dans H. O. Z , n°261. 

15. N'° 157, avec Isaac. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Matatia b. Isaac', Méir b. Baruch 2 , Menahem b. Abraham 3 , 
Menahem b. Eliézer s , Mordekhaï b. Abraham 5 , Moïse b. Baruch 6 , 
Moïse b. Jacob ha-Lévi 7 , Moïse b. Joseph 8 , Mordekhaï 9 , Obadya' , 
Rehabya b. Hillel 11 , Saadia b. Schuéor 12 , Sabbataï b. Samuel 13 , 
Salomou b. Machir M , Samuel b. Jacob de Landshut 15 , Schalom b. 
Baruch, son neveu 16 , Schemarya b. Hayyim 17 . 

Beaucoup de consultations ne sont pas signées, un certain 
nombre appartiennent à d'autres auteurs. Quelques-unes sont alté- 
rées, et comme la littérature contemporaine offre peu de textes 
parallèles, les lacunes sont difficiles à combler. Les Consultations 
ont probablement été réunies par Isaac b. Hayyim, car il a 
recueilli des réponses isolées. Isserlein possédait des copies des 
consultations de Hayyim; dans son Teroumat ha-Dêschen il intro- 
duit des citations de lui par les mots « lun parmi les grands l'a 
transcrit 18 ». Peut-être Fa-t-il fait pendant son séjour à Wiener- 
Nenstadt. Les ouvrages de Hayyim ne se sont pas répandus au loin 
et ceux qui le citent le plus souvent, comme Maharil' 9 et Israël 
Isserlein, ont pu les avoir vus aux différents endroits où il exerça 
son activité, à Wiener-Neustadt et à Mayence. 

Un intérêt historique s'attache à la consultation n° HO, dont le 

1. N« s 161-162. 

2. Consultations de R. Mi'ir dans H. 0. Z., 141, 142, 112 (p. 36 b). La consultation 
n» 105 dans l'éd. de Prague porte ce titre : *Slbx "Çia" 1 O^TS "O^T ^b 773n?3 

Q^n -ï'-in WY'&i. U. % n° 177 : qvtj n"-in "mue ; »°209: û^n '1 "p; de 

même n° 461. Le n" 611 est également signé Hayyim b. Isaac. Notre Hayyim est 
souvent confondu avec Hayyim b. Yehiel Héfeç Zahab (plus haut, p 73, u. 4), qui peut 
donc être souvent désigné par Û^n '"1. 

3. N-» 127. — R. Abraham ha-Kadosch pourrait être identique avec Abraham b. 
Moise le Grand. 

4. N° 227. 

5. N« 226. 

6. N 09 114, 115. Eulogie 3"l23ï = ^VD 1731Ï) " , !"p. 

7. N° 1. 

8. N'° 113. Eulogie 5"^ttîn "p3^ = 11133 b* ÛlblBI rt£3 D"»KT ^3 "pbv 

9. IS 08 102, 117, 123. 
10. N°° 230, 238, 249. 

il. >i° 23. Eulogie ybfc = 7T33 ûbirb "inms». 

12. N™ 112, 202, 203. 

13. N a 25. 

14. N°- 8, 52, 119, 134. 

15. > ! 53 (15 rf), 37; b. Jacob, n° 244. Menahem et Samuel, n° 247. 

16. N° ! 49, 68 (p. 20 d), 105, 138. 152. 

n. v 210 : b"7 rrniaa n"nn -m» ->b 3^uîn ^pia ï-naYiasi 

18. Teroumat ha-Déschen, n° 45 : rûltÛP» Û^bn^H p 71"kN p^D*! 8 ! p"l 

î"n n"nn.N os 3i, 34: T"sn"nï7 '-narra pnanmnKSE ; n« 294 : t''n n"nn rrôitëtf. 

19. Maharil, Consultations, 10, 75, 198 



HAYYIM B. ISÀÀC OR ZAROUA 79 

commencement manque, mais peut être complété au moyen de 
Teroumat ha-Déschen, n° 345. La comparaison des deux textes 
éclaire mainte obscurité. Il est vrai que dans Isserlein le fond 
historique a disparu et que le sujet est devenu une question pure- 
ment théorique; toutefois on voit du premier coup qu'il abrège la 
consultation de Hayyim Or Zaroua. Les bourgeois de Ratisbonne, 
redoutant la prise de la ville, exigent des Juifs une taxe pour forti- 
fier l'enceinte. Il s'agit de savoir si cet impôt sera réparti d'après les 
maisons ou d'après le nombre des âmes. De plus, les bourgeois 
réclament aux Juifs une redevance parce qu'ils ont à payer au roi 
d'Autriche pour leur commerce et pour leur vin 1 . Enfin, les Juifs 
avaient conclu avec les bourgeois un accord aux termes duquel 
ceux-ci pourvoieraient à la garde des rues occupées par les Juifs, qui 
payaient en échange une certaine somme 2 . Nous apprenons par la 
réponse de Hayyim que les exigences des bourgeois de Ratisbonne 
sont injustes. « Personne, écrit-il, ne fournit volontairement de 
l'argent pour garantir le commerce et le vin des habitants, pour 
élever des murs et des tours dans une ville qui n'en a pas besoin 3 . » 
Ratisbonne était alors au pouvoir du prince (de Bavière) ; — proba- 
blement Louis le Sévère — et le roi d'Autriche, auquel les bour- 
geois de la ville paient un impôt est le roi Ottokar II de Bohême, 
duc d'Autriche. Toutefois cette dernière identification se heurte au 
fait que la consultation mentionne l'empereur Rodolphe et la 
détention de Et. Méir. La question doit donc se placer en 1286; à 
cette date régnait en Autriche Rodolphe II. La désignation c< roi 
d'Autriche » reste difficile à expliquer. Caractéristiques pour le 
droit de propriété des Juifs en moyen âge sont les déductions de 
Hayyim. Les maisons appartiennent au roi, on lui paie sept, huit 
ou dix gros am ÊWia [Grundrecht, droit seigneurial 1 , mais la 
disposition des possesseurs est illimitée. 

La consultation n° 229 a également une valeur historique. Une 
ville se soulève contre l'empereur Rodolphe, parce qu'il veut lui 
imposer une taxe extraordinaire. Il l'assiège et la prend. L'empe- 
reur doit à un Juif quatre cents marcs et oblige les bourgeois de la 
ville à assumer cette dette. Ceux-ci, n'ayant pas d'argent, passent 
avec un Juif un contrat aux termes duquel ils paieront pour les 

i. p. 33<f : ûnmno b-wa "p-iMistà *ftob 'irvvs •p 3 "'" 1 * D^vr^n *S 
ûyn b^aizm 

2. p. 34 a : n^nnn -nttfflb o-mn-n yfir-^nttb d*3fv*ïi 10:0212; ù-njj, 

3. p. 33c : rrbiam rroin nb ©^ -lasto rimvb nr»an î*tr« p-nsicajrm 

4. ibid. : o-D-nn nbttîtttt n»ntt bn^y m na ûnb para. 



80 REVUE DES ETUDES JUIVES 

quatre cents marcs neuf cents marcs en quatre ans, chaque année 
deux cent vingt- cinq marcs. La première échéance tomba en 
« Marcheschwan b'ba nara . La date est corrompue car il n'y a pas 
de roi d'Allemagne qui soit mort en 1340. Il faut donc corriger Va 
en b"aa, c'est-à-dire 1:290'. 

La situation lamentable des Juifs à la fin du xm e siècle est 
dépeinte dans la consultation n° 76. Si un Juif est fait prisonnier 
par le prince et que celui-ci dit à ceux qui veulent délivrer le pri- 
sonnier : « Il est mort et j'ai fait jeter son cadavre aux chiens », on 
doit ajouter foi à cette déclaration. Car il est moins admissible 
qu'on Tait mis en liberté sans argent, qu'il ne l'est qu'on Tait tué. 
Il est également, peu vraisemblable qu'il se soit baptisé et ait ainsi 
gagné la liberté, car, lorsqu'un Juif change de foi, ils se vantent 
qu'ils le tueraient plutôt que de le mettre en liberté après l'avoir 
mutilé 2 . — Un chevalier pillard attaque des marcbands juifs qui 
font commerce de cédrats 3 . 

Le cas suivant est caractéristique pour la condition intérieure 
des communautés. Le duc emprunte à une communauté deux cents 
livres; un membre de celle-ci verse sa quote-part, puis quitte la 
localité. Au bout d'un certain temps, le duc impose à la commu- 
nauté une taxe du montant de laquelle il déduit la somme qu'il 
doit. Celui qui est parti réclame alors sa part, attendu qu'il ne doit 
pas contribuer à la taxe. Mais la communauté prétend qu'elle n'es- 
comptait pas Je remboursement de sa créance; elle croyait cet 
argent perdu*. 

La délation n'était pas rare parmi les Juifs. La consultation 
de R. Méir mentionne un dénonciateur nommé Alexandre 5 . Un 
Juif en frappe un autre qui le dénonce et lui cause du dommage. 
Hayyim Or Zaroua est d'avis qu'au cas où l'agresseur a frappé à 

1. Graetz, Geschichfe, VII, 198, n. 1. rapporte le cas à Wetzlar, Back, Meir b. Barucli, 
85, corrige b"D3 en b"DN, Kaufmann, Monalsschr., 1896, p. 188, en b"aa = ^"icbn"j. 
Je considère le 3 comme une diltographie du a et j'obtiens l'année ba = 1290. 
Remarquer les expressions blOD ara, un acte latin: rnpjfcirï TEp'Cpi, les sonneries 
de cloches (cf. Zuuz, Lfg., 614). 

2. h. o. z., 76 : -nsn a? yyiay "1S5D5 nam "n^n -ra oian rprri: barrai 
p wacnnb niasb )^iy ibav ^bn» nsn bat» mm a-uai DT3 nb:r »bi 
oisnn ^-nrp ma? *jd$ naib d^ti ias -nasi nœn bac» iNaca-i rro^snn 
rpott ^am nana crabsb wbionb Tman nTa n*^n a^ian Nin ns« ^-na 
ri7:72 D^nn nrrn oan imnas û^iânsî -lEib bba nana "la^an .rain ^sb 
aan d^oicid. 

3. >"' 36 : bon }72 abia pmm d:kh Nai. 
',. TS° 253. 

5. N° 141 ; R. Méir, Consultations, éd. de Berliu, p. 50, n° 317 ; éd. de Prague, 
n° 485: éd. de Crémone, n os 47, 231, 232 éd. de Lemberir, n os 147-148. 



HAYYIM B. ISAAC OR ZAROUA. 81 

plusieurs reprises, on peut le signaler aux autorités. La dénoncia- 
tion peut même être faite quand Pacte en question est du domaine 
religieux, mais qu'il met en danger la communauté, comme dans 
l'histoire de R. Isaac, qui avait circoncis des prosélytes '. 

Les autorités suivantes sont citées dans les Consultations de 
Hayyim Or Zaroua : Aaron b. Yonatan, dont il tient une commu- 
nication orale (68); Abigdor ha-Cohen, ses Consultations (102, 122, 
243); il ne mangeait pas le samedi dans une chambre chauffée 
(199) ; R. Éliézer invoque son exemple (211) ; — Abraham b. Azriel 
(42); son Arougat ha-Bôcem (185); — Abraham b. Simha, dont 
Hayyim tient une communication verbale (49) ; — Abraham de 
ïoul (39] ; — Abraham (26;, probablement b. Moïse, de Ratis- 
bonne; — Amos b. Isaac ha-Cohen, à qui Matatia b. Isaac adresse 
des compliments (162) ; — Azriel (91), probablement Azriel b. 
Yehiel, élève de R. Péreç 2 ; — Raruch b. Isaac de Ratisbonne (86; ; 

— Raruch b. Samuel ym "pKtt, pour fr "pNE (110j; — Raruch b. 
Samuel (222); — David b. Schealliel (103, 221); — Éléazar de 
Worms (74;; — Elhanan b. Isaac, répond à Natan (70) ; — Éliézer 
b. Yoël ha-Lévi, ses Réponses à Isaac Or Zaroua (40), à Juda b. 
Kalonymos, Moïse b. Mordekhaï, Raruch b. Samuel (J222) 3 ; son 
Abiasaf (127); — Éliézer de Metz (le nom de la ville est corrompu 
en X"n% 26, 110, 130, 189, 214, 215, 248); — Guerschom (6 ; ; - 
Hakim (171) '• ; — Hayyim b. Machir (119), à corriger en Salomon 
b. Machir; — Hayyim b. Moïse (118, 122, 199), de Wiener-Neu- 
stadt, beau-père d'Abigdor ha-Cohen ; Hayyim b. Yehiel (Héfeç 
Zahab de Cologne, 235; Heilman (110 : yittb^n n) ; — Hiyya 
b. Tanhoum répond à R. Simha b. Samuel (118); — Hizkiya 
de Roppard (39); — Hizkiya (23, 95, 239) b. Jacob, de Mag- 
debourg (v. Yehezkeel) ; — Isaac b. Abraham, ses consultations 
(178, 248 ; — Isaac ha-Laban (26] ; — Isaac b. Mordekbaï, sa con- 
sultation (160); — Isaac b. Samuel, ses consultations (174, 177); 

— Isaac b. Schalom, grand-père d'Isaac Or Zaroua, sa Réponse à 
Kalonymos b. Juda, 167 ; — Isaac unb (81) s ; — Isaac vsan (164) ; 

— Isaïe de Trani (53, 126, 149, 157) ; •— Israël (239), probablement 
Israël de Ramberg ; — Jacob (R. Tam, 6), Jacob b. Méir (101; ; — 
Jacob ha-Lévi (247); - Jona d'Espagne, dont une explication 
est rapportée verbalement à Hayyim par Pésah (122); — Joseph 

1. N° 142. 

2. Mordekhaï, Baba Mecia, I; Q-nn y y 'O, p. 97. 

3. Le mot bN"!©^ avant la signature est dittographié. 

4. Cf. plus haut, p. 72, ». 3. 

5. V. plus haut. p. 75, n. 4. 

T. LUI. N J 105. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tmuaiNi, don Bendit (164) ' ; — Joseph b. Moïse ronutt (174) 2 ; — 
Joseph Tob Elem (199), corrompu en nrj û*p wan pour ma tpv 
ûb 3^ (143) ; — Juda hé-Hassid (251) ; — Juda b. Kalonymos (222 ; - 
Juda b. Moïse ha-Cohen (103, 221) ; — Juda b. Isaac (68), les ïos- 
safot de Juda Sire Léon sur Kiddouschin (53) ; — Méir ha-Cohen de 
Rothenbourg (253); — Méir d'Espagne (126, 170) ; — Menahem de 
Wurzbourg (MO, 225) 3 ; - Meschoullamb. David (103, 221); - Moïse 
ha-Cohen, sa consultation (158) ; — Moïse b. Hisdaï(8, 135, 179, 193, 
204) ; — Moïse b. Maïmon, son Se fer ha-Miçvot(§, 6, 24, 32, 103, 
138, 139, 214) ; - Moïse b. Méir (14) ; - Moïse b. Mordekhaï (222) ; — 
Moïse d'Evreux &nv>Ntt, «m^» (164) ; — Moïse (37) ; - Nahman b. 
Schemarya, répond à Isaac b. Hayyim (14); — Natan b. Simon (91); 

— Natan, répond à Samuel b. Baruch (56;; — Pésah (122; v. Jona) ; 

— Péreç(lOl); — Salomon b. Isaac, ses consultations (44, 140), 
son Siddour (101) ; — Samuel b. Aron (29, * ; — Samuel b. Baruch, 
correspond avec Simha (53, 56, 60-64) ; — Samuel b. Méir (6); — 
Samuel de Falaise, izj^bBT (199), NT^bsio (143) ; — Simha b. Samuel 
(9), sa consultation à Isaac Or Zaroua (26 , à Hiyya b. Tanboum 
(118) ; son y"o (nbi* tjo, 127), ses ^OTDïip (118), ses consultations 
(52, 53, 80, 91); — Simson b. Abraham, ses explications (3, 39, 44, 
78, 93, 135, 145), une consultation de lui (46) ; — Tanboum (129) ; 

— Tossafot, au nom de R. Tarn (8), nos Tossafot (161), Tossafot 
sur Kiddouschin (26), Tossafot de R. Éliézer (69) 5 ; — Yedidya (91, 
126) b. Israël, de Nuremberg, disciple de R. Yehiel de Paris, cor- 
respondant de Méir b. Baruch; — Yehezkeel, ses décisions (87, 
89, 159) ; ce nom est corrompu : c'est Hizkiya de Magdebourg ; — 
Wr Vnrt "ni» (91), peut-être : Yehiel. 



L'activité littéraire de Hayyim b. Isaac. 

Le grand mérite que Hayyim s'est acquis par son activité litté- 
raire réside dans le Petit Or Zaroua, rédaction abrégée du grand 
ouvrage ualachique de son père. Grâce à ce travail, il a contribué 
à faire pénétrer les opinions de R. Isaac Or Zaroua dans un cercle 

1. Gross, Gallia, 544. 

2. 76., 238. 

3. Dans le second passage Û"-U73 est une corruption de pTD^VïTO, 

4. cf. Agour, 235 : n"nn nia a fron "pHN Y3 barat» -i"-in ûuî3 vwafexn 

N3t32ltt73 HUJ73- Le mot 'jrDn doit être placé après ntfJft. 

5. Cf. plus haut, p. 71, n. 4, et p. 75, n. 2. 



HAYYIM B. ISAAG OR ZAROUA 83 

plus étendu. Le petit Or Zaroua est cité par les autorités rabbi- 
niques de l'époque suivante : Mordekhaï 1 , Recanate 2 , Haggahot 
Ascheri'*, Jacob Moulin 4 , Jacob Landau 5 , Israël Isserlein 6 , Salo- 
mon Louria 7 , Joua (Issour ve-Hèter) 8 et tous ceux qui citent l'Or 
Zaroua ne connaissent pas le grand ouvrage de R. Isaac, mais 
seulement l'abrégé de Hayyim. Le titre de cet abrégé varie suivant 
les auteurs. Isaac b. Hayyim intitule les extraits de son père "OtTD 
mt tin 9 , Mordekhaï : -urpn rnT tin <0 , la plupart des auteurs : 
pp yyyi tik h ou simplement *t-it tin' 2 . Les gloses sur Ascberi 
sont des extraits du petit Or Zaroua et donnent ainsi une idée de 
la nature de cet ouvrage. La copie de l'Or Zaroua de Juda Minz 
portait en dehors (à la marge) une très ancienne note de la main 
d'un savant ,3 . 

Le Petit Or Zaroua de Hayyim était répandu en Italie, en 
Orient, en Pologne. Ainsi Luzzalto M rapporte que Salomon Bassevi 
(■^rpîfin), sur l'Ascheri de Moëd, possédait un manuscrit du petit 
Or Zaroua. Dans l'édition d'Asclieri imprimée à Sabionette en 
1553, on le trouve sur les traités Eroubin, Pesahim et Yebamot. 
EliaMizrahi 15 , Beçalel Aschkenazi ,6 le citent dans leurs consulta- 

1. Halachol Kefano/, 1336; Haggahot, sur Yebamot, 725, 726, 729, 739, 740 ; 
sur B. M., 615-617 (-pnîtm p"TN) ; sur B. B., 646, 650-52, 655, 657. 

2. Recanate cite le plus souvent les opinions d'Isaac Or Zaroua avec la formule 
sommaire T"«m pOD : a* 7, 39 41, 52, 59-62, 73, 80, 97, 106, 135, 138, etc. 

3. Ce qui prouve que Hag. Ascheri fait des extraits du petit Or Zaroua, c'est qu'on 
trouve dans les citations "m?a N3N, Berakhot, III, n» 15 ; Eroubin, IV, n° 3 ; Hou/lin, 
Vil, n° 33 ; B. K., IX, n» 18 ; B. M., V, n» 54 ; Ab. Zara, III, n° 5. 

4. Maharil, éd. de Varsovie, 26 b, 57 6, 63 6; Consultations, éd. Hanau, 17, 20, 
30, 38, 45, 53, 54, 74, 76, 86, 90, 204, 233. N° 54 : HDHT 3>*nT "HN "^WO b"D*. 

■n-a •;*« b-m t"ni rt"»Nin cnn> »bi ns^p, 

5. Agour, n°° 90, 150 : ni 73 N3N "nmbl. 

6. Isserlein remarque qu'il n'a pas le grand Or Zaroua à sa disposition, Veça- 
kim ou-Ketabim 11: -|EO ims ^t: "pan ; Léket Yoscher, II, 14, 82. 

7. Yam schel Schelomo, Guittin, III, 26 : bilan T"NH ""T'a flTSlb TP^T Nb"). 

8. Cf. Isaak b. Moïse Or Sarua, dans Monatsschrift, 1904, i. f. 

9. //. O. Z., n» 14 : v«iî*72 N 3N p^b HT1 J"nT T1N3 b"£T "«DpT «33") b"D3> 
JVIT TIN ^TS^Oa b"p12£T. Le même titre dans Maharil, Consultations, 54. 

10. Hag. Mordekhaï, sur B. M., 617 : *p-|î*m p"TN. L'abréviation p"TN doit pro- 
bablement être résolue, non en "jL3p T"ê*. mais en H£p- 

11. V., p. ex., Yoel Serkès sur Yoré Déa, 351, 363. 

12. Les passages cités dans Teroumat ha-Déschen sous l'abréviation î''N sont pris 
au petit Or Zaroua. 

13. Consultations, n° 12 : rQTO pttb n:rr073 yimtt ibtt) T"N "1DD3 2nD 
n3»i ; ibid. : î"NOH "lO^Ui 133 Û""n "1 n "lT7731 t' ÊTn "n 3*773 3>73U;73 pi, 

14. nxiN ma, i, p. 112. 

15. Consultations, I, 16, 39, 53, 55 ; II, 33, 36. 

16. Ibid., 7. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tions, Moïse Isserlès 1 , Salomon Louria 2 , Yoël Serkès 3 le con- 
naissent probablement, quoiqu'il y ait plutôt lieu d'admettre qu'ils 
l'utilisent de seconde main. — Des extraits du petit Or Zaroua 
se trouvent dans le manuscrit de Parme des Consultations de 
R. Méir 4 . Un autre ouvrage de Hayyïm Or Zaroua est cité par 
Maharil 5 et Isserlein 6 sous le titre de ftxn 'n mian. Ces deraschot 
ne sont pas homilé tiques, mais portent sur des questions hala- 
chiques ; elles se distinguent des consultations en ce qu'elles 
furent prononcées en public et contenaient des règles de conduile 
pour les cas douteux. Elles furent mises par écrit après coup. On 
attribue encore à Hayyim Or Zaroua un petit compendium inti- 
tulé: û^nn yy 'o 7 . Enfin, il a pris part à la dernière rédaction du 
grand Or Zaroua*. 

J. Wellesz. 



1. Cf. mon article : Ueber R. Isaak b. Moses Or Sarua. dans le Jahrbuch. der 
iûd.-M. Gesellschaft, 1907. 

2. Michaël, Or ha-Hayyhn, n° 1083 (p. 509), cite la consultation n° 75 de S. Louria 
pour montrer qu'il connaissait le grand Or Zaroua. Mais le passage en question est 
emprunté aux b""nn?2 21112311. 

3. Cf. plus haut, p. 83, n. 1. 

4. N<" 19-47, 516-18. Le n» 516 se retrouve dans Or Zaroua, sur Ab. Zara, § 271 ; 
au lieu de OfTiafi* p 56*17343, le ms. Parme porte blfiWλ et Np13*n0 y est corrompu 
en Np^D '~PD- 

5. Consultations (Hanau), p. 52 a ; Minhaguim, 11 «, 51 b. 

6. Teroumal ha-Dèschen, n° 54 : ^n^^73 T"N n"~in miBTTai ; n° 58 : ■>nN2£Wî 

iftfiT n:D3 xcwo nprna b"n t".s n"nn mïï-n« pwn D^nan p inw 
niaab D^aaia -T3i*b ; n« 87 : t"« n"nn miB-nw a^bi-nn p mx pviyn 
bina anz> ^srn b««5 *it?i:N nd^di n^nan bina ib ana "iTanb» n"-in73^: 
■uittH : n° 190 : t"n n"nn mena aro pi ; u° 195 •. p mx pwn pi 
DTnmaa C7273 inbiûi Nba ûnbo pip^si n"3bpa nTa inrb jaip a^bn^n. 

7. Edité dans □^0"l^3ip 'n, Vienne, 1864. V. l'Introduction, p. xv. 

8. Les consultations insérées I, 40, désignent l'auteur comme déjà mort (r;a"H23n 
b"£T "iarP3n '~in72 : de même, p. 41). A Hayyim appartiennent les deux passages 
I, 206 a : n^n^V "n«tt N3K 2VQ73 et ->*nN273 31)231. 



LES JUIFS DE PERSE 

AU XVII* ET AU XVIII" SIÈCLE 

D'APRÈS LES CHRONIQUES POÉTIQUES 
DE BABAÏ B. LOUTF ET DE BABAI B. FARHAD 

(suite et fin *) 

APPENDICE 



LIVRE DES ÉVÉNEMENTS DE KACHAN 

RELATIVEMENT A LA SECONDE PERSÉCUTION RELIGIEUSE 

Par Babaï b. B'arhad 

I. — De V unité du Créateur. 

L 107 a, P 142 a. — 30 distiques. 

Éloge de Dieu, contenant aussi des allusions à certains détails de l'his- 
toire biblique. A la fin, une prière pour la délivrance. Voici le v. 29 : 
« Fais-nous rouvrir les synagogues, afin que, petits et grands, nous y 
priions *. » 

II. — Pour l'éloge du Prince des Prophètes. Récit racontant comment 
Moïse, notre maître (paix à lui!), fut jeté dans le feu, qui se changea 
sur lui en roses et en fleurs. 

L 107 6, P 142 b. — 62 distiques. 

La légende indiquée par ce titre, et qui a été transportée d'Abraham a à 

1. Voyez tome LI, p. 121 et 265; LU, p. 77 et 234. 

2. nnnm tyô (tn) û^ids an nWn wi n«2 û^auna Ènswrû. 

3. V. plus haut, chap. III (t. Ll, p. 266). 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Moïse, n'est que brièvement rappelée au commencement du chapitre : 
peu après sa naissance, Moïse fut, par peur de la police égyptienne, mis 
dans un four ardent, qui se changea pour lui en un jardin de roses'. Le 
chapitre contient principalement la suite de l'histoire de Moïse enfant, et 
l'Agada connue des trois conseillers de Pharaon : Job, Balaam et Jélhro; 
puis les miracles de l'Exode et la révélation de la Tore. Au début du 
chapitre il est rapporté que Moïse fut créé par Dieu de la lumière pure', 
et que, lorsque sa mère le conçut, la nuque de tous les mécréants fut 
brisée 3 . La fin du chapitre est une prière pour la délivrance, faisant 
allusion à l'intercession de Moïse \ 

III. — Dieu éprouve notre père Abraham [paix à lui!) et tui ordonne 
de sacrifier Isaac. 

L 108 b, P 144 b. — 57 distiques. 

Récit du sacrifice d'Isaac, dixième épreuve d'Abraham, avec les enjoli- 
vements connus de l'Agada. 

IV. — Récit racontant comment Allah-yâr* est tué et les Juifs de Kachan 

faits prisonniers. 

L 110 a, P 146 a. — 67 distiques. 

Le contenu du chapitre annoncé dans le titre est précédé par le récit 
que fait le poète (vers 1-14) des origines de son ouvrage. Il raconte d'abord 
un songe dans lequel « Maître Khizr 6 s lui apparut et lui donna un 
dinar; quand il s'éveilla, la pièce de monnaie n'était plus là, mais il sentit 
son esprit plus joyeux et l'assistance du Maître assurée. « Un jour, rap- 
porte-t-il ensuite, j'étais assis, et mon cœur était plein de chagrin, et je 
disais à mon cœur : Ne ressens-tu pas de honte devant Dieu ? Debout, fais 
connaître les événements de ce temps, afin que cela reste comme un 
signe de nous ; de môme que ton aïeul 7 a raconté les événements de son 

1. V. Revue, XLIV, 88, n. 1. 

2. V. 1 ; pb'Jtt -112 ÏK THS» ^N^TÔ. 

3. V. 2: 

nsfio nbftia n-aiD ti;o ttno3T»B *n«» î "nia rinoa ^riDa-ii ha v*n. 

Le second hémistiche viole les règles de la métrique. L'oeuvre de Babaï h. Farhad 
offre beaucoup de ces incorrections. Le mètre est souvent négligé entièrement. 

4. v. 60 : n*a:an ist on tow t^biai-ra h*a»a nm i-n* ï-têô n>Nai», 

Sans doute notre poète a puisé dans Schahin les détails qui se trouvent dans ce cha- 
pitre sur Moïse. Je renvoie pour Schahin a mon ouvrage, qui paraîtra dans le prochain 
Rapport du Séminaire de Budapest. 

5. "W ïlfclbN : dans le contenu du chapitre, ce nom est écrit en un mot : "iN^bN* 

6. "ïî5 TttîÔ, le prophète Elie. 

1. V. 10 : TV\Ï, peut-être au sens strict de n grand-père ». Il s'agit de Babaï b. 
Loutf, l'auteur du grand poème qui précède, et dont le contenu est indiqué ensuite 
sommairement par notre Babaï. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII ET AU XVIII e SIÈCLE 87 

époque, en rapportant, après l'éloge de Dieu et de Moïse, les événements 
de chaque ville, compose, toi aussi, un poème, afin que par toi le cœur 
du désespéré se réjouisse l . D'abord, chante Dieu, puis les miracles des 
prophètes, puis le destin et les événements de Kachan. » 

Les Juifs de Kachan vivaient dans une tranquillité qu'aucun souci ne 
troublait; « ils organisaient tous les jours des réjouissances et buvaient 
des vins pourprés 2 ». Mais soudain le malheur les atteignit. Aux 
approches du mois d'Ab 3 — c'était justement la vingt-et-unième nuit du 
Ramadan 4 , — il arriva que plusieurs membres de la communauté juive se 
divertissaient dans le jardin de l'aga Mir Daryab 5 , à Kachan; parmi eux 
Kalandar et Allah-yàr se distinguaient par leur gaieté. Les Mahométans, 
qui virent dans leur conduite une dérision du deuil religieux de l'Islam, 
s'emparèrent de tous deux et les entraînèrent pour les juger. Kalandar 
réussit à prendre la fuite et à se cacher, mais Allah-yàr fut amené sur le 
Meïdan auprès du grenadier. Il était déjà prêt, pour sauver sa tète, à se 
faire musulman ; mais on déclara que son crime devait être expié par la 
mort, et Mirza Koutchik 6 , qui était présent, donna son approbation. L'in- 
fortuné fut maltraité sans pitié, puis traîné avec cruauté jusqu'à la porte 
de Fin \ où il fut brûlé. 

La nouvelle de cet épouvantable incident arriva bientôt à Ispahan, et 
le Diwan délibéra même sur la dénonciation qu'à Kachan plusieurs Juifs 
avaient bu du vin dans la nuit du. meurtre d'Ali 8 et avaient tourné en 
dérision la religion musulmane. Quelques personnes étaient d'avis qu'on 
les mît à mort. Mais un homme considéré de la cour s'interposa et 
décida le schah à frapper les Juifs de Kachan d'une amende. Le schah 
envoya à Kachan quelques fonctionnaires chargés de recevoir des chefs 
de familles juifs les sommes qu'ils étaient condamnés à payer. C'était 
justement un sabbat et tous se trouvaient à la synagogue, dans la cour 
du Nasi Eliyahou. Les soldats se précipitèrent tout à coup sur les Juifs 
réunis dans la synagogue et les conduisirent enchaînés, à travers le 
bazar, au Diwan. Aucun d'eux ne savait ce qui les attendait. Les uns 
croyaient qu'ils seraient tous livrés au bûcher, d'autres s'imaginaient que 
Molla Rahamim serait seul brûlé comme étant le plus savant. Lors donc 
qu'ils entendirent la décision du schah, ils s'engagèrent volontiers à 
payer toutes les sommes qu'on exigeait d'eux. 

1. v. 12 .- i"o 'ikib Nn tu5 tn fw-iN^n bn "p3 aon ^snn xy* na tn ûji in. 

2. v. 16 : ■rç&rmiN ^«rt ■"« \rrâ ^ ^ne t -naco inizj m nn "p-o *»rr. 

3. V. 19 : 2N 17V2 ^ÎTD. 

4. La nuit de la mort d'Ali. V. plus haut, chap. XXXVIII (t. LU, p. 93). 

5. V. 19 : 3N"H*T *P73 N 3N3. Evidemment un jardin public. 

6. V. 30 : yrjîfc «TV». 

7. V. 33 : "pè ^HTNVTl. Sur la source de Fin, près de Kachan, v. chap LX. 

8. V. 38 : 

■nhta btap au) n&ouj wro vzn ^iïî y»a *p non iNttto nn rra. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

V. — Récit où il est raconté comment Mahmoud vient dans VIran l , assiège 
quelques villes et livre iut combat à Goulanabad*, puis comment Schah 
Mahmoud remporte la victoire sur les troupes de la garde du Schah*, 
comment le Schah Sultan Housseïn vient à la rencontre de Schah 
Mahmoud et le fait entrer dans la ville. 

L 111 b, P 148 a. — 46 distiques. 

Les faits qui sont visés par le titre et qui amenèrent la chute de la 
dynastie séféwide et le commencement de la domination afghane en 
Perse ne sont rapportés qu'incidemment dans le chapitre. Il raconte 
d'abord que Schah Mahmoud de Kandahar se rendit dans l'Iran pour 
assiéger la capitale Ispahan. La bataille de Goulanabad est ensuite décrite 
brièvement. Suit une peinture détaillée de la population juive dTspahan, 
qui comprenait, est-il dit hyperboliquement, quelques milliers de jeunes 
gens, dont chacun était semblable au Joseph biblique 4 . Il y avait aussi à 
Ispahan en ce temps — sans doute à la suite de la guerre — des Juifs de 
presque toutes les provinces, de Kachan, de Yezd, de Chiraz et de Lar 5 . 
Quelques détails sont rappelés, se rapportant à l'époque effroyable du 
siège d'Ispahan : les hommes mouraient en masse par suite de la famine 
et de la maladie, et il n'y avait personne pour enterrer les morts. Le 
poète cite avec de grands éloges un homme excellent, nommé Jacob Djàn 
b. Loutf, qui aima mieux souffrir de la faim plutôt que de toucher à des 
mets défendus. Un certain nombre sortirent de la capitale assiégée et 
moururent à Djoulfa (faubourg dTspahan), où ils s'étaient réfugiés. A 
Djoulfa un homme nommé Minas 6 s'intéressa avec un grand zèle aux 
Juifs. Finalement, l'auteur ne fait que rappeler brièvement que le schah 
(Housseïn) se porta au-devant du prince afghan 7 , ce qui décida du sort 
d'Ispahan. La fin du chapitre est formée par une prière, où il est. dit 
entre autres : Dieu, veuille préserver notre sang; nous sommes tombés 
dans la main de nouveaux oppresseurs 8 . 

1. Événement survenu en l'année 1722. 

2. TN3N *JN:>3 (de même au v. 8). C'est Goulnabad, village situé à 9 milles an- 
glais dTspahan, où fut livrée la bataille décisive dans laquelle Mahmoud battit les 
troupes du Schah (Malcohn, II, 93, et suiv.). 

3. EJN3 bip, littéralement : bonnets rouges ; v. plus haut, chap. XVIII (t. LI, p 278, 
n. 3). 

4. v. u: jwaa E|tpn ■©.i -- "rma ro lawana na ininth farcis *btd. 

5. V. 20 : 

6. v. 35 -. Nsbiaa ûn3 D»rn yie *p ^tia. 

7. V. 38 : 'JJUDN TNT C^D "JN^bo !"iïNZ3 Y1D3. Housseïn quitta sa résidence pour 
mettre un terme au siège, qui causait une famine, épouvantable et se soumit au 

vainqueur. 

8. Y. 44 : 

-wns-u ïitnp ••«rt D5MT no^i &iw nvn îim n-in» *to «"mienâ. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLE 89 



yi. — Schah Mahmoud prend les rênes du gouvernement à Ispahan. 
Schah Aschraf intervient dans le but d'aider 1 . Il tue Schah Mahmoud, 
monte sur le trône à sa place et prend les rênes du gouvernement % . 

L 112 b, P 149 b. — 49 distiques. 

Ce chapitre décrit d'abord la puissance et les expéditions de Mahmoud 
(1-5), s'arrête à Aimas 3 , le général qui jouissait d'une influence parti- 
culière sur Mahmoud (6-13\ raconte une tentative d'empoisonnement 
formée contre Mahmoud (14-15), la mise à mort de Mahmoud par Aschraf 
et l'avènement de celui-ci (16-18). Un des premiers actes du nouveau 
schah fut l'exécution d'Almas (19-21). Puis vient le récit des autres 
actions d'Aschraf, notamment ses expéditions et les supplices dont 
Ispahan fut le théâtre. La narration de ces derniers faits est ainsi intro- 
duite par le poète : L'idée vint au vaillant souverain de ne laisser aucun 
Mahométan à Ispahan \ Et ensuite : Si Molla Za'faran en avait donné 
l'autorisation, ils n'auraient pas laissé à Ispahan un seul Musulman 5 . La 
mort des princes est également attribuée à Aschraf (v. 25) 6 . Il n'est pas 
question des Juifs dans ce chapitre. Seulement, au récit des massacres 
perpétrés à Ispahan le poète rattache cette remarque : A cette époque où 
les non-juifs étaient mis à mort, combien peu les Juifs étaient-ils assurés 
de leur vie 7 ! A la tin l'auteur raconte qu'Aschraf alla à Khorassan pour 
faire la guerre à Tahmasp 8 (v. 40 et suiv.). 

VII. — Schah Aschraf va lutter à Khorassan. Tahmasp Khan paraît à 
Kachan et s'empare d'un prétexte contre les Juifs. Il fait du Nasi et de 
dix autres Juifs de Kachan des Mahomélans. 

L 1136, P 151 a. — 84 distiques. 

Aschraf était devenu schah en l'année 5490 9 . Traversant Kachan et 
Qoiim, il alla à Mazenderan pour y faire la guerre. A son retour il revint 
à Kachan, mais poursuivit rapidement son chemin et atteignit en un 

1. "ld: DDT! "1*7, 

2. En 1725. 

3. Général des gardes du corps de Mahmoud ; v. Malcolm, II, 127. 

4. V. 24 : fNHND}: -H2N 3^15 H"lNM3 HD ÏKTWIS 1"lS «n«ns8 ^0 13 bôTÔ. 

5. v. 18: ffittabon *p "pkdx tï ïmbna ro: i&osrT xb*» *ntm nxân n:^. 

6. En réalité, c'est Mahmoud qui, sur une dénonciation, fit égorger trente-neuf 
princes de la dynastie persane. V. Malcolm, II, 121-122. 

7. V. 29 : 

«i td iju TwX yi2'û na* rva&n ■*» -ia an bios fmaïai ■*» ro vipi "jiTan. 

Le mot hébreu T^CD (orthographié b*)2ND) désigne les non-juifs. 

8. Fils de Houssein, le dernier souverain de la dynastie des Séféwides, détrôné par 
Mahmoud. Ce nom est toujours orthographié ici DNftnn. 

9. V. 5 : nWÏ) THZJa tptON y"nn bfr*0 TJ ^M, Cela ferait Fan 1730. En 
réalité, Aschraf devint schah en 1725. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

jour de marche Ispahan. Le lendemain Tahmasp paraissait déjà devant 
Kachan avec une armée de 40,000 hommes. Une députation alla à sa ren- 
contre, ayant à sa tête Aga Mir Aboulkasim. Pendant ce temps des dispo- 
sitions hostiles se faisaient jour contre les Juifs. Les Juifs de Kachan, 
disait-on, doivent devenir Musulmans ou mourir. Déjà des bandes 
armées se précipitaient sur les maisons des Juifs, maltraitant femmes et 
enfants. Mais le Nasi Dawoud et les notables des Juifs parvinrent, en 
sacrifiant quelques mille tomans, à détourner le malheur. 

Ce fut le vendredi 8 Heschwan, alors que le sabbat était déjà proche \ 
que Tahmasp entra à Kachan avec son armée. Pendant que les soldats 
occupaient et pillaient les maisons, le Khan (Tahmasp) recevait l'hospi- 
talité de l'émir (Aboulkasim) 2 . Les notables juifs se rendirent dans la 
maison de l'émir. C'étaient, outre le Nasi David : Benjamin, Khoudàdàd, 
Mondi, Lari, Mardochée, Rabbi, Khodscha, Israël, Gourdschi, Mischaël 
Kohen, Mardochée Ispahani, puis Zabulon qui s'était converti peu aupa- 
ravant à l'Islam. Parmi les Mahométans distingués de Kachan qui étaient 
réunis chez l'émir, quelqu'un demanda que les Juifs, grands et petits, 
eussent à payer chacun cent tomans. Mais les Juifs présents déclarèrent 
qu'ils n'étaient pas en état de le faire. Tout à coup Benjamin se leva au 
milieu d'eux et invita l'émir à recevoir sa profession de foi musulmane. 
Il en fut ainsi fait; l'exemple de Benjamin fut suivi par les autres qui 
« se rendirent à la famille d'Ali > 3 . 

Ils croyaient s'être soustraits de cette façon à l'obligation de payer. 
Mais Tahmasp Khan, pour mettre à l'épreuve la sincérité de leur conver- 
sion, leur tint ce discours : Moïse était plus parfait que quiconque. Moïse 
a fait verdoyer une branche de bois desséchée ; quand il plantait le bois, 
il y cueillait aussitôt des roses. Le sectateur de Moïse doit rester fidèle à 
sa religion, de même que celui de Jésus ne doit pas être inquiété pour la 
sienne. Vous ne devez pas séparer votre cœur de votre confession, quand 
même vous m'opposeriez tous les Prophètes \ Il faut donc que vous 
acquittiez cette taxe et nous donniez l'argent qu'on vous réclame. Les 
Juifs ainsi interpellés étaient dans une grande perplexité, mais de nou- 
veau Benjamin se leva au milieu d'eux et déclara : « Nous voulons devenir 
Musulmans de cœur et d'âme 5 ! » Le Khan entendit ces mots avec plaisir et 
invita les Juifs à prendre place parmi les autres assistants. Ils reçurent 
les souhaits de bienvenue de ceux-ci et mangèrent ensemble avec eux 6 . 

i. v. 40: \wn nws oiruum p^asa naïai wtn ■ma, 

2. v. 45 : nibfirt m -p» ^nr&ô itô mi 

3. V. 62 : TDTllDD N*1 "J"D "V?9 btf "121. En d'autres termes, ils devinrent Maho- 
métans chiites. 

4. V. 68 : 

-ma i£ u^d ii-i37jp^D sntta» "ia« Tn&na na hi »r5 am» *ia neuî. 

5. v. 70 : iN?3bo?2 D*nna bm i^q m nèiaa, 

6. v. 75 : ^paa insn^T un* a wnâa ^naatt rrbttri j«idi& na 'nriêiaa. 

« Ils ne dirent pas : Prononçons la bénédiction » c'est-à-dire : ils ne récitèrent pas les 
grâces eu commun. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XYIIP SIÈCLE 91 

Le Khan décréta par écrit que les nouveaux convertis étaient exonérés 
de l'impôt des Juifs. Ils furent gratifiés de vêtements honorifiques et 
renvoyés. 

VIII. — Le Nasi David ' somme tous les Juifs de Kachan de se faire 
Mahomélans ; Abraham Yezdi et quelques autres ne font pas la pro- 
fession de foi. 

L 115 a, P 153 6. — 86 distiques. 

Le dimanche qui suivit, le Nasi David convoqua les membres de la 
communauté juive à une réunion qui devait se tenir dans sa maison. On 
discuta sur ce qui s'était passé et on proposa que David se rendît à Ispa- 
han et remît au schah une requête pour que ceux qui s'étaient convertis 
à l'Islam fussent autorisés à revenir à leur religion. Déjà David s'était 
déclaré prêt à faire cette démarche quand un homme, nommé Abdoul- 
vvahhab, en montra le danger; si la nouvelle en parvenait aux oreilles 
de Tahmasp Khan, leur vie à tous était exposée. De plus, si l'on appre- 
nait que les nouveaux convertis ne se plaisaient pas à l'Islam, on inven- 
terait contre eux des créances. La réunion fut alors partagée entre deux 
partis ; les uns disaient : nous voulons devenir Musulmans ; d'autres : 
nous sommes Juifs 2 . Quand David le remarqua, il fit inviter les scheikhs 
et le cadi, afin que la conversion des Juifs eût lieu en leur présence. Puis 
il fit fermer les portes et tint aux assistants un discours dans lequel, 
rappelant les périls qui les menaçaient, il les invitait à accepter l'Islam. 
Cette invitation provoqua un grand trouble parmi eux. Mais finalement 
la plupart se décidèrent à abandonner leur foi, et ils furent conduits un 
à un devant le cadi et les scheikhs pour prononcer la profession de toi. 

Parmi eux se trouvait Molla Eliyahou, fils de Pir Ahmad, qui connais- 
sait bien les cantiques et les psaumes et exécutait les chants avec beau- 
coup de talent 3 ; il y avait aussi Molla Israël Babaschah, Molla Natanaël, 
fils de Molla Moïse, Molla Rahamim et son fils Eliya, Molla Zabulon. 
Quelques-uns pourtant se refusèrent à prononcer la profession de foi 
mahométane, tel le boucher (« schohet ») Molla Rabbi, fils de Molla 
Jacob, et ses compagnons. Celui qui se distingua particulièrement, ce 
fut Aga Abraham de Yezd. 11 somma David de le laisser parti)', car il 
n'était pas de Kachan; mais, d'ailleurs, il était décidé, disait-il, à rester 
fidèle à sa foi. Hadji Mou'in * le mit gravement en demeure de changer 
de résolution et lui fit même des menaces ; mais Abraham déclara : « Dût-il 

1. Le nom de David, ainsi que celui de Abraham qui vient plus loin, est précédé de 
l'abréviation 'tf, qui équivaut à NStf (NpN) «aga». 

2. v. 15 : )V2 û^na* Tanpiâa wjj *pi vnaboïs û^t-o thns ^nôua. 

3. V, 30 : 

m-pttT NbiE "pN "7D"i5 *•$ rai5 rii£ mbftrn m^-na na tnafttà in ^oa. 

4. C'est le nom que le le Nasi David prit comme Musulman, ainsi qu'il ressort du 
v. 76, Le nom de V^IE se trouve au v. 52 ; au v. 56 Abraham lui donne celui de "^ri- 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

m'en coûter la vie, j'étais Juif et reste Juif 1 ». De même Aga Mardochée 
Rabbi de Kirmanschah ne se fit pas mahométan '. 

La nouvelle de la conversion des Juifs de Kachan se répandit dans tout 
l'Iran et excita une vive indignation chez les Juifs. Du reste, les Juifs de 
Kachan restèrent fidèles en secret à la religion juive, même le Nasi 
David; le deuil et l'affliction régnaient dans leurs maisons. — Des 
réflexions sur l'état des Juifs de Kaclian pendant la persécution reli- 
gieuse terminent ce chapitre. En voici les derniers vers (83-86) : « Dieu, 
pardonne le péché de la communauté en faveur de Moïse, d'Aron et 
d'Ezra ! Nous caressons l'espérance que Schah Tahmasp viendra et nous 
ouvrira les portes de la victoire. Dieu, inspire à son cœur de proclamer: 
Vous tous, appartenez de nouveau à la religion de Moïse. Alors Babai 
reviendra également à sa religion et recommencera à être illuminé. » 

IX. — Schah Tahmasp vient à Kachan ; les gens de Kachan se portent 
au-devant de lui. Le Nasi David convertit les femmes juives à 
l'Islam. 

1. 116 6, P 156 a. — 68 distiques. 

Dans la première partie de ce chapitre le poète présente le récit à la 
première personne, ayant fourni lui-même l'occasion de l'épisode qu'il 
va raconter. — Il y a quelque temps — tel est le récit de Babaï b. Farhad 
— j'étais assis, solitaire, réfléchissant et me demandant si je ne pouvais 
faire quelque chose d'utile au salut éternel 3 . Je pris la résolution de 
rédiger une supplique que je ferais parvenir au schah et où je demande- 
rais que les Juifs de Kachan fussent délivrés de la persécution religieuse. 
J'écrivis la requête et me décidai à la montrer à quelques personnes 
distinguées. Je me mis en quête de quelques compagnons d'infortune et 
leur communiquai mon projet. Ils répondirent qu'il était impraticable, 
du moment qu'ils avaient fait profession d'islamisme; si la chose venait 
aux oreilles de Khan Tahmasp, il les ferait tous périr. Cependant ceux 
que j'avais mis dans la confidence portèrent mon projet à la connais- 
sance de Sayyid Housseïn, dans la maison de qui ils se réunirent, au 
nombre de dix à quinze, dont Ibrahim et Mardochée, et ils m'invitèrent 
à aller les retrouver. Le maître de la maison, qui traita les assistants 
d'une façon hospitalière, proposa d'inviter aussi le Nasi David. Celui-ci 
vint et s'informa du but de la réunion. On lui apprit, qu'on projetait 
de faire parvenir au schah une requête contre la persécution religieuse. 
Mais David se prononça avec une grande décision contre ce dessein ; 
on devait se regarder maintenant comme Musulmans. Il y en eut aussi 
qui louèrent la requête et qui en attendaient du bien ; mais la délibé- 
ration, après avoir duré jusqu'au soir, se termina sans résultat On résolut 

i. v. 5i : DTim "psas t*3i aiia mm a-nri -q *tti mai an an n3N. 

2. V. 61 : blDD an IN TNÏ53. V. plus haut, p. 89, note 7. 

3. v. 3 : *na m a a mrw m5« nna t mt a^a T"«a i» "nt*a m anÉiaa 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVIII e - SIÈCLE 03 

d'engager les Juifs de Kachan à s'en remettre à l'avenir, de témoigner 
leur dévouement à la Tora ; jusqu'à ce que les choses prissent une autre 
tournure, ils devaient s'en tenir au Koran, puisqu'ils appartenaient à la 
religion de Mahomet 1 . 

Mais le Nasi David craignit qu'on put trouver un prétexte dans ce 
qui s'était passé, si on l'apprenait, pour persécuter les Juifs; aussi 
voulut-il donner un témoignage particulier de son zèle pour la foi musul- 
mane. Il se rendit chez l'émir et lui proposa de nommer un maître 
chargé d'instruire les femmes juives dans les formules et les prières de 
l'Islam, lien fut ainsi, et, la désolation au fond du cœur, mais le sourire 
aux lèvres', les femmes juives, rassemblées a cet effet, répétèrent la 
profession de foi à la suite du maître mahométan. On apporta aussi de la 
viande et du lait 3 et les femmes en mangèrent. Puis elles furent congé- 
diées, et tandis que le Nasi David se réjouissait du succès de son idée, les 
femmes disaient : Au jour de la résurrection notre main saisira le bord 
de la robe de celui qui a fait de nous des Musulmanes \ 

La dernière partie du chapitre raconte la rencontre de Schah Aschraf 
avec Tahmasp Khan près de Kachan, à quoi se rapporte le début du titre. 

X. — Schah Aschraf se rend à Chiraz, Tahmasp Khan le suit et ils luttent 

l'un contre Vautre. 

L 118 a, P to8 a. — 120 distiques. 

Ce long chapitre porte sur le règne de Schah Aschraf et sa défaite par 
Tahmasp Khan. Il ne contient que peu d'indications relatives au sort des 
Juifs. A propos de la prise dTspahan par Tahmasp, le poète rapporte 
qu'on y enleva beaucoup d'or aux Arméniens et aux Hindous, aux Juifs 
et aux Mahométans 9 . Mais il relève particulièrement que les Juifs d'Ispa- 
han, parmi lesquels il s'en trouvait aussi de Kachan, de Chiraz et de Lar, 
sacritièrent spontanément leur or sans essaye!" de le sauver par l'abandon 
de leur foi 6 . Seuls quelques Juifs de Kachan, qui séjournaient alors a 
Ispahan, invoquèrent l'exemple donné par le Nasi David et le notable 
Benjamin, qui avait amené la communauté de Kachan à se convertir, et 
acceptèrent l'Islam. Ils conseillèrent à ceux dTspahan de les imiter, mais 
ceux-ci, par une inspiration divine, repoussèrent ce conseil, peut-être — 
remarque le poète — à la suite de l'intercession des patriarches auprès du 

1. V. 33-34: 

l^rr-D rNapnowNa ni nconn na t fini m "pa inaT titd n-ipi^a 
n?:n73 "pn W3n na "jaump isna *tnn m na Nn ifirabott inaT. 

2. v. 46 : iK*ft5 aban far-ia bia, 

3. V. 47 : ^Ofc021 DNna. V. plus haut, chap. XIII (t. LI, p. 273). 

4. V. 49: 

INEfina «-na noNw non nfc&rp larabo» nine td *piN wiêian. 

5. v. 33 .- i«&V6e •ni? rwn *3tt-)NT inïindi: -h n&roa -it TK nèna. 

6. V. 35 : -I&P03 HT pNTl "pT pâ^aa. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Tout-Puissant. « S'ils étaient devenus Musulmans au pied du trône, ils 
auraient livré aux flammes tout l'Iran *. » 

Quand Schah Aschraf se vit obligé d'évacuer Chiraz devant Tahmasp 
qui approchait, il se hâta de ramasser beaucoup d'or, et ce furent sur- 
tout les Juifs de Chiraz qui durent abandonner leur fortune, de sorte 
qu'ils devinrent, même les plus distingues d'entre eux. complètement 
pauvres*. Ils essuyèrent aussi beaucoup de maux lors de la prise de 
Chiraz par Tahmasp. — De la bataille de Chiraz entre les armées 
d'Aschraf et de Tahmasp . Babaï dit qu'elle était comparable à celles qui 
furent livrées entre les Hébreux et Nabuchodonosor 3 . — A la fin, il 
remarque : Du temps d'Aschraf, les Juifs vécurent tranquilles, tandis que 
les Musulmans étaient blessés jusqu'au cœar; toutefois, nous n'atten- 
dons pas son arrivée d'Aschraf , mais nous attendons que la délivrance 
(messianique devienne visible*. 

XI — Aga Mir Aboulkasim va à Ispahan, et le Nasi Aga David l'y suit, 
pour obtenir une décision touchant la religion juive. 

L 120 6, P 161 a. — 98 distiques. 

Schah Tahmasp convoqua les émirs des provinces à Ispahan ; parmi 
eux se trouvait aussi celui de Kachan, Aboulkasim Avant son départ 
pour Ispahan, les Juifs qui vivaient sous la contrainte de la conversion 
le prièrent d'obtenir pour eux du schah l'autorisation de revenir à leur 
ancienne croyance. L'émir leur répondit avec bienveillance, mais ne 
leur cacha pas la difficulté de l'intercession qu'ils sollicitaient de lui. 
Il s'efforcerait de satisfaire a leur prière; qu'en attendant ils se tournent 
vers leur Dieu en priant et jeûnant 5 . Aussitôt après, le Nasi David se 
rendit également à Ispahan, pour rappeler a l'émir l'accomplissement de 
sa promesse. Il lui tint un discours long et chaleureux et termina ainsi : 
C'est seulement par peur que nous avons prononcé la profession de foi, 
lorsque nous vîmes devant nous ce khan puissant de jeunesse Tahmasp . 
Nous ne savons comment suivre la religion de l'Islam, nous voulons 
revenir à la religion de Moïse fils d'Amram. Toi, sois aujourd'hui le 
Khizr de notre religion, retire le peuple de Moïse du tourbillon de 

1. V. 44-4o : 

-i«:aa ©*»s jrnaa yiéte ma* nan -a» pN p-osi p5n-ï:n \w bi na ntiSi 
■jéty*» ba -ie pT m wTN "in iNttboE ïtiioa ■•» nân i»a m "ia«. 

2. V. 90-92: 

yn -natta -n itfa *xi ymm ïwb ^wrrai t»bfin«"»t «anatâ' 
len^firnâ ta ïrnoa aanm» NTsn iho -p ^n5 n:: pTO Nr? D^aa» 

3. v. 99 : ■jîtj *ian lapnôia ta p-a ro ï*rnrr ^aaa ^ri *:oa mm 

4. V. 117-118: 

mena, \cttvn !na NH nwabon nnôna ^na* pin tp**a nn: 
T»"»K»a ^n nb"«ta na û"nKîna« T«n hd û*»no">a i.x *i«Tna« txa. 

5. V. 10 : Tn«T3 Ï«bbt3 N31 nm INP^UÎ "PbN23 TÔ 'WD H3 |nTn. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLE 95 

vagues 1 . L'émir déclara qu'il se ferait le défenseur des Juifs de Kacban 
dans la séance du Diwan. Chaque malin David se rendait aux abords du 
Diwan pour attendre le succès de ses démarches 2 . Mais pendant long- 
temps l'occasion ne s'offrit pas à l'émir de tenir sa promesse. Finalement 
il arriva que Schah Tahmasp, qui, dans l'intervalle avait fait le voyage de 
Cliiraz, l'y manda auprès de lui. A cette occasion le schah s'informa des 
Juifs de Kachan qui s'étaient convertis à l'Islam pendant sa présence 
dans cette ville, et demanda si par hasard ils avaient repris leur religion 
ou s'ils étaient encore Musulmans 3 . Cette question fournit à l'émir une 
occasion favorable pour demander au schah d'autoriser les Juifs à pro- 
fesser publiquement le judaïsme. Entre autres arguments, il fît valoir 
que le Juif converti a l'Islam, gagnàt-il par sa conversion une foule de 
distinctions et d'honneurs, reste toujours Juif. « Et quand, pendant cent 
ans, il professe l'Islam, le chagrin au cœur, il reste encore — sache-le, ô 
Khan — un dissidente » Le schah donna alors à l'émir pleins pouvoirs 
pour permettre aux Juifs de Kachan de revenir à leur religion moyennant 
le paiement d'une certaine taxe. L'émir retourna à Ispahan, où il apprit 
la nouvelle au Nasi David, qui l'attendait avec impatience. Il le chargea 
d'envoyer à Kachan un messager pour mettre les Juifs au courant de cette 
décision ; ils pouvaient ouvrir les synagogues et célébrer un jour de fête. 
C'est ainsi que se termina la persécution religieuse à Kachan, au grand 
dépit des ennemis que les Juifs avaient dans cette ville. 11 est vrai — 
ainsi finit le récit - qu'ils ont pris notre or et vidé nos maisons, mais 
nous avons humilié jusqu'à terre le chef de ces oppresseurs 5 . A cette con- 
clusion le poète rattache une prière : «O Dieu, pour chaque dinar que les 
Juifs ont dû payer, fais venir cent dinars dans leur bourse, et que pour 
chaque dinar une bénédiction deux fois centuple soit accordée à leur 
Itou rse ainsi qu'un travail centuple 6 ! » Enfin, voici le dernier vers du 
chapitre : « Donne, ô Dieu, des consolations à leur cœur et rends Babaï 
joyeux et satisfait 7 ! » 

1. V. 33-35 : 

rrjtnn ind yiai ne û^th na marra n^ncia n*: o-in wni 
N0172 mp -mina aarn* tn m «ts^h fn *ia -ira m»a "niaa. 

2. Le narrateur ajoute ici une apologie du Nasi David, qui expia le rôle qu'il avait 
joué eu provoquant l'apostasie par les efforts qu'il fit pour obtenir l'autorisation de 
revenir au judaïsme. 

3. v. 58 ; ïNEaoB 'jnon «■» -rannsn "ni pa 

4. V. 67 : 

now^a n in na ]jo fana -d« nora œbi îwxai DNboN ima na bato ra 

5. V. 94: 

^a*5 na a^-na an ïw»b«T "pN ^o %xd }vz nafië ymaa -it insna. 

6. V. 95-96 : 

)W na^a -n )-\oi iéwh i£ ^"îsn ïibaw» p^n na •nwH ni^inhd 
■ naabri ts an ^to no^a -n mi naia »nim tb n ■vwfâ'vi nsn. 

7. v. 98 -. i^omâi -tau; bn ^ia ->NaNai nanNTD )wp^M ^bn mn irrana. 



96 REVUE DES ETUDES JUIVBS " 

XII. — Récit du mahométisme* des Juifs de Kachan durant la période de 
sept mois. Courageuse intervention du Xasi Abraham en faveur de la 
communauté et sa lutte pour eux devant les fonctionnaires et seigneurs 
de la ville jusqu'à ce qu'ils accordent aux Juifs l'autorisation de pro- 
fesser de nouveau la vraie foi. Par Maschiah b. Raphaël*. 

L 1226, P 164 a. — 73 distiques. 

Ce chapitre, qui appartient à un autre poète, est inséré dans l'œuvre 
de Babaï b. Farhad. Masehiali b. Raphaël expose la délivrance des Juifs 
de Kachan, victimes de la persécution provoquée par le Nasi David, d'une 
manière différente, attribuant le mérite de cette délivrance au Nasi 
Abraham 3 . 

Après quelques vers d'introduction, le poète décrit la situation des Juifs 
pendant la persécution religieuse causée par le Nasi David. Il parle à la 
première personne comme étant un de ceux qui souffrirent de l'oppres- 
sion. « Nous ne savions pas si c'était une éclipse de l'assistance divine, 
ou une conséquence des péchés d'Israël'*. » Pourtant il se rendit compte 
que cette destinée était due à trois sortes de péchés : l'envie, la haine 
gratuite et les transgressions de la loi 5 . « Nous restâmes pendant un long 
temps contraints dans la foi et l'âme troublée, pleurant jour et nuit*. » 
Puis il raconte comment, dans cette situation, ils implorèrent la déli- 
vrance et rapporte les termes de leur prière, qui rappelait les antiques 
témoignages que Dieu avait donnés de sa grâce en faveur des aïeux. Dieu 
exauça leur prière et envoya son assistance par l'intermédiaire d'Abra- 
ham b. Isaac de Yezd 7 , qui intervint courageusement pour soutenir le 
droit de ses coreligionnaires 8 . Il ne s'accordait pas de repos et s'efforçait 
constamment de gagner le Diwan ainsi que chacun des personnages dis- 
tingués de la ville à la cause des Juifs de Kachan, victimes de la persé- 
cution religieuse. Eux-mêmes ne cessaient de prier, « chaque maison 
était une synagogue, où le peuple de Moïse faisait sa prière 9 ». Les auto- 
rités de Kachan devinrent favorables à la cause des Juifs et leurs docteurs 
citèrent la tradition du Coran d'après laquelle le Prophète apporta de 

1. ■ , 72" n 'l3, substantif abstrait de D"™^ employé comme un singulier. 

2. y"i bas-) à "nr\ p rriDtt à ^nns^ tn (à = njj* ';an = Drrran). 

3. V. plus loin. 

4. Y. 6: 

5. v. s-, mrpajn asn nssttî y-\n f^ nw»M "pN -nn rm ro tn ybœm 

6. V. 9 : 

l&riNa ni D"nns ^ m-u rrn au: I^T^m D13N [d]"H"D npi "pias tts. 

D'après le titre, cette situation dura sept mois. D'après le chap. VII, elle commença 
en Heschwan ; d'après celui-ci, elle prit fin en Siwan. 

7. nr pansN p« D*ma«i 

8. Cf. plus haut, chap. VIII. 

9. v. 27 : Ncns ûip nbwn ywô "ron nd^d ^ia ^hdnd *p -im. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII ET AU XVIII e SIECLE 97 

l'eau et du pain dans le désert et en offrit, plein de pitié, au peuple de 
Juda. Même les habitants de Kachan devinrent, grâce aux efforts d'Abra- 
ham, animés d'intentions favorables aux Juifs. 

Ensuite Abraham, escorté de quelques compagnons, se rendit à Ispa- 
han auprès du schah. Celui-ci écouta avec bienveillance la prière qu'on 
lui adressait d'avoir pitié des Juifs et renvoya Abraham en lui promet- 
tant d'examiner sérieusement l'affaire. Joyeux, Abraham revint à Kachan, 
et son récit remplit les Juifs d'allégresse et d'espérance. Ce fut aux 
approches de la fête de Pàque que la vue du triomphe apparut aux 
Juifs 1 . Ils passèrent les jours de la fête joyeusement dans leurs maisons. 
Au mois de Siwan l'arrêt du schah sur la confession juive arriva à 
Kachan : chacun pouvait choisir librement sa croyance ; ils devaient 
payer leurs impôts et ne pas être inquiétés 2 . Plus d'un toman fut pris 
aux Juifs. Mais les synagogues furent ouvertes, la Torah récitée, les 
prières faites; Dayyan et Molla occupèrent leurs places. De nouveau, 
l'ordre religieux fut rétabli dans ses droits et les esprits bouleversés 
furent ranimés 3 . 

Une prière termine le chapitre ; en voici le dernier vers : Je souhaite 
pouvoir aller à Béth-el, moi rempli d'amour, Raphaël Ibn Maschiah \ 



#** 



A ce chapitre est rattaché un quatrain s et un Ghazel composé de sept 
vers 6 en l'honneur du héros du poème de Maschiah. Par la tin du Ghazel 
on voit que l'auteur s'appelait Attàr 7 . 

XIII. — Livre des leçons à tirer de la destinée*. 

L 124 6, P 166 b. — 93 distiques. 

Suivant l'exemple de son grand-père 9 , Babaï b. Farhad expose, dans 
ce chapitre, les leçons qui se dégagent des événements qu'il a racontés. 
Les deux premiers distiques sont identiques à ceux du chapitre corres- 
pondant de Babaï b. Loutf. Pour d'autres détails aussi les réflexions de 

t. v. 50: nss lama* nrn tn iiaa nos ^nn nh m "pa ^ni 

2. v. go-61 : farr»» rwroîma ""Wia nrpai ïxwdi "ôsnuj*' ddih. -ittara 

■nsano/i "jiSNan m"na Tarn ^inti5« *n5 p-n os nn nais. 

3. V. 65 : -J-INT -P733>n 3N1D NH bll pan 3"»mn NI pi T1D TS "IIPI. 

4. V. 73: bw&Tl pN TW12 NT«1ZJ ">373 btf n^2 ""10 TJ 1311") ÛH85 "»Tï. 

5. Le titre en est (L 124 a, P 166 a) : T^ia &OU33 DÏTO« N IKlDa lik ^^21, 

6. Le titre est : bîp Ni"i"W. 

7. A la fin, ces mots qui séparent le poème intercalé de Raphaël de celui de Babai : 

obi? îina bab naia abusai dp* 
• 8. "pria -usan-i arrosa nrnaM. 

9. V. plus haut, chap. LXXXIII. 

T. LUI, n° 105. 7 



98 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Bàbaï le Jeune offrent tout naturellement des points de contact avec 
celles de son prédécesseur, car elles se rapportent à des situations sem- 
blables; mais le plan est ici moins clair, et même un certain nombre de 
faits sont insérés au milieu des considérations. 

D'abord le poète, jetant un coup d'œil rétrospectif sur l'époque anté- 
rieure à la crise, montre comment les chefs religieux, mollas et dayyans, 
s'étaient efforcés en vain de détourner les membres de la communauté 
des péchés et des transgressions de la Loi. Beaucoup de défauts s'étaient 
implantés dans la vie des Juifs de Kachan. La discorde régnait parmi 
eux. Aux pauvres qui avaient une requête à présenter on rendait la vie 
dure. Tandis qu'ils revêtaient de soie les femmes non-juives et faisaient 
du vin avec des non-juifs 1 , ils ne se souciaient pas des besoins des 
pauvres. Celui qui tuait un mouton ne songeait pas à en donner une part 
aux pauvres, mais seulement à ce que le banquet fût bien plantureux. 
Les hommes n'allaient à la synagogue ni le matin, ni à Minha, ni le soir 2 . 
Il fallait souvent se mettre en quête d'un chacun pour réunir le nombre 
prescrit de dix fidèles qui permettait de dire le Kaddisch et de faire la 
lecture de la Loi. Ils ne suivaient que leurs désirs égoïstes et l'argent; 
les exigences de la religion étaient foulées aux- pieds 3 . En marchant ils 
mangeaient du pain et ne songeaient pas à dire d'abord la bénédiction 
et à réciter ensuite les grâces. Dieu vit que nous n'avions pas les cœurs 
unis; aussi voulut-il que nous fussions suspendus entre ciel et terre \ 
Les Juifs de Kachan furent contraints de professer l'Islam 5 . .. « Sombre 
était le jour des boutiquiers le sabbat. S'ils tiraient quelque profit de 
leur commerce, ils pouvaient entendre les autres dire : Juif 6 ! L'un disait 
ironiquement : viens dans notre mosquée; l'autre : prends de la viande 
chez nous. Un autre disait : Quand Tahmasp Khan viendra, il vous cou- 
pera la gorge avec l'épée... Nous ne sommes pas allés à la synagogue 
avec recueillement, aussi Dieu nous a-t-il envoyés dans la demeure de la 
persécution religieuse (la mosquée) 7 ; les différents jeûnes n'étaient pas 
observés, aussi Dieu nous donna-t-il tout un mois de jeune. A l'époque 

1. V. 15: 

û^ma an inoa nd whd ^ B^ia ■wn it -o Dirons» pan vin. Le 

dernier mot est l'hébreu O^nrô (= Septante, ce qui est la valeur numérique de pi, 
vin) ; sur blDD, voir plus haut. 

2. v. io: û»ro -n nsi rimu nsi mis m ûtti?3 jné-i ^ dïi no^d. 

3. v. 21 : fema ns nbttia an yn p-o ^n b»?a n»i y-in vs insn i»n. 

4. V. 26 : 

M11N T-O K1NB "JÊTOONl ^fet 1^73 55"l V bTiO^ N73 "1*7 ÛT5 NIlS. 

5. Un assez grand nombre de vers sont consacrés à la peinture de la persécution 
religieuse; ici aussi (v. 58) l'année 5490 est donnée comme date (de même que plus 
haut, chap. VII) : 

ï-stu *b&9 yi« Ttiifta N*n ffW "rtH y"nrt ^fcô ma, 

6. V. 62 : 

mm ^nôtt "H an»» -pi -o» mo fié latrÊ it -jit ntnb "p na». 

7. V. 73 : ri3DD Dlp?33 "Ht©*» DH 7.173 »TO nîllîD T» NO^S Û^nDH "«733. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVIII e SIECLE 99 

du déluge il y eut un Noé, à une autre époque il y eut un Ezra : à notre 
époque il n'y eut aucun homme d'un esprit supérieur *. » 

La tin du chapitre est formée par une prière adressée à Dieu au milieu 
de la situation et de l'état d'esprit de la persécution religieuse. Elle se 
termine par ces mots: «Oh! fais triompher notre intercesseur Moïse, 
détourne cet opprobre des Juifs; réédifie ton sanctuaire, dut-on même 
sacrifier mon àme en guise de rachat. Puisse Babaï voir bientôt le Mes- 
sie ; que, sur l'ordre de Dieu, le Messie monte sur son trône! Fais que 
Moïse se réjouisse de nous; détourne la persécution religieuse des Juifs 
de Kachan * ! » 

XIV. — Aga Abraham Yezdi devient Nasi, il obtient un arrêt touchant 
la confession juive et vient à Kachan à la joie de tous les Juifs de 
cette ville. 

L 126 6, P 169 a. — 78 distiques. 

Cette époque finit ; il en vint une autre, celle de Tahmasp Khan. Le 
Nasi était Aga Abraham Yezdi, originaire de Yezd, mais établi à Kachan. 
Il fut pendant plusieurs années notre chef et sa parole était influente 
chez la nation dominante 3 . De son temps florissait la vie de société ; on 
buvait du vin sans péché ni faute. Il faisait auprès des notables les 
quêtes nécessaires aux dépenses et envoyait des secours à ceux qui en 
avaient besoin, partout où il fallait \ — Ces mots servent d'introduction 
au chapitre qui contient d'abord un tableau rétrospectif de la lamen- 
table époque pendant laquelle le Nasi David était à la tète des Juifs de 
Kachan (v. 7-22). Puis vient l'éloge des mérites d'Abraham, son succes- 
seur 5 , et de ses efforts pour le recouvrement de la liberté religieuse. Le 
jour de la réouverture des synagogues est indiqué ici plus exactement 
que chez Maschiah b. Raphaël (chap. XII) « Ce fut le sabbat huit Sivvan 
qu'ils allèrent, jeunes et vieux, à la synagogue 6 . »« Précédemment, est-il 
dit encore, ils étaient restés sept ans Musulmans 7 ; pendant sept tnois 
pleins nous dûmes nous soumettre à l'oppression. » 

Le poète continue par des vœux pour ceux — mais principalement le 

1. V. 79 : 

n&n no 3ba iNtt nir "pia 111211 nao nnn un np ^122 n» "rma. 

2. V. 93 : 

•jNT-iaa *{n;z;&o laba-HZ}"» -n m^n i&ma iwa nu N7:t *n note ip. 

3. v. 4 •. êo^-h ^-nn îo^sa îBë-in nina txn ""-un no b«6 h:£ in ma a 

(Turc et Yegma désignent les tribus turques prédominantes ; Yegma est le nom d'une 
ville du Turkestan). 

4. V. 7 : 

hnoid "»,a n«a 11 an in^në "»ai naMansN ifio&mâna tn nën:t 1», 

5. V. 23 : 

6. v. 34 : -ja-m Dm -pb ncp3d m ïné-ia ï«vro na\n onnian nau; ^ia, 

7. V. plus haut, chap. XVII, i. f. 



100 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nasi — qui avaient sacrifié leur fortune et avaient même enduré des châ- 
timents corporels jusqu'à ce qu'ils eussent amené la délivrance. Pleins 
de joie, nous reconnaissons que nous avons échappé à la mort, que nous 
demeurons en sécurité dans nos maisons avec femmes et enfants, et que, 
les jours de fête et le sabbat, nous pouvons lire les textes sacrés au 
milieu de la communauté l . » — La tin du chapitre décrit les difficultés 
que causa la collecte des grosses sommes d'argent que les Juifs durent 
payer (y. 46-69); enfin, une prière renferme des actions de grâce à Dieu 
pour la faveur qu'il avait témoignée, et exprime le souhait que Dieu 
veuille envoyer le Messie et bâtir le « troisième Temple ' ». 

XV. — Livre de la mauvaise fortune 3 , et comment des ténèbres tombèrent 
sur ta ville de Kachan. 

L 128 «, P 1716. — 96 distiques. 

Les ténèbres dont parle le titre ne sont pas autre chose que la persé- 
cution religieuse que Babaï — qui se nomme ici au dernier vers — avait 
déjà racontée précédemment en détail, et dont il fait l'objet dune nou- 
velle exposition. Ce chapitre parait être un poème antérieur que Babaï, 
après avoir consacré au même événement un poème plus étendu, rat- 
tache à ce dernier. Parmi les détails de ce récit plus court, nous ne relè- 
verons que ceux qui se rapportent à quelques personnalités juives de 
Kachan. Babaï fait ressortir au premier rang le mérite de Molla Rahamim, 
qui ne fit pas profession de foi musulmane. « Si Molla Rahamim était 
devenu Musulman, nous n'aurions plus pu revenir à la religion d'Am- 
ram... Dieu inspira à son cœur de ne pas se faire Musulman 1 . Molla 
Yona, par contre, confessa l'Islam par peur; mais le jour suivant il disait 
déjà : je m'en repens. » Le poète relève également le mérite de Molla 
Moïse, ainsi que celui de Molla Obadya, qui offrit une somme d'argent 
particulièrement considérable pour le Divvan. 

XVI. — Aga Aboul Kasim vient avec le Nasi David à Kachan 

L 129 6, P 174 a. — 17 distiques. 

Ce court chapitre, qui se rattache au précédent, rappelle sommairement 
les faits, racontés plus haut au chap. XI, par lesquels la persécution de 
Kachan prit fin. 

1. V. 45-46 : 

DTID1D3 ïîrrçnsi it utd n&rna aviOTia si» tn n?2 na d^ni "W5 bi 
riN^N d^séô *?oa b*i ti «owa naian lan» râfiôa rronao. 

2. v. 76 : iuj" , b;zj ma 

3. ^rtttio na^ar». 

4. V. 74, 76: 

lin»* yn na -rm a "ni D^nosalina "jNttboiw "ma "•» tram «biw "piN na» ; 
1N»boir Nbitt nu» na ïia rûBHS'H ©bn na htô, 

Au <iiap. VIII, M. Rahamim est justement nommé parmi ceux qui se convertirent. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVII SIÈCLE 101 

XVII. — Événement de Hàmadan avant que Mahmoud vînt dans l'Iran. 
Une avinée turque l arrive à Hamadan et quelques jeunes gens sont 
tués. 

La ville de Hamadan avait été longtemps préservée, grâce au mérite de 
Mardochée et d'Esther ', des maux de la guerre. Mais le sultan turc 
résolut d'enlever aux Persans cette ville, et il envoya une armée de 
plusieurs milliers d'hommes, qui en tit le siège 3 . Le siège durait déjà 
plusieurs mois sans qu'aucun résultat eût été obtenu. Alors les Turcs 
sommèrent les habitants de Hamadan de se soumettre. Mais le Khan 
répondit qu'ils étaient les sujets de Tahmasp; il leur était d'ailleurs 
impossible de se joindre aux infidèles 4 . En même temps le capitaine 
turc, par l'intermédiaire de deux Juifs qui se trouvaient dans son armée, 
Eliya b. Israël et Mousa b. Aga Molla 5 , entama des négociations avec les 
Juifs de Hamadan. Il exigeait d'eux une grosse somme d'argent pour leur 
faire quartier lors de la prise de la ville; mais les Juifs ne voulurent pas 
y consentir. Les négociations furent poursuivies et Molla Raphaël, ainsi 
que le Nasi Samuel, reçurent des lettres de cet Eliya. Mais, entre temps, 
les Turcs réussirent à pénétrer dans la ville, et ce fut alors le signal d'un 
pillage et d'un massacre effroyables. Ni la vieillesse, ni la jeunesse ne 
furent épargnées. Quelques Juifs de Kachan qui séjournaient alors à 
Hamadan furent également mis à mort. Ababa, tils de Yahya, Matatia et 
Ababa b. Ibrahim perdirent la vie dans le caravansérail de Kamala ; 
Khoudadad b. ftahim et Baruch dans celui du schah. Babaï le Noir 6 fut 
aussi tué, tandis que son tils Abraham fut fait prisonnier. Dans la syna- 
gogue les victimes furent : Yadgar b. Kalandar, Isaac b. Mazzal tob 7 , 
Néhamot 8 b. Elia; puis Elischa, Allah-yàr, Yahya, Maître Ishàk' 1 , Ben- 
jamin, Molla, Raphaël b. Yàdgàr, qui se considérait comme un Nasi, et 
Abraham b. Molla, qui se prenait pour un marchand de premier ordre 10 ; 

1- "^"H "DUib, Dans le corps du chapitre les Turcs sont également appelés *Ji072Tn 
(v. 20) et leur sultan -W) Tli^vZntfD (v. 15). 

2. V. 13 : *0*n?3l -inOtf "inn T. Hamadan était sous l'égide du tombeau de 
Mardochée et Est lier. 

3. La cour de Constantiuople protita de l'invasion des Afghans en Perse pour entre- 
prendre une campagne en Perse, dont le premier objectif fut Hamadan (v. Malcolm, II, 
114). 

4. V. 2i : "{N?2"ntfî 1NDD "pn ND bttntt TI13. Les Turcs sunnites sont des 
infidèles pour les hahitants chiites de Hamadan. 

5. V. 23 : 

-m"i3n tx'ïvz n "WI72T bernai iobN naïab c^d -n "pis "na* n 

6. V. 43 : rtfiOO -^3ôa, 

1. V. 45: Orthographié: mu btfîj73, 

8, ih. : mwrpa. 

9. V. 46 : pwXriOH (=*1Nn01N) N01K. 
10. V. 47: 

u^m ifiMn nbia "pas Nbia ûma« ûeotaa ma nnsis nfccner b«Bi 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Eliya b. Mousa et Molla Gémah. C'est en sortant du bain que fut tué 
Jacob b. Samuel d'un coup d'épée. Périrent encore : Elia b. Schah- 
djouwàn, Molla Ababa, fils de Juda; Michael, fils de Yerahmiel, qui 
s'enfuyait justement, tenant d'une main la Torab, de l'autre un flacon de 
vin et des sucreries 1 ; Eliézer, fils de Molla Gephania, qui sacrifia une 
bourse d'or et n'en fut pas moins tué finalement. Beaucoup de Juifs de 
Hamadan se cachèrent, tels : Pinhas b. Mireh " 2 , Juda b. Salomon. Aga 
Emir Lévi apprit ce qui se passait à Hamadan et accourut à cause du 
danger mortel que courait l'ensemble des Juifs 3 . Vinrent aussi Aron 
Khounkar et Eliahou, qui apportèrent quelques bourses d'or pour les 
Juifs. Aucun secours ne vint aux Juifs des changeurs d'argent qui accom- 
pagnaient l'armée turque*. Plus tard, néanmoins, ils furent assistés par 
Sabbalaï, Ibrahim, Barkhwardàri 5 , puis par Yona, Abraham, Mondali 6 et 
le changeur en chef, Sabbataï b. Ishak; ils achetèrent un grand nombre 
de captifs auxquels ils donnèrent la liberté; ils achetèrent des rouleaux 
de la Loi et les emportèrent. 

Les ennemis commirent beaucoup d'autres atrocités; ils n'eurent de 
compassion ni pour les Juifs ni pour les Musulmans. Tous périrent sous 
leur épée sanglante 7 . Il arriva qu'un rouleau de la loi fut coupé en 
morceaux et qu'on se servit du parchemin comme d'une couverture de 
lit 8 . C'est à cause des péchés et des haines gratuites qu'une destinée si 
cruelle s'exerça à Hamadan 9 . Quand les Juifs de Hamadan, redevenus 
pieux, se tournèrent vers Dieu et observèrent ses commandements, 
ils purent retourner dans leurs foyers et Hamadan revint à son étal 
ancien. 

La fin du chapitre (v. 81 et suiv.) est formée par des considérations et 
des exhortations à la suite desquelles Babaï rappelle de nouveau le 
mérite de Mardochée et d'Esther. 



1. V. 52: TîDpT mi^ttD nD*l ^1 min TOT "j\ 

2. V. 5S : rj-Ptt. 

3. V. 61 : 

ïamrp yn* "naria \$ï \s-ia în ^nan3 vnm ni no m mTNvn. u 

vint en trois jours d'un endroit éloigné de douze jours de marche. 

4. v. 63: na^ -ina tn vmMS fJ^M -lïwb WWl ïkdn-io yna wn. 

5. V. 64 : "ni*Ti"i5""n (Ce nom signifie: Fortuné). 

6. V. 65 : i^TOn, 

7. V. 74: 

■pâ -no y»n ïn ni rowaii inttiaa iNttbott na !-n iw na 6W1 *iw*i. 

8. V. 75: 

mwnma narôfinaN noie m? nn ïvikd "p-oi rmn -ido nswiaa, 

9. V. 76 : 

iiwa -m ^rt rrrw v^o "pN rta "fia asn nwci nï-t -n&o iii^t (Ce cha- 
pitre écrit toujours fp-)T5 aa heu de ÏTPTS)- 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLE 103 

XVIII. — Dieu fait un miracle : le feu tombe sur Varsenal et grandit; il 
passe également au-dessus du tombeau d'Esther et de Mardochée, sans 
que ce lieu soit touché. 

L 132 a, P 177 b. - 31 distiques. 

Pendant le séjour de Sehah Tahrnasp à Hamadan, un grand miracle se 
produisit. Le l'eu tomba soudainement du ciel sur l'arsenal à droite et à 
gauche. Les flammes enveloppèrent le bâtiment et se répandirent dans la 
ville. La Medrésa elle-même en fut la proie et fut détruite de fond en 
comble '. L'incendie fut accru par le vent et atteignit même le tombeau 
de Mardochée et d'Esther, mais celui-ci resta intact. Plusieurs milliers 
d'hommes et de femmes périrent dans les flammes, mais, chose merveil- 
leuse, parmi les Juifs de Hamadan, un seul y trouva la mort, un homme 
malveillant, qui avait été Nasi précédemment. L'intégrité du tombeau 
causa un étonnement général. Schah Tahrnasp lui-même, plein d'admi- 
ration, demanda ce qu'était ce monument; on lui dit que c'était un très 
célèbre lieu consacré pour les Juifs. Le schah reconnut le miracle, visita 
souvent le tombeau et déclara qu'on devait protéger les Juifs 2 . Si le 
schah n'avait pas été témoin de ce prodige, il aurait écrasé les Juifs sans 
pitié 3 . 

Quelques vers parénétiques (v. 24 et suiv.) terminent le chapitre. 

XIX. — Récit d'un événement de Goulpadaga* et des tribulations 
des Juifs de cette ville. 

L 131 6, P 178 b. — 48 distiques. 

Jusqu'au temps des schahs afghans, les Juifs de (lOulpaycgan et de 
Khounsar vécurent dans le bien-être et jouirent tranquillement de l'exis- 
tence, s'adonnant aux agréments de la société, particulièrement aux jours 
de sabbats et de fêtes 5 . Mais quand vint l'époque de Mahmoud, ces deux 
villes furent également atteintes par les maux de la guerre; des milliers 
de Musulmans perdirent la vie, mais aussi des Juifs, tels : Josué, Joseph, 
Elischa, le Nasi David, Samuel l'Arabe 6 . C'est à ce moment que Mir 

1. V. 12 : 

waim va tn nom?: to -ai iNnë-iN ifirarr tn wi tiuî lab-o. 

2. V. 22 : 

m^Bn -ro i*n*3 an lin 1 od «nsnaa m&rï "na ^om wan» Tn W nx, 

3. V. 24 : 

ntn "no -i3 battes "i-i^ "^ fin "na* nwDiTO na nira i^l mifc "pu i:lv. 

4. firp^lND b"lJl. Dans le corps du chapitre (v. 7, 44) : 1fcWn«Dbna. V. plus haut, 
chap. XXXIV (t. LU, p. 89). Ici aussi Khounsar est nommé à côté de Goulpayeçan dans 
le corps du chapitre. 

5. V. 4 : 

m rwn tn nnrra î<ïi wei fini naizn rrn au> wn&m ^ ù"tn mioja. 

6. v. i.o : ai* bfiotttt. 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dja'far témoigna de la bienveillance aux Juifs. Quand les Juifs de Goul- 
payegan eurent connaissance des événements de Kachan, ils y dépê- 
chèrent un messager pour avoir des renseignements plus précis. Le 
messager annonça que les Juifs de Kachan avaient, par peur, sacrifié leur 
foi et étaient devenus Mahométans. Cette nouvelle causa une profonde 
affliction ; les Juifs de Goulpayegan observèrent des jeunes et tirent de 
quelques jours « de petits jours du Pardon ' » ; môme les enfants jeû- 
nèrent et les femmes se lamentèrent. Molla Schalom jeûna beaucoup et 
était matin et soir à la synagogue ; Molla Josué, Molla Aron et Molla 
Raphaël jeûnèrent aussi plus d'une fois. 

Mais bientôt des jours sombres les atteignirent eux-mêmes. Des gens 
violents abusèrent de leur puissance contre les Juifs de Goulpayegan ; ils 
leur extorquèrent beaucoup d'argent et de vin et les maltraitèrent. Le 
Nasi Salomon prit la fuite, mais fut rattrapé après coup et ne put se 
libérer qu'au moyen de gros présents. Eliya n'échappa à la mort que par 
la grâce de Dieu. Abraham b. David et Ibrahim b. Benjamin durent 
sacrifier beaucoup d'or pour sauver leur foi. Quand les Juifs apprirent 
que le schah devait venir, la plupart d'entre eux cherchèrent à se pro- 
curer la faveur des Musulmans en leur abandonnant toute leur fortune; 
il y en eut peu qui cachèrent leur argent dans leurs maisons. Mais fina- 
lement ce fut le salut qui survint. Une séance du Diwan fut tenue et après 
de longues délibérations, pendant lesquelles les Juifs furent privés pour 
quelques jours de la liberté, on leur imposa le paiement d'une grosse 
somme d'argent : « Ils firent du bien, donnèrent des aumônes et obser- 
vaient aussi des jeûnes; parce qu'ils s'occupaient de l'étude de la Loi, le 
malheur passa devant eux sans les atteindre 2 . » 



NOTES SUPPLÉMENTAIRES 



I. — La consommation de la viande mélangée avec du laitage 
considérée comme signe d'abandon du Judaïsme. 

On lit chez Babaï b. Loutf comme chez Babaï b. Farhad que les 
Juifs convertis à l'Islam furent tenus pour attester publiquement leur 
sortie de la communauté juive de manger de la viande avec du lait, acte 
qui faisait partie, pour ainsi dire, du cérémonial officiel du passage du 
Judaïsme à l'Islam. Après coup seulement j'ai trouvé que cet usage fut 

1. v. 20 : iwp niero yrtis în "ttx nan. 

2. v. 45-46 : r-rposn m*n PD "jné-ia npnz na "pam 1^5 woa 

rmw "pa iNia\x TwS rusa -n m min -1:121:2 ^ *piN nroT; 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVIll SIÈCLE 105 

introduit pour la première fois au commencement du xiv e siècle et qu'il 
eut un très illustre initiateur dans la personne du savant vizir Reschid- 
eddin, qui voulait même dissimuler son origine juive par l'introduc- 
tion de cette mesure. Voici, en effet, ce que raconte Hammer-Purgstall 
(Geschichte der Ilchane, das ist der Mongolen in Persien, Darmstadt, 1842, 
t. II, p. 186, avec renvoi à d'Hosson, Histoire des Mongols, IV, 488) cà pro- 
pos de la fondation de la ville de Sultania en 1305 : « Le vizir Resehid- 
eddin à lui seul bâtit un quartier de mille maisons et une mosquée 
richement garnie de deux minarets, d'une vaste école, d'une cuisine et 
d'un hôpital : beaucoup de Juifs y affluèrent, convertis récemment à l'is- 
lamisme. Pour vérifier la sincérité de leur conversion on leur présenta de 
la viande de mulet cuite dans du petit-lait. Cette épreuve était de l'in- 
vention de Reschideddin. Si l'indication de quelques auteurs qui lui attri- 
buent à lui-même une souche juive n'est pas sans fondement, une pareille 
mesure était un excès de zèle réel ou feint destiné à mieux affirmer son 
propre islamisme, mais qui ne pouvait d'autre part que rafraîchir le sou- 
venir de ses anciens liens avec le Judaïsme. » Nous apprenons en même 
temps par cet épisode que des conversions en masse de Juifs persans à 
l'Islam s'étaient déjà produites, et peut-être dans des conjonctures ana- 
logues, plus de trois cents ans avant les événements immortalisés par 
Babaï ibn Loutf. 

II. — Le bonnet, signe d'humiliation des Juifs de Perse, joue un grand 
rôle dans un des plus intéressants épisodes du poème de Babaï ibn Loutf. 
Le rapport de l'Alliance Israélite universelle (année 1905, p. 83 j montre 
qu'il n'a pas encore cessé de nos jours de jouer son rôle dans le traite- 
ment injurieux que subissent les Juifs persans. Dans le rapport du Direc- 
teur de l'école de l'Alliance à Ghiraz daté du 10 juin 1905, nous lisons : 
« La veille de la Pentecôte, Aglia Mirza Ibrahim (le grand Mollah de 
Chiraz) fait apposer sur les murs du quartier Israélite une affiche dans 
laquelle il ordonne aux Israélites de remplacer leurs chapeaux de feutre 
noir par des fez turcs ou par des bonnets semblables à ceux des clowns. » 
Puisse la nouvelle ère que la Perse semble inaugurer dans ses institu- 
tions politiques écarter pour toujours de nos frères persans l'antique 
opprobre ! 

III. — La persécution des Juifs de Perse sous Schah Abbas l 
et Schah Abbas II, d'après Basnage et Schudt. 

Le récit fait par Babaï b. Loutf des persécutions contre les Juifs de 
Perse au xv;i e siècle, qu'il subit lui-même en partie, projette une nou- 
velle lumière sur les renseignements relatifs a ces persécutions qu'on 
trouve chez Basnage 1 , lequel indique comme sa source l'ouvrage anglais 

1. Histoire des Juifs, livre VII, ch. xxn, § 6-13, éd. Rotterdam, 1707, p. 1917- 
1924. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

History of three Imposlors. C'est à la même source que Schudt a puisé sa 
description de la persécution contre les Juifs de Perse *. Il se réfère à la 
traduction allemande du livre anglais, qui parut Fan 1669 sous ce titre : 
Historiade tribus hujus secuh famosis impostoribus (un de ces trois impos- 
teurs du xvii siècle est Sabbataï Gebi a ). Les relations de Basnage et de 
Schudt 3 apparaissent, à la lumière de la Chronique poétique de Babaï b. 
Loutf, comme de grossières exagérations ou des inventions. Môme les 
motifs de la persécution, tels qu'ils sont indiqués dans la source anglaise, 
semblent de pure fantaisie. Malgré tout, les deux récits, celui du poète 
juif et celui de l'auteur anonyme de la source anglaise, se contirment 
réciproquement dans une certaine mesure. En tout cas, c'est l'informa- 
teur juif qui mérite le plus de créance. Voici ce que raconte la source 
utilisée par Basnage et Schudt : 

Abbas I avait facilité l'établissement des étrangers dans son royaume 
par l'octroi de privilèges, et parmi les immigrants que cette mesure fit 
affluer se trouvaient aussi quantité de Juifs, qui s'acquirent en peu de 
temps de grandes richesses. Abbas chercha le moyen de se débarrasser 
des Juifs. 11 le trouva dans une prétendue tradition d'après laquelle les 
Juifs auraient eu le devoir, six cents ans après la révélation de l'Islam, 
d'accepter cette religion, s'ils ne voulaient pas compromettre leur vie. 
Déjà le Schah était résolu à agir dans le sens de cette proposition ; mais 
un mufti le détermina à accorder un délai aux Juifs et à convoquer leur 
rabbin et leurs notables à une controverse religieuse. Les questions sou- 
mises aux représentants du Judaïsme se rapportaient à Jésus et Mahomet 
ainsi qu'au Messie. Pour ne pas choquer les esprits, les Juifs déclarèrent 
qu'ils ne tenaient nullement Mahomet pour un faux prophète, mais qu'ils 
le reconnaissaient comme un descendant d'Abraham par lsmaël. Le résul- 
tat de la controverse fut d'établir que les Juifs devraient indiquer un 
délai dans l'intervalle duquel le Messie apparaîtrait. Que si l'arrivée du 
Messie ne se produisait pas, les Juifs devraient se convertir à l'Islam ou 
mourir. Les Juifs proposèrent un délai de soixante-dix ans, et la décision 
prise à cet égard fut sanctionnée par un document. Ce document fut 
trouvé après des années par le successeur d'Abbas I, le Schah Abbas IL 
Comme, juste à ce moment, le bruit causé par l'entrée en scène de 
Sabbataï Gebi se répandait de Turquie en Perse, Abbas II, après s'être 
entendu avec ses grands, résolut de faire disparaître les Juifs de son 
royaume. Un édit fut promulgué et exécuté avec beaucoup de cruauté. 
Les Juifs durent devenir Musulmans ou perdre la vie. La persécution 
aurait duré trois ans (1663-1666) et sévi dans les provinces de Chiraz, 
Chilan, Hamadan, Tabriz, Ardan (sans doute Ardebil). Telle est cette 
relation, qui, selon l'avant-propos de la source en question, reposerait 

1. Judische MerckwùrdigkeUen, l r » partie, p. 26-32. 

2. V. Graetz, Geschichte der Juden, t. X, n. 3, p. xxiv. 

3. V. aussi S. Cassel dans YAllg. Encycl. d'Ersch et Griïber, II e section, t. XXVII, 
p. 197. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII* ET AU XVIII e SIECLE 107 

sur le témoignage verbal de deux voyageurs. Les dates indiquées a la fin 
sont inexactes, puisque les persécutions sous Abbas 11, d'après les don- 
nées de Babaï b. Loutf, durèrent six ans, savoir de 1656 à 1661 % . Les 
chiffres erronés de la relation anglaise s'expliquent visiblement par la 
tendance, qui se fait jour dans le récit lui-même, à établir une corréla- 
tion entre la persécution des Juifs en Perse et l'apparition de Sabbataï 
Cebi. Sans nul doute, c'est le fait que cette apparition eut lieu peu après 
l'époque de la tentative de conversion forcée et des persécutions qui s'en- 
suivirent contre les Juifs de Perse, qui a établi un lien entre les deux 
événements, tels qu'ils sont présentés dans le récit qu'on a lu. Mais ce 
qui montre, d'autre part, que ce récit ne repose pas entièrement sur la 
fiction, c'est qu'on y voit Abbas II continuer ce qu'Abbas I avait commencé, 
de même que cbez Babaï b. Loutf les persécutions sous Abbas II étaient 
une répétition de celles qui s'étaient produites sous Abbas I. 

Dans sa critique du récit qu'il a emprunté à la source anglaise, Basnage 
cite une courte information de Thévenot (Voyage, t. 4, 1. 2, ch. 24, p. 388) 
qui se rencontre tout à fait avec les indications de notre Chronique 
poétique et mérite, pour celte raison, de trouver place ici. 

« Les Juifs jouirent de la pleine liberté de culte jusqu'à ce qu'un mi- 
nistre d'Etat, qui les haïssait ou qui voulait s'enrichir en les persécutant, 
obligea son maître de les tourmenter et de les obliger à se faire Maho- 
métans. Il fit tous ses efforts pour cela, il n'épargna ni la violence ni la 
douceur pour faire réussir son dessein ; il y eut même un ordre du 
prince, qui défendait l'exercice de la Religion juive dans ses États : mais 
malgré tout cela il n'en put venir à bout ; car les ayant fait diligemment 
observer, l'on trouva que quelque apparence de mahométisme qu'il y eût 
en eux, ils exerçaient toujours le Judaïsme; si bien que l'on fut contraint 
de leur permettre d'être derechef de méchants Juifs, puisqu'on n'en pou- 
vait faire de bons Musulmans. Cependant tous ceux qui sont à Ispahan 
sont gueux et misérables ; aussi n'y en a-t-il pas grand nombre parce qu'il 
n'y a rien à faire pour eux. Ils paient tous les ans un sequin par tête au 
Roi, et ils sont obligés de porter une petite pièce d'étoffe carrée, large de 
deux ou trois doigts, cousue sur leur caba, ou robe, au milieu de l'esto- 
mac, environ deux doigts au-dessus de la ceinture ; et il n'importe pas 
de quelle étoffe soit cette pièce, pourvu que la couleur soit différente de 
celle de l'habit sur quoi elle est cousue. .. » 

Basnage cite une autre remarque de Thévenot qui donne au grand-vizir 
ennemi des Juifs le même nom qui revient si souvent chez Babaï, à savoir 
l'timad-Dauleh : « M. Thévenot remarque que, comme c'est la coutume 
des Persans de laisser une entière liberté de conscience à tous les étran- 
gers, de quelque religion qu'ils soient, on trouva fort étrange le procédé 
d'un Eatemad Dauleh, qui entreprit, il y a quelques années, de contraindre 
les Juifs à se faire Mahométans. » Thévenot voyagea en Perse, comme 
le remarque Basnage, de l'année 1663 à l'année 166b donc effective- 

1. V. Revue, LI, p. 125-127. 



108 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



ment peu d'années après les événements racontés par Babaï ibn Loutf. 

Schudt (ibid., p. 31) cite ce qui suit de la relation de voyage de Taver- 
nier (L. 4, eh. 6, p-. 183; sur les Juifs d'Ispahan. Sous le règne de Schah 
Abbas, Athemat-Dauleli (c'est-à-dire le Chancelier du royaume) les per- 
sécuta dételle sorte qu'ils durent adopter la foi musulmane par ruse ou 
contrainte, et fit payer à chacun quatre tornans (48 francs). Mais à la fin, 
quand le roi se fut convaincu qu'ils ne se montraient Mahométans que 
par crainte et tout extérieurement, il leur permit de revenir à leur reli- 
gion et de vivre selon ses lois. 

A l'égard des Juifs de la ville de Lar, souvent mentionnée chez Babaï, 
Basnage cite (p. 1925) l'indication suivante tirée de Thévenot (Livre 3, 
P. 1, p. 461) : c. Ils sont encore plus nombreux (qu'à Chiraz) à Lar, capitale 
d'une province, car ils ont là un quartier qui leur appartient au pied de 
la montagne entre la ville et le château. » Et Schudt 'p. 33) cite le passage 
suivant de Tavernier (P. I, 1. 5, en. 22) : « Les principaux habitants de 
Lar sont des Juifs qui travaillent la soie et exécutent toutes sortes de 
choses, surtout de belles ceintures, qui font la célébrité de la ville. » 



INDEX 



A. Noms de personnes. 



iLes chiiïres indiquent les chapitres ; les chiffres en italiques les chapitres de l'Appendice. 
Les astérisques désignent les personnes non-juives. M. avant un nom veut dire Molla.) 



M. Ababa, 15. 
Ababa b. Ibrahim, 17. 
Ababa b. Yahia, 17. 
Ababa b. Yebouda, 17. 
M. Abba, 12. 

* Scbab Abbas I, 4, 7-18, 43-51. 

* Scbab Abbas II, 4, 21-41, 52 et s. 

* Abbas I (sœur d'), 5, 13, 54. 

* Abbas II (mère d'), 37. 
Abdoul ^Aga Mir), 26-28. 
Abdoul-Uahim, 46. 
Abdoulwahhab, S. 
Aboul-Hassan Lari, 7, 45-51. 
Aboul Kasim (Aga Mir), 7, 11, 16. 
Abraham, 29, 82. 17. 

Abrabam b. Babaï, 17. 
Abraham de Bagdad, 34, 35. 
Abraham b. David, 19. 



Abraham b. Isaac Yezdi, S, 
Abraham b. Molla, 17. 
Abraham ibn Mas'oud, 65. 
Aharon (b. Kohen), 15, 17. 
Aliaron Khunkar, 17. 

* Ali Pacha, 45. 
Allahjar, 4. 17. 
'Allawerdi (Khan), 49, 50. 

* Aimas, 6. 

* Asad (Émir\ 26. 

* Schah Aschraf, 6, 7, 10. 

* Aschraf (Mirza); 16. 
Attar, 12. 

Baba (Aga), 53. 
Babaï b. Farhad, 1-19. 
Babaï b. Loutf, 1-83. 
Babaï Attar, 17. 
Babaï le noir, 17. 



1Î, 13. 



LES JUIFS DE PERSE AU XVII e ET AU XVIII e SIÈCLE 



109 



Barclnvardari, 17. 

Baroucli, 17. 

*Behaeddin (Scheich), 13. 

Benjamin, 53, 17. 

Benjamin (ibn Yamin), 82. 

II. Benjamin, 64, 71, 72. 

Benjamin (Aga ibn Yamin), 65. 

M. Benjamin (ibn Yamin Nasi), 49, 50. 

M. Cémal), 17. 

Choukr b. Samson, 74. 

David, 19, 44. 

David (Nasi), 7-12, 16 

David (Nasi), 19. 

* Dawoud (médecin , 19. 

* M. Djelal, 45. 

* Djaefar, 19. 

Éléazar (Khodjà ou Làlah-zar), 43, 44, 

51, 52. 
M. Éléazar, 26. 
Élie, 53, 19. 

Éliézer b. M. Cepliania, 17. 
Éliya b. Israël, 17. 
Éliya b. Mousa, 17. 
Éliya b. Bahamim 8. 
Éliya b. Scbalidjouwan, 17. 
Éliyabou, 17. 
Éliyabou (Nasi), 4. 
Éliyahou b. Pir Abmad, 8. 
Éliseba, .5, 7, 19. 
Élischa Daniel b. Loutf, 63. 
Ezra, 29. 

Ghayyat. 5, 6, 9, 10. 
Gourdscbi, 7. 
Hanoueca, 44. 
Housein (Sayyid), 9. 
Ibn Yamin. Voir Benjamin. 
Ibraliim, 17. 
Isfendiar-Beg, 10. 
lsbak, 17. 
Ismaël, 46. 
Israël, 7. 

Israël Baba Scbab, !S. 
* I'timad-Daulet (grand-vizir), 23-25, 32, 

35, 36, 38-41, 52-58, 65, 72, 76-78. 
M. Iwaz, 47, 48. 
Iwaz ha-Koben, 36. 
Jacob, 29, 44. 
Jacob Djan b. Loutf, .?. 
Jacob b. Samuel, 17. 
Josepb, 71, 19. 
M. Josué, 19. 
Kalandar, 4. 

Khalil (Kban), 34, 54-57. 
Khan de Damdam, 72, 73, 75, 80. 
Khodja, 7. 

Khoudadad, 7-21, 28, 7. 
Khoudadad b. Babim, 17. 
M Koben, 15. 
* Koutscbili (Mirza), 4. 
Lalab-zar. Voir Éléazar. 



La ri. 7. 

Lari. Voir Abuul-Hassan. 
Lévi (Aga Émir), 17. 
Mahdi, 53. 

* Scbab Mahmoud, .5, 6. 
Maschiah (Aga Mir), 72-74. 
Maschiah b. Raphaël, 12. 

* Ma«soud (Mirza , 65-68, 71, 80. 

* Mas'oum, 75. 
Matatia, 17. 
Michael,-49. 

Michael b. Yerahmiel, 17. 

* Minas, 5. 
Mischael Kohen, 7. 
Moïse, 29. 

M. Muise, 8, 15. 

Molla, 17. 

Mondali, 17. 

M. Mordekhaï, 7, 26. 

Mordekhaï, 7, 9. 

Mordekhaï Ispabani, 7 . 

Mordekhaï de Kermauschab, 8. 

* Mouhammed Kasim (Émir), 8-15. 

* M Mouhsin, 39, 64, 65, 71. 
Mou'in (Hadji), 8. 

Moumin (= Siman Tob , 12, 13. 

Mousa b Aga Molla, 17. 

Mousa Attar, 5, 7, 9, 10, 12. 

M. Natbanael, 8. 

Nasir, 7. 

Néhamoth b. Éliya, 17. 

Nisan, 7. 

Nissim (ibn HaruiO, 38, 72-74. 

M. Obadya, 64, 65, 71, 1o. 

Obadya, 24. 

Obadya b. Joseph, 3S-40. 

Pinhas, 38, 39. 

Pinbas b. Mirai). 17 . 

M. Raamim, 4, 8, 15. 

M. Rabbi, 7, 8. 

M. Raphaël, 17, 19. 

Raphaël b. Yadgar, 17. 

♦RizaNimah (Hadji), 15-17. 

'Roustam (Khan), 76. 

Sabbataï, 17. 

Sabbataï b. Yishak, //. 

M. Sa'id, 24, 25. 

M. Salomon. 12, 16-26. 

Salomon, 7. 

Salomon (Nasi), 19. 

Samuel l'Arabe, 19. 

Samuel (Nasi), 17. 

Samuel Madjou, 47, 48. 

Sason, 24, 40. 

* Schah-Bégoum, 54. 

* Schah Mouhammad, 46. 

* Schah Séli, 18-21, 52. 

* Schah Tahmasp I, 22. 

* Schah Tahmasp II, 6-11, 18. 
M. Schalom, 19. 



110 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Sctiem Tob (b. Ghayyat), 5-10, 14. 
Siman-Tob (b. David), 5-14. 
Siméon, 80-82. 
Souleimau, 7. 

* Sourkhab, 73-15. 

* Tamours, roi de Géorgie, 43. 

* Waki'ah (Khan), 81. 

* Wéli Zarrabi, 26, 27. 

M. Yadgar, 38, 64, 65, 71. 
Yadgar b. Kalandar, 17. 
Yahia, 8, 17. 

Yahia b. Élischa Daniel, 63. 
Yehouda, 5. 



M. Yehouda, 16. 

M. Yehouda (Nasi), 69, 70. 

Yehouda b. Salomon, 17. 

Yeschoua, 16. 

Yishak b. Mazzal-Tob, 17. 

M. Yona, 15. 

Yona, 17. 

*M. Za'faran, 6. 

*Zainab Begoum, 18. 

Zakarya,5-10, 14, 17, 26. 

Zebouloun, 7. 

M. Zebouloun, 8. 



B. Noms géographiques. 



Abarkuh, 14, 19. 

Aschraf, 71. 

Badgad, 4, 18, 31. 

Beuder, 36, 71. 

Chiraz, 7,14, 36-38,41, 49, 50, .5, 10, II. 

Demawend, 5, 14, 71. 

Djoulfa, 5. 

Farahabad, 14, 44, 51, 52, 71. 

Fars, 5, 70. 

Fin, source prés de Kachan, 60. 

Géoriiie, 43, 76. 

Gilan, 5, 14, 70. 

Gilar, 71. 

GouUinabad, 5. 

Goulpadj ou Goulpayegan, 34, 35, 55, 56, 

19. 
Hamadan, 31-33, //, 18. 
Irak, 5, 70. 
Isak-abad, 64. 
Ispahan, 5-19, 22-25, 35-37., 45, 46, 54, 

59, 65-68, 5, 7, /0, //. 
Jérusalem, 28, 31. 
Kaboul, 58. 



Kachan, 4, 14, 15, 20, 21, 26-30, 37, 38, 

47, 48, 60-64, 69-75, 80-82, A-1o. 
Kandahar, 26, 76, .5. 
Kazwin, 14. 
Kirman, 61. 
Kourdistan, 31. 

Kulah-Kazi, montagne près d'Ispahan, 24. 
Lar, 36-38,41, 45, 71, 5, 10. 
Mazenderan, 7. 
Natanz, 26. 
Nehawend, 14. 

Salidab, montagne près de Khounsar, 56. 
Satnarcand, 26. 
Sana, près Kachan, 28. 
Schahroud, 31. 

Schinischad (forteresse à Ispahan), 24. 
Sistan, 43. 

Takht-Poulad, près d'ispahan, 24. 
Téhéran, 71. 

Yezd, 14, 15, 58, 59, 61, 65. 
Zagalpadj, 34. 
Zagoum, 43, 44. 
Zindah-Roud, fleuve près dTspahaii, 13. 



W. Bâcher. 



NOTES ET MÉLANGES 



ENCORE IN MOT SUB LA LÉGENDE DES SEPT DORMANTS 



A propos de mon article sur La Légende des Sept Dormants, 
M. René Basset ma signalé ses recherches et ses découvertes con- 
(vrnant ce problème 2 , M. I. de Goeje m'a envoyé sur le même sujet 
son travail, qui m'avait échappé 3 , M. Th. Nôldeke a eu l'extrême 
obligeance de me faire parvenir une série de ses remarques criti- 
ques, et M. Victor Chauvin, qui m'a fait l'honneur de mettre mon 
travail à côté de celui de M de Goeje '\ m'a remis, avec une rare 
complaisance, ses riches notes en m'encourageantàfaire la lumière 
définitive sur celte question. Ce travail surpasse mes forces; 
d'autres devoirs l'insuffisance de nos bibliothèques d'ici m'ôtent 
l'espoir de le pouvoir jamais aborder. Mais je serais ingrat envers 
ceux qui m'ont fourni des renseignements et injuste pour les lec- 
teurs de cette Revue, si je n'en profitais pas. 

Le travail de M. I. de Goeje ne touche pas de très près à nos 
recherches. La question des rapports de la légende des Sept Dor- 
mants avec celle d'Abimélech, d'Onias, d'Esdras, de Jérémie, qui 
nous intéressaient le plus, n'est pas même effleurée. C'est au moyen 

1. T. XL1X, pp. 190-218. 

2. Les Apocryphes éthiopiens, I, Le Livre de Baruch et la légende de Jérémie, 
Paris. 1893. J'ai rencontré, m'écrit M. Basset, en Algérie, sur divers points, la localisa- 
tion de l'histoire des Sept Dormants et la mention de Décius (Daqyanous). Il est pro- 
bable cependant qu'il s'agît d'importation et de localisation musulmane. 

3. De Légende der Zevenslapers van Ef'eze, Amsterdam, 1900 ^Verslagen en Mede- 
deêlingéri de l'Académie «l'Amsterdam, IV e série, III e part.). 

't. ZeitschriH des Yereins filr Volkskunde in Berlin, 1905 p. 462 et la note. 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

do la topographie et de la chronologie des noms soit de lieux, 
soit de personnes, que M. de Goeje tache d'établir l'origine et le 
développement de la légende. Il suppose, contrairement à M. NoT- 
deke, dont nous avons grossi les arguments, que la prose syria- 
que remonte à un original grec et il allègue pour cela les quelques 
mots grecs, qui sont familiers au néo araméen de même qu'au néo- 
hébraïque. IL arrive à la conclusion suivante: Dans une grotte près 
d'Arabissus des cadavres fort bien conservés furent trouvés la 
trente-huitième année de l'empire de Théodose II Cet événement 
aurait produit en Syrie la légende dont les rudiments se trouveraient 
dans le Korân et ses commentateurs. Chez les Grecs Afsus-Ara- 
bissus serait devenu Ephèse, la légende aurait été développée, et 
avec ces développements elle serait retournée en Syrie, où elle 
apparaît chez Jacob de Sai'oug et dans la prose syriaque. 

Nous avons cru devoir reproduire ces thèses de M. de Goeje, mais 
nous ne pouvons les approuver. Impossible d'attribuer plus d'ori- 
ginalité au pastiche du Korân qu'à l'homélie de Jacob. Pour notre 
part, nous n'avons émis qu'avec beaucoup de réserve l'hypothèse 
que l'aggada a contribué à produire ou, du moins, à développer la 
légende des Sept Dormants. Pourtant c'est d'autant plus admis- 
sible que déjà le livre apocryphe judéo-chrétien de Baruch joint le 
sommeil légendaire à la résurrection miraculeuse 1 . 

Pour les remarques critiques de M. Nôldeke, on nous saura 
peut-être gré de les reproduire : « Certes, je crois que vous avez 
réussi à démontrer l'influence profonde des idées aggadiques sur 
la légende des 7 (ou 9) Dormants Si Jacob de Saroug repré- 
sente, sur quoi je ne peux prononcer en cet instant de jugement 
définitif, une phase antérieure à la première version syriaque en 
prose connue, il faut supposer que Jacob, à son tour, aura eu devant 
lui un archétype prosaïque, auquel (indépendamment de lui) remon- 
tent les autres rédactions parvenues jusqu'à nous ; c'est tout à fait 
son procédé, prouvé par différents exemples. Pour les détails, vous 
avez peut-être cherché parfois l'influence juive là où il n'était pas 
nécessaire. Les passages de l'Ancien Testament ne prouvent rien. 
Les légendes se peuvent beaucoup mieux rattacher à l'Ancien qu'au 
Nouveau Testament; celui-là, certes, est beaucoup plus riche en 
couleurs 2 . Les Sadducéens, comme ceux qui nient la résurrection, 

1. Voir, p. e., Basset, Les Apocryphes éthiopiens, 1, p. 18. 

2. Cette objection m'a été déjà faite par M. Israël Lévi. Qu'il me soit pourtant per- 
mis de relever le fait frappant que même pour la résurrection, idée presque inconnue 
à la Bible juive et bien familière au N. T., la plupart des preuves sont, puisées flans 
l'A. T. 



NOTES ET MÉLANGES 113 

étaient connus aux chrétiens par le N. T. et, à l'exception des 
quelques savants qui connaissaient Josèphe, exclusivement par le 
N. T., 30, 12 \ vous auriez pu tranquillement dire « certainement» 
au lieu de « peut-être ». — Pour la substitution de Tarsus à Ephèse 
v.Muqaddasî, 153; la scène est là au moins près d'Ephèse 2 . Puisque 
personne ne savait où était oi#53î et /o^'jJî, on pouvait le trouver 
partout où Ton voyait ou prétendait voir des cadavres conservés 3 . 
— P. la '. Le bâton de Moïse se change dans le Korân 5 en un ser- 
pent, passe donc sur le sol sans être né d'une mère. Ici suffit donc 
la référence au Korân. — P. 14 6 . L'homme s'appelle, c'est bien 
connu, iCyûyl. — P. 21 7 . Jàyb y >s est mis à tort pour Ju/iy&y>:> 
sive JLïya. ^ bfitptn T*7, Iaqùt, 2.654-2.706, où (d'après une leçon 
digne de foi) il faut lire aussi Ja'M ^ Ici la confusion des deux 
personnages est bien claire. Le couvent d'Ezéchiel est plusieurs 
fois mentionné, si je m'en souviens bien. 

XLIX, 207. L'hypothèse de mon vénéré maître, M. Bâcher, n'a 
pas été exactement reproduite par moi. Elle tend à atténuer l'ana- 
chronisme choquant de la légende du Yerouschalmi (Taanit, m, 
9, 66 d), d'après laquelle le petit-fils d'Onias, « faiseur de cercles », 
aurait dormi pendant les 70 ans que le temple resta détruit jusqu'à 
ce qu'il fut rebâti. M. Bâcher suppose que ces 70 ans ne se rap- 
portent pas à la durée de l'exil babylonien, mais à l'espace de 
temps écoulé depuis la chute du deuxième temple jusqu'à la 
permission, accordée par Hadrien, de le reconstruire, ou bien 
jusqu'à la tentative faite, à l'époque de Bar Kochba, pour le res- 
taurer 8 . 

XLIX, 212, n. 4. L'invention arabo-aggadique, que Nemrod périt 
par un moustique renfermé dans sa tête, se trouve aussi versifiée 
dans le roman d'Antar, xxm (p. 29 de l'édition du Caire, 1306). 

1. Revue, XLIX, p. 217, 1. 12. 

2. Ces questions sont traitées avec beaucoup de soin chez M. de Goeje, p. 25-27 
(p. 17-19 du tirage à part). 

3. Pour les cadavres conservés, M. de Goeje a quelques analogies curieuses, p. 16 
(= 24). 

4. Revue, ib., p. 202. 

5. Déjà dans la Bible : Exode, 4, 2-4 ; 7, 8-13. Voir aussi R. Basset : Revue des Tra- 
ditions populaires, 19(1904), p. 55. 

6. Revue, 201, non pas Harîrath. 

7. Ibid., p. 208. Notons que nous avons rencontré, dans la légende du sommeil 
séculaire, Jérémie, Ebed Melecb, Ezra, mais jamais Ezéchiel. 

8. Même en face de cette hypothèse intéressanie, nous devons maintenir le résultat 
de nos recherches, auquel M. Israël Lévi {Revue, XLVIll, 275, n. 2 et moi [ibid., XLIX, 
207) nous sommes arrivés indépendamment l'un de l'autre : le Yerouschalmi mêle la 
légende d'Onias à celle d'Ebedmelech des Restes des paroles de Jérémie. 

T. LUI, n° 105. 8 



H4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Voilà les éclaircissements que je dois aux autres. Moi- môme 
j'ajouterai aussi quelques détails. 

P. 199-200. La légende des hommes renfermés dans un rocher a 
déjà été traitée par M. Victor Chauvin, La Recension égyptienne 
des Mille et une Nuits, Bruxelles, 1899, p. 79, 80. 

P. 202 Pour la clé de la naissance, réservée à la providence per- 
sonnelle de Dieu, j'apprends de Liebrecht (Zur Volkskunde, p. 360) 
l'usage romain (Festus, s. v. : clavim) de donner aux femmes des 
clés ab significandum par tus facilitatem, et l'usage suédois de 
demander à la sage-femme si elle a prié la Vierge Marie de lui 
prêter ses clés. — J'ai aussi trouvé que la métaphore des portes 
du ciel ouvertes par Dieu est familière au style arabe. 

P. 200. Pour les prières du hérisson, du coq, du cheval, de 
l'âne, de la grenouille, de l'alouette, on peut rappeler le ïrvè plD 
de nos recueils de prières où, à côté du ciel, de la terre, des 
éléments, les plantes et plusieurs dizaines d'animaux prononcent 
leurs versets bibliques. 

Budapest. 

B. Heller. 



M HYMNE INÉDIT 

Dans un incunable in-folio de la Bibliothèque nationale, sans 
indication de lieu ni de date, mais antérieur à l'an 1480, imprimé 
à Baie ou à Strasbourg (au dire des gens compétents), et intitulé 
E.rpositio epistolarum [postilles] par Guillaume d'Auvergne, l'in- 
térieur des plats de la reliure était couvert par deux feuillets 
hébreux, écrits sur vélin, provenant de la fin d'un Mahzor qui 
remonte probablement au xiv e siècle, autant qu'on peut en juger 
d'après la forme des beaux caractères carrés, surtout d'après la 
vocalisation : la voyelle kameç se distingue seulement du patah, 
en ce que la barre horizontale est agrémentée d'un point médial 
au-dessous, au lieu de la forme ordinaire. 

Le premier feuillet contient (sur les deux côtés) un fragment de 
l'Ecclésiaste, ix, 2 à x, 10, qui fait partie des lectures liturgiques 
de la fête des Tabernacles. — Le second feuillet contient, au recto, 
la fin du Piout ntinw bip, suivi, au verso, des versets bibliques 
I Rois, vin, 59-60 et Ps., cxxiv, 8, puis des ntote, en usage à la fin 



NOTES ET MÉLANGES H S 

de l'office du Kippour. Ensuite, on trouve l'hymne suivant (ina- 
chevé) à la louange du Créateur. Il subsiste la première et la 
deuxième strophe, puis trois vers de la troisième strophe. 

Dans sa Literaturgeschichte der si/nagogalen Poésie (p. 335), 
Zunz parle de ce poème, récité le samedi Bereschit dans les com- 
munautés juives de Bourgogne. Il en nomme l'auteur, qui est Isaac 
ben Abraham. 

On trouve cet hymne complet en onze strophes, dans le ms. 
hébreu de Paris, même bibliothèque, n° 649, fol. 136 recto, 3 e col., à 
136 v°, et il forme la dernière page dums. n° 1055 de laBodléienne. 

En voici le texte, complété d'après le ms. de Paris : 

Sbn ba*) rp ^-rir-i Sba» bas *7^H ffl 

^baa bon innaVa oarasb -rarnar 

4>arra ban vnaa -nn anooE a^EiDi 

û^nnn no d^tueï Hatp bba aiip SaN ruttp *pfin 

trrtbN Nia r-puj&na 

Q^i3 -niai mn bi^b^n b^s?: bai b^^ &a& 
toanarona wn Sipa amassa hrhm 
ta:n b-ipa imn^i fcMifi into Sk hVann 
tam l nï»n nir y-ux-i nas pm m» rrobroa t-T^3t -mjk 
in.x ai" 1 npai nny 

■prmfciNa 2 iitûfin *W8h ■pn-nttuîwb b« ipbn 

vmnm i?3id "Winbi vmujttb itd> 

mispa a? rwnm nana aan "ria^Tfcn 

■rçanpb a^innm ^pian ta^ ^ina j^pm 
^ap ût» -ipm an? 

îaab mp^ ba -nas^ anas oaa an mbhp 
rcav aip?: nx âinni û^û ïî7an ns mpm 
iDaiD "pan ^ns rnaian yiN «tann iutr\ 

■nz^bta a-p npai an* 

tavr*b îm^tti SwN bbnm û^nb» noa 
Ea^aïaa m-ia icna im-ia *o s-rratt 
tawn av t**b b^^ miaa imb tabiNi 
■^©-ie pan ^a ■rçmanb m m» ->m ■Mû'ôtBai 
"»***an dv npai any 

1. Ms. de Paris 649 : N'.m- 

2. Ibid., np\ 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^n fcpftba b« man» spa^ lytttaa tD^n 
flio "pria ^n»iD5i ^mi Ti^a ib nbbrta 
■m ^D3T ynizj bab û^ ^i" 3 yniat-i n«3» 

MTODri rpa qi3> bai iwb ps fc -j» , n 
■rçD^an a-p npai an? 

S^ ijai ■prima* ^a bbn"» ^ ta^nba 
^•oidt: Mai maria 125 w-i bab an a iiaa 
^aan abi tzm n*mb vna "jna ^ai 

■»tDrn noa nia rrna rprara nsn mban bab s-ptuantti 

■rç^tan l*p npai m? 

nu)"p T«b» ">fflD3 -mu3:i npa ^aDia ba "p-ia 
wnv mrrrri ib^ba "o Hiyw ^ana nan ^a nb^ai wnp a*pa nau) 
-3W nbffii ^Nb^T — ne* n^n" 1 an? n*b maa iit^ San pi 
-»asb *]"n rtrei 

rwa abn -nn ï-raw ab '-nû'p Sa ana nya im^i Sa nbrw ero.a îan 
ïtïtosi in nbjna ys>a i: si irjsrrab a-ip K*bi 
rtSM^Ka "lï-itrwi ï^uw *pria vjniBjiai y^a y^n 
ï-tngna a^aia yia 

jjp abi t|3>r «bi y-ia nanaa irma yan -iidn innan ba -ipm naatt urn 
"-i^as enp» nab ^-ittatttti y^ abn ns t**b -na» taa-iana inrwi 

yn^ ^noa yaa Nim 
yna no^ ricana 

yiaan tto*» "VOîrn r^ai mri yaiûp an a Sab r-ina-» s-ranbfc 

nan^ uns a *t> abi nan na73 imaan na"»a i^au: na ainabi 
ittn na vna ï-i3d tranaaaa nra naia ^ra ^nna n^n — ,iaa 

.-inaïab ta-'rtba 

Moïse Schwab. 



NOTES ET MÉLANGES 117 

UN PROJET DE TRADUCTION DU TALMUD 

AU XVII* SIÈCLE 

On connaît l'histoire de ces deux frères de Veil, fils de Rabbi 
David Veil ou Vail de Metz, qui, sous l'influence de Bossuet, abju- 
rèrent le judaïsme et furent baptisés, l'aîné à Metz même sous le 
nom de Charles Marie, le 8 septembre 1654, le second àCompiègne, 
au mois de juin 1655, sous le nom de Louis de Compiègne 1 . 

Floquet, dans ses Études sur la vie de Bossuet (t. 1, 1855), a recueilli 
sur ces deux curieux personnages tous les renseignements qu'il a 
pu se procurer et qu'il emprunte à Bartolocci, Wolff, Buxtorf, Huet, 
K. Simon, Bayle, aux gazettes et journaux du temps, et à quelques 
documents manuscrits. Les deux néophytes, protégés du roi et de 
Bossuet, qui leur fit faire des études théologiques et conquérir leurs 
grades, qui les recevait à sa table et prisait beaucoup leur intelli- 
gence et leur science de l'hébreu, payèrent assez mal cette sollici- 
tude. Ils finirent par passer, l'un en 1677, l'autre vers 1680, cà la reli- 
gion anglicane, pour devenir ensuite sociniens, évolution qu'on 
expliqua par des motifs intéressés. 

L'aîné de ces deux frères composa quelques commentaires sur 
l'Ancien et le Nouveau Testament. Il nous intéresse moins que son 
cadet, Louis de Compiègne, lequel eut une carrière assez remar- 
quable. Pensionné de 1664 à 1679, il devint interprète des langues 
orientales à la Bibliothèque du roi : le catalogue des manuscrits 
hébraïques et chaldéens est en partie son œuvre. Compiègne de 
Veil entreprit un dessein qu'il réalisa en partie, celui de traduire le 
Yad Hazaka de Maïmonide en latin. Floquet parle du placet qu'il 
adressa à ce sujet au chancelier Séguier. Il nous a semblé intéres- 
sant d'en reproduire ici le texte, avec son orthographe 2 . 

Placet pour la traduction d'an livre Hébreux. 

Il contient tout le droit canon et le droit civil des Juifs. 

Ce livre s'appelle en hébreux !"ij2Tn -p jad chasaka id est manus fortis, 
qui contient toute la substance du Talmud fors les fables qui s'y trouvent, 
mais en un langage bien plus pur et plus net que n'est celui du Talmud, 

1 . Il eut pour parrain Louis XIV en personne, alors âgé de dix-sept ans. 

2. Mss. fr. n° 17568 (Saint- Germain 648), p. 196 et 197. 



118 REVUE DES ETUDES JUIVES. 

qui est meslé d'heubreux [sic), syriac, chaldaïque, et de beaucoup de 
mots estrangers, si Dieu que ce livre contient tout le droit canon et civile 
des Juifs, tous les principes de leur foy, et une solide explication de tous 
les préceptes et cérémonies de lanciens testemens : de là on peut voir 
quelle utilité on causeroit au publique si on tournait ce livre en latin ou 
en quelque autre langue vulgaire. 

Louis de Gompiègne natif de Mets hébreux de nation fils de Rabi David 
Vail, et chrétien par la grâce de Dieu. 

Louis de Gompiègne publia, à partir de 1667, quelques traités 
de Maïmonide sur les cérémonies judaïques, dont le Journal des 
Savants parla avec éloge. 

Mais on peut croire que son ambition fut plus grande encore et 
qu'il songea plus tard à entreprendre une traduction du Talmud. 
Il est question de ce projet dans une correspondance échangée en 
1680 entre un protestant, Jean Braun, professeur à Groningue, et le 
savant évèque d'A.vranches, Daniel Huet. Ce Braun avait écrit de 
Nimègue, le 22/1? juillet 1680 à Huet 1 pour lui offrir un exemplaire 
de son De Vestitu sacerdotum Hebraeorum. Il ajoute à la fin : 
« L'on m'assure qu'il y a à Paris un Juif fort savant qui travaille à 
la version du Talmud. Je désire savoir si cela est vrai, et comment 
il s'y prend. Traduit-il la Misna seule ou bien avec la Gemara et 
y ajoutera-t-il des notes? Il serait fort à souhaiter, quoi qu'en dise 
M. Vossius, que cette traduction s'exécutât : mais je voudrais qu'elle 
fût faite par un chrétien savant capable d'y faire les notes néces- 
saires. Il faudrait y employer plusieurs personnes et faire beaucoup 
de dépense. Ce serait un ouvrage digne d'un grand Roi comme le 
vôtre. » 

C'est évidemment à cette lettre que Huet répond le iA octobre 
1680, dans une lettre publiée par l'abbé de Tilladet 2 . Il y remercie 
Braun de l'envoi de son livre et l'engage à persévérer dans son 
dessein d'expliquer le Talmud 3 , ce sera une œuvre difficile et 
coûteuse, mais très utile pour bien pénétrer les doctrines et les 
rites primitifs des Juifs. Il ajoute qu'un de ses amis, docteur sor- 
bonique, nommé Capellanus, bon hébraïsant, a voyagé en Italie 
et en Allemagne et a rapporté de son voyage des manuscrits 
hébreux et quantité de documents rabbiniques, mais, à ce qu'il 

1. Cette lettre est inédite : elle fait partie du t. II de la correspondance ms. de Huet 
(Bibl. Nat., fr. 15189). 

2. Dissertations sur quelques points de religion, etc., 1712, t. II, 306. 

3. Je n'ai pas vu que Braun ait manifesté l'intention d'aborder lui-même cette tâche. 
Peut-être les souvenirs de Huet le trompent-ils, car il écrit trois mois après. Ou bien 
a-t-il su d'autre part que Braun avait ce dessein ? 



NOTES ET MÉLANGES 119 

croit, pour sa satisfaction particulière 4 . Enfin il en vient à ce Juif 
dont l'avait entretenu Braun, et qui n'est autre que Compiègne de 
Veil. Il lui raconte son histoire, lui apprend qu'il a déjà traduit en 
latin plusieurs parties du Talmud (Huet se trompe, il s'agit des 
traductions de Maïmonide), mais que, ce travail n'étant sans doute 
pas assez rémunérateur, il est parti en Angleterre et a changé de 
foi. Quant au Talmud, il paraît avoir renoncé à l'interpréter, car il 
n'a plus rien produit dans ce genre de travaux. La tâche reste donc 
à aborder tout entière, et Huet affirme à Braun que personne ne 
pourra lui en ravir la palme. 

Le savant de Groningue, pas plus que Compiègne de Veil, n'es- 
saya de traduire le Talmud. Et comme on sait, ce ne fut qu'en 1698, 
dix-huit ans après, que le Hollandais Surenhusius commença sa 
version complète de la Mischna. Mais les faits que nous avons 
rappelés ou précisés sont un témoignage, entre beaucoup d'autres, 
de la vive impulsion qui fut donnée aux études hébraïques par un 
grand nombre de chrétiens au xvir 3 siècle. 

Julien Weill. 

1. Je n'ai trouvé aucun autre renseignement sur ce personnage. 



BIBLIOGRAPHIE 



REYUE BIBLIOGRAPHIQUE 

2° SEMESTRE 4905 ET ANNÉE 1906 



(Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de l'auteur du livre, 
mais de l'auteur de la bibliographie, d moins qu'elles ne soient entre guillemets, j 



1. Ouvrages hébreux. 

bfcn^" 1 n^iN Ozar Yisrael. An encyclopedia of ail matters concerning 
Jews and Judaism, in hcbrew, prepared by scholars and specialists of 
various countries under the direction of J. D. Eisenstein and Dr J. 
Broyde. Letter Aleph. New-York, Hebrew Encyclopedia publishing G , 
1906 ; in-4°. (l*e livraison, iv + 32.) 

ï-niNn Ritualwerk Rabbi Salomon ben Isaac (Raschi) zngescbrieben, 
hrsg. von S. Buber. Berlin, Poppelauer, 1905; gr. in-8° de vu -j- 167 
+ 231 p. 

"nbn b&OM p. îrrrtïïP }nth Dîwàn des Abù-1-Hasan Jehuda ha-Levi, 
unter Mitwirkung namhafter Gelehrter bearbeitet u. mit einer ausfùhr- 
lichen Enleitnng versehen von H. Brody. 2. Band : Nichtgottesdienst- 
liche Poésie (Heft IV ). Berlin, irnp. Itzkowski, 1904 ; in-8° de 156 p. 

D^v^N-in nmi Histoire (?) juive. T. I : de la fin de la période maccha- 
béenne aux procurateurs romains, par Isaak Halévy. Francfort, Kauff- 
mann, 1906; in-8° de v -f- 736 p. 

ta* 1 biZ3"iT Jérusalem. Jahrbuch zur Befôrderung einer wissenschaftlich 

genauen Kenntnis des jetzigen u. des alten Palàstinas, hrsg. von A. 

M. Luncz. Band VII. Heft 1-3. Jérusalem, 1905-1906; in-8° de p. 1 +278. 
b*mz^ ynN mb Literarischer Palâstina Almanach fur das Jahr 5667-1906/ 

1907, hrsg. von A. -M. Luncz. XII. Jahrgang. Jérusalem, chez Fauteur, 

1906; pet. in-8° de 48 -f- 158 p. 



BIBLIOGRAPHIE 121 

'HtfJ'P ûJpb Leket Joscher des Joseph b. Mose. Collectaneen seines 
Lehrers Israël Isscrlein. 2. Teil. Mit erklarenden Anmerkungen von J. 
Freimann. Berlin, impr. Itzkovvski, 1904; gr. in-8° de lu -f- 122 p. 
(Publication de la Société Mekize Nirdamim). 
S-tttûM rntCNnb Sermons prononcés aux fêtes de Tischri 1905 par David 
Salomon Slouschz. Jérusalem, impr. Zuckermann, 1906 ; 16 ff. 

La préface a été écrite après les épouvantables massacres d'Odessa, où 
l'auteur subit un véritable martyre. Quelque temps après l'apparition de cet 
opuscule, M. S. mourait des suites de ses souffrances. 

N31 rPttJfina TDTïTa Bereschit Rabba mit kritischem Apparate u. Kom- 
mentare von J. Theodor. Lieferung III. Berlin, impr. Itzkowski, 1906; 
gr. in-8° de 161-240 p. 

Nous n'avons rien à rabattre des éloges qu'inspirait l'apparition du 1 er fas- 
cicule de cette édition (voir Revue, XLVII, p. 301). C'est toujours le même 
soin à relever toutes les variantes et à déterminer la bonne leçon, la même 
richesse d'informations, et, par-dessus tout, la même ampleur du Commen- 
taire, qui ne s'en tient pas à la forme, mais épuise toutes les questions de 
fond. On a le droit d'affirmer que jamais texte de l'ancienne littérature rab- 
binique n'a été présenté avec un tel appareil scientifique ; aussi faut-il sou- 
haiter que la fin de cette magistrale édition ne se fasse pas trop attendre. 

fP3*n nV'JiH F"û073 Tractât Megilath Taanith ans dem babylonischen 
Talmud (!) nach alten Handschriflen edirt u. mit Einleitung, Anmer- 
kungen u.Register versehen von Menasche Grossberg. Lemberg, impr. 
Salât, 1905 ; in-8° de 84 p. 
Édition sans intérêt. 

Spr> r-T3T2573 Weitere zwei Schriften des R. Josef ibn Kaspi. Die 
beiden Pentateuch-Kommentare Tirath Keseph (oder Sefer Hassod) u. 
Mazref la Keseph, zum erstenmale hrsg. von Isaac Last. Cracovie, 
impr, Fischer, 1905 ; in-8° de iv -f 331 p. 

minntt rm^n rmeon rvmp Traduction hébraïque de l'Histoire de la 
littérature néo-hébraïque de M. Slouschz. Varsovie, Touschiya, 1906 ; 
in-8° de 217 p. 

i-mnn br t"ian Raschi. Der Kommentar dés Salomo b. Isak iïber 
den Pentateuch nach Handschriflen , scltenen Ausgaben u. dem 
Talmud-Kommentar des Verfasse'rs mit besonderer Riïcksicht auf 
die nachgewiesenen Quellen kritisch hergestellt von A. Berlincr. 
Francfort, J. Kauff'mann, 1905 ; gr. in-8° de xxix -f- 456 p. 

TH n^ffl Shirei David, poems of David B. Tierkel. Vol. I. Phila- 
delphie, impr. Rosenberg, 1904 ; in-8° de 48 p. 

ï-mn nrtT "n^iû 'o Extraits du Zohar avec la traduction hébraïque 
en regard et un commentaire, intitulé nnT™ "pt. l ro partie, sur la 
Genèse. Varsovie, Edelstein, 1905 ;in-4°de 130 p. 

m» ©VY*S û* traînai a*W33 min Biblia hebraica cum commentais 
criticis adjuvantibus doctoribus edidit Abraham Kahana. Isaïe, par 
Samuel Krauss. Zitomir, A. Kahana, 1905; gr. in 8° de xv + 137 p. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

— Daniel, par Mayer Lambert. Kiew, A. Kahana, 1906; gr, in-8° de 
il + 4â p. — Les 12 petits Prophètes. l ro partie : Osée et Joël, par 
J.-IL Wynkoep ; Amos, par H. -P. Chajès; Obadia, par J.-D. Wynkoep ; 
Jonas, par Abraham Kahana. Kiew, A. Kahana, 1906 ; gr. in-8° de 120 p. 

Û^lp -no aJafclZIW Hittbn Der V. Theil des Jerusalemitischen Talmuds 
(Kodoschim) hrsg. nach einer einzigen im dreizehnten Jahrhundert 
geschriebenen u. im Besitze des Rabbi Jehoschua Banvnesis (sic) gewe- 
sen Handsehril't, sorgfâltig koupiert {sic), korriegirt u. mit einemgrhnd- 
lichen logischen Commentai* versehen von Rabbiner Salomon Fried- 
lânder. Traktate Chulin-Bechoreth (sic). Szinervaralja (Hongrie), impr. 
Vider, 1906 ; in-f° de x (non paginés) + 78+47 ft. 

Voici une découverte qui ne serait pas banale. Depuis longtemps on dis- 
cute sur la question de savoir s'il y a jamais eu un Talmud palestinien com- 
mentant la cinquième section de la Misclina. Toute trace en était perdue et, 
pour supposer que ce cinquième ordre a existé, on en était réduit à prendre 
à la lettre ces mots de Maïmonide : « Les rabbins palestiniens ont fait ce 
qu'a entrepris Rab Aschi et ont écrit le Talmud de Jérusalem. L'auteur en est 
R. Yobanan. Du Talmud de Jérusalem il existe cinq ordres complets, mais 
de la section Taharot il n'est resté aucun Talmud, ni babylonien, ni palesti- 
nien, à l'exception du traité Nidda. » Il paraissait vraisemblable que Maï- 
monide eût commis ici un lapsus, et que cinq fût mis pour quatre ; Maïmo- 
nide aurait voutu dire que du cinquième ordre il restait seulement le Talmud 
babylonien, tandis que du sixième il n'existait ni Talmud palestinien, ni 
Talmud babylonien. Au reste, jamais ni lui ni aucun décisionnaire ne cite de 
passage qui serait emprunté à ce soi-disant cinquième ordre du Yerousclialmi. 
Les témoignages d'Abrabam ibn Daud, du Meïri, d'Isaac de Lattes, d'Estori 
Haparlii et de l'auteur du S. Hayouhasin n'ont aucune valeur, tous ces écri- 
vains se bornant à reproduire servilement les paroles de Maïmonide. Quant à 
l'affirmation des Tikkounlm du Zohar, il semblait inutile de les discuter : on 
sait avec quelle désinvolture les auteurs cabbalistes citaient des ouvrages 
imaginaires. Or, voici que cette partie du Talmud palestinien nous est mira- 
culeusement rendue, paraît-il. M. F., qui préparait une nouvelle édition du 
Talmud palestinien, accompagnée d'un commentaire de sa composition, en 
avait déjà publié une partie, quand son frère acquit près de Smyrne un 
exemplaire de l'édition de Venise provenant de Josué Ranbanasti, l'auteur du 
y^D"lï^ ,, niUJ, sur le Yerousclialmi, exemplaire renfermant des notes margi- 
nales. En ayant pris connaissance, il trouva entre les pages de cet ouvrage 
deux lettres. L'une, de Moïse Ranbanasti, rabbin de Constantinople, était 
adressée aux rabbins de Smyrne. Elle raconte que, Josué Ranbanasti ayant 
fait rentrer dans le giron de la Synagogue un Marrane portugais, Don Abra- 
ham Halévi, celui-ci fit don à Josué d'un manuscrit qui avait appartenu à un 
prêtre marrane qui s'appelait, avant son baptême, Don Salomon Narboni de 
Barcelone. Ce n'était pas moins que le Talmud palestinien sur tout l'ordre 
Nezikin, sur tout l'ordre Kodaschim avec le traité Temoura. Moïse Ranbanasti 
demandait à ses correspondants de recueillir de l'argent pour la publication 
de ce manuscrit précieux. La deuxième lettre est de Hayyim Ranbanasti, 
conseillant à son frère Josué de ne pas encore entreprendre cette édition. 
Là-dessus M. F., après avoir rendu à son frère ces épîtres, le pria avec ins- 
tance d'explorer la région pour tâcher de retrouver cet exemplaire unique. 
Après de longues recherches parmi les descendants de la famille Ranbanasti, 
demeurant entre Andrinople et Constantinople, le frère de M. F. fut assez 



BIBLIOGRAPHIE 123 

heureux pour mettre la main sur ce fameux ms. conservé comme une sorte 
d'amulette. M. F. ne put le garder que six mois, mais ce laps de temps lui 
suflit pour le copier intégralement. Est-ce là une simple mise en scène? C'est 
ce que tendraient à faire croire nombre d'objections que soulève la lecture de 
la partie publiée. Mais, avant de se prononcer, il faut attendre la production 
du ms. M. F. se doit à lui-même, comme il le doit au public savant, s'il veut 
dissiper toute espèce de doutes, de permettre de s'assurer de l'authenticité 
du texte qu'il a édité. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Abrahams (I.) Bibliography of hebraica and judaica (autumn 1904- 

autumn 1905). Oxford, impr. Hart, 1905; in-8° de 41 p. (autivmn 1905- 

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Holder, 1906 ; gr. in-8° de 62 p. 
Aramaic papyri discovered al Assuan edited by A. H. Sayce with the 
assistance of A. E. Cowley and with appendices by W. Spiegelberg and 
Seymoar de Ricci. Londres, Moring, 1906; in-f° de 79 p. -[-27 fac-similés. 
Sans contredit la plus merveilleuse découverte faite dans le domaine de 
l'histoire juive. Ce sont des contrats araméens datés du règne de Xerxès 
d'Artaxerxès et de Darius (471-411) et relatifs à une famille de Juifs établis à 
Syène et à Eléphantine. Ils nous révèlent l'existence en Haute-Egypte d'uue 
colonie juive militaire, attachée au culte du Dieu Yahou, ayant son autel à 
• Eléphantine. C'est tout un monde qui reparaît à nos yeux et tout un ensemble de 
données nouvelles sur l'histoire des Juifs en Haute-Egypte, sur la véracité des 
pseudo-historiens judéo-alexandrins, sur la vie des Juifs séparés de la mère- 
patrie. Il serait prématuré de faire état, dès à présent, des lumières qui se déga- 
gent de ces documents d'un prix inestimable; c'est la tâche que nous essaye- 
rons de remplir dans le prochain numéro. Mais nous tenons à remercier tout, 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de suite et le riche Mécène, M. Robert Mond, qui a acquis la majeure partie 
de ces papyrus et les a publiés, et M. A. Cowley, qui les a déchiffrés, traduits 
et commentés avec une science consommée. On verra que nous ne sommes pas 
d'accord avec M. G. sur le point essentiel, à savoir le caractère de cette colonie, 
uous n'en serons que mieux placé pour vanter le nouveau et iucomparable 
service qu'il vient de rendre à l'archéologie et à l'histoire du Judaïsme 
ancien. 

Auerbach (M.). Wôrterbuch zur Mechilla des R. Ismael (Buchstabe N) 
nebst Einlcitung. Berlin, Lamm, 1905 ; gr. in-8° de 115 p. 

Ayres (S. -G.). Complète index to the Expositor's Bible, topical and tex- 
tual. New-York, Armstrong, 1905; in-8° de 312 p. 

Baentsch (B.). Altorientalischer u. israelitiscber Monotheismus. Ein 
Wortzur Re vision der entwicklnngsgeschichtlichen Auffassnng der isra- 
elitische Religionsgeschichten. Tubingue, Mohr, 1906 ; in-8° de xu -f- 
120 p. 

Balakau (D ). Die Sozialdemokratie u das jùdische Prolétariat. Vienne, 

Snschitzky, 1905 ; in-8' de 64 p. 
Balmforth (R ). The Bible from the slandpoint of higher criticism. 

Part 2. New-York, Dutton, 1905 ; in-12° de 275 p. 

Bamberger (S.). Geschichte der Rabbiner der Stadt n. des Bezirkes 
Wiïrzburg, bearbeitet von Herz Bamberger, ans seinem Nachlass hrsg., 
ergânzt u. vervollstandigt. Wandsberck, 1905; in-8° de 118 p. 

Beermann (M.). Zur Jahreswende. Festpredigten. Francfort, J. Kauff- 
mann, 1905; in-8° de 74 p. 

Belasco (G. -S.). The Support of faith rnn W '0 of Rabbi Isaac Pulgar 
edited. . .with an english introduction. Londres, J. Jacobs, 1906;in-8° 
de xxxi -\- 112 p. 

Bericht (24.) der Lehranstalt fur die Wissenschaft des Judenthums in 
Berlin. Berlin, impr. Itzkowski. 1906; in-8° de 51 p. Contient: Die 
biblische Exégèse in ihren Beziehungen zur semitischen Philologie, von 
A. S. Yahuda. 

Bible (La), traduite du texte original par les membres du rabbinat 
français, sous la direction de M. Zadoc Kahn grand rabbin. Tome II 
(Derniers Prophètes-Hagiographes). Paris, Durlacher, 1906; in-8° de 
iv + 623 p. 

Nous reproduisons ici uu extrait de l'Avant-Propos : « Le deuxième et 
dernier volume de la traduction de la Bible, que nous offrons aujourd'hui au 
public sera, nous l'espérons, aussi favorablement accueilli que le premier. La 
satisfaction que nous éprouvons à voir terminée cette grande tâche est mêlée, 
hélas ! d'un bien douloureux regret : celui qui l'avait entreprise et dirigée 
n'aura pas eu la joie de présenter lui-même au lecteur ce volume auquel il 
avait consacré tous ses soins et qui est en grande partie son œuvre. M. le grand 
rabbin Zadoc Kahn avait tenu, en effet — malgré le retard que ce scrupule 
devait apporter à une publication annoncée depuis longtemps, — à revoir de 
près et à transcrire' lui-même le travail de ses collaborateurs. Mais il ne s'est 



BIBLIOGRAPHIE 125 

pas contenté de ce rôle : il a traduit lui-même de ongs passages des Pro- 
phètes et quelques livres entiers des Hagiographes : tels, entre autres, les 
Psaumes (dont la traduction a paru séparément l'an dernier), Job, les Pro- 
verbes, l'Ecclésiaste, Esther. Il nous plaît de dire ici, pour l'avoir vu à 
l'œuvre, avec quelle ardeur allègre il s'était adonné, pendant les derniers mois 
de sa féconde existence, à ce labeur minutieux et délicat, auquel sa science 
profonde de l'hébreu et sa connaissance si sûre de la langue française le pré- 
paraient admirablement. M. Zadoc Kahn corrigeait les dernières épreuves de 
la Bible quand la maladie est venue l'interrompre. S'il n'a pas eu le bonheur 
d'assister à l'apparition de ce volume si soigneusement élaboré par lui, il s'est, 
du moins, réjoui de savoir le travail préparatoire tout à fait achevé et d'avoir 
pu réaliser un de ses vœux les plus chers, celui de doter le Judaïsme français, 
avec le concours de ses collègues du rabbinat, d'une version complète, origi- 
nale et fidèle de la Bible hébraïque. Nous croyons nous conformer à sa 
pensée en remerciant encore une fois ici ses dévoués collaborateurs pour la 
part qu'ils ont prise à cette œuvre si nécessaire. » Nous nous acquitterons 
d'une pieuse dette en ajoutant que parmi ces collaborateurs deux n'apparte- 
naient pas au rabbinat : l'un, qui n'est malheureusement plus, était M. Eliézer 
Lambert, et l'autre M. Frédéric Reitlinger. 

Bible (La) de la jeunesse traduite de l'hébreu et abrégée par les membres 
du rabbinat français sous la direction de M. Zadoc Kahn. Tome II 
(Derniers Prophètes — Hagiographes). Paris, Durlacher, 1906; in-8° de 
360 p. 

Bibliorum ss. graecorum codex Vaticanus 1209 (God. B), denuo phototy- 
pice expressus. I. Testamenlum vêtus. Tom . I. Milan, Hoepli, 1905; gr. 
in-4'de iv -f- p. 1-394. 

Binet-Sanglé. Les prophètes juifs. Etude de psychologie morbide. Des 
origines à Elie. Paris, Dujarric, 1905; in-18° de 331 p. 

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254 p. 

Bloch (Armand). Les ossements desséchés. Sermon. Bruxelles, impr. 
Van Dantzig, 1906 ; 15 p. 

Bloch (Armand). La vie sérieuse. Sermon. Bruxelles, impr. Van Dantzig, 
1906; 16 p. 

Bloch (Armand). L'idée juive et sa destinée. Sermon. Bruxelles, impr. 
Van Dantzig, 1906 ; 18 p. 

Bloch (Armand) Maïmonide. Conférence. Bruxelles, impr. Van Dantzig, 
1907; in-8° de 27 p. 

Bôhme (H.). Der Babel-Bibel-Streit. Vortrag. Berlin, Zillessen, 1905; 
in-8°de 48 p. 

Botticher (O.) Das Verhaltnis des Deuteronomiums zu 2. Kôn. XXII, 
XXIII u. zur Prophétie Jecemia. Bonn, Behrendt, 1906 ; in-8° de 88 p. 

Borus (S.). Sollen u. diirfen die Juden zum Cliristentum ùbertreten ? Ein 
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Brederek (E.). Konkordanz zum Targum Onkelos. Giesscn, Tôpelmann, 
1906; in-8° de x -\- 194 p. (Beihefte zur Zeitschrift fur die alttes- 
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Buody (H) and Albrecht (K ). Tfflmîïï the new-hebrew sehool of 
poets of the spanish-arabian epoch. Londres, William et Norgate, 1906 ; 
in-8° de xn -f- 218 p. 

Bhuston (E.). Le prophète Jérémie et son temps. Thèse. Cahors, impr. 
Coueslant, 1906; in-8° de 231 p. 

Budde (K). Das prophetische Schrifttum. Halle, Gebauer-Schwetsche, 
1906; in -8° de 68 p 

Callaway (G.)- King David of Israël. Study in évolution of ethics. 
Londres, Watts, 1905; in-8° de 184 p. 

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Cheyne (T. K.). The Book of Psalrns translated. Londres, Paul, 1905 ; 
in-12 de 288 p. 

Chotznér (J.). Hebrew humour and other essays. Londres, Luzac, 1905; 
in-8° de 186 p. 

Humour of the Bible; the Bible and the ancient classics, art among the 
ancient Hebrews ; the life of the hebrew women of Old Testament ; curiosi- 
ties of certain proper names in the Bible; sketch of the Talmud ; the 
humour of some mediaeval and modem hebrew writers ; Yedaya Bedaresi ; 
Immanuel di Roraa ; Kalonymos ben Kalonymos; Abraham ïbn Chasdai and 
bis book «The Prince and the Dervish »; Isaac Erter ; Leopold Zunz ; Samuel 
David Luzzatto and Zachariah Frankel ; the influence of hebrew literature on 
Heinrich Heine ; modem hebrew journalism. 

Cobb (W.-F.). Book of Psalms with introduction and notes. Londres, 
Methuen, 1905 ; in-8° de 438 p. 

Commentary (A) on the Book of Job from a hebrew manuscript in the 
University Library, Cambridge, translated by S. A. Hirsch. Londres, Wil- 
liams et Norgate, 1905; in-8<>de 123 + 120-}- vin p. (La partie hébraïque 
porte le titre : A Commentary. . . edited by William Aldis Wright ) 

Cornill (C. H.). Das Buch Jeremia erklàrt. Leipzig, Tauchnitz, 1905 ; 
gr. in-8° de lu -f- 536 p 

Cornud (E.). Le Dieu du peuple d'Israël et Ernest Renan. Thèse. Montau- 
ban, 1905; in-8o de 112 p. 

Coutts (F.). The Song of Songs. A lyrical folk-play of the ancien 
Hebrews, arranged in VII scènes. Londres, Lane, 1906 ; in-8° de 67 p. 

Cramer Karl). Der geschichtliche Hintergrund der Kapitel 56-66 im Bûche 
Jesaia. — Jurjew (Dorpat), C Mattiesen, 1905; gr. in-8° de 112 pp. -f- 
1 table (Extrait des Acta et commentationes Imp. Universitatis Jurie- 
vensis). 



BIBLIOGRAPHIE 157 

Depuis que la critique a séparé du livre (Thaïe les ehap. xl et suiv., des 
doutes se sont élevés sur l'unité de ce Second-Isaïe lui-même. En 1892, B. 
Dulim à distingué un Deutéro-Isaïe (ch. xl-lv), composé vers 540, et auquel 
ont été ajoutés les chants du Serviteur de Yahweh, et un Trito-lsaïe (ch. 
lvi-lxvi), antérieur de peu à Néhémie; à sa suite, Cheyne, en 1895, a reconnu, 
dans le Trito-lsaïe, l'œuvre de plusieurs auteurs. Cette double hypothèse a 
rencontré beaucoup de partisans; M. Cramer, la considérant comme acquise à 
Là science, s'efforce de détermine!' (d'arrière-fond historique » des chap. 
lvi-lxvi, c'est-à-dire de retrouver les événements qui ont inspiré les auteurs 
où ont été présents à leur esprit. 

Après avoir exposé l'histoire de la critique et l'état présent de la question, 
M. G. retrace l'histoire des Juifs entre 586 et 432 avant J.-C, à la lumière — 
si ce mot n'est pus ici déplacé — des documents narratifs et prophétiques de 
la Bible et des récentes recherches dont ces textes out été l'objet. S'appuyant 
sur cette « base solide », il examine les chap. lvi-lxvi d'Isaïe, et conclut 
que cis onze chapitres sont postérieurs à l'exil et n'appartiennent pas au 
Deutéro-Isaïe; ils contiennent, comme celui-ci, des discours de consolation, 
niais sans que les idées religieuses soient les mêmes. Les faits auxquels ils se 
rapportent s'échelonnent sur les années 515-432, et les divers auteurs ap- 
partiennent à une seule école, celle du Deutéro-Isaïe. 

Il n'est pas impossible qu'Is., lvi-lxvi, soit l'œuvre de plusieurs écrivains 
post-exiliques, malgré la parenté des différents morceaux et la mention de 
l'idolâtrie — objection que M. C. ne réfute pas. Mais peut-on dater avec pré- 
cision chaque discours? On s'appuie sur les peintures morales et sur les 
allusions historiques. Or, les tableaux de l'état moral et social du peuple 
peuvent cadrer avec d'autres époques de sa vie nationale, et quant aux 
allusions politiques, d'ailleurs vagues et générales, on sait que l'histoire 
des Juifs depuis l'exil de Babylone jusqu'à la pénétration de l'hellénisme 
en Judée est un trou d'ombre; les lacunes et les obscurités des documents 
ne le cèdent en incertitude qu'aux hypothèses de la critique, et l'on a 
vraiment beau jeu à pécher dans cette eau trouble. On a recours aux textes 
prophétiques pour construire l'histoire, et on explique ces textes d'après 
cette histoire. Les faits manquent-ils, on en invente. Ainsi, M. C. voit dans 
Is., lxiii, 7-lxiv, 11 un psaume collectif : il y est question de la destruction de 
la ville, du pillage et de l'incendie du Temple (lxiv, 9-10). Or, comme nous 
ne connaissons rien de tel à l'époque post-exilique, il faut supposer que ces 
malheurs se sont produits peu avant l'arrivée de Néhémie. — Telle est la 
méthode. Elle n*est d'ailleurs pas propre à M. Cramer, dont l'étude conscien- 
cieuse ne vise pas à l'originalité. Elle est composée avec méthode et écrite avec 
clarté, qualités que nous prisons dans un ouvrage allemand. L'auteur appartient 
à l'Université russo-allemande de Jurjew (Livonie), qui a couronné son livre. 

Dans un récent travail, tout de statistique (Z. A. IV., XXVI [1906], pp. 231- 
276), Zillessen cherche à établir, sans connaître Cramer, que le Trito-lsaïe est 
l'œuvre d'un auteur unique qui a voulu donner une suite au Deutéro-Isaïe; — 
M. Liber. 

Dard (A. ). Chez les ennemis d'Israël, Amorrhéens, Philistins. Paris, Le- 
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Dhorme (P.), Choix de textes religieux assyro-habyloniens, transcription, 
traduction, commentaire. Paris, Leeoffre, 1907 ; in-8° de xxxvn -f- 406 p. 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« On parle beaucoup à ceux qui s'occupent de la Bible de l'immense 

« intérêt que présentent les découvertes modernes, en Babylonie et en Assy- 

« rie, pour l'intelligence historique du texte sacré, mais personne ne leur a 

« fourni, du moins en France, un recueil qui leur permît d'étudier les textes 

« directement. Le P. Dborme a voulu combler cette lacune. Les textes qu'il 

« publie, transcrits et traduits, avec un commentaire surtout philologique, 

« représentent ce qu'il y a de plus important dans la littérature religieuse de 

« l'antique Chaldée : poèmes de la Création et différentes cosmogonies, 

« tous les textes relatifs au déluge, l'épopée de Gilgamès, les mythes 

« d'Elana et d'Adapa, la descente d'Ichfar aux enfers, divers psaumes 

« ou hymnes, des documents relatifs au culte. La plupart de ces morceaux 

« figurent dans les Mythen und Epen, de Jensen, mais ils sont ici plus com- 

« plets, surtout en ce qui regarde le poème de la Création, pour lequel l'au- 

« teur a pu utiliser les récentes publications de M. King. La traduction, qui 

« table sur les travaux précédents, et qui est cependant une œuvre originale, 
« est désormais assurée, et peut servir de base aux plus intéressantes compa- 

« raisons. » 

Dieïtrich (G.). Ein Apparatus criticus zur Pcsitto zum Propheten Jesaia. 
Giessen, Tôpelmann, 1905 ; in-8° de xxxn-]- 223 p. 

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Fischbacher, 1906; 2 vol. gr. in-8° de xvi -f 671 -f 642 p. 

Ouvrage de grande vulgarisation, destiné aux coreligionnaires de l'auteur, 
les protestants de langue française, ainsi que l'explique la préface. M. Gau- 
tier a voulu leur rendre plus accessibles les livres de l'Ancien Testament en 
les mettant au courant des changements qui se sont produits dans la manière 
d'envisager et de résoudre les problèmes que soulève l'étude des livres qui le 
composent. Bien qu'il n'ait pas écrit pour les spécialistes hébraïsants, ni 
pour les pasteurs et étudiants en théologie, et qu'il n'ait point voulu ex- 
primer de vues originales, l'auteur leur rend néanmoins, et à tout lecteur 
français quel qu'il soit, le grand service de résumer clairement dans ces deux 
volumes d'une lecture aisée et attrayante, fruit de longues années d'étude et 
d'enseignement, l'état actuel de la science critique sur la littérature hébraïque. 
C'est, croyons-nous, le premier grand traité de ce genre en français. 11 
constitue un répertoire fort commode et une synthèse bien informée des 
travaux qu'amoncelle d'année en année la science critique de l'Ancien Tes- 
tament. L'auteur, qui a échangé jadis, par une évolution qu'il raconte d'inté- 
ressante façon à la fin de son ouvrage, le point de vue traditionnaliste contre 
celui de la méthode historique, se montre néanmoins prudent et modéré. 
11 garde de la tradition ce qui peut être conservé et se tient à distance des 
hypothèses aventureuses. Dans les questions controversées, il se contente 
parfois d'indiquer les opinions les plus plausibles, sans se prononcer. C'est 
. en savant indépendant, mais c'est aussi en chrétien que M. Gautier juge des 
T. LUI, n° 103. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES - 

écrits do l'A. Testament : c'est dire qu'il mesure d'ordinaire leur valeur 
religieuse et morale selon ce qui s'y trouve par avance de christianisme. 
11 est hanté, comme tout théologien chrétien, si éloigné qu'il soit de l'ortho- 
doxie, de celte conception selon laquelle l'évolution religieuse du prophétisme 
ou du « yahvisme » a pour point d'aboutissement et de perfection la doctrine 
évangéliquo. Cette tendance, que l'auteur ne songe d'ailleurs nullement à 
masquer, le rend parfois un peu partial à l'égard, par exemple, du judaïsme 
pharisien. On ne saurait affirmer comme un axiome (t. I, p. 556) (pie les 
Pharisiens aient laissé dans l'ombre une partie essentielle de l'enseignement 
d'Ezéchiel, savoir les doctrines morales énoncées aux ch. xvm et xxxvi. 

Mais, en général, M. G. est un guide sur, au courant des questions qu'il 
aborde, jugeant en homme de goût la valeur esthétique et littéraire des 
écrits bibliques, et, quoi qu'on pense des conjectures ou des affirmations de 
l'école critique actuelle, très utile à consulter et agréable à lire. — /. W. 

Gelbhaus (S.)- Propheten und Psalmislen. Vienne, Lôwit, 1905; in-8° 
de 57 p. 

Gkrson (A.). Der Chacham Kohelet als Philosoph und Politiker. Ein 
Kommentar zum biblischen Bûche Kotielet, zugleieh eine Studie zur 
religiosen und politisehen Entwicklung des Volkcs Israël iin Zeitalter 
Herodes des Grossen. — Francfort, J. Kauft'mann, 1905; gr. in-8° de vu 
+ 122 p. 

Le livre de Kohélet est si énigmatique qu'il sollicite toutes les interpréta- 
tions et les déçoit toutes. M. Gerson croit avoir découvert le système nouveau 
qui rend compte de la suite des idées et du plan suivant lequel elles sont 
ordonnées. Dans la première partie de son curieux livre (pp. 6-46), l'auteur, 
après avoir donné chap i) une traduction de Kohélet (à laquelle le commen- 
taire, chap. v, aurait gagné à être joint) et exposé l'état de la critique 
(chap. ii), montre quel est l'ordre et l'enchaînement des pensées (cljap. m) 
et explique le système qui s'en dégage, ses notions essentielles et ses 
apparentes contradictions (chap. iv). 

Le livre de Kohélet est une dissertation philosophique parsemée de digres- 
sions, les unes politiques, qui s'expliquent par les préoccupations de l'auteur 
(ii, 12 6; iv, 1-3; 13-v, 8; vi, 10; vu, 5-10; vm, 2-5, 9, 10; ix, 13-15; x, 
4-7, 16, 20), les autres poétiques, qui tiennent à la mode littéraire du temps 
(vu, 19; vm, 1; ix, 16-18; x, 1-3, 12-13). Si l'on écarte ces mescfialim et 
ces allusions politiques, il reste un traité de morale, qui s'ouvre par une 
introduction (i, 12-n, 26), mise en scène de Salomon racontant ses efforts et 
ses expériences, et qui se divise en deux parties. La première (m, 1-vn, 22) 
est une théorie des hiens et des maux ; c'est une critique du monde et de la 
vie (m, 11 6-22), du travail (iv, 4-6), de la vie «le famille (iv, 7-12), de la 
richesse (v, 9-16), du plaisir (v, 17-vu, 4, 9), de la sagesse et de la propriété 
(vu, 11-12). La seconde partie (vu, 23-xi, 10) est une théorie de la rétribu- 
tion et de la destinée humaine : la nature et la destinée humaines sont 
déterminées par Dieu (vu, 25-viu, 8) ; le destin parait injuste, mais Dieu est 
juste (vm, 9-15) ; la connaissance et la volonté sont réglées par Dieu (vm, 
16-ix, 2), et l'homme ne peut rien sur sa destinée (ix, 11-x, 15'. La conclusion 
de cette partie Cxi, 1-xu, 6) correspond a celle de la première (vu, 13-22'. 
— Le caractère artificiel de ce cadre est difficile à dissimuler. Il se fonde 
principalement sur le rapprochement de vu, 23-24 et de i, 12-18, alors que 
i, 12-u, 26 est présenté comme introduisant tout le livre, et comme si vu, 23 
(H?3Sn3 ^rVCD HT bD) n'était pas plutôt une conclusion qu'une introduction. 



BIBLIOGRAPHIE 131 

Il laisse en dehors le paragraphe « préliminaire » i, 3-11, qui fait partie inté- 
grante du livre (cf. m, 1-11), et se heurte au développement sur « la valeur de 
la vie », ix, 3-10, qui aurait dû prendre place dans la première partie. Enfin, 
les prétendues digressions se trouvent souvent au beau milieu d'une idée. 

Heureusement M. Gerson convient que le système de Kohélet est indépen- 
dant de l'ordre dans lequel il est exposé. 11 le résume ainsi : mouvement 
perpétuel des phénomènes; la connaissance sensible est impossible; la 
volonté est serve et corrompue ; le bien et le mal sont périssables et caches , 
vanité des choses terrestres ; justice de Dieu ; il faut agir instinctivement et 
suivre un chemin intermédiaire entre le bien et le mal. Cette philosophie est 
un compromis entre le pessimisme théorique et l'optimisme pratique. — Pour 
découvrir ce beau système et ces profondes idées, il faut négliger certains 
versets (vin, 15), en déplacer d'autres (i, 4, 5, 6, 7, 9, 7, 8, 3, 11), altérer le 
sens des uns (i, 15 : « on ne peut pas améliorer le monde, ni même recon- 
naître ce qui lui manque »), attribuer aux autres plus d'importance qu'ils 
n'en ont (vu, 11-12 est une condamnation de la sagesse et de la propriété) 
ou leur prêter une intention ironique (n, 12; iv, 13, 17, etc.). — M. Gerson 
se flatte, en outre, de donner leur valeur à certains termes techniques 
jusqu'ici méconnus : "p^ signifie une impulsion de l'àme qui produit les 
idées et les actes ; O^D la mortification ascétique. Il coordonne en système 
les diverses contradictions, en remarquant qu'elles portent sur la valeur des 
biens et des maux: c'est que la sagesse et le travail, la richesse et le plaisir 
dépendent des circonstances qui les accompagnent et les conditionnent. 11 
crée des oppositions factices et tente des rapprochements imprévus ; bref, il 
prête souvent à son auteur des idées étrangères. 

Quel est cet auteur? Quand a-t-il vécu et dans quel but a-t-il écrit? M. Gerson 
répond à ces questions dans la deuxième partie de son étude (pp. 48-121). 
Après une revue des opinions antérieures, principalement celle de Leimdorfer 
(chap. i), il essaie de fixer la date de composition de Kohélet par l'examen du 
style et des allusions aux faits contemporains (un appendice, qui devait étudier 
les héllénismes et les traces de la philosophie cyrénaïque, n'a pu trouver 
plaie dans le volume). La langue est plus jeune que celle de Siraet de Daniel. 
Dans iv, 13-16, Hérode est opposé au vieil Hyrcan ; ix, 13-15 se rapporte au 
siège de Dry mi par les Parthes [Antiquités, XIV, xm, 3 ; mais Drymi est 
assiégé par un lieutenant de Pacore et non par un roi). D'autres allusions 
historiques s'échelonnent sur plusieurs années. Donc, le livre, commencé peu 
avant 37 av. J., a été continué au début du règne d'Hérode et achevé après 
une interruption de quelques années (chap. n). — D'après le titre, Kohélet est 
le roi Salomon, auteur de proverbes; mais d'après xn, 9-12, c'est un 
chacham de ce nom, qui a recueilli des sentences populaires. Ce chacham 
a mis son œuvre sous le couvert de Salomon, en prétendant l'avoir reçue des 
chefs de clans qui habitent sous la tente (mDDtt ^b^3), par l'intermédiaire 
d'un berger (iriN HJH73 13P3, xn, 11) ! C'est l'interpolateur de xn, 9-14 qui 
nous a conservé ces renseignements et a substitué — sauf exceptions — à Salo- 
mon le nom de l'auteur véritable. Celui-ci était un Pharisien, d'abord favo- 
rable ta Hérode, comme on voit dans la première partie de son livre, il 
devint ensuite son ennemi acharné, et c'est alors que, pour échapper aux 
soupçons autant que pour rehausser son autorité, il prit le masque de Salomon 
Chassé de Jérusalem, il alla habiter à Drymi, dont il fut le libérateur (Josèphe 
dit que l'assiégeant se retira aussitôt). Il y a là toute une biographie de haute 
fantaisie qui se termine par cet aveu : « Nous savons (pie nous avons été 
jusqu'aux limites permises, mais oous croyons ne pas les avoir dépassées » 
(chap. ni). 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le livre de Kohélet nous fait connaître le caractère primitif des Phari- 
siens. A en juger par Josèphe, ses idées seraient plutôt sadducéennes ; donc 
Josèphe a tort. Les Pharisiens formaient le parti populaire, hostile aux prêtres 
et à la Loi ; eux, les chachamim, n'étudiaient pas la Torah ! Ce fut seulement 
quand ils rompirent avec Hé rode que Hillel, pour comhattre. les Boéthuséens 
avec leurs propres armes, eut recours à l'herméneutique et lit de son parti 
une secte religieuse; dès lors, le peuple se sépara des chachamim, devenus 
les « Pharisiens ». C'est cette transformation que Kohélet comhat en protes- 
tant contre les dogmes nouveaux de la rémunération ultra-terrestre et de la 
morale révélée. De là les efforts des Pharisiens pour supprimer son livre. — 
On peut même retrouver ailleurs des traces de cet antagonisme : le Jéhoviste 
est l'œuvre des prêtres; l'Elohiste rapporte les traditions populaires recueil- 
lies par les chachamim. Et voilà toute la critique du Pentateuque ébranlée. . . 

Les hypothèses de cette seconde partie s'en vont rejoindre les combinai- 
sons de la première. Les unes et les autres témoignent de la même ingé- 
niosité ; mais nous ne sommes pas plus convaincu de la réalité de ce 
cJtacham Kohélet (pie de l'unité philosophique du livre et de son plan 
méthodique. ISous préférons en faire honneur à M. Gerson. — M. Liber. 

Gitelsohn (S). Die Civilgesetze der Karâer von Samuel al-Magrebi nach 
einer Berliner Handschrift hrsg. Dissertation. Strasbourg, 1904; in-8° 
de 27 + 43 p. 

Givraines (A.). La fille de Jefté. Drame biblique. Paris, impr. Maréchal, 
1907 ; 24 p. 

Glatigny (J.-LL de). Les commencements du Canon de l'Ancien Testa- 
ment. Rome, Desclée, 1906 ; in-8° de 246 p. 

Goldsch.midt (J.). Das Judentum in der Rcligïonsgesehichle der Mensehheit. 
Francfort, J. Kauffmann, 1907; in-8° de vu -f- 101 p. (Religionswissen- 
schaftliche Volksbibliotbek des Judentums. Heft 1.) 

Gollancz (H.). The mission of Israël and the Whitehall conférence Oi 
1655. Sermon. Londres, Wertheimer, 1905; 23 p. 

Gordon (A). Die Bezeichnungen der pentateuchischen Gesetze. Eio Bei- 
trag zur Charakteristik der verschiedenen Gesetzesklassen des Mosais- 
mus. Francfort, J. Kauffmann, 1906; in-8» de iv-j-187p. 

Greenstone (J.-H.). The Turkoman defeat at Cairo, edited with introduc- 
tion and notes. Thèse. Chicago, 1906; gr. in-8° de 34 p. (Reprintcd from 
the American journal of Semitic languages and literatures.) 

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Goettingue, Vandenhoeck et Ruprecht, 1905; gr. in-8° devin -\- 378 p. 

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die spatere hebraisehe Literalur. Berlin, Calvary, 1905; in-8° de 17 p. 

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Prozess Simon von Trient u. Leopold Hilsner. Berlin, Calvary, 1906; 

in-8° de 24 p. 
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fondements historiques, traduit par S. Debré. Paris, Durlacher, 1906; 

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xxi -f- Z^8 p. (Schriften h'rsgg. von der fiesellschaft zur Fôrderung der 
Wissenschat't des Jiidentums. Faux titre : Gnindriss der Gesamtwis- 
senschaft des Judentums. Apologetik). 

Gunkel (H.). Elias, Jahve u. Baal. Glogau, Flemming, 1906 ; in-8° de 76 p. 

Gunzburg (D. de) et V. Stassof. Ornementation des anciens mss. hébreux 
de la Bibliothèque impériale publique de Saint-Pétersbourg. 26 plan- 
ches coloriées élevées (?) en or et argent, avec quelques feuilles du 
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Guyot (Henri). Les réminiscences de Philon le Juif chez Plotin. Etude cri- 
tique. Paris, Alcan, 1906 ; in-8°de 92 p. 

Etude minutieuse des faits qui fait voir ce qu'il y a réellement de philo- 
nisme dans la théologie de Plotin, Les « réminiscences » en question viennent 
de ce que Plotin a lu Philon dans Philon lui-même et non pas seulement chez 
Numénius le pythagoricien, et elles portent surtout sur les notions d'infinité 
divine, de puissances intermédiaires et d'extase. En essayant d'établir ces 
deux points, l'auteur arrive à cette conclusion que Philon et les croyances 
judéo -orientales ont exercé sur la dernière période de la philosophie grecque 
une influence plus grande qu'on ne croit communément et que ne l'accorde 
ootammeut Ed. Zeller. — J. W. 

Guyot (H.). I/infinité divine depuis Philon le Juif jusqu'à Plotin, avec 
une introduction sur le même sujet dans la philosophie grecque 
avant Philon le Juif. Paris, Alcan, 1906; in-8° de xn + 260 p. 

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Harper (W.-R.). The priestly élément in the Old Testament. Chicago, 

University cf Chicago Press, 1905; in-8° de 292 p. 

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University of Chicago Press, 1905 ; in-8° de 5 -f 142 p. 

Heilborn (E.). Das Tier Jehovahs. Berlin, Reimer, 1905 ; in-8° de 
m -f- MO p. 

Herschel (M.\ Im Taie Saron. Gedichte jiïdisch-religiosen Inhalts, sowie 
hebraische Gebete, Lieder, Spriïche u Bibelstùeke in freier poetischer 
Uebertragung. Berlin, Poppelauer, 1905; in-8° de xv 4- 318 p. 

Hess (Moses). Judischc Schriften hrsg. u. eingeleitet von T. Zlocisli. 
Berlin, Lamen, 1905; in-8° de clxx -f 127 p. 

Hillel (F.). Festpredigten. II Heft : fi"-| und 5"n\ Francfort, J. Kauff- 
mann, 1905; in-8° de 52 p. 



134 REVUE DES ETUDES JUIVES ' 

HixxEBERG (P.). Die christliche Religion mit Einschluss der israelitisch- 
jùdischen Religion. Leipzig, Tenbncr, 1906 ; in-8° de x -\- 752 p. (Con- 
tient : Die israclitisch-jiïdiscbe Religion, par J. Wellhausen.) 

Hirsghfeld (H.). Judah Halevi's Kitab al Khazari, translatée! from the 
Arabie, vvith an introduction and notes. Londres, Routledge, 1905; in-8° 
de 313 p. 

Hôlsgher (G.). Kanoniscb u Apokrypb. Ein Kapitel ans der Gesehicbte 
des alttesta menti. Kanons. Leipzig, Deichert, 1905 ; in-8° de vin -|- 77p. 

Hollmann (G.). Welehe Religion batten die Juden als Jésus auftrat? — 
Halle, Gebauer-Scbwctscbke, 1905; petit in-8° de 83 p. (Religions- 
geschichtlicbe Volksbiicher, I, 7). 

Le titre de cet ouvrage indique le point de vue de l'auteur et — comme 
c'est un protestant — ses tendances et ses conclusions. La religion et la, morale 
du judaïsme rabbinique l'intéressent en tant qu'elles expliquent la prédication 
de Jésus, et, à la voir sous cet angle, il est naturel que la perspective soit 
faussée. La Loi orale a altéré la Bible, v. Marc, vu, 9; les docteurs ne 
vivaient pas de leur enseignement, pourtant v. Marc, xn, 40; Mt., xxni, 25. 
Etc. Les idées courantes, qui trahissent soit l'ignorance des sources, soit celle 
de l'àme juive, sur le joug écrasant de la Loi, sur l'affaiblissement de la 
notion de Dieu, sur la morale intéressée et hypocrite, sont reprises à plaisir, 
ainsi que la distinction, chère «à Bousset, de la religion cléricale et de la 
piété populaire. Du reste, ce consciencieux et substantiel résumé n'est, erreurs 
et vérités, qu'un fidèle écho de Sehurer et de Bousset. Seulement, tandis que 
dans les ouvrages de ces deux théologiens, la critique est dispersée et comme 
diffuse, elle est ici concentrée en 75 pages, ce qui accentue l'impression de 
prévention et l'on dirait presque parfois de perfidie. — M. Li. 

Husik (L). Judab Messcr Leon's Commentary on tbe Velus Loyica with 
a glossary of hebrew logieal and pbilosopbical terms. Lcyde, Rrill, 1906; 
in-8° de ix-f- 110 p. 

Jacob (B.). Der Pentateucb. Exegetiscb-kritisclie Forschungen. Leipzig, 
Veit, 1905 ; gr. in-8° de vin -f 412 p. 

Jahn (G j. Das Buch Ezecbiel auf Grund der Septuaginla hergestellt, 
ùbersetzt u. kritisch erklart. Leipzig, Pfeiffer, 1905; gr. in-8° de xx 
+ 363 p. 

Jahres-Bericbt des jiïdisch-theologïschen Seminars Fraenckel' seber Stif- 
tung. Voran geht : Geschichte der Juden in Scblesien. Heft IV. : Von 
1437 bis 1526, von M. Brann. Breslau, impr. Schatzky, 1907; in-8° de 
p. 105-150 -f p. lxxi-lxxvi + 14 p. 

Jabresbericbt (XIII.) der israelitiscb-tbeologiscben Lehranstalt in Wien 
fur das Schuljahr 1905-1906. Vorangebt : Der galilaische Am-ha Ares 
dcszweiten Jabrhunderts. Beitrage zur inneren Geschichte des palàstin. 
Judentums in den ersten zwei Jabrbunderten, von A. Biicbler. Vienne, 
Israël -Theol. Lehranstalt, 1906; in-8°de237p. 

Jabresbericbt (4.) der Gesellscbaft zur Fôrderung der Wissensebaft des 
Judentums. 1906; 18 p. 



BIBLIOGRAPHIE 135 

Cette Soeiété, qui a i>ris sous son patronage la Monatsschrift fur Ge- 
schichte u. Wissenschaft des Judenfums et le Jahrbuch fur jildisc/te 
Geschichte u. Li/eratur, a publié en 1906: 1° Die Wissenschaft des Juden- 
fums u. die Wege zu ihrer Forderung, discours du rabbin Lucas; 2° Ueber 
Juden u. Judentum, de H. Steinthal, éd. par G. Karpeles : .3° Jûdische Apo- 
lof/etik, de M. Gûrîemann; 4° Die Tilgung der Judenscfiulden unter Konig 
Wenzel. 

Prochainement elle fera paraître : Die haggadischen Elemente im erzah- 
lenden Teil des Korans par J. Schapirâ. M. Brann prépare pour elle une 
réédition des travaux du regretté David Kaufmaim. Les prochains Grtitiâriss 
seront : 1° Sgstema/ische Théologie de Kohler ; 2> Wirtschrtftsgeschichte 
de G. Caro et, 3°, Neuesle Geschichte des judischen Yolkes. 

Elle a accordé des subventions à divers auteurs, entre autres à N, Millier 
pour ses recherches dans les catacombes de Rome. 

Jahresbericht (28.) der Landes-Rabbinerschule in Budapest fur das Schul- 
jahr 1904-1905. Vorangeht : Léo Modenas Briefe u. Schriftstiïcke. Ein 
Beitrag zur Geschichte der Juden in Italien u. zur Geschichte des he- 
bràischen Privatstiles, von Ludwig Blau. Budapest, 1905; in-8° de 96 
-f 208 (partie hébraïque). 

Jastrow (M.). Die Religion Babyloniens u. Assyriens. II. IX. Lieferung. 
Giessen,Rickert(Tôpelmann), 1902-1906; in-8 J de p. 81 +9S2 et 1 à 160. 

Jbffreys (L -D.). Ancient hebrevv names. Notes on their significance and 
historié value. Londres, Nisbet, 1906; in 8° de 200 p. 

Jewish (The) iiterary annual, éd. by A. M. Hyamson. Londres, Routledge, 
1906; in-8° de xx-f 168 p. (Publié pour the Union of jewish Iiterary 
Societies). 

Contient, entre autres : 

Philip Magnus : The law and its critics; 

Jewish religious éducation in England : 

L. G. Bowman : The code of instruction ; 

Albeil H. Jessel : The position of the parents : 

Augustus Rahn : The teacher of religion ; 

H. S. Lewis : The teaching of Scripture : 

Lily H. Montagu : Religious éducation in clubs ; 

J. Polack : The need for a central organizing authoiity ; 

Harold M. Wiener : The problem of the Talmud Torahs ; 

iNoemie Klingenstein : The temple of Onias ; 

Helena Frank : On yiddish literature ; 

A survey of jewish literature : 

Léon Simon : England ; 

Maurice Liber : France ; 

J. Elbogen : Germany ; 

David Yellin : Palestine ; 

Henri Berkowitz : The jewish Chautauqua society of America. 

JosepHus (The Works of Flavius) translated by W. Whiston and newly edited 
by D. S. Margoliouth. Londres, Routledge, 1906; in-8° de xxi + 989 p. 

Kahlberg (A.). Die Ethik des Bachja ibn Pakuda. Thèse. Breslau, 1906; 
in-8° de 30 p. 



i«6 REVUE DES ETUDES JUIVES • 

Karpeles (G). Jevvs and Judaîsm in the nineteenth century. Philadelphie, 
Jewish publication Society of America, 1905 ; in-8° de 83 p. 

Katalog der hebràischen Handschriften h. Bûcher in der Bibliothek des 
Prol'essors Dr David Kaufmann beschrieben von Max Weisz. Francfort, 
.1. Kanffmann, 1906 ; in-8» de 199 + 80 p. 

Katz (L.). Die reclitliche Stellung der Israeliten nach dem Staatskir- 

chenrecht des Grossherzogl. Hessen. Giessen, Tôpelrnann, 1900; in-8° 

de vin + 96 p. 
Kaufmann (H. E.). Vorlesungen u. Essays anlàsslieh der ersten jiïdischen 

Gesellschaftsreise nach dem heiligen Lande 1905. Pozega, Klein, 1906; 

in-8° de m + 111 p. 

Kellermann (B.). Kritische Beitrage zur Entstehungsgeschichte des Chris- 
tentums. Berlin, Poppelauer, 1906 ; in-8° de 91 p. 

Kent (C.-F.). IsraeTs historical and biographical narratives. Londres, 
Hodder, 1905; in-8° de 538 p. 

Kent (G. -F.). The origin and permanent vaine of the Old Testament. New- 
York, Scribner, 1906 ; in-12 de 12 +270 p. 

Kistner (A.). Der Kalender der Jnden. Vollstàndige Anleitung zu seiner 
Berechnnng fi» r aile Zeiten. Carlsrnhe, Gutsch, 1906; in-8° de vin + 
102 p. 

Kleinert (P.). Die Profeten Isracls in sozialer Beziehnng. Leipzig, Hin- 
richs, 1905 ; in-8° de v -f 168 p. 

Klostermann (D.-A ). Der Pentateuch. Beitrage zn seinem Verstandniss u. 
seiner Entstehungsgeschichte. Leipzig, Hinrichs, 1906; in-8° de 512 p. 

Kluge (O.).Die Idée des Priestertnms in Israel-Jnda n. im Urchristentum. 
Leipzig, Deichert, 1906; in-8° de vin -|- 67 p. 

Kônig (E.). Der altère Prophetismns bis auf die Heldengestalten von 
Elia u. Elisa. Gr. Lichterfelde, Rnnge, 1905; in-8° de 46 p. 

Kônig (E.). Der Geschichtsqiiellenwert des Alten Testaments in Vor- 
tragen vor Lehrcrn u. Lehrerinnen erôrtert. Langensalza, Beyer, 1905 ; 
in-8° de 86 p 

Kracauer (L.). Die Geschichte der Jndengasse in Frankfnrt am Main. 
Francfort, J. Kanffmann, 1906; in-8° de 182 p. 

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Nicolas de Lire, de l'ordre des Frères Mineurs. Toulouse, Privât, 1907 ; 
in-8°, p. 129-136. 

Dans une l re partie, M. L. étudie la vie de son auteur, insistant sur ce point 
qu'il est né chrétien et non juif, comme on le prétend encore, et précisant les 
dates de ses traités : la Probatio adventus Christ i contra Judœos, rédigée 
une première fois vers 1309, a été rééditée vers 1333 ; la Responsio ad quem- 
dam Judœum, achevée le 23 juin 1334. Il dresse ensuite un catalogue critique 
des ouvrages de Nicolas, signalant tous les mss. (50 pour la Responsio), et 
considérant comme faussement attribués à son auteur le Phare Ira fidei contra 
Judœos et le Dialogus fidei contra infidèles Judseos. Puis M. L. fait une 
analyse littéraire et philosophique de cette œuvre, et montre comment la con- 
naissance de l'hébreu et l'étude de Raschi en nourrissent la partie exégétique ; 
jugeant h* polémiste, il déclare que les traités contre les Juifs « se recom- 
mandent par la clarté et la conscience de l'exposition... la solidité de l'argu- 
mentation, la finesse des observations psychologiques ». Enfin, considérant 
l'influence exercée par Nicolas, M. L. constate que, si les Juifs l'ont connu et 
apprécié, ses commentateurs chrétiens, négligeant l'étude des langues et de 
l'hébreu, ne suivirent guère son exemple. — Paul Hildenftnyer. 

Lajciak (J.). Ezéchiel, sa personne et son enseignement. Thèse. Cahors, 
impr. Coueslant. 1905 ; in-8° de 215 p. 

Landau (L.). Das apologetische Schreiben des Josua Lorki an den Abtriin- 
nigen Don Salomon ha-Lewi (Paulus de Santa Maria) hrsg... mit... 
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Lea (Henry Charles). A history of the inquisition of Spain. In four 
volumes. Volumes MIL Ncw-York, Macmillan Company, 1906-7; gr. 
in 8'» de xu -f 620 + x -f 608 -f xi + 575 p. 

Leclerq (Dom H ). L'Espagne chrétienne. Paris, Lecotïïe, 1906; in-18 de 
xxxv -f 396 p. (Bibliothèque de l'enseignement de l'histoire ecclé- 
siastique). 

Leitner (F.). Der gottesdienstliche Volksgesang im judisehen u. christli- 
chen Altertum. Fribourg-en-Brisgau, Herder, 1906; in-8°de xi -f 283 p. 

Levy (A.). Das Targum zu Koheleth nach sudarabischen Handschriften. 
Thèse. Heidelberg, 1905 ; in-8- de xm -f 40 p. 

Liber (M.). Rashi, translated from the French by Adèle Szold. Balti- 
more, the Jewish publication Society of America, 1906 ; in-8° de 278 p. 

Lightley (J.W. ). Les scribes. Etude sur leur origine chez les Israélites. 

Thèse. Cahors, imp. Coueslant, 1905 ; in-8° de 88 p. 
Lods (Adolphe). La croyance à la vie future et le culte des morts dans 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES • 

l'antiquité hébraïque. Paris, Fischbaeher, 1906 ; deux vol. g\\ in 80 de 

vin -[- 292 et vi 4- 160 p 

Vaste et minutieuse enquête sur un sujet souvent traité, mais renouvelé de 
nos jours, grâce aux progrès de l'histoire comparée des religions, de l'anthro- 
pologie, de l'ethnologie, de l'archéologie, du folklore. M. Lods a soumis à 
une critique pénétrante les très nombreux travaux accumulés, surtout dans 
les trente dernières années, sur les questions controversées de la croyance à 
la vie d'outre tombe, du culte des morts en général et du culte des ancêtres 
en particulier, chez les anciens Hébreux. Il a compulsé à cet effet et mis à 
profit près de trois cents ouvrages, dissertations ou articles de revues. Il 
faut louer M. L. d'avoir assumé un pareil labeur et d'offrir au publie, en 
même temps qu'une exposition et une conception souvent personnelles du 
sujet, un répertoire parfaitement documenté de toutes les vues intéressantes 
émises sur ces délicats problèmes. 

Pour lixer les idées, l'auteur du présent ouvrage a eu l'heureuse pensée 
de faire d'abord, en une quarantaine de pages, un très clair et substantiel 
historique du sujet. Il montre ainsi comment a évolué la façon même de 
poser le problème. Dans les premiers temps de la critique indépendante, 
l'opinion reçue chez la plupart des savants, c'était que a l'Israélite, et en 
général le Sémite pur de toute influence étrangère, ne croyait pas à la vie à 
venir », que la croyance à l'immortalité de l'àme n'était devenue générale 
que vers le 11 e siècle avant l'ère chrétienne, sous l'influence de civilisations 
voisines, et que tels faits contraires à cette thèse, la nécromancie, par exemple, 
devaient être écartés comme des exceptions isolées ou des emprunts. Ce sont 
les travaux de l'école anthropologique, spécialement l'étude des religions 
des peuples non civilisés, qui ont renouvelé les aspects de la question. La 
théorie de l'animisme primitif exposée par Tylor, l'importance attribuée par 
Spencer au culte des ancêtres dans le développement de la religion, les vues 
de Lippert, de Stade et de Sehwally, les récentes théories sur les Tabous 
(Frazer), sur le totémisme (H. Smith et ses disciples), les progrès de là 
philologie sémitique, les recherches sur le paganisme arabe, les découvertes 
assyro-babylonienues, les travaux d'Halévy, de Goldzieher, de Jeremias, de 
Griineisen et de tant d'autres, tout cela est passé en revue, comparé et 
pesé par M. Lods. Au terme de son exposé, il établit que l'accord de la critique 
s'est fait sur les points suivants : 1° que les tribus hébraïques qui devaient 
constituer le futur peuple d'Israël ont partage largement les croyances 
animistes de l'humanité primitive; 2° qu'elles reconnaissaient aux esprits 
des morts une vie réelle et les croyaient en relations suivies avec les vivants, 
d'où les rites funéraires, et que parmi ces rites il en était de religieux. Main- 
tenant, les anciens Israélites ont-ils, oui ou non, comme tant d'autres peuples, 
rendu un véritable culte aux esprits de leurs morts, et, si oui, quels rapports 
ce culte a-t-il eu avec l'organisation primitive du clan, avec le totémisme ; le 
« yahvisme » a-t-il trouvé ce culte encore vivace, l'a-t-il toléré d'abord ou 
tout de suite combattu? Sur ces questions et tant d'autres qui s'y rattachent, 
les avis sont très partagés, et c'est à celles-ci que l'auteur prête particulière- 
ment attention. Des recherches auxquelles il s'est livré sur la notion de l'àme 
dans la Bible, sur les rites funéraires du culle des morts, comprenant ce qu'il 
appelle les rites préservatifs (gestes de deuil entre autres) et les rites pro- 
prement religieux, comme les lamentations, les incisions, le jeûne, etc., sur 
la sépulture et le séjour des morts, sur le culte rendu au mort après l'enseve- 
lissement (jours des morts, culte domestique des ancêtres, consultation des 
morts), il ressort aux yeux de M. L. que, dans la croyance des ancêtres 
d'Israël, il y avait une survie, que le double du défunt continue à vivre dans 



BIBLIOGRAPHIE 139 

la tombe ou le Scheol, que les vivants gardent avec les morts des relations 
faites de sentiments divers où domine la crainte, mais où se marque aussi de 
la pitié, de l'affection, un besoin de protection, que les Hébre x ont eu réel- 
lement les éléments d'un culte religieux pour les défunts, que les morts 
étaient pour eux des dieux, très inférieurs sans doute, mais des èlohim à qui 
on offrait des sacrifices et demandait des oracles, etc. 

Dans la troisième partie de l'ouvrage, consacrée spécialement à l'étude « des 
rapports du culte des morts avec l'organisation familiale et sociale des 
anciens Israélites », l'auteur essaye d'établir, entre autres points, que si le 
culte des morts, sous la forme spéciale du culte des héros et de la 
vénération des parents décédés, a existé dès l'époque où la filiation se 
comptait en ligne féminine, ce n'est pas néanmoins ce culte des ancêtres qui 
a pu être le facteur essentiel, comme le croit Stade, de la constitution de la 
famille patriarcale, pour laquelle des motifs d'ordre social ont été prépon- 
dérants. Mais il est exact que ce culte des ancêtres paternels a contribué, 
pendant l'époque patriarcale, ta former plusieurs des institutions familiales 
d'Israël. Ce culte a donc été, sinon l'élément principal, du moins l'un des 
éléments de la religion primitive des Sémites. M. L. montre que cette reli- 
gion sémitique populaire, en dépit des révolutions sociales et religieuses 
et de la victoire du monothéisme moral des prophètes d'Israël, s'est toujours 
survécu dans les couches populaires des mêmes régions, à peu près sous 
les mêmes formes qu'autrefois, témoin le culte des ouélis. Il dit avec raison 
que, « même au point de vue de l'étude des religions supérieures, la 
connaissance de la religion populaire est d'une importance capitale pour 
l'historien; d'abord, parce qu'elle est le sol d'où sont sortis par évolution, par 
suite de l'intervention plus ou moins active d'individualités puissantes, les 
organismes religieux plus complexes et plus originaux; en second lieu, parce 
que cette religion populaire forme une sorte de religion sous-jacen'e, 
toujours vivace...; enfin, parce (pue ces manifestations religieuses élémen- 
taires ont exercé leur action sur la religion supérieure qui les rencontrait 
devant elle, soit qu'elle combattit les vieilles « superstitions », soit qu'elle 
s'en assimilât tel ou tel élément ». Sans discuter ici telles des conclusions de 
M. Lods, qui appelleront réserves ou objections, nous en avons dit assez pour 
moutrer l'intérêt de cette grande étude, qui synthétise fort bien tout ce qui a 
paru sur le sujet et à laquelle on recourra toujours avec fruit. — J. W. 

Lôhr (M.). Sozialismus u. Individiialismus im Alten Testament. Giessen, 
Tôpelmann, 1906 ; in-8° de 36 p. (Meihefte zur Zeitschrift fur die 
alttestamentliche Wissensehaft. X.) 

Lôhr (M.). Alttestamentliche Religionsgeschichte. Leipzig, Gôschen, 1906; 
in-8° de 147 p. 

Lotzen (W.). Beitrag zur Erklarung der sogenannten Krankenpsalmen 
(Ps. 6, 22, 38, 39, 41, 88, 102.) u. der Bûches Jona. Programme. Kreuz- 
burg, 1906; in-8° de 18 p. 

Lôwenstein. Zur Geschichte der Rabbiner in Mainz (1615-1648) (Sonder- 
abdruck aus dem « Jahrbuche der judisch-literarischen Gesellschaft ») 
Francfort, 1905 ; 22 p. 

Lubrock (H. M.). Spiritual difficulties in the Bible and Prayer-book, 
with help to their solution Londres, Longmans, 1906: in-8° de xix 
-f 319p. 



140 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Maclaren (A.). Books of Isaias, Chaps. xliv — lxvi and Jeremiah. Londres, 
Hodder, 1906 ; in-8» de 412 p. 

Me Fadye.x (J.-E.j. An introduction to the Old Testament. Londres, Hodder 
et Stoughton, 1905 ; in-8° de xu + 356 p. 

Marron (IA Die slavischcn Glossen bei lsaak bon Mose Or Sarua. Saint- 
Pétersbourg, 1906; 15 p. 

Marmorstein (A.). Studien zum Pseudo- Jonathan Targum. I. Das Tar- 
gum n. die apokryphe Literatur. Pozsony, impr. Alkalay, 1905 ; in -8° 
de 40 p. 

Marshall (J. T.). lob and his comforters. Studies in theology of book 
oflob. Londres, Clarke, 1905 ; in-8° de 170 p. 

Marti (K ). Die Religion des Alten Testaments unter den Religionen 
des vorderen Orients. Tubingue, Mohr, 1906 ; gr. in-8° de vu + 88 p. 

Martin François. Le Livre d'Hénoch traduit sur le texte éthiopien. 
Paris, Letouzey et Ané, 1906; in -8° de cui -f- 319 p. (Documents pour 
Tétudc de la Bible publiés sous la direction de François Martin.) 
Voir Revue, i, LU, p. 308. 

Mayek (D r L.). De la circoncision et spécialement de la circoncision 
rituelle envisagée au point de vue historique, hygiénique, préventif 
et prophylactique. Paris, Jouve, 1905; in-8° de 156 p. 

Meistermann (B.). La ville de David. Paris, Picard, 1905; in-8° de xxvi 

-j- 248 p. avec illustrations. 
Meyer (E.). Die Mosesagen u. die Levviten. Berlin, Beimer, 1905; 13 p. 

Meyer (E.). Die Israeliten u. ihre Nachbarstàmme. Alttestamentliche 
Untersuchungen. Halle, Niemeyer, 1906; gr. in-8° dexvi -f- 576 p. 

Mitchell (A. -F.). Hovv to teach the Bible. Londres, Williams et Norgate, 
1906; in-8° de 67 p. 

Mitteilungen zur judischen Volkskundc hrsg. von M. Griinwald. Neue 
Folge. Jahrg. II, Heft I. Berlin, Galvary, 1906; gr. in-8- de 56 p. 

Seligmaun (Sigm.) : Ueber die erste jiidische Ansiedelung in Amsterdam ; 
Griinwald (M.) : Kleine Beitrâge zur jiidischen Kulturgesebiobte, Genre- 
bilder aus den Memoiren der Glùckel von Hameln : 
Weissenberg (S.) : Das Feld- u. das Kcpvermessen ; 
Beilin (S.) : Liedertexte : 
Kecksclier (J.) : Ein Hamburger Bilderbogen. 

Môller (W.). Die messianische Erwartung (1er vorexilischen Prophe- 

ten, zugleich ein Protest gegen moderne Textzersplitterung. Giitersloh, 

Bci'iolsmann, 1906; gr. in-8° de iv -f 398 p. 
Mommert^G.). Menchenopfer bei den alten Hcbràern. Leipzig, Haberland, 

1905; gr. in-8° de vu -f 88 p. 
Mommert (C). Der Ritualmord bei denTalmud-Juden, Leipzig, Haberland, 

1905; gr. in-8° de vu -f 127 p. 



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Monumenta judaica. Pars I. Bibliotheca targumica. 1. Heft. I. Abteilung 
Aramaica. — Die ïargumijm zum Pentateuch. Vienne, Akademischer 
Verlag, 1906; in-4° de xxi -\- p 1-58. Pars II. Monumenta talmudica 
I. Série : Bibel u. Babel. I. Heft; lxix + p. 1-10. 

MOller (D.-H.). Semitica. Sprach- u. reehtsvergleichende Studien. I. 
Het't. Vienne, Hôlder, 1906; gr. in 8° de 48 p. 

MOller (W.). Das Bnch Siracli, ans der Vulgata ûbersetzt u. mit Anmer- 
kungen versehen. Hegensburg, Manz, 1906; in-8° de vin -j- 216 p. 

Nagl (E.j. Die nachdavidische Kœnigsgeschichte Israels. Ethnogra- 
phisch u. geographisch beleuchtet. Vienne, Fromme, 1905; gr. in-8° 
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the Bodleian library. II. Oxford, Glarendon Press, 1906; gr. in-8° de 
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Neviasry (A.). Eloge funèbre de feu Monsieur Zadoc Kahn, Grand Rabbin 
de France. Paris, impr. Danzig, 1907 ; in-8° de 32 p. (En hébreu et en 
français. Titre hébreu : ï"TOW). 

Nordmann (A.). Ueber den Judenfriedhof in Zwingen u. Judenniederlas- 
sungen im Furstbistum Basel. Bàle, Casser, 1906 ; in-8° de 33 p. v Sepa- 
ratabdruck ans d. Basler Zeitschrift f. Geschichte u. Altertumskunde). 

Nossig (A.). Abarbanel, das Drama eines Volkes. Berlin, Steinitz, 1906 ; 
in-8° de 64 p. 

Notes et documents concernant la famille Cerfbeer, recueillis par un de 
ses membres. 2 e partie. Paris, impr. Plon-Nourrit, 1905; in-4° de 145 
p. -|- fac-similés, tableau généalogique et portraits. 

Orientalische Studien Theodor Nôldeke zum siebzigsten Geburtstag ge- 
vvidmet von Frcunden u. Schiilern. Giessen, Tôpelmann, 1906; 2 vol. 
in-8° deuv + 1187 p. 

A relever les articles suivants qui intéressent nos études : 
C. Bezold : Das arabiscb-atliiopiscbe Testanientum Adami ; 
K. Budde : Zur Gescliiclite der tiberiensischen Vokalisation ; 
T.-W. Davies : Brief studies in Psalm criticism ; 
A. Deissniann : Der Name Panthera ; 
B.-D. Eerduians : Das Mazzotb-Fest ; 
L. Giuzbery : Randylossen zum hebrâischeu Ben Sira ; 
E. Kautzsch : Die sogenannten aramâisierenden Formen der Verba y"y im 
Hebrâiscben ; 
K. Marti : Die Ei eignisse der letzten Zeit nacb dem Alton Testament ; 
G. -F. Muore : IDSrT by nnn^n and ils équivalents; 
J. Rolbsteiu : Ein Spécimen criticum zum hebr. Texte des Sirachbuches ; 



142 REVUE DES ETUDES JUIVES 

B. Niese : Eine Urkunde aus der Makkabàerzeit; 
E. Sellin : Das israelitische Epod ; 

C. Seybold : Hebraica, Beritb, Roscb Keleb, Roscli Hamor 
B. Stade : Die poetiscbe Form von Psalm 40 ; 

G. Toy : Tlie Semitic conception of absolute law ; 
G. Westphal : O^'Un N3£. 

Orr (J). Problem of the Old Testament considered with référence to 
récent criticism. Londres, Nisbet, 1906; in-8° de 164 p. 

Pariset (E.). La médaille énigmatique. Lyon, imp. Alexandre Rey, 1905 ; 
gr. in-8° de 30 p. (Extrait des mémoires de F Académie des Sciences, 
Belles-Lettres et Arts de Lyon, t. IX.) 

Gette médaille est celle de Fourvière. M. P. passe en revue les diverses 
interprétations qui en ont été proposées et déclare n'en être pas satisfait. Il 
souhaite que le déchiffrement en soit tenté à nouveau. Dont acte. 

Pauly (J. de). Sepher ha-Zohar, doctrine ésotérique des Israélites, traduite 
pour la première fois et accompagnée de notes. Œuvre posthume entiè- 
rement revue, corrigée et complétée, publiée par les soins d'Emile 
Lafuma-Giraud. Paris, Leroux, 1906 ; gr. in-8° de vi -j- 552 p. 

Voilà la première traduction complète de ce livre, qu'on croyait intradui- 
sible. Que cette version ne soit pas parfaite, qu'elle fourmille de contre-sens, 
que surtout elle soit viciée par un parti-pris théologique, qu'elle ait même le 
tort de vouloir rendre l'inintelligible, nous ne le nierons pas, et ce n'est pas 
la personnalité du traducteur qui conciliera à son œuvre beaucoup de sym- 
-patbie. Mais il faut savoir tenir compte de la difficulté de la tàcbe et de la 
hardiesse de l'entreprise. Là où le texte ne prête pas aux fantaisies, il est 
généralement compris ; parfois même on a su remonter à la source. Somme 
toute, l'œuvre est intéressante et n'est pas à dédaigner. 

pETEftg (M.-C). The Jews in America. A short story of their part in 
the building of the Republic. Philadelphie, Winston, 1906; in-8° de 
138 p. 

Petkrs (N.). Die atteste Abschrift der zehn Gebote, der Papyrus Nash, 
untersucht. Fribourg en-Brisgau, Herder, 1905 ; gr. in-8° de 51 p. 

Pinkus (F.). Studien zur Wirtschaftsstellung der Juden. Berlin, Lamcn, 
1905 ; in-8° de 56 p. 

Nouvelle preuve des déceptions qui attendent ces sortes d'études. Pour déter- 
miner avec une précision suffisante le rôle commercial des Juifs du moyen 
âge, nous manquons des matériaux les plus élémentaires. Ceux que nous pos- 
sédons sont trop sporadiques pour permettre le moindre jugement. En tout 
cas, ce n'est pas en citant des auteurs qui ont plus ou moins bien étudié la 
question qu'on l'avancera. Ces auteurs ou n'ont présenté que des considérations 
en l'air ou ont appuyé leurs dires sur des documents. Ces documents seuls 
méritent d'entrer en ligne de compte, et après qu'ils ont été soumis à une 
critique rigoureuse. C'est ce dont ne s'avise pas un instant M. P. 

Poznanski (S.). Arabischer Commentar zum Bûche der Richter von Xhù 
Zakarjà Jahjà (H. Jehuda) ibn BaPàm zum ersten Maie herausgegeben. 
Francfort, Kauffmann, 1906 ; in-8° de 25 p. 



BIBLIOGRAPHIE 143 

M. S. Pozuanski, qui a déjà publié dans les Mélanges Berliner le commen- 
taire d'Ibn Bal'àm sur le livre de Josué d'après un ms, de Saint-Pétersbourg 
copié par M. Israelsohn, a tiré du même ms. le commentaire sur les Juges et 
l'a t'ait paraître à l'occasion du 90 e anniversaire de la naissance de M. Stein- 
sclineider. Dans une courte introduction M. Pozuanski caractérise brièvement 
l'œuvre d'Ibn Bul* à m et rnumère les écrivains (pie cet exégcte a mis à profit 
et ceux qui l'ont utilisé à leur tour, notamment Tanhoum Yerouscbalmi. Dans 
les notes qui accompagnent le texte, M. Pozuanski indique les sources de l'au- 
teur et les emprunts qui lui ont été faits. 11 est inutile de faire ressortir la pro- 
fonde et complète connaissance de la littérature juive que montre M. Pozuanski 
ici comme dans ses autres publications. Nous nous bornerons à lui soumettre 
quelques petites observations critiques. 

P. 10, 1. 13, 16, 17 sur m, 22), il nous semble qu'il faut lire O-îB au lieu 
ttnD ; e'est le mot hébreu "é"lS ; cf. Ousoùl, s. v. 1£-|D. — P. 13, 1. 21 
(sur v, 25), il faut corriger *im en *iMd — P. 13, 1. 1, au lieu de "ClàbM on 
doit mettre ttHàbtf. Saadia traduit -j^bà "in, dans Gen., xxxi, 21, par bai 
tfJ-13, sans article. — P. 21, la remarque d'Ibn Bal'àm sur "ib^T (xvi, 18) 
aurait besoin d'un petit commentaire. Le grammairien dit que le vav de ce 
mot, étant avec scheva, n'a pas changé, contrairement à l'babitude, le passé 
en futur. Mais avec le passé le vav a toujours un scheva. Ibn Djanah, Louma', 
p. 204 (cf. i». 5i). s'exprime mieux. 11 dit que le plus souvent on emploie le 
vav avec petdk devant le futur dans le sens du passé, mais que, parfois, 
ou emploie le vav avec scheva devant le passé. Il est a noter (pie, pour le mot 
*12yi, le même auteur x ibUL, p. 50) admet que le vav joue le rôle du fd 
arabe. 

Nous espérons que M. Pozuanski pourra faire paraître le reste des écrits 
exégétiques d'Ibn Bilàm, qui, s'il n'a pas l'originalité de Hayyoudj ou d'Ibn 
Djanah, n'en est pas moins un auteur des plus intéressants. — Ma/jer Lambert. 

Progksch (0.). Das nordhebraische Sagenbuch. Die Elohimquelle iiber- 
setzt u. untersucht. Leipzig, Hinriehs, 1906 ; in-8° de vi -j- 394 p. 

Publieations of the American jewish historical Society, n° 13. Baltimore, 
impr. Friedenwald, 1905; in-8° de xxv -f- 167 p. 
Table des matières : 

Léon Hiihner : Naturalization of Jews in New York under the Act of 1740 ; 
Max J. Rouler : Phases of religious liberty in America wi'th particular re r e- 
rence to the Jews. II ; 

David Pbilipson : Are there traces of the tcn lost Tribes in Ohio ? 

David E. Heineman : Jewish beginnings in Michigan before 1850 ; 

A. J. Messiug : « Old Mordecai », tbe founder of the city of Montgomery . 

Alfred G. Moses : Tbe history of the Jews of Montgomery ; 

Albert M. Friedeuberg : A German jewish poet on America ; 

Max J. Kohler : Judab Touro, merchant and philanthropist : 

Léon Hiihner: Isaac de Pinto ; 

J. S. Boss : Additional notes on tin; history of tue Jews of Surinam. 

Publications of the American jewish historical Society, n° 14. New-York, 
impr. New-York Co-operative Society, 1906; in-8° de xin -f- 263 p. 
The two hnndred and fiftieth anniversary of seulement of the Jews in 
the United States Addresses delivered at Carnegie Hall, New-York, 
on thanksgiving day MGMV, together with other selected adresses and 
procenedigs). 



144 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Publications of thc American jevvish historical Society, n* 15. Baltimore, 
Friedenwald, 1906 ; in-8° de 122 p. 

Contient : Gyrns Adler : Jews in the diplomatie correspondance of the 
United States, 

Ramsay (A ). Studies in Jeremia. Londres, Bagster, 1905; in-8° de 304 p. 

Rapaport (M.-W.). L'esprit du Talmud et son influence sur le droit 
judaïque. Paris, impr. Lahurc, 1905; 9 p. (Extrait du Compte rendu 
des travaux du Congrès international de droit comparé de 1900.) 

Recueil des historiens des Gaules et de la France. Tome XXIV contenant 
les Enquêtes administratives du règne de saint Louis et la Chronique 
de l'Anonyme de Béthune, publié par Léopold Delisle. Paris, Impri- 
merie nationale, 1904; in-fol. 

La première partie de ce volume comprend les procès-verbaux des enquêtes 
sur l'administration royale ordonnées par Louis IX eu 1247 et 1248. Parmi les 
plaintes et réclamations accueillies par les enquêteurs, un certain nombre inté- 
ressent les Juifs. Les unes portent sur des litiges relatifs au remboursement 
de prêts faits par des Juifs à des habitauts de Ginais (Indre-et-Loire) (p. 189 A), 
Îlsle-Bouchard (id.), Messemé (Vienne) (p. 189 i), Montsurs (Mayenne) (p. 89 e), 
Naintré et Oyré (Vienne) (p. 216 c et d), Parçay-Meslay et Parçay-sur-Vienne 
(Indre-et-Loire) (p. 164 h et 188 6), Saint-Hilaire-des-Monts (Vienne) (p. 216 d , 
Saint-Maixent (Deux-Sèvres) (p. 222 b), Sainte-Honorine-la-Guillaume (Orne) 
(p. 59 a), Senillé (Vienne) (p. 216 d), Sommière (Gard) (p. 440 /), etc. Les 
autres fournissent des indications soit sur les arrestations et saisies datant de 
Philippe-Auguste (p. 9y, 15,/), soit sur les mesures prises par les agents de 
saint Louis pour faire rentrer au compte du trésor royal les créances des Juifs 
sur des habitants de Bazouches (Sarthe) (p. IQf), Langeais (206,/), Saint-Cyr- 
sur-Loire (Indre-et-Loire) (p. 98 d), Salles (Charente-Inférieure) 'p. 145 #), 
Seuilly (Indre-et-Loire) (p. 189 b), Toutainville et Triqueville (Eure) (p. 10 h 
et 11 g). Quelques-unes mentionnent la dispense de remboursement accordée 
par le roi aux débiteurs des Juifs (p. 164 A, 216 c, 413,/, 440 j), quelques- 
unes, le taux de l'intérêt de ces prêts (p. 281 e, 283 c). D'autres plaintes nous 
renseignent sur les relations des Juifs et des Chrétiens, sur la vie même des 
Juifs, etc. : Juifs volés (444 a, 482 d) ou frappés (157 b) ; femmes juives battues 
(187,/, 211 f, 213/; 229 b) ; Juifs tués [114/, 224) ; Juifs jouant avec des Cbré- 
tiens (460 e, 462 h ; aventure de Simon, instituteur à Arles (528 fj ; démolition 
de la synagogue de Beaucaire 493-494, 849 h) ; tumulte provoqué à Uzès par- 
deux Juifs qui veulent tuer un jeune Chrétien (43G) ; un converti réclame l'ar- 
gent qu'il a dû donuer au prévôt de la Rochelle pour s'assurer sa protection 
au temps où il était encore israélite (143); Henri d'Avaugour proteste contre 
l'établissement des Juifs à Laigle (731 6), etc. Outre ces mentions dispersées 
dans les procès-verbaux, plusieurs fragments sont entièrement consacrés aux 
Juifs. Trois chapitres les concernent parmi les plaintes portées dans les bail- 
liages d'Amiens, Senlis et Vermandois : l'un sans identification ; les autres 
intitulés : In parochia Sanctae Marqharetae in Suncto Quintino contra 
Judœos ; in parochia Sancti Martini in Sancto Quinino contra Judeos 
(p. 142-744). L'analyse en avait été faite déjà par M. Delisle dans le Compte 
rendu de l Académie des inscriptions, 4 e série, XVII, 315-316, et reproduite 
par I. Loeb dans Revue, XX, 26. Aux créances des Juifs sur Saint-Quentin 
même/ on peut ajouter des créances sur les communes des environs : Giougis 
(p. 283 c), Hauteville (282 «), Lesquielles-Saint-Germain 281 d, c), Origny-sur- 



BIBLIOGRAPHIE 145 

Aisne (281 g), Pargny (281,/), Veneroles (283 c, d) et datant de 1244 et 1245 
(sur l'importance de cette date, voir Revue, XX, 28). Les pp. 745-747 donnent, 
en cinquante-deux paragraphes, d'après deux fragments de parchemins, la 
liste des débiteurs de deux personnages désignés par les initiales J. et H. et 
identifiés avec Jean Puliette et Hadewis, sa femme, dont le nom ligure dans 
un autre fragment (§ 53-68) et que M. Delisle suppose des Juifs du Nord. On 
pourra compléter ces tdications sommaires sur les renseignements fournis 
par ces empiètes en dépouillant la table qui renvoie à une centaine de noms 
de Juifs ; on remarquera ceux qui ont des charges officielles (213 c, 440/', etc.). 
— Paul llildenfinger. 

Reinach (Th ). La lete de Pâques. Paris, Leroux, 1906 ; in-8° de 60 p. 

« Essayer de déterminer Vûnglne, la signification historique et religieuse 
de la fête de Pâques » en suivant la méthode régressive, c'est-à-dire en 
partant « de l'état de choses actuel pour remonter de proche en proche jus- 
qu'aux commencements les plus nébuleux » et en montrant « comment, à 
chaque étape de la civilisation, sous les m* mes noms et à peu près à la 
même date de l'année, cette fête a correspondu à des conceptions dillêrentes 
et pourtant reliées les unes aux autres par un iil ininterrompu », tel est 
le dessein de cette petite brochure, qui, pleine d'idées et de faits adroite- 
ment groupés, en dit plus, et plus agréablement, que tel gros volume bourré 
d'érudition. Car ce n'est rien de moins qu'un « chapitre de l'évolution 
religieuse » qui est présenté ici en raccourci à propos de la fête chrétienne 
de Pâques. Nous y retrouvons cette conception, très en vogue aujourd'hui 
depuis les travaux de l'école sociologique et anthropologique, qu'on peut 
retrouver sous les formes religieuses les plus complexes d'à présent, à tra- 
vers les transformations graduelles que leur ont fait éprouver les courants 
successifs de civilisation, à travers les explications, les mythes imaginés a 
posteriori, les faits religieux, les rites les plus primitifs, tels qu'on peut 
les observer encore dans les groupes sociaux restés au stade élémentaire. 
Les grandes religions elles-mêmes, judaïsme, christianisme, etc., n'ont fait 
souvent que reprendre en les adaptant, en les idéalisant, en les épurant, en eu 
changeant la signification ou la forme, mais sans les rendre méconnaissables, 
des pratiques et des us remontant à l'âge animiste, à l'époque des clans et 
des totems. La démonstration que poursuit M. Reinach, à propos de Pâques, 
est toujours ingénieuse, fort séduisante pour les faits de l'âge historique, 
plus hasardeuse lorsqu'il recule jusqu'aux origines « nébuleuses » ; nous 
n'entreprendrons pas de la résumer et nous y renvoyons le lecteur. 

M. R. adopte les conclusions générales de l'école critique moderne sur les 
sources du Pentateuque et leur chronologie respective et s'en autorise comme 
de résultats acquis désormais à la science pour édilicr son système. Comme 
ces résultats gardent encore, malgré tout, un caractère conjectural, il en va 
de même de toutes les inductions qu'on en tire. Eu un endroit, ou peut faire 
grief à M. R. de tirer argument d'une attribution particulièrement hypothé- 
tique. C'est lorsque, à la page 39, le texte Exode, 13, 2 sv.. est considère 
comme appartenant au Deutéronomiste. Aux termes de M. R. on pourrait 
croire que cette attribution est incontestée, alors qu'elle n'a été proposée que 
par quelques critiques. — J. W. 

Kigg (J.-ML). Calendar of the plea rolls of the Exchequer of the Jews 
preserved in the public Record office. Vol. I. Henry III, A. D. 1218-1272. 
Londres, Macmillan, in-8° de xvm -f- 367 p. (Jewish historical Society 
of England). 

T. LUI, x» 105. 10 



146 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

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Rosenthal (L.-A ). Jésus u. die Rabbinen. Berlin, Scholem, 1905; in-8° 
de 20 p. 

Rosenthal (L.-A.). Joel-Nahum-Habakuk niiteinanderverglichen. Stras- 
bourg, Triibner, 1905 ; ïn-8" de 2 -f- 44 p. 

C'est, comme dit le sous-titre, « une série de feuilles détachées », écrites 
à différentes époques et d'un lien assez lâche. Dans ces esquisses, M. Rosenthal 
compare les trois livres de Joël, Nahum et Hahacuc entre eux et avec d'autres 
textes bibliques, afin de prouver leur unité et leur authenticité. Car, si ce 
sont des rédacteurs qui ont r.îuni les différents morceaux dont ils se com- 
posent, comment se fait-il «pie ces fragments se ressemblent entre eux, par 
l'esprit et le style, et ressemblent à d'autres livres ? 

La description de la prise de Ninive dans Nahum, celle de l'incursion des 
Chaldéens dans Hahacuc et celle de l'invasion des sauterelles dans Joël 
offrent les mêmes traits, soit dans les circonstances du récit, soit dans les 
termes et dans les images. Mais ces ressemblances, quand elles ne sont pas 
tout extérieures, s'expliquent par l'analogie du sujet. C'est à cela que se borne 
d'ailleurs le parallèle entre les trois prophètes. — Les autres rapprochements 
ne sont pas plus probants, ou prouveraient plutôt le contraire de la thèse. 
Ainsi Hahacuc, m, qui n'est pas un psaume, l'appelle le Ps. xvm, et de même 
les deux premiers chap.; Nahum, i, le Ps. lxviii. Nahum ressemble encore 
aux Lamentations et à Micha ; Joël à Amos ; Joël et Nahum à différents 
passages des Ps.; Joël, Nahum et Hahacuc à Sophonie ; Habacuc à Obadia ; 
Obadia à Malachie et Malachie à Joël. — On ne voit pas en quoi ces analogies 
fugitives — et on pourrait faire à M. R. le plaisir d'en augmenter le nombre 
— infirment les conclusions générales de la critique. Certes, M. R. met parfois 
à nu les défauts de l'exégèse radicale, surtout sa témérité à dater avec 
précision les fragments que son analyse a isolés ; il s'élève avec quelque 
apparence de raison contre la théorie suivant laquelle les prophètes auraient 
toujours prédit des malheurs, tandis que les consolations et les perspectives 
d'un avenir meilleur auraient été ajoutéesplus tard. Mais pourquoi des expres- 
sions identiques ou analogues, surtout quand elles étaient courantes ou consa- 
crées, ne pourraient-elles pas se retrouver dans les textes anciens et dans 
ceux qu'ils ont inspirés, ou pourquoi les auteurs des prophéties originales 
et ceux des interpolations n'auraient-ils pas pu suivre les mêmes modèles ? 
M. Rosenthal a voulu trop démontrer; ses rapprochements, fussent-ils plus 
péremptoires qu'ils ne sont, prouveraient plutôt que les livres prophétiques 
sont des Conciones, des recueils de morceaux oratoires d'auteurs et d'âges 
divers, et M. R. aurait peut-être plus raison qu'il ne voudrait. 

Dans ces parallèles où il faudrait souvent mettre les originaux en regard les 
uns des autres, la traduction ne serre pas toujours le texte d'assez près ; 
quelquefois elle n'est pas suffisamment justifiée ; ainsi Hab., i, lia (non 10 a) 
est rendu p. 2, 1. i) par : « puis dévastant comme le vent, il disparaît » ; 
dans le même passage "inbîô "irD "1T signifierait simplement : « c'est sa 
force », comme v-p b^O '«D" 1 (p. § ; v. maintenant Rrockelmann, dans 
Z. A. IV., XXVI, [1906], p. 29). Dans Nah., ni, 17 (non 18) ipnï&M aurait le 
sens de « tes couronnes » (pag. 22). Soutenir que Hab., n, 14 ViNH frÔtDn "\D 
O n by 10^ D'TJD 'n 1133 Ptf n^lb est plus primitif qu'Is , xi, !» (nom, 9) 



BIBLIOGRAPHIE 147 

D^O^tt Û^b Û^D 'n DN Ï13H ynNn nw^btt i» (pi 31) rassemble à une 
gageure. On voit que les versets sont parfois indiqués inexactement ; il arrive 
même qu'ils ne le soient pas du tout. — P. 3, 1. 25, 1. Assyrer ; p. 22, 1. 16, 1. 
Soph., i, 7. - M. Liber. 

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Études, fasc. 153.) 

Cette reconstitution de la bibliothèque de Don Mijo Lopoz de Mendoza, 
marquis de Santillane, dont les mss. sont aujourd'bui ;i la Bibliothèque natio- 
nale de Madrid, comprend une description d'un ms. de Maïmonide, le Guide 
des égarés, traduit eu castillan par Pedro de Toledo (p. 428-444)- — P. BU- 
denfinger. 

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phen und Pseudepigraphen mit eingehcnder Angabe der Literatur. 
Sechste neubearbeitete Auflage. Beck, Munich, 1906; in -8° de vm 
+ 256 p. 

L'Introduction a l'Ancien Testament de M. Strack en est à sa sixième édi- 
tion, la dernière ayant pain en 1898 (voir Revue, t. XXXVI, p. 314). C'est la 
preuve non seulement de l'intérêt qu'on porte en Allemagne aux études théo- 
logiques, mais aussi «lu mérite de l'œuvre. Ce mérite consiste principalement 
dans l'abondance et l'exactitude des renseignements bibliographiques concer- 
nant toutes les branches de la littérature des études isagogiques : histoire de 
la Bible, Massora, manuscrits, éditions, traductions, commentaires, écrits philo- 
logiques, etc. Tout l'essentiel se trouve consigné dans ce volume de dimensions 
modestes. Dans les questions de fond importantes on remarque le même souci 
de la précision, par exemple en ce qui touche l'histoire de la critique, le voca- 
bulaire des sources du Pentateuque, l'étude sur la poésie hébraïque. En outre, 
M. Strack donne une analyse étendue des ouvrages bibliques. 

M. Strack est beaucoup plus sobre à l'égard des points de détail qui rem- 
plissent d'autres Introductions, par exemple l'authenticité de tel mot ou de 
telle phrase. Ces problèmes minutieux nous paraissent en etlet plutôt regarder 
les commentaires que les Introductions à la Bible. 

M. Strack montre des tendances conservatrices tout en reconnaissant les droits 
entiers de la critique littéraire. 11 croit à l'historicité des récits même mira- 
culeux, ce qui ne l'empêche pas de reconnaître (pie le Pentateuque est posté- 
rieur à l'époque de Moïse et que les sources qui ont servi à le composer ont 
chacune leur style propre. Par exemple, pour le code sacerdotal, l'important 
est de savoir s'il donne une idée fidèle de l'époque mosaïque et non pas s'il a 
été rédigé par Moïse. M. Strack essaye de prouver, non sans apparence de 
raison, que les institutions dont parle ce code se rapportent plutôt à la période 
antéexilique qu'aux temps de la Bestauration, tout en admettant (pie les lois 
qui s'y trouvaient n'ont guère et" observées par le peuple. M. Strack conteste 
aussi le point fondamental de l'école de Graf-Wellhauseu, a savoir que le Deu. 
téronome aurait été inventé sous Josias, à l'époque duquel il s'applique mal- 



BIBLIOGRAPHIE 149 

Dans ta nouvelle édition, M. Strack a ajouté ilenv paragraphes, l'un (§ 14; 
concernant certains morceaux spéciaux du Pentatenque (Déealogue, code de 
l'Alliance), l'autre (§ 83) sur la disposition des nouvelles éditions du Pen- 
tateuque (l'auteur explique les indications masorétiques qui s'y trouvent). 
M. Strack s'est naturellement mis au courant des nouveaux travaux sur les études 
bibliques, ce qui a augmenté la littérature ; par contre, il a supprime la men- 
tion de quelques ouvrages anciens de valeur médiocre. 

Gomme fautes d'impression nous avons relevé p. 7 que les alinéas 4 et sui- 
vants viennent après l'alinéa 1. Il est regrettable que ces alinéas contiennent 
des divisions marquées par. des chiffres de même caractère que les alinéas 
eux-mêmes. — P. 207, lire V" , l2'p pour ^"^p • — Ces observations doivent 
seulement montrer que nous avons tenu à parcourir de nouveau l'Introduc- 
tion de M. Strack, ouvrage qui peut rendre d'utiles services à tous ceux qui 
s'adonnent aux études bibliques. — Mayer Lambert. 

Strack <H.-L.). Grammatik des Biblisch - Aramàischen. 4. sorgfàltig 
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Monaco, 1902 ; in-4°. 

Le u» xlix de ce recueil (p. 85) est une charte de Thibaud, comte de Cham- 
pagne et de Brie, déchirant que Jacob, son Juif de Troyes, reconnaît Hugues, 
comte de Rethel, libéré des obligations contractées envers le Juif Vallin, son 
père (11 mai 1223). — /'. Hildeiifiriffer. 

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the reign of Henry IV. === = N' 70, janvier 1906 = = Samuel 
Poznanski : The Karaite literary opponents of Saadiah Gaon in the 
tenth century. — David Philipson : The Frankfort rabbinical confé- 
rence, 1845. — Morris Joseph et C.-G. Montefiore : Biblical criticism 
and the pulpit. — H. Hirschfeld : The Arabie portion of the Cairo 
genizah at Cambridge (Introduction to Saadyah's « Translation of 
Jeremiah » (?), Définitions). — J.-H.-A. Hart : Philo of Alexandria 
(analyse de De somniis). — ■ Stanley-A. Cook : Notes on Old Testament 
history (Judges, x, 6 — I Samuel, vin). — D. Simonsen : D r Elias 
Sabot. — = N° 71, avril. — = A. Cowley : Bodleian geniza fragments 
(Consultation de Tannée 953). — Léon Simon : Abraham Mapu. — 
A.-B. Rhine : Léon Gordon as a poet. — G. Margoliouth : An introduc- 
tion to the liturgy of the Damascene Karaites. — Stanley-A. Cook : 
Notes on Old Testament history (Saul and Benjamin). = = N° 72, 
juillet. ='== I. Elbogen : Studies in the jewish liturgy (suite, n°74). 

— H. Hirschfeld : The Arabie portion of the Cairo genizah at Cambridge 
(Saadiah's Commentary on Exodus). — D. Philipson : The Breslau 
rabbinical conférence. — G.-H. Skipwith : Ashtoreth, the goddess of 
the Zidonians. — Stanley-A. Çook : Notes on Old Testament history. 
Meribath-Kadesh. = == Vol. XIX, n° 73, octobre. == = Félix Coblenz : 
Biblical criticism in religions instruction. — J. Abelson : Maimonides 
on the Jewish creed. — S. Poznanski : The Karaite literary opponents 
of Saadia Gaon in the eleventh century. — I. Friedlaender : A Muham- 
medan book on augury in Hebrew characters. — A. Cowley : Bodleian 
Geniza fragments (Lettre de Nehémia Hacohen, Gaon, de l'an 962 ; lettre 
des Juifs de Jérusalem à Ephraïm b. Schemaria d'Egypte). — Lewis 
N. Dembitz : Babylon in Jewish law. — Poetry : al Schechitah, trans- 
lated by Helena Frank. — H. Hirschfeld : The Arabie portion of the 
Cairo genizah at Cambridge Saadyah's Commentary on Leviticus). 

— David S. Sassoon : An autograph letter of a pseudo-Messiah. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

Stanley A. Cook : Notes on Old Testament history. VI. The Calebite 
tradition. — Félix Perles : Das Jiïdisohe in Gohen's Ethik. == == N° 74, 
janvier 1907. = = G.-E. Biddle : A theist's impressions of Judaism. — 
A. Cowley : Bodleian Geniza fragments (Lettre de Yeschoua Kohen b. 
Joseph, au nom des deux communautés de No Amon à Ephraïm b. 
Sehemaria, chef delacommunaulé de Jérusalem à Fostat pour le rachat 
de quatre Rabbanites et de trois Caraïtes faits prisonniers et venant 
d'Adalia ; autre lettre adressée à Ephraïm b. Schemaria — 1. 14, 23 fcô 
...Du:n hn [Hfinl"»b n^nn, lire : «"D"»] Dttn nt* [bta]^ rsamn 'rb n:> 
[baw]. — J.-H.-A. Hart : The prologue to Ecclesiasticus. — H -S.-Q. 
Henriques : The political rights of English jews. — Stanley A. Cook : 
Notes on Old Testament history (Literary and historical criticism ; Saul 
and David ; conclusion). — S. Fyne : Psalm cxxxm ; A. Francis Steuart: 
Jews in Rome, 1704 ; S. Poznanski : Zu dem Sendschreiben des 
Nehemia Gaon. 

Monatsschrift fur Geschichte und Wissenschaft des Juden- 
thums (Breslau). = 49 e année, n os 1-2, janvier- février 1905. = = 
W. Bâcher : Raschi u. Maimuni. — A. Buchler : Das Ausgiessen von 
Wein u 01 als Ehrung bei den Juden. — Samuel Poznanski : Die 
jùdischen Artikel in Ibn al - Qifti's GeJehrtenlexicon. — I Schultze : 
Geschichte der Familie Wallich [suite et fin, n ns 3-10). — Moritz 
Steinschneider : Mathematik bei den Juden (1551 1840) (suite dans tous 
les numéros suivants) — D. Simonsen : Eine Confrontation zwischen 
Glùckel Hameln's Memoiren u. den altcn Hamburger Grabbûchérn. — 
Israël Rosenthaler : Zur Biographie Wolf Heidenheims. = = N ' s 3-4, 
mars-avril. = = Philipp Bloch : Die Kabbalah auf ihrem Hôhepunkt u. 
ihre Meisler. — A. Ackermann : Der mârkische Hostienschàndungs- 
prozess vom Jahre 1510 (fin, numéro suivant). — D Simonsen : Hartwig 
Wesselys Todestag. — E. Zivier : Eine archivalische Informationsreise 
(sur les communautés juives d'Allemagne). =r=:N 0S 5-6, mai-juin. ===== 
D.Feuchtvvang: Assyriologische Studien. — S.Eppenstein : Beleuchtung 
einiger neuerer Emendationsversuche ini AU en Testament — Jacob 
Guttmann : Ueber Jean Bodin in seinen Beziehungen zum Judentum 
(fin, numéro suivant). — Ludwig Geiger : Mendelssohniana. = = 
N os 7-8, juillet-août. = = Julius Guttmann : Hermann Gohens Ettik. 
— Siegmund Jampel : Esther, eine historischkritischc Untersuchung 
(suite elfin,n° % 9-10; 1906, n os 3-6, 9-12). — Hermann Vogelstein : Die 
Entstehung u. Entwicklung des Apostolats im Judentum. = = N os 9-10, 
septembre-octobre. = — S. Funk : Die Juden in Babylonien unter 
Sabur II (309-382) — A Epstein : Leontin u. anderc Namen in den 
Œttin 5T0 û^^^u (M. E. me fait Thonneur de réfuter longuement une 
hypothèse avancée par moi avec toutes les réserves nécessaires A ses 
arguments, que je ne veux pas discuter, je puis en ajouter un autre, 
qui m'a été signalé par mon élève M. Maurice Liber : Dans D^nrr "ne* 
(art. Eliézer b. Nathan), on relève qu'une fois Raschbam appelle 



154 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le Raban f»©^» 1 "? ■Hpa'-p }nn ; le nom n'était donc pas rare au 
xn e siècle). — Adolf Lewin : Die Judenemanzipation in Baden. — 
V. Aptowitzer : Znr Geschichte der Abbreviaturen, Eine antikaràisehe 
Stelle im Midrasch ha-gadol. = == N os 11-12, novembre-décembre. 
== — W. Radier : Zvvei alte Abotbkommentare (Joseph b. Jebuda Ibn 
Aknin, David Mai m uni). — S. Krauss : Lexikalisches zur Mechilta di 
R. Simeon ben Jochaï. — Heinrich Gros s : Die kabbalistische Tradi- 
tionskette. — Hermann Vogelstein : Zu Wellesz 1 Isaak. ben Mose Or 
Sarua. — Isaak Markon : Die slavischen Glossen bei Isaak ben Mose Or 
Sarua. — L. Lewin : Judaisieren in Polen. — A. Lewinsky : Regesten 
zur Gesichte der Juden in der Provinz Sachsen wahrend des Mittel- 
alters. = == 50 e année. 1906. N os 1-2, janvier-février. = = Martin 
Philippson : Der Anteil der jiidischen Freiwilligen an dem Befreiungs- 
kriege 1813 u. 1814 (fin, nos 3.4), _ m. Rachmuth : Die Juden in Nord- 
afrika bis zur Invasion der Araber. — A. Schmidel : Eine spracbver- 
gleichende Studie (Ein hebr. !i intensivum ; die hebr. Nomina der 
Einheit; findet sich aiich im Hebr. eine Art Pluralis frac tus ?) — 
S. Horowitz : Die Sifre sutta nach dem Jalkut 11. andercn Quellen 
(suite, n ÛS 3-4, 7-8, 9-10). -— L. Griinhut : Der siidarabische Siddur. 

— A. Lewinsky : Zur Geschichte der Juden in Munster (Westfalen). 

— M. Weinberg : Der {Convertit Friedrich Christian Ghristhold. = = 
N os 3-4, mars-avril. ===== R. Urbach : Zwei Bûcher i'iber das Wesen 
des Judentums. — Léo Baek : Simon Kepha. — A. Epstein : Ein wieder 
gefundener Grabstein auf dem Wormser jiidischen Friedhofe. — A. 
Berliner : Diebeiden Gedaljah in Obersitzko. — Nacbbemerkung des 
Herausgebers dazu. = =z N 08 5-6, mai-juin. == = R. Urbach : Judentum 
u. Christentum. — A. Lewin : Die Blutbeschuldigung in oberbadischen 
Liedern ans dem 15. u. 16. Jahrhundert. — L. Geiger : Die Juden u. die 
deutsche Lite rat tir (fin, n ,,s 7-8). — A. Wolf : Ein Brief David Friedlandei-s 
an Moses Moser. = == N os 7-8, juillet-août. = "= S. Funk : Das litera- 
rische Leben der babylonischen Juden im vierten Jahrhundert. — Max 
Freudenthal : Léon Elias Hirschel, ein judischer Artz. as = N os 9-10, 
septembre-octobre ==z A. Bi'ichler : Die Todesstrafen der Bibel u. der 
judisch-nachbiblischen Zeit {fin, n os 11-12). — Félix Goldmann : Der 
Oelbaum in Palastina in der tannaitischen Zeit (suite, n os 11-12).— 
A. Marmorstein : Beitrage zur Geschichte 11. Literatur der gaonaïschen 
Période. — Leopold Lôwenstein : Sterbetage. 

Zeitschrift fur die alttestameniliche Wissenschaft (Giessen, 
semestriel). = = 25 e année, 1905. N° 2. = = Alfred Zillessen : Jesaja 
52, 13-53, 12 hebraisch nach LXX. — Hans Schmidt : Die Komposition 
des Bûches Jona. — Max-L. Margolis : Entvvurf zu einer revidierten 
Ausgabe der hebraisch -aramaischen Aequivalente in der Oxford er 
Concordance to tlie Septuagint and the other Greek versions of the Old 
Testament. — Le même : Eccles. 6, 4 ; 7, 6 d. — H. Rosenberg : Zum 
Geschlecht der hebràischen Hauptwôrter. — S. Poznanski : Zu den 



BIBLIOGRAPHIE 155 

Namen der Frauen Kain's u. AbeFs. — E. Baumann et E. lîosenwasser : 
. Berichtigungen zu Mandelkerns grosser Konkordanz. — J. Fromer : 
Plan einer Heal-Konkordanz der talmudisch-rabbinischen Uteratur. — 
Friedrich Schulthess : msn II Sam. 17, 19, PTO"1 Prov. 27, 22. — 
Eb. Nestlé : Miscellen (17. Wie ait war Joas als er zur Rcgïerung kam ? 
18. Sina, nicht Sinai 19. Lulab oder Lolab ? 20. Ex. 9, 24; Ez. 1, 4. 
21. Musste jeder Jude einmal das Gcsetz abschreiben, der Kônig zwei- 
mal? 22. Zvvei Aufgaben der hebr. Sprachforschung). — A. Marmor- 
stein : Zu den traditionellen Namenserklarungen. =?== 26° année, 1906. 
N° 1. = = K. Rudde : Zuin Text der drci letzten kleinen Propheten. — 
C. Brockelmann : *f jpft, — Samuel Krauss : Zur Zahl der biblischen 
Vôlkerschaften. — Johannes Weerts : Uebcr die babylonisch punktierte 
Handschrift N° 1546 der II. Firkowitschen Sammlung. — Max L. Mar- 
golis : xatsiv (einschliesslieh der Komposita u. Derivata) u. seine he- 
bràisch-aramaischen Aequivalente im Grazismus des A. T. — L.-W. Bat- 
ten : Helkath Hazznrim, 2 Samuel 2, 12-16. — M. Liber : Zu S. 365 7 
des vorigen Jahrgangs. — B. Stade : Der « Vôlkerprophet » Jeremia u. 
der jetzige Text von Jer. Kap. I. — Die Dreizabl im Alten Testament. 

— Zu .les. 3, 1. 17. 24. 5, 1. 8, 1 f. 12-14. 16. 9, 7-20. 10, 26. — Aus 
einem Briefe von Israël Lévi an den Herausgeber. — Ch. Bruston : Pour 
l'exégèse de Job 19, 25-29. — Julius Bœhmer : Zu Psalm. 72, 99. — 
B. Nestlé : Miscellen. = = N u 2, juillet. = — Westphal : Aaron u. die 
Aaroniden. — Zillessen : « Tritojesaja » u. Deuterojesaja. Eine literar- 
kritisclie Untersuchung zu Jes. 56-66. — Richard Gottheil : Hizzib yad. 

— Eb. Nestlé: Miscellen (13. Wie ait war Isaak bei der Opfenmg'? 
14. AbrahamsDorf. 15. Zu Mandelkerns Konkordanz. 16. Zu der Zahl der 
Buchstaben der hebr. Bibel. 17. Hyksos. 18. Zum Suffix der II. m. sg. 
im Hebraischen. 19. Zur hebr. Wurzel srs. 20. Zu den Gantica am 
Schluss des Psalters. 21. Zum Zeugnis des Aristobul iïber die Septua- 
ginta. 22. Die Mitte der Thora. 23. Maleachi 3, 16. 24; Ps. 89, 3. 25. 
Luthers Unterscheidung von Gaf u. Kof. 26. Gen. 2, 23). — A Prhr. v. 
Gall : Anki'indigung einer neuen Ausgabe des hebr. Pentateuchs der 
Samaritaner. — Stade : Ein toiles Versehen. 

Zeitschrift fur hebrâische Bibliographie (Francfort, bimestriel). 
z= zss. 9 e année, 1905, n° 1, janvier-février. = = A. Freimann : Die 
Soncinaten-Drucke in Salonichi u. Gonstantinopel (1526-1547). — 
M. Steinschneider : Miszellen u. Notizen (53. Gedichte uber Aerzte, 
Medicin u. s. w ). = = N° 2, mars-avril. = = D. Simonsen : Zur 
Geschichle der Familie Liebmann (Berlin). — W. Bâcher : Ein angeb- 
licher Koheleth-Kommentar Saadja Gaon's. — A. Freimann : Biblio- 
graphie der Flugschriften ùber Joseph Siiss Oppenheimer (fin, n° 3). = 
= N° 3, mai-juin. = — L. Lœwenstein : Messiashoffnung. — William 
Zeitlin : Anagramme, Initiale u. Pseudonyma neuhebraischer Schrift- 
steller u. Publizisten (fin, n* 4). = = N° 4, juillet août. == == A. Mar- 
morstein : Ghristliche Hebraisten in Ungarn. — M. Steinschneider : 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Miszellen u. Notizen a° 03, Limoges. Voir Revue, LU, p. 1 65). = = 
N° 5, septembre-octobre. = = Alex. Marx : Correcturen zum mo 
UWia. — A. Lewinsky : Nachtrag zum « Judeneid ». — A. Freimann : 
Typograptiisches (suite, n° 6). = = N° 6, novembre décembre. — = 
Richard Gotthcil : Bible mss. in the Roman synagogues. = = 10 e année, 
1906. N oa 1-2, janvier-avril. = = A. Freimann : Daniel Bomberg u. 
seine hebraische Druckerei in Venedig. — A. Ackermann : Zum 
« Judeneid ». — A Freimann : Daniel Bombergs Biicher-Yerzeichnis. 

— Samuel Poznanski : Die Streitschrift eines Schulers Saadja's gegen 
Salmon b. Jerocham. — A. Marmorstein : Genesis Rabba Fragmente. 
= = N" 3, mai-juin. == = A. Freimann : Daniel Bomberg u. seine 
hebraische Druckerei in Venedig. — - Gaster : Der Midrasch Agur des 
Menachem di Lonzano. = = N° 4, juillet-août. — = Richard Gottheil : 
Bibliography ot'the pamphlets dealing with Joseph Suess Oppenheimer. 

— L. Blau : Plantavits Lchrer im Rabbinischen. — A. Marmorstein : 
Zvvei Midrasch-Tehillim Fragmente (fin, n° 6). — Steinschneider : 
Miszellen u. ISotizen (100. Namenkunde, à propos des noms des Israé- 
lites de Metz relevés dans notre Revue, t. L, p. 238 257). —— N° 5, 
septembre-octobre. ==A. Marx : Zusatze u. Berichtigungen zu Stein- 
schneider, Die Gesehichlsliteratur der Juden. — Porges : Eine bisher 
unbekannte Ausgabe von Ben Sira (Alfabéta, probablement de Gonslan- 
tinople, vers 1580). = = N° 6, novembre-décembre. == = M. Chami- 
zer : R. Achitubs aus Palermo hebr. Lîebersetzung der Logica des Mai 
muni. — A. Freimann : Ueber Schicksale hebr. Bûcher. — A. Marx : 
Samuel ibn Motot u. al-Bataljusi. — A. Freimann : Das «33 h$ "nzn 'o 
D^brw. — Steinschneider : Miszellen u. Notizen (Namenkunde : les 
noms qui figurent dans le Recueil des inscriptions hébraïques de la 
France, de Moïse Schwab). Israël Lévi. 



Katalog der hebrâischen Handschriften und Bûcher in der Biblio- 
taek des Professors D r David Kauffmann, S. -A. Beschrieben von D r Max 
Weisz. — Francfort-sur-Mein, J. Kauiïmann, 1906 ; in-8«> de 2 + 199 + 80 p. 

David Kaufmann, qui fut 22 uns professeur et bibliothécaire de la 
Landes -Rabbinerschule de Budapest, et qu'une mort prématurée enleva 
à la science juive le 7 juillet 1899, dans la 47 e année d'une vie féconde, a 
laissé une bibliothèque riche en manuscrits et en livres hébreux. Elle 
< contient 594 manuscrits, 1092 ouvrages imprimés en hébreu, environ 
î>75 Judaica, 29 Judaica espagnols, 285 volumes de périodiques et publi- 
cation analogues, 127 Orientalia et 157 ouvrages de contenu divers. Le 
noyau en est formé par la bibliothèque de Marco Mortara, que Kaufmann 
acquit en 1895 à Mantoue. Les manuscrits enluminés proviennent pour la 
plupart de la collection dite de Trieste, à Padoue » (Préface). Remarquons 
ici — ce qui peut être intéressant pour l'histoire des bibliothèques — que, 



BIBLIOGRAPHIE 157 

d'après une déclaration publiée par une personne compétente dans une 
feuille hongroise, une partie des imprimés de la collection Mortaran'a pas 
été incorporée à là bibliothèque Kaufmann, mais a été cédée à un libraire. 

M. Weisz s'est naturellement appesanli sur la description des manus- 
crits, répartis d'après les matières et présentés sous les 18 chefs l suivants: 
Bible (N os 1-16), Exégèse (17-37), Grammaire et Massora (38-49), Halacha 
(50165), Agada (166-172), Cabbalc (173-261), Théologie et Philosophie (262- 
297), Apologétique (298-311), Sermons (312-330), Histoire (331-356 , Prières 
(359-453), Recueils de rabbins italiens (454-490), Lettres (491-504), Mathé- 
matiques (505-521), Médecine (522-527), Poésie (528-552), Divers et Supplé- 
ment (558-591), Fragments de la Gueniza (592 594). Gomme on le voit déjà 
par le nombre des numéros, les branches les plus représentées sont la 
Halacha et la Liturgie (comme il eût fallu dire au lieu de « Prières »). 
Pour faciliter l'examen, ces deux groupes principaux sont subdivisés cha- 
cun en 6 parties, dontl'énumération donnera au lecteur une idée du con- 
tenu varié des deux grandes divisions. La Halacha comprend : Mischna, 
Talmud, Novelles (N"s 50-75), Décisionnaires, Gloses (76 115), Méthodolo- 
gie (116-124), Gommentairessur l'Agada (125-128), Gommentaires siwAbot 
(130187), Consultations (138-163). A la Liturgie se rattachent : Siddours 
d'un caractère général (N oS 359-374), Prières pour les fêtes hiTna) (375- 
394), Traductions, Gommentaires (395-405), Selihot, Kinot et Yoeerot (406- 
410), Divers (411-433), Manuscrits yérnénites (434-453) 

Getle table des matières — chose singulière, l'ouvrage n'en a pas — 
montre que la distribution en branches principales et accessoires n'est pas 
très heureuse, car elle n'a pas épuisé toute la matière, ce qui a obligé 
l'auteur du catalogue à recourir deux fois à l'expédient de la rubrique 
« Divers ». Gomme la description de chaque numéro n'occupe naturelle- 
ment pas toujours la môme étendue, et s'étend souvent sur plusieurs pages, 
alors que régulièrement elle ne prend que quelques lignes, il n'est pas 
rare qu'il faille feuilleter, de ci delà, ce qui est désagréable, pour mettre 
la main sur le numéro qu'on cherche. Pour rendre le catalogue plus ma- 
niable, il aurait fallu insérer dans la marge une numérotation qui sautât 
aux yeux, ce qui n'aurait coûté de peine ni à l'auteur ni à l'imprimeur. 

Ge détail et quelques autres se rapportant à la forme extérieure de l'ou- 
vrage auraient été d'autant plus à propos que,pourle reste, l'auteur a fait 
preuve d'un labeur très diligent et a extrait beaucoup de matériaux utiles 
des trésors qui lui avaient été confiés. Il faut lui savoir un gré particulier 
pour le dépouillement détaillé des recueils contenant des consultations 
de rabbins italiens, qu'il y aura lieu d'exploiter pour l'histoire des Juifs 
en Italie. L'auteur s'est appliqué avec un zèle approfondi à ces manuscrits 
au point qu'en général l'idenlitication des noms de personnes et de lieux 
est réussie. Il lui est cependant arrivé parfois de se méprendre. En voici 
quelques exemples : P. 24-, n 1 101, p. 60, n 1 158, etc., "P"n n'est pas Rio ?, 
niais Reggio. Le cas est surtout frappant pour « Eliézer Nahman Foa de 

1. C'est par erreur que le dernier groupe, p. 183, porte le n° XVII (au lieu de XVIII)» 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Rio » (n° 160, 3), où l'index de Mortara (p. 23) fournissait la solution'. 

— P. 133, n° 140 a, ftî^àt3318 n'est pas Montagna, mais Montagnana 
près de Venise). Ce nom de lieu se trouve souvent dans le catalogue, 

mais dans aucun passage il n'est rendu par Montagnana. — P. 37, 
n° 151, 93 et ailleurs, WD*i~PDtt n'est pas une faute de copiste. C'est 
tin Perujia, ainsi que l'auteur lui-même le transcrit une fois (n<> 161, 132). 
Plus maltraité encore est le nom iChMs, qui revient très fréquemment 
(p. ex. n° 151, 88 et 153, 159,1) et qui est même écrit une fois par erreur: 
m^D (n<> 158, 92). Il s'agit de Juda Aryé ben Jacob Poggetlo, qui figure 
dans la liste de Mortara (p. 50). — Un autre nom qu'on retrouve 
souvent est celui de *iifc (n° 151, 74 et 132 ; 152,1; 153, 13; 158, 51) 
mais qui n'est pas identifié. C'est Êtélti. — Sinigallia figure sous les for- 
mes de Sinfgaglia (n° 151, 132; 152, 23) et de Senegaglia (152, 31). — 
N° 152, 1, Simha Luzzati (Luzzato; — N° 152, 230, "iS^O-pn et 163, 331 
1"$*8**i3 "IDD3 pourraient être Vercelli. — Au lieu de Chezketo on trouve 
encore Chizkito (157, 38) et Chazketo (160, 138\ — Samuel rnNtt est 
Samuel da Arli (Mortara, 4) ; "i:N3vn (158, 24) est Vigevano ; mnb 
"W305 (158, 29) est Sanguini ; ^sbtl ^158, 82) est Dolce (non Dulce). 

— 158, 123, Weiss lit : ÎFHKjtëhfi bitifolbp '*a b^-n'T 'Smn bxiM Itf; au 
lieu du dernier mot, il faut mettre ^nNpiBs ; il s'agit de David Samuel 
(ZâriViï) Pesearol (Mortara, 49). — 160, 49 Hiyya Immanuel Finzi) T^rnNW 
est sûrement d'Arezzo. Plusieurs Finzi vivaient à Arezzo (Mortara, 22-23), 
mais Hiyya n'est pas autrement connu. Mortara, 4, identifie ""jmN 
avec Ariccia, mais ce dernier nom ne doit pas être confondu avec T^JPifit. 
-- 163, 23, Consili est sûrement faux; il faut lire : Consigli ou Consiglio. 
Ibidem, il faut corriger iraaa-iVB en li^nVD Fiorcntino. — 162, 
44, "n^-is est Noveira et *1"<T*i p. 171 i. /'., etc., <>st Révère. — 
486, 5, Romanili doit être corrigé en Romanelli. 

Je ne reviendrai plus sur les fautes d'impression, dont l'auteur s'excuse 
lui-même dans la préface. Il est généralement facile de les rectifier. 
Pourtant il y a un certain nombre de dates pour lesquelles on ne sait où 
est la faute typographique, dans le millésime hébreu ou dans le millésime 
vulgaire, ou dans l'un et l'autre. Voici ceux qui m'ont frappé : P. 8, n° 24 
n"0O (1603); p. 12, W 40, 3"nrs (1692); n° 263 et 335, y"V (1530; 
lire y"U3) ; n° 345, T"opnn (1756; ouest ici la faute d'impression ?) ; 
379, I ftei (1840). Partout on lit Rivo di Trento (Imprimés, n°s 863, 867, 
etc.). On est choqué par des transcriptions de mots hébreux telles que : 
Olenu (p. 114 en bas), Chotonu (p. 116, 1. 20), etc. 

Le n° 43 contient l'introduction du ^îlD nnatt de Norzi, et M. W. re- 
marque à ce propos : « déjà éditée par Jellinek en 1876 ». Mais cette intro- 
duction avait été imprimée en 1819, à Pise, par Samuel Chay délia Volta 
à qui le manuscrit a appartenu, sous le même titre que celui qu'il porte 

1. 5F« 158,79, l'auteur lui-même eite : vn 2'£in t^Titb "IDND72 rfHT3> Dn373 ; 
ici, il n'aurait pas dû songer à Rio, puisque Menahem Azaiya Fane- vivait, comme ou 
sait, ;i Hetiirio. 



BIBLIOGRAPHIE 1S9 

dans le ms. en question, c'est-à-dire ï"P iZ3Tp». L'Introduction commence 
ainsi : "m^tf-tt iimpb !"!:::p rirrriD, ce qui a induit Benjacob en erreur. 
11 dit en effet [Olzar ha-Sefarim, N" 2094) : nia*» 'D nttnpft, PF unptt 

U"l'pn ,NO^D ,*T1SX. 

Pour le n° 113 b, il aurait fallu remarquer que ce manuscrit, qui con- 
tient une peinture des derniers moments et ultimes discours de Netanel 
T rabot, a été édité par Mortara dans le Oçar Tob (Supplément de la Ma- 
gazin), 1887, pp. 21 et suiv. — N° 268, 1, le hîïrf* bip de Juda Muscato 
est appelé « Supercommentaire du Gozari » (au lieu de Commentaire). — 
P. 9,1. 13 (no 31), on trouve cité "VÏÏÏ3 i"p3 aipsn. N'est ce pas une 
faute de copiste? N° 32, il aurait fallu dire pour le îTû pal, dont il 
manque les pages 1-15, par quels mots commence la p. 10; autrement 
l'édition ne peut être repérée. 

L'Index des noms d'auteurs et des titres d'ouvrages joint au catalogue 
en facilite l'emploi. Mais il est regrettable que seuls y figurent les auteurs 
de numéros entiers et non également ceux de chacune des pièces que 
contiennent les volumes de manuscrits, spécialement les Recueils de con- 
sultations. Par suite de cette limitation, la plupart des personnages nom- 
més dans le catalogue manquent dans l'Index, ce que j'ai eu le déplaisir 
de constater en cherchant dans l'Index du catalogue les noms de person- 
nes dont j'ai réuni la liste dans l'Index de mon édition des Lettres et 
écrits de Léon Modena. C'est ainsi que Samuel Juda Katzenellenbogen 
dont les manuscrits contiennent toute une série de Consultations, ne 
figure pas du tout dans l'Index et que, pour Netanel Trabotto, qui est men- 
tionné au moins 50 fois, on renvoie en tout a deux numéros. Un supplé- 
ment en ce sens est presque indispensable. 

En dépit de ces lacunes et de ces défauts, M. Weisz mérite, pour son 
laborieux travail, les remerciements de tous les amis de la littérature 
juive, auxquels il a voulu en première ligne rendre possible par son cata- 
logue comme il le dit dans la préface « l'exploitation des manuscrits sur 
une grande échelle ». Il faut espérer que son vœu sera exaucé, car c'est 
lui-même qui doit gérer dorénavant ces précieux trésors, qui ont été offerts 
à Y Académie des Sciences de Hongrie. 

Budapest. Ludwig Blau. 



Stei.nschneidkr (Moritz). Die Geschichtsliteratur der Juden in Druckwerken 
und Handschriften, I. Abteilung : Bibliographie der kebràiscken Schriften. 
Francfort, Rauffmaim, 1905; in-S° de xn -f 190 p. 

Ce volume aura été le dernier produit de la vieillesse féconde du 
regretté Steinschneider. En quelques pages l'illustre défunt a rassemblé 
des indications bibliographiques des plus détaillées sur les textes histo- 
riques rédigés en hébreu. On retrouve dans ce répertoire toutes les 
qualités et aussi tous les défauts, non de Fauteur, mais de ces sortes de 
compilations bibliographiques. A l'occasion, l'auteur fait la critique des 
sources, exprime son opinion sur l'âge, la patrie et la valeur des docu- 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ments ou chroniques, mais ce n'est pas là le but principal qu'il poursuit; 
il s'intéresse davantage aux à-côté, aux éditions et aux erreurs de ses 
prédécesseurs. On n'attend pas de nous que nous soumettions à une 
critique minutieuse les 317 paragraphes de cette œuvre si riche en 
données de toute sorte. Nous nous contenterons de commenter quelques 
pages, qui montrent la manière de l'auteur. 

Le § H, qui est un hors d'oeuvre, traite des légendes ; rénumération est 
incomplète et chaotique. Le Midrasch Vayisaou est mis sur le même 
rang que les autres, sans qu'il soit remarqué que c'est un extrait ou des 
testaments des Patriarches ou du Livre des Jubilés. On ne cite même pas 
le Testament de Nephtali, qui est une recension hébraïque moderne du 
chapitre de ce nom des Testaments des Patriarches. A propos de l'his- 
toire de R. Josué b. Lévi, S. dit qu'il « croyait y avoir reconnu la plus 
ancienne Divina Commedia, mais qu'au moins, elle doit figurer dans la 
liste des modèles du Dante ». Tous ceux qui ont rencontré de ces Voyages 
au Paradis et dans l'Enfer se sont imaginés y dépister l'origine de la 
tiction du poète italien, sans se demander si cette forme de la légende 
avait pu parvenir à cet auteur. Il est évident que c'est dans les écrits 
chrétiens qu'il faut rechercher l'antécédent désiré, en particulier dans la 
Vision de saint Paul. Quant à l'histoire de Josué b. Lévi, on aurait dû dire 
qu'elle est beaucoup plus récente que l'Apocalypse de Pierre, découverte 
en 1890. 

Sur l'âge du Séder Olam (§ 6), S. ne se prononce pas ; par contre, il 
accuse Graetz d'avoir dénaturé le dire de Zunz. En général, il y a trop de 
ces menues critiques où respire l'ancienne mauvaise humeur du savant 
bibliographe à l'endroit du célèbre historien. 

Le § 7 est consacré à la Meguillat Taanit. Ce rouleau des fastes aurait 
été composé vraisemblablement au vn e siècle, dit M. S. sans s'expliquer 
autrement sur ce point. Ce silence est regrettable, car on ne devine pas 
pourquoi ce serait en ce siècle plutôt qu'en tel autre. Zunz penchait pour 
le vin e , parce qu'il attachait quelque importance à la mention desCaraïtes 
qui y est faite à propos de l'Acra. Mais cette opinion n'est plus soutenable 
depuis qu'on a reconnu dans ces mots une interpolation. Dans ce cas, il 
ne peut, être question que du ni e siècle, le texte étant cité comme une 
baraïta par le Talmud. 

On pourrait faire de semblables réserves à propos d'un certain nombre 
d'articles, mais ce serait laisser le lecteur sur une fâcheuse impression. 
En somme, ce répertoire, avec ses défauts et ses lacunes, est un instru- 
ment de travail des plus précieux, et il faut regretter que le savant dont 
l'activité inlassable semblait défier les ans n'ait pas pu mettre la dernière 
main à la seconde partie, c'est-à-dire au Manuel des sources non- 
hébraïques de l'histoire juive au moyen âge. Israël Lévi. 



Le gérant : Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI 

DANS IA BIBLE 



On sait qu'Arsène Darmesteter avait projeté de publier ce qu'il 
appelait les « glosses » de Raschi, c'est-à-dire les mots français 
transcrits en caractères hébreux qui émaillent les commentaires 
sur la Bible et le ïalmud du célèbre exégète. Il estimait qu'une 
publication, de caractère scientifique, de ces glosses ou loaz'un, qui 
constituent tout un vocabulaire infiniment précieux de la langue 
française au xi e siècle, apporterait aux études romanes des 
données de la plus grande valeur. Mais il fallait au préalable en 
rétablir le texte primitif étrangement mutilé dans les éditions 
de Raschi et recourir en conséquence aux manuscrits les plus 
anciens. Darmesteter commença donc par dépouiller les manuscrits 
de Raschi conservés à la Bibliothèque nationale à Paris, puis, 
dans diverses missions dont il fut chargé, ceux des bibliothèques 
d'Oxford et de Cambridge, de Londres, de Parme, de Turin, etc. Il 
en collationna ainsi plus de 150 pour l'établissement du texte des 
loazim, dont le chiffre, selon ses calculs, est de 3157. 

Si Darmesteter s'était borné à Raschi, peut-être aurait-il eu le 
temps de mener à bonne fin la publication qui lui tenait tant à 
cœur. Mais, à mesure qu'il visitait les bibliothèques d'Europe, une 
tâche plus vaste s'offrait et s'imposait bientôt à son ambition. Il 
méditait une étude globale portant sur les matériaux lexicogra- 
phiques fournis non seulement par Raschi, mais par toute l'école 
exégétique française, les Tosaphistes, les auteurs de glossaires. 
C'était dès lors une masse de vingt mille mots sétendant sur plus 
de trois siècles de notre langue à exhumer, à restituer, if trans- 
crire, à classer, à étudier. Cette besogne excéda les loisirs trop 
courts que pouvaient lui laisser d'autres travaux pressants. Et une 

T. LUI, is° 106. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mort prématurée l'empêcha de réaliser ce rêve de mule sa vie. Ce 
qu'eût été ce monument d'érudition, ou peut aisément se le figurer, 
rien que d'après ces études préparatoires que son frère a groupées 
dans le premier volume des Relique* scientifiques, sous la rubrique 
Etudes judéo- françaises 1 . 

Cependant il avait commencé à mettre en œuvre une partie de 
ses nombreuses fiches, et parmi les manuscrits trouvés après sa 
mort figure un recueil de cahiers contenant les loazim de Raschi 
dans la Bible avec toutes les leçons des manuscrits qu'il a pu consul- 
ter. Ces cahiers, Darmesteter les garda longtemps dans ses tiroirs, 
et s'il ne les publia pas lui-même, c'est qu'il se réservait sans doute 
de les mettre au point le jour où il aborderait de front l'étude 
générale de tous les loazim de l'école française. Malgré le carac- 
tère à coup sûr provisoire dans l'esprit de l'auteur de ces notes 
manuscrites, nous croyons bien faire de les publier ici, telles 
quelles. Ce sera un hommage à la fois à la mémoire de Darmes- 
teter et à celle de Raschi dont on a célébré naguère le huitième 
centenaire. M. Brandin, parent de l'illustre savant, et connu de nos 
lecteurs par sa publication ici même des gloses de R. Gerschom 2 , 
a ajouté quelques éclaircissements qu'on trouvera en note. 

Voici, d'après le tableau dressé par Darmesteter, la liste des mss. 
utilisés par lui, avec les chiffres ou lettres qu'il a adoptés pour les 
désigner. Pour les ving-cinq mss. de la Bibliothèque nationale nous 
y joindrons les notices rédigées par Darmesteter et qui complètent 
ou corrigent les renseignements fournis par les Catalogues des 
mss. hébreux et Samaritains de la Bibliothèque impériale. Pour 
les autres, nous renvoyons le lecteur aux notices données par 
l'auteur dans les deux rapports sur ses missions en Angleterre et 
en Italie. (Reliques scient., p. 107, 119.) 



MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, A PARIS. 



A. N° 37. — Grand in-folio, vélin, xiii siècle. Écriture germanique. 
Contient le Pentateuque, les 5 Megliillot et les Haphtarot des same- 
dis ordinaires de l'année. Le tout est accompagné du Commentaire 
de Raschi. 

1. P. 107 ;ï 307. 

2. T. XMI, p. 48, 237; t. XLIII, p. 72. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 163 

A partir de Exode, xxxiv, 10, jusqu'à Nombres, xxm, 13, s'étend 
une lacune que remplissent en partie les feuillets d'un autre 
manuscrit qui s'étend de Lévitique, xiv, 4, à Nombres, iv, 23. Ce 
deuxième ms. est accompagné en outre verset par verset de la 
paraphrase d'Onkelos. 

Le Commentaire de Raschi renferme des gloses marginales et 
des gloses intercalées signées presque tontes R. Joseph ben R. Si- 
méon, quelquefois simplement R. Joseph. Ainsi Genèse, xxvi, 20; 
xxvin, 29; Exode, xv, 25 ; xvi, 6 ; xvu, (?); xix, 9 ; xxxiv, 9 ; Deutér., 
xxvi, 18. La première se termine par la note suivante: ((Telle est 
l'explication que je donne, moi Joseph fils de Simon ; mon maître 
en a été satisfait et a approuvé mes paroles. » 
B. N° 42. — In-4°, vélin, de 1473-1474. Belle écriture. 

Ce ms. contient : 1° le Pentateuque avec Onkelos et Raschi, les 
Haphtarot, Psaumes et Proverbes sur les marges ; 2° les Lamenta- 
tions de Jérémie avec le commentaire de Raschi. 

Si le scribe a soigné récriture, il a négligé les loazim. Il en omet 
un grand nombre, écrit d'autres^fo abrégé; quelques-uns sont 
italianisés. 
C et D. N 08 48 et 49. — Moyen in-4°, vélin, écriture allemande du xni e siè- 
cle. Deux volumes. 

Le premier contient Genèse, Exode, Cantique des Cantiques, 
Ecclésiaste. 

Le deuxième renferme Lévitique, Nombres, Deutéronome, Ruth, 
Lamentations de Jérémie. Chaque Sidra ou section est suivie de 
sa Haphtarah. Le tout est accompagné des Commentaires de Raschi. 

Les premiers chapitres de la Genèse sont accompagnés d'un 
Commentaire du copiste où se trouvent quelques loazim allemands. 
— Un grand nombre des loazim de Raschi sont traduits en alle- 
mand. 
E. N° 50. — Moyen, vélin, écriture espagnole du xm e siècle. 

Contient le Pentateuque avec Onkelos et Raschi; les Meghillot 
avec Raschi ; les Haphtarot avec les Psaumes aux marges supé- 
rieures et inférieures. — L'ordre des Haphtarot est espagnol. 

D'après une cote le ms. serait du xive siècle et aurait été exécuté 
à Mantoue. C'est fort douteux. L'auteur de la cote a sans doute mal 
compris la note écrite à la fin du ms., avant la table des matières, 
et qui est ainsi conçue : « Moi, Isaïe fils de Jacob . . .de France, j'ai 
ponctué ce Pentateuque avec le Targhoum, les 5 Meghillot et les 
Haphtarot pour le très distingué et très pieux seigneur Daniel, fils 
de Juda de Norci, ici à Mantoue, et j'ai achevé mon travail le 
27 Iyar (avril-mai) de l'an 5256 (= 1496) de la création du monde. 
Que le Ciel lui accorde d'en jouir lui, ses enfants et les enfants de 
ses enfants à perpétuité ; que ceux qui liront et étudieront ce livre 
s'y complaisent et réjouissent. Quant à moi, j'ai reçu mon paiement 
complet. » — Cette note, d'une écriture d'ailleurs plus récente que 
le reste du ms., ne parle que delà ponctuation exécutée à Mantoue. 
et donne ainsi pour un riche Italien, Daniel de Norci, qui, sans 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

doute, ne savait pas lire sans les p- .les cette écriture 

le du xin c siècle. 
F. Fi — Petit vélin, écriture allemande du xi e siècle. 

itateuque avec Onkelos et Raschi : Haph tarot avec Raschi. 
Il y a plos * missions dans le texte de Raschi. la plupart 
se' remplies aux marges par une main plus récente. 
Cependant celle du feuillet 224 b au bas et qui s'étend du verset 
eS st pas indiquée. Il y a quelques 

glo- - 1 -eph lien Simon. Ainsi dans Lévitique, xi, ^* 
rthographe des loazim 
H. N** 68 el — _ vol. petit vélin. Belle écriture espagnole du 
xiv* >iècle. 

Pentateuque avec Onkelos et Raschi. Tome I, Genèse et Exode ; 
tome II. les trois autres li\ - 

La ponctuation du tom achevée. Dans la Genèse. l'Exode 

et le Deutéronome. la moitié des loazim manque. 
I. N° 73. — Vélin grand. Belle écriture méridionale du xm e siècle. 

- derniers livres de Moïse accompagnés verset par verset 
de la paraphrase d*Onkelos et suivis des Haphtarot de ces trois 
livres, du Cantique, de Ruth et des Lamentations de Jérémie. Sur 
les marges supérieures et inférieures s'étend jusqu'à la fin du 
volume le Commentaire de Raschi, qui ne se rapporte pas cepen- 
dant aux Haphtarot et aux trois Meghillot. comme le donne à 
entend i me le dit expressément l'Index du Catalogue de 

M. Z tmberg. niais qui se rapporte seulement aux trois derniers 
livres du Pentateuque. 

mmentaire de Raschi, qui offre de nombreuses variantes et 

il manque nombre de loazim. finit par une note où l'on dit 

que « l'illustre Rabbin Salomon, fils du saint R. Isaak de France. 

mort l'an 4868, le 29 Tamouz. cinquième jour jeudi à l'âge 

de soixante-cinq ans ». La date de 4868 est erronée et doit être 

en 4865 [mettre un n à la place d'un n) d'après le ms. 

de Parme. î~ 

T N ffi. — Moyen vélin, écriture allemande du xn e siècle. 

ntient les livres de Josué. Juges, Samuel, Rois et Prophètes, 
livres deJosi; ges - nt accompagnés de Raschi. — D 

lacunes dans le texte : i° de Jérémie, xxix, 19 à xxxviu, 2 ; 2' d'Osée, 
Amos, vi. 12. 
m>. renferme un très grand nombre de gloses françaises mar- 
ginales ou interlinéaires d'une écriture allemande plus récente, de 
la fin du xiv* siècle. Ce sont des traductions de mots et parfois de 
phrases enti-: 
K- N 107. — Ecriture du xiv* siècle. 

Raschi. 
111. 

Proverbes :hi. 

M N 154 — Vélin m< 

mmentaire de Raschi sur la Bible, y compris les Chroniques. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIRLE 165 

— Nombreuses corrections sur les marges. Le manuscrit a été exé- 
cuté en 5058 (1298) par David fils de Gerson, pour son frère Lévi 
ben Gerson. Le commencement jusqu'au ch. xiv du Lévitique 
manque. 
N. No 155. 

Commentaire de Raschi sur le Pentateuque, Esther, Cantique, 
Lamentations. 

Le Pentateuque renferme un grand nombre de lacunes qui ont 
été un peu plus tard à peu près entièrement remplies par deux 
mains différentes, de telle sorte que ce Pentateuque nous présente 
trois ms. différents. 

Le plus ancien comprend Gen., vm, 8-xn, 2; xiv, 17-xvin, 1; 
xviii, 18-xxxu, 13; xxxvin, 14 fin. Gen. ; Ex., i, 1-xxi, 1 ; xxm, 16- 
fin. Ex. ; Lévit., i, i-u, 5 ; vu, 4 — fin Lév. ; Nombres compl. ; 
Deut., i, 1-xxxn, 20. 

Le 2 e ms., un peu moins ancien, d'une écriture semblable à celle 

du ms. précédent, remplit quelques-unes de ses lacunes : celles de 

Gen.,xxxn, J3-xxxviu, 14; Ex., xxi, 1-xxvu, 6 ; Deutér., xxxn, 20 fin. 

Le 3 e ms., d'une écriture germanique plus récente, contient : 

Gen., i, 1-vm, 8 ; xn, 2-xiv, 17 ; xvm, l-x\m, 18 ; Lévit., n, 5-ui, 5. 

Malgré ces additions successives, on voit, qu'il manque encore 

Lév., ni, 5-iv, 7, causée par la lacération du feuillet 111. 

0. N° 156. 

Hascbi sur le Pentateuque. Nombreuses variantes et corrections 
à la marge et entre les lignes d'une écriture plus récente. — Le 
premier feuillet manque. 

L'auteur des variantes et des corrections doit être un provençal 
comme semble l'indiquer une correction d'un loaz de Hascbi, 
Gen., xxxvm, 11, où le mot français Saluder est corrigé en Sa- 
ludar. 
P. No 157. 

Commentaire de Raschi sur le Pentateuque avec gloses inter- 
calées dans le texte, par exemple : Gen., xxiv, 60-xxxi, 39-l, 26. — 
L'écriture est de plusieurs mains. Elle change fol. 52 recto (Gen., 
xlvi, 34). 
Q. N° 158. Ecriture espagn. du xm° siècle. 

Commentaire de Raschi sur le Pentateuque. La plus grande 
partie des loazim a été omise dans la Genèse ; un grand nombre 
dans l'Exode. 
R. N° 159. 
S. N° 160. 
T. No 161. — Vélin petit ; écriture allemande du xm e siècle. 

Raschi sur les Prophètes et les Hagiographes. Le Commentaire 
sur Job est accompagné jusqu'au chap. xxxvi de celui de R. Joseph 
Kara. Au verset 20 du ch. xl, le commentaire de Raschi s'arrête et 
le copiste annonce qu'il donne la fin d'après le commentaire de 
R. Jacob Nazir. — Même particularité se retrouve dans le ms. de 
la Bibliothèque de M. de Gunzbourg (comment, sur Job), où, a 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

partir de xl, 20, le commentaire de 11. Jacob Nazir vient compléter 
le commentaire de Raschi. 

Le commentaire des Chroniques se trouve également dans ce 
volume. Il présente des additions désignées parla lettre n initiale 
de Tosafoth (addition), des variantes et des toazim qui manquent 
dans les éditions. 

Le dernier feuillet manque. — Le ms. offre une certaine parenté 
avec le ms. 154, 
U. N° 162. 

Commentaire sur les Prophètes et les Hagiographes. Le com- 
mentaire sur les Mois, sur Ézéchiel de xl à la fin et sur TEcclé- 
siaste est de Raschi. 
V. N« 163. 

Ce ms. qui offre certains rapports de parenté avec le précédent 
renferme Raschi sur Josué, Juges, Rois et le premier chapitre de 
Samuel, i. 
W. No 105. 

Raschi sur les cinq Meghillot, Proverbes et Psaumes. — Le com- 
mencement manque. 



.MANUSCRITS D'ANGLETERRE ET D'ITALIE. 



A. Fonds Oppenheim, 34 (Reliques, V. Opp., 2 (ibid.). 

i, p. 108). W Pocoke, 127 (ibid.). 

B. Opp. add., 47 (p. 110). X. Opp. add., 22 (ibid.). 

C. Opp. add., 77 (ibid.). Y. Mich., 554 [ibid.). 
I). Opp. add., 78 [ibid.). Z. Opp., 16 [ibid.). 

E. Canonia orientalia, 35 (ibid.). 

F. Opp.,36(tWdO. «. l-aud, 126 (ibid.). 

G. Michel, 154 (?) (ibid.). b. Can. or., 60 [ibid.). 
II. Opp., 14 (p. 100). c Opp. add., 52 (ibid.). 
T. Midi., 381 (?) (ibid.). d. Michel, 620 (p. 112). 
/. Mich., 524 (ibid.). e. Bodl., 18 (ibid.). 

K. Opp., 35 (ibid.). f. British Muséum Harley , 150 

L. Opp. add., 53 (ibid.). (p. 115). 

M. Can. orient., 62 (ibid.). g. Gunzbourg. 

X. Bodley, 107 (p. 110). 

O. Huntington, 425 (ibid.). 

P. II uni., 445 (ibid.). 

Q. Hunt., 389 (ibid.). 

11. Hunt., 391 [ibid.). 

S. Mich.. 028 [ibid.). 

T. Mich., 522 (ibid.). 

IL Laud, 154 (p. 111). 



p 


Parnia 


Rossi 


1304 (p. 122 





— 


— 


327 (ibid.). 





— 


— 


959 (ibid.). 


X 


— 


— 


767. 


T. 


— 


— 


76 (p. 127). 


a 


— 


— 


387 (ibid.). 


u 


— 


— 


663 (ibid.). 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCH1 DANS LA BIBLE 167 



551 (ibid.). 


Il — 


— 459 [ibid.] 


1044 (ibid.). 


V 


— 924 (i&îefc) 


732 [ibid.). 


r — 


- US {ibid.) 


34 {ibid.). 


* — 


— 656 (i6i7i.) 




xp _ 


— 592 [ibid.) 


181 [ibid.}. 






11 {ibid.). 


7 (?). 




657 (p. 128). 


8 (?). 




722 [ibid.). 


9 (?) '. 





GENKSE 



i, 2, in n. Désolation : 

N ,4 ÏTCVTïlÛia» Astordisson -PQ ÏWTnMIBN — G ^TO^n'll©''» 

» ■p-m'ntaiaN — g jviviii&ib^H — F ii^a-na© \ 

Jôul., n d n "i 12. L'esprit planait comme une colombe éten- 
due sur son nid : 

BCEGMR TWipK Avoveter — A ntfiipN — E SJ^tjmp» — 

b Tcmpca — fl "ra-HYpN - f *na(3)Dit3pN — p mositan» 
n n-^a'mpN 3 . 

i, 11, M «3 1. Plantes : 

ep.ilg yinni^x Erberiç — « y-nmN — CG ynnnN — 
iifqiîem/ y^n-pN — b yim» — g so'-na^N — b ■pKantt*. 

— 24, y n uj i ta tt i. Reptiles et animaux rampants : 

KGOEMn tt5^-iai735np Conmobres — R u^-MSip — R ttnanEïip 
— Q -©^3(173= )ti"ttng — A tti"H3in:ip — N6.I SJi-Dttnp — 
C SJ-DEaip — B/ UJ"H373ip — E ©vjaaip — F B3"33n733np - 

p œvmxyip — 4 pnanp ;i - 

1. Ces trois mss. doivent appartenir à la bibliothèque de Turin. Ils ne figurent pas 
dans le tableau de Darmesteter, mais sont cités dans les notes. 

2. Même racine que étourdir. Cette note, ainsi que les suivantes, se rapporte à l'en- 
semble du loaz et non au dernier mot. 

3. De accubitare, être couché, étendu. 

4. Lire erbediç de * herbatitium, ensemble des plantes. 

5. Lire conhres avec E. C'est probablement la forme correspondant à colubra, ser- 
pent. 



108 REVUE DES ETUDES JUIVES 

i, 27, û b a: Ima^e, type : 

AEN^Ejï -pvip Coiin — P )^p — R )Wp — C G LIG vmp — 

f i3"»"»p -h na^p — # aa^np — b TOîmp (=ma) — o vamp 1 , 
m, 24, sa n b. Lame : 

B E F G O A E M H : «73b Lame — B R NTûb — C G L «7a"»b - / N73«b 

— a «pib - Q qab — p 'paTpb — rW» — n aanra. 
iv, 18, ibv Naître, engendrer : 

EFGIS'On enoUJ^a Nèstre — XCBHLG toat^a — ^4 N^uM^a 

— js ansna — p anaïaa (=Éna©a) — R Kâœa — J "«ao^a — 

J? Tn^a'TïM Anjandrer — // "PW'aK et "rma*"» — F Wiywa» — 
G L , Y"")W I 5K — n NniNlT» , 'J ,, 8 — Le reste ofl're diverses combi- 
naisons de lettres hébraïques qui ne présentent aucun sens. 

— 23, i;»b, Ma blessure : 

ego ci arm-na Navredure — EL «nmoa — F b tmma 
[= nth. • .) — a nmaa — -dfin&mDa — H finrna—NGe àrmaa*. 

xi, 3, tt a n. Allons (sens de se préparer) : 

E F /i B "V«blDK aparlèr — O H^b'nDK — B. "l^bnp.X —NE T6^1DM 

— p -pnbsN — n -ptien — g c d g -nboa 3 . 

— 3, û * a a b. Briques : 

CEO ÇibTre Tivles — BA/ ttpbaxa — DIGRGL ©"'b'WB — 

e n Ebiva — f rabx: — a ttJ^baa — Q sba^a — n ©bra — 

p iDrp-np *. 

xiv, 14, pnil. 11 arma : 

IIBBE -P73"]K uriner — 0GGAD T"73"1N — HA nw» — 

srïrttiR. 
76/c/., ra^:n, Exercés : 

A -pipatpK Ançinier — B GL T^Sta» — G -p^rN — R / T^ata^N 

— cbn n-naoa — n -plaçai — f "to-ioto — "psioa^K — 
h -pmaa'w — 2 "panera 5 . 

I. Moderne : coin. 

±. Navrer signifie en anc. fr. blesser. 

3. Lire : aparilier, de * appariculare (s'apprêter). 

4. Moderne : tuiles, de tegulas. 

5. Moderne : enseigner. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASGHI DANS LA BIBLE 169 

xv, 2, nn;, Privé d'enfants : 

N y"*a3H»Ntt) , H Desanfnteç — E ^3051»^ — H y»B31Dfcrc5v* — 
D G 'paSNDIB'H _ B ttN:33NS3Nttî*n — F yC^DSŒ&n - B y^asnB'Ç'l 

— g yasrai — c ■passu; — R il iu^dio-h — s ^pses'e^ 1 . 
xix, 17, ab» in. Echappe-toi : 

B •Y^ïïlTON Esmuçer — H A T2S1ECN — NO TV3tt53ï2N — 

a -p^niïpm — f nsittpttN — g '■"smn — b n^Dmauss — 

/ T«£ïifitt3 (=T"£tttt3N) — E nv.sbiaSN — SE n , '^17:a''N 2 . 

— 28, nrj^p, Colonne de fumée : 

A E F G N P C D G I Hp-pU Torke — H NpnVJ — A NipTJ — 
B N-)VJ 3 . 

xx, 16. nnssi, Tu seras justifiée : 

EFN4 n^inD"^\X Esprover — GCB tB^ai^DN - P E'na'nDN - 
S5"1^3T1SN — LR "'-îNm-lD — B MSM'nDS — I C33733"nS"n *. 

xxii, 3, y p n i n. Il fendit : 

HN KYtt^p Fenrfre — 0F KTI3S — E "«-)"7D^D - 8TH3^S. 

xxiii, 13, * n n 3. J'ai donné : 

B »iisn Do«es — A ^fl — C W131T — N H KWi — .4 ^Sil 

— B N^3il — P U53*n — E nafiOYl — £ R F ? \N31~I — Q TOTn 5 - 

• T 

— 16, bp'iavi. Il pesa Il y a des endroits où les poids 

sont plus considérables, ce sont des poids de cent: 

A Wi^Z'àlXL Çanêeniers — E H E3"ï"3t33ï — F ©"PSÛSÏ — 
B ©TVI5Ù3Ç — N tt5D^^a5S — E A CnaaFat — / Cn^aînO — 

g (G?) '^n3^3^ — g «■noa* 1 » — ra-p^aatî 6 . 
xxiv, 14, nn^x Tu l'as montrée : 

H -pim-lDN Aprover — E I tïWnDN - B inti)K3 , nBK — F "imBU^N 

■rarunDa — p ^-nmiDD^x \ 

i. Lire : desanfanlez, privé d'enfants. 

2. De ex + * muciare, se cacher. 

3. Moderne : torche. 

•4. Moderne : éprouver. 

5. Lire : donai avec /.RF (je donnai). 

6. Ce mot n'existe pas en ancien fr. dans ce sens, mais la formation en est très claire, 
comme cela ressort de l'explication hébraïque : poids de cent pièces divisionnaires. 

7. Moderne : éprouver. 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xxiv, 17, i^N^»^, Fais-moi aspirer : 

A E F N H CD G -Pttin Humer — II -rttlH - I l^?:--. 

xxv, 21, imm, Il implora avec insistance : 

F N E33tB' v np3 ,, N Ënqreisent — II CDSTZJvnpK — G WQ^Wl?^ 

— g BS^atD'Hpa'sK - -t aaûviP^ — D "^"^"Hp^a ~ 

— 25, n-i^as. Comme un man leau de poils : 

A K'T^lbfi Flokéyde — B N ta P" , pibs — 7/ KTplbD — OG 8Y\p*lbs 

— R nN"Hpibs — G ri^nplbs — F ao^pibs — C ÊOlplbs — 

N 6W1ND — fp Nl^pblD 2 . 

xxvi, 14, minji, De grands travaux : 

A Kp^nnnfit Ovrayne — //BEFNO K3vh^N — C tÔWttlM — 
/R N^b-PDIK — (; K^b*lD1« - L «^bi-lDIN — G finSTN 3 . 

— 21, « 5 l: \I5. Hostililé : 

<4 Û353ttî"ï|!j Nuiisemant — 7/B/N ï^ûEWi - DG bs^blj — 
- : 

A U3«">lZ3ï3 — E C5S^»"*U3^3 • — B tW«àW»13 — G 03^52^13 — 



xxx, 20, nbnp; Il restera auprès de moi : 

À ttfi^T^YWn llerberjjerie — N ftftv*p'n , :n'*ri — H^T^in 

il È^in^-abN — // nN^cpnTM — b ■nja^w-pn^n — e N^-imn 
— F na^-pn — a fcnmr; — p SWairr — / rwn rrpn 8 . 

~ 32, *j n p 3. Piqueté : 

A Sitea^lS Poi'mtwe — R^SS^te — F r L èt"ttt33l2 — 

b 'nna3na — fî smMs^is — a kt^ïHTO - a ama^is — 
IQ «mtarB — f yinans — n &nw\,„ — p Èna"")©*. 

Ibid., û i n. Brun, roux : 

A B E F N Q D G en «os — .4 ttVI — 7? N1Ui"l — P IWTI 7 . 

1. Participe présent de encroistre, de »n + crèscert : d'autres loazim donnent le 
substantif: encreisement [accroissement). Cf. DGGs 

2. Latin : flocus, d'où floccata, étoffe faite de poil. 

3. Il faut lire ouvrane, de * operanea, travaux. 

4. De la même racine que nocere, nuire 

..';. Même sens que auberge quoique l'étymoloirie soit différente. 

6. Moderne : piqûre, du latin punchira. 

7. Ane. orth. de roux {rufus}'. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCI1I DANS LA BIBLE 171 

xxx, 37, fî a a b. Arbre blanc qu'on appelle tremble : 

a sbaanca Tremble — CANPfl «baana — /«ego « basera — 
bdrg Nbaa'nca — f «banta - fi «b^aa^ica — L Kbaano 1 . 

/Aie?., t i b. Arbre qui porte de petites noix : 

A B «Tlbip ffofdre — C fi // A F N annbip — E v-nblp — 

p NWbip — iwl *bpna — pg r^sna — b tp3«ba&*. 
Ibid.y )M2^y, Chàtaigner : 

A T"3iati5j> Casténier — G RJE 7/ L AEGOQR/D Tniûïîp — 
F "i^^Uîp — CN T»3î3tDp — P fittBtDp — B KT"3bCp 3 . 

xxxi, 10, a ■» 1 n a i. Grivelés : 

A ^©""B Pàjjsed — B G TN ^-plZi^D — HE/ "-pp^S — F TO^D 

b k^d — D R nws — p lura \ 

— 34, 13. Bat: 

J capa Bast — xbeg o cd e n gi b^caiûa — c ^çapa — f causa 

— p baiiîa - n matiMa* 

— 37, mnn, Qu'ils prononcent : 

A 'TO'hDK Aprover — EFGORQJBG // TailDN -- B iaV)DN — 

xxxiii, 10, '■Mtnrn* Tu m'as apaisé : 

^ DWDÎ* Apajjmant — B Eaa73' v, ÇK — C I A E F P aan^E-H — 

b caaKtt^c» (! - 

— Il, ^ n n a 73. Mon présent. Indique aussi l'action de s'in- 
former de la santé de quelqu'un : 

GRAEFOCD/GI Tmb'û Saluder — A TniblD — B SCnbta — 

// Ninba — B rpinba — n ""Hibia. 
Et de môme pour ma bénédiction on dira : 

A li *nbtû liw — 3/om Sa/wrf -i'HAEO iVatD p72 — Q Wlbtf 1173 

— F....Nbï3 *p73 — c wibiiï 7 , 

1. Ane. orth. de tremble (tremulus). 
■2. Ane. fr. : coldre ; mod. : coudrier. 

3. Forme dialectale du mot châtaignier. 

4. Moderne : poissé. 

5. Moderne : approuver. 

6. Lire : apaiement, ad + pagamentum, apaisement. 

7. Saluer, mon salut. 



J72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xxxiii, 13, n i b y. Les bêtes qui élèvent des petits : 

A ©^aSDj^N Enfantées — B ©T^aSS^ — ©"na^ËrN — 

e tt3T"asD3' , s — / cn-js^ — b ©nasssN — F -pcsrN — 

H .,31S^N. 

xxxvn, 2, û n 3 i . Des propos sur eux : 

A ynb"ID Parlediç — B ynblD — EIHOQ ynblD — 

e f y-nbns — g -pbns - b ynbs J . 

xxxviii, 16, a "n . . . .11 s'écarta : 

4 '■pbiaip'n Destoied — b Tibia©! — /fnoi/ -pbia©^ — 
e -pb^a©! — p -nvj'cpb — e -nsma©^ 2 . 

xl, 1, nsiN. Celui qui fait cuire le pain : 

A "ha©s Pesior — f h -na©^ — fi e f T"a©s — a 'ac^s — 
o *pa©ns — s iaps — c na©3 — r -paas — e n^a^xD 3 . 

— 10, 1 •» 5 ^ n 3» . Sarments: 

e ■p'ivi Fzrfîf — ^ yn — f n p c yi^ii — / ->*m — s ■yiRTi - 
b yw^Ti — // yto-n*. 

77>/t/., nniD3, Elle semblait se couvrir de fleurs : 

A T^s©^ Espenir — B "m2D© ,, N — A F / TjDwN — E F t^IDC^ 

5 n^-lD©» — H '3DTD , « — © -p^jDUTtf 5 . 

— 16, mn "«bo, Paniers de pâtisseries : 

KF G ORI A B II G D "OT^bm.N Obledes — P ©'Vpba'lN - Q CTttbnig 

— s ©rabais — n TbaiR — eeo ©^ba-^ — a tambaTa — 
c ©ib-vrai» § . 

xli, 2, in^a. Dans le marais : 

^ piû'H» MamA — B M II A E N S / p©v^£ — F Np©n73 7 . 

— 3, n n p "i. Minces de chair : 

-4 ©53">a Femmes — II B II I ©aa^a — EGN S ©^33^3 — J ©^33^© 

— A F ©33a s - 

1. Formé de * parolalicium, ensemble de paroles. 

2. Parfait en edit de distillare, qui est resté en franc, sous la forme de détaler. 

3. Latin : pistorem, boulanger. 

4. * Viticios, tiré de'vitis, vigne. 
o. .Moderne : s'épanouir. 

G. Du latin oblatas, offrandes, devenu oublies par étymologic populaire (cf. plaisir). 
7. Ane. forme de marais. 

5. Du latin tenues, mince. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASGHI DANS LA BIBLE 173 

xli, 5, ins rîDpa. Sur une seule lige : 

b '^y.v Tiuiei — e n i jgop s bma — N œbnia — F b^ma 
a b*wa — c b-wa — e b"Hitt — y bma — a bma r . 

Ibid., msna, Épis sains : 

J C ©yn«J Se^ns — £i//EFO/n 03^J8 — G D A G R L SWrçj — 

n s oa^Bj — b la^jvja — p ^130 2 . 

xli, 6, msTriB. Battus par le vent : 

b ■o^bttîn iiasiedes — a ©î^bçg — s/ taTbon — N unibSïi — 
Q OT"bïi — n ©T»b»*i — h ^^buîn — f ©abh — a oN^bn 

— p «i^pV»iBni - e œn'mrj 3 . 

iôêfl?., û^ip, Le vent d'est : 

AB NUSia B/se — H/./AEFOPQSNG NU3"»2 — C NÏÏT3 — 

n sŒ'va. 
xlt, 1, n -i n ^ n a n. Les épis sains : 

B H I J E F ©3"nO Se/jVis — Z) S ©13^33 fc . 

— 15, Tian, La fosse : 

^ K©1Ô Fosse — CDBEHLGHFGVRSXOI N©1D — E NOID- 

— 1.5, 3> 73 © n. Tu entends : 

A fcniSES'NK Entendre — B fcrVTPC^N — N S yms^aS^N — 

e nnrâr» — f wnrw» — i "HWar» — g T»ra3i« — 

— 19, n © n m p n. Décharnées : 

a ©©iba Biosses — n b / e p q s ©•'©iba — f n ©©iba s . 

— 40, po\ Sera gouverné : 

.4 B /// A E F P *p©^-0 Gmisson - G LK ^©131115 — N p©^^ 

— si» iitt*3*iâi 6 - 

xliii, 16, ûnnï3 le repas de midi : 

A -rouan Dûner — CDEJfG/EGNOPSF -P3©n — A *P3©"H - 

b r -)3©"»i — Q n:n — b «ron — l nsian 7 . 

1. Moderne : tuyau, du germ. Iule -(- ellum. 

2. Latin : sanos ; moderne : sains. 

3. Moderne : lialées. 

4. Voir plus haut, vers. 5. 

5. Féru, pluriel de blos, privé, dénué. 

6. Lire : garnison. 

7. Moderne : dîner. 



474 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xliv, 2, ^^ax Ma coupe longue : 

/> -I ÊÏïnin Madrine — / A" G N3?11E — P S C L fcWmE — J K3JW73 

— N ès^HNB — A E «311X3 — N3Yn» — F «3^153 *. 

xlv, 2, n * a. Le personnel : 

O RI^TB^M Mesnede - S C Rl^ffi-wn — N N1^3ï3^N73 - B ÈTSIB^E 

— // rtBPStD^îfl — E N131ÏX3 — F TWv»t}fc et corrigé plus tard ttfirnpTO 

— G tlNB3''X73 — I NT^tt \ 

xlvii, 7, "j l'a 1 1, Il s'informa de la santé : 

B CDEHI ABFOPQS l^nblû Salader—EX W^H©-* Al^btt 3 . 

xlviii, 7, y i n nias. Espace de terrain qu'on peut labourer 
en un jour : 

A K1"W6TI£ Karuede — B S Nl^aoïp — F NTip — A mtOip — 

ep an&rnp — n T««iip — c NiN-^np — // urmp — 

E NINiip — / NT>1"lip \ 

xlix, 6, i i p y. Ils ont énervé : 

A I^ETn^iN Esjjarter — F I^UI^ia^N — N I^UI^iÊN — 
P S 11B111D18 — E l^ia^WN — © C31^l311I3N — A T>U^U3N — 
C I^IPH — B BlBI^É* — H B^OT*"©*» », 

— il, n p i la, Longue branche : 

A Nlvnip Coraiîde — H E S F n Nl^np — NO arnp — ÏWnip 

p Nrnp — c &rnnp — J rrr^ip 6 . 

— 13, fiji n. Frontière : 

L A F E S Npntt Mrke — A jtfpitt — N NpiN73 - fi ^piM — H 1I3pi?3 
•/ pi73 — C 1pl23W — P ipo?3 — piD^173 7 . 

— 19, n p y, Leurs traces : 

A 123S1Î2 fracea — CBHG iB^ENia — J ©lîlfclB — 3S ttJKNia — 
A' 1Z32mC3 ~ A mC«1Û — E IDN^IG — F R-naiO — S ©iiatlO, 

1. Coupe faite de madré (voir Dict. Godefroy à ce mot). Le loaz devrait s'écrire made- 
rin ; Ye final est seulement destiné à masquer la prononciation de Yn avec son plein. 

2. Du latin * mansioneta, tous les gens qui composent la maison, la suite d'une per- 
sonne. Cf. fr. moderne : maisonnée. 

3. Saluer. 

4. * Ctirrucafit, terre labourée. 

5. Esjareter, couper les jarrets. 

6. Lire : coi'ejde ; moderne : courgée. 

7. Lire : marelle, c'est-à-dire frontière (ail. : tnarka 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCltl DANS LA BIBLE 175 

xli.v, 26, m a n. La limite (des montagnes) : 

A yb^iSÎN Assomalc — E b^»TJJN — P "pb"l»©N — D yôiOT 

G ybraoi» - o yb-m©© — s ybn»© — ff f y»»i©M - / jrçnçw 
fi... «n©» 1 . 



EXODE 

n, 3, a 73 y nnn, Un berceau de jonc : 

A pDV /onc — S A CN O P D H M E H (-) p:v — fl p31»"i - BEGRS 
CG1D ipyyi - Q p^ - /> ipm 

lùid., tjio, Roseaux : 

l^b/ Y»©"n flo^z — n s *j©"n — g "t»uji"i — // n b^©"n — 
o b©n — f p©-n7a — f «*»©i*i — a N'wba — b^cn 2 . 

iv, 10, n d 13D, Qui parle difficilement : 

A Baba 2*«Me — i sbsi — // Kabaa. — / B /v nba — F aba — 
G cabota — 0BDRJIGZ naba — jo^nba — s -ptraba*. 

v, 7, 1 a n. Paille : 

A «bsnûm» Estouble — tf N?aia©ô* — N F G sbaia©^ — 

iw?/{d/./bi «baicaTO — e ribaiaos — g s abaintiN — 

K5D1BW — H Nbaiî3^« % . 

lôicL, & ra ab, Tuiles : 

.4 ©ba>a r&fes — F ©bâna — #e ©133153 — ea ©ibma — 
as ©bTpa — x ©bâta -«g ©baa — R ©bna — 2 ©bva — 
G ©ibijpa — d R ©bw»a — / ©*biya — d ibnra 5 . 

v, 8, a 13 n a, Retirés (de leur ouvrage) : 

a ©wpçp Retrajjs — NPflSui annai — a a-p^an — 
/? ©^nan — ©""nan — s ©•nha'n — /A' ©-nan — H a^aV. 

vu, 1. *] k ■> a 2. Ton interprète : 

.1 TT"*? Predejjr — N ynUTHS — A "i^^HD — /f NVyiB — 

1. Dérivé de summum (siïmm -f- icutum), les sommets. 

2. Lire : rose], anc. fr. de roseau. 

3. Ralbus, bègue. S donne balbller. 

4. Du latin stipula. Môme sens : paille. 

5. Tegulas avec la consonnantifieation de «, 

6. De vetraire, retirer (retruc/us), 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

F TT^IS et plus récemment -mbNDID — ï K"WbB 1D — 

vu, 19, ùïT'MSN, Étangs : 

A JJ3att8 Esfon* — E F P C / £ pasaiDK — ffNS p3BtTO — 

F paiatcN — b Np:^N — J pstaçN — a psiisN — a naraizîa — 

Q ■"3ûtt3N. V 

vin, 2, û33rî. (Cité à propos du suivant) La vermine : 

A K-)VÔi-JB Pedoljjere — AERSBE fcO^bVTD — F «pnblNB — 

fl -parns — £ G anbp-nD — / N^b-ns — n rwnb-nnD — 
p NYmbs — c N-nbiD — f an^bia — g ■pN^biD — o arpbvw 

— kc «b^ns — d -w«ptpb — ïwnbbis — r «Tb^'HD — 
ty «■"bne \ 

Ibid., JTisiin, La grenouille : 

-i N-nb^iDn} Grenojjiede — e e fcrpb'mana — o fimrjTana — 
f niS^n^bi:-)."» — c KT , "firbi3*na — F p^bis-ia — a «b^nana — 
n fcrhVnai — p «T'bna'H — a vh^sn — b l ^nbpnan — g Ni^ba^'n 

— q T"biâi — s Kn^bià'n — R en^bna^i — c Rb^bia*i — 
d «n^bpnyn — f «m*»bna , n — m sn^bian — # ■pbns'na — 
g Kibpia^n — <> îr^bnan 3 . 

vin, 5, n N d n n. Fais le fier : 

A K *PÛ3TI Vanter —BELE -pESII — A "V>3T1 — F -pUIN et en 
marge Tû3"n« — "TOÏYnvii 

— 13, D 3 s r?. La vermine : 

A N^b^iÏD Pedojjlejje — F yHblNS — E K-p^bTTD — G L KlbpVTB 

b «inbms — G ïwnrno — o KTwbrrE — k tnbymD — 
e rtîrnbbne *. 

— 17, m b o 33. J'exciterai : 

F "îyat^pa» Enfirier — 4BJEEG0 T"3PS33» — - "W2C33» — 

-niaraaN — r t"x*b3ik - / "voto» — i "isaas - n -p3"*»xk 

— a n^ur» - k ...caaN 1 . 

1. Moderne : plaideur, avec la confusion de / et de >'. — H donne precheir (predi- 
cat.or). 

2. Peducalaria, ensemble des poux. 

3. * Raniculata, l'ensemble des grenouilles. 

4. Peduculata, pedaillée, pouillée, l'ensemble des poux. 

5. L'origine du mot enticier qui signifie exciter n'est pas connue. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASGHI DANS LA BIBLE 177 

ix, 8, ù3^dh a b 73. Plein vos mains : 

A B »3*nVw Jjlojjns — EN ta^'ib'" — A ©•wyvnb'" — P t2^3T> — 

f Di5»ww" — s ©wibi — h tDaiba:» - r ta^-n^ — 

K U)3lb^ — C WnDlbl — DBGRG bwffi — Q WWhfi — 

i i»3i»imb — s t&aitnbi ! . 
Ibid., } "i ta n s m b. De la cendre de charbons de four : 

ANPSC/AL ©iablN Olhes — F NnblN — ZBUY *» 3 b 1 N — 
-4 ©llblM — GBDR i^blB — G NrblB \ 

ix, 17, b b n n o 73. Tu persistes à fouler aux pieds mon peuple : 

A Tpbp Klker — F -pipb'INp — H T^pbNp — N -pipbp — 

aefopqsea -ppbp — fi a c n^pbp — B R "i^xbp - h d "wafcbp 
/ "r^abp — g nb^pbp 3 . 

x, 15, p *!■•»• Verdure : 

AjnOT Verdure — F E N Q S KTHTn — AFOÀ'Pamvn — 
B IINTII — H KâTTT»1. 

— 22, û ■» 73 ^ n «3 b tu. Une triade de jours : 

A BRPSrpa Terçene — F B A BW«afcTa — E N K S L P Ry^ftia — 

£ fi warna — fi «a-nama — f wan^a — a trss'ra — Q KaoT»a. 

Ibid. y û ■> 73 ■» n j a «, Une septaine de jours : 

4 Btt^a'VTB SeUteine — J F B tfiv^sj — AISEFAP pa^atB — 
NQ BCBi© -£H Na^M — C KyWTO — G BKaTO. 

x, 26, noie, Plante : 

A N^pbD Plante — C H NU3w\bs — fiAGL/CDABEFGOPQRSA 

Na3?3 — N Na^bs — F NI33lNbD. 

xii, 7, tpptBTaïT. Le linteau: 

A -T l t23" , b Linter — B C H S 1^03^ — F N P A' -p^b — Q "iNirb 

e b*arb. 

1. Loaz. difficile à établir, les mss. étant fort différents. A B AE N fi ï Ai donnent 
des formes diverses du mot : jallon (mesure de liquides). P donne : ionis qu'il faut 
peut-être lire joins (joints). DB GR G donnent : poil. Peut-être faut-il lire poing- comme 
dans Q qui donne : ponyos. I et £ sont incompréhensibles. 

2. Se retrouve sous la forme olve (cf. A) dans le Glossaire hébreu français du xnr s. 
publié par Mayer Lambert et L. Brandin, p. 20, 1. 47. Je ne sais quelle en est l'éty- 
mologie. 

3. Lire : chalcher, du latin calcare, fouler aux pieds. 

T. LUI, n° 106. 12 



478 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xii, 11, n o D. Pâque : 

A NpiUD Paske — F NptfSND -È'BEGQDO Np'ÛD — R&D-LG NpOD, 

--15, û 1 12 i nj>:ai2i. Septaine: 

A Ni^a^ttî Seiiteiine — BE11K AFNO K3**OT — F- G / NySFU — 

xiv, 3, D^iai. Enfermés : 

^ T""pï3 Sera* — EFN THfiB — B# tfWlBS» — O ynwDN — 

/ tto;x - s TnjD» — r y-p^io (?) - c t-hbs — l -pto» — 

F en marge a«*WWMP»N — K »mï55N. 

— 11, onap "p a ">b^^n. Est-ce faute de tombeaux? 

A Œtpïs liD"! KSa^bs "YiCUD S* por falajjnce de non fosses — 

b xaxa\h ii:n "pb^s "Titra — ff Eia.is ^in asab^s "riinç — 
f «sa^È *nîw ■»« — a acië iian m&P^b nib'na — n tid*»» 

ÏÏU31D 113*1 Mfca'ÔtD — F en marge ip/io N13"« 803^«5NS TWPO 

— o fcizjnâ pn fetata^bë ■ne'*© — e / ïï^id "psi Mata^bo "tid*^ 
Q ttscns yann woa^Vfi mpï) — s trans "pa-n nx3*ôd -ncta — 

— 24, ïd ri "• i . Il les troubla : 

.4 "JîtD'H'llïaTQfil. Estordisson — C# A E Q NS , p;Z5 v mca"£3" 1 K — F O 

]imrjo^ — d ■pia-wiaœ'w - bi pan-nates - F...'*"H-na»* *. 
xv, 10, mDua. Gomme le plomb : 

A H Di30 P/om — C £ / A C E F N O Q S DÏ?D — F -pbD. 

— 24, i ab^n. Le peuple murmura (le verbe a la forme passive 

ou réfléchie) : 

BQ **Ï3 "J'^bî^pn Dekompïensl sjj — wb s# — A "flip^l 
■niBOpa^bb Dekomplajjnstsavj — ^£5 sejj — O fJi"*bBmp — " , " 1 '«2J 

— JN no a-3"^iJD72"lp"H — ; """fi — s aufcbwaipv 1 "' — ">0 — c 
«m^ asv^bsTaip^ — e.io aao^bsmpm —■'a — ® "«lis raafirbcsipi 

— r -nia a^absipci 2 . 

xvi, 5, n a a 73 un b. Abondance de nourriture : 

E S ITJPIIB Fojj&on — B fcOTP'ns 3 . 

1. Voir plus haut, Geo., i, 1. 

■1. Lire : deeomplenst sei = se plaignit. Il est évident <pie dans A il faut Ure.jpTS 
au lieu de "nia = sai, c'est-à-dire soi, 
3. Foison. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCIII DANS LA BIBLE 179 

xvi, 14, ns55, Gomme le givre : 

A fcHV:y> Jjelede — AENO/B \HTrb" — GLC DQJ N*rba — 

G anb"»* 1 — f N-nb"" — s &nb-" — H ïiaobv — F amaba \ 
Ibid.y pT. Ténu: 

s îû^arat — Q «naia — f îanau: — h ra&oaa 2 . 
xvi, 21, o » a. Elle se fondait : 

-4 ■msa'lUlZH Destranprev — E F / tf * , yv|B3ï3tÛ , H — N N"ID3aU5^ 

R « nnsa^niD^ — G -p-nsa-ju^ — s -p'-psEru^'n — 
b -i&rrsaNaTB'H — o "ms-iaun — f -psa-iutt-^ - b nsasatû'H 

— - 31 , i a ym, La graine du coriandre : 

ANP N-tt3"nbN Aljjndre — E i-piaN^bN — / "mafcnbN — 

dr n-naiibip — cg i*n»rbip — B..-.T3Nmp\ 
xviii, 18, ban, Tu te flétriras : 

A J JOtftt^bB F^frire — E N S N-|t312^bB —Ai fcnmûbB — 
BFK Tno«ibD — H N-pBIBNbB — C 'tfUî^bB — F fcTPBNbB 

— o ^auîbB*. 

xx, 5, a a p b n, Un Dieu jaloux : 

A batt3""TBW? Anprenemant — N a33ûa"nB3^ _ F î3tta^B3N — 
B BWaiBaN — H B3N72:nB3N — 7 taaW3-nB3N — A' Ï37T1B3K 

— ao BatpnBaN — e zaaTamBa-w — f a^p-isa^ — 
g aaNiaa^BWN - s iûr»B , nB3 , w - c caa wpbn 6 . 

— 23, n b y 12 a . Par des degrés : 

A XStâfeçTfi Eskalons — OSF laanbpttî'W — A F B iDaib^pEN 
E ID^anbplBK — N tt53^lb)3pl23N - G lDibptt) — K ÉObptDN — 

c enbptt*» — d •rçibpiDK — h ttaibpa 7 . 

i. Gelata = morlerne : gelée. 

2. Latin : * tenuas. Cf. plus haut, Gen., xli, 2. 

3. Latin : distemperare. 

4. Lire : coriandre ou coliandre avec D R C G B. 

5. Lire : flestrir avec BFK. 

6. Action de s'enflammer. 
7* Moderne : échelons; 



180 REVUE DES ETUDES JUIVES 



xxi, 25, 2 2£B, Plaie : 

ARSCDG N-nTiaa Navredure — GN KB fiptnaa — B finvttnaa 

o KTnTna — e g an -no a — p ann-Dia — fl amN-na — 
f a-mnaa — a N-n-p> 

/ôid., nnan, Tache : 

A «"«p Tûyye —AON Rna — fi ■«£) — F N^Na — H NpNia 

i rnn^D — K rca^u. 
/ôz'tf., Le Targoum ^Dipiatt répond à l'hébreu ïtjsh, coup : 

F 4 STlTTa? Batedure — II finYiafiO — fi E C A E A Nmt32 - 

n F tn/ftaa — g anviNaa — Q ftrïTPtaa — c N-na«a — 
o N-maai K 

xxn, o, a^iMp. Chardons: 

F IBaiTlNp ~Kardons — ^ ©3lT1^ — fi fcÏÏITip — E GKCEO 

«»Trip — /f g lûan-pi — p citt" — n u^d'jxn ■. 

— 20, nain k b t Tu ne contrarieras pas : 

A fcn^-lppîp Contredire — N "rtbnWwp — CE T^b&naaip 

o -p^b-iuaip — p -nÈob^amp — g «-nw-iosip — 
f an^banuaip — b c T^&nEaaip — fi N-nantasip — 
a' wbnasnp 8 . 

xxv, 2, i n b 133V, Quiconque y sera porté par son cœur, sens 
de présent : 

E uatë'HD Présent — H U2U31D — J aa^THD- 

— 10, 1 1 "i N. Écrin : 

A l^p^N Askrin — FCGEO CJ F *pnp^N — fi/AN'jnp^JN 
B ÉttvnplÛN — S N-na^p^H — B O^npttîN — B T«anptI3N 
F> 15">-|pUÎ^N — Q T«pTBN. 

— 18, n «5 p 12. Tu ne les feras pas (les chérubins) en les sou- 

dant par les extrémités : 

fi y-Hibittî Soidîiets — e n y^nbiu: — n •piTna — ^ nvjbiia 
fi n-nbio — eo Cfi ynnbto — ps j y^ibw — f ymibio 
g -p-p-ibra — Q mbiiu — b n&nbno - fi K-n-nbva \ 

1. Action de battre. 

2. Lire : chardons. 

3. Lire : contralier, avec la grande majorité des manuscrits. 

4. Moderne : soudés. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 181 

îi © p 73. Mais tout d'une pièce frappés au marteau : 

A B ynaa Baledii'. — EHGLIJKBEFNOQSC D y^Tjn — 

R y»TBa — g ymaa — F ynabn l . 

xxv, 3i, n©p73. On ne fera pas séparément chaque partie du 
candélabre pour les réunir ensuite, c'est-à-dire : 

A THbi© Solder — E N P / ymbl© — E S C D ymbv© — 

b ynbn© — c -p-nbn© — F Tn-nb© — kfhl -mbi© — 
g i-nbno — g -p'ib© — Q R wibi© *. 

n©p73. Mais, au contraire, il sera tout d'une pièce 
frappé au marteau. 

A y^C33 Batediç — 7^ G L C D JK B E F N Q S yvjaa — 

r y^an 3 . 
7foV/., rt^ns, Ses calices : 

^ ©3^*172 Madèrns — E N ./ iDJm» — /T "p-HN73 - SD/B 

©^■mÉ - a ©yvraa — p ©aTï?a — fleq ©awïï — 
g c o" , 3->-n?3 — f fflwn — A' ©ai-m 

Ibid., n^n33. Ses pommeaux : 

ABFJ Kïï OPQ ©b^S Po?wcZs — E ©27313 — G ©RbrûlS — 

f îaittbs — s ©Tsia-is — a ©battis — F ©^bïpis — 

LBCDI ■pbniD — H ©N""E1B. 

xxv, 33, d i 1 p 123 73. Niellés : 

F G -pb^a Njjler — C B D Q S nb"3 —EN// '•vhttn — ^ tV^ 

F ■vb^'û — b »bï""a — .e -p^a _ jaz, b^a — / ib^a s . 
— 38, n ■> n p b 73. Ses tenailles : 

A »by»jlb Tenâjjle — // Kb^Èttta — G «b'"**?'^ — G F ©b^ÉOB 

R/c «""baisa — o ©^ba^sa — a ©b^aca — k Rb^ata — 
p sb^aia — «/q ©b^ra — n ©b^ata©^ — ef, ©^baa — 
gl "t^bata. 

Ibid., rr ^ n n n 73. Ses cendriers : 

A N-miD-nD Pojsedure — E KWK©' ,, nB — / NTÏWnB — 

1. Moderne : battu. 

2. Cf. vers. 18. 

3. Cf. ibid. 

4. Lire : madrines (cf. plus haut, Gen., xliv, 2). 

5. Lire : nieler. 



182 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

g rrarpwnB — ëc ir**rT"î«P % ifi — b K*nm'WB — 

p 6rp"vntt)iB — a N-muîiB — c ^rwna'nB — F nnuiTriB — 
j N-n^^is — // Èni-nr*"» — k animais — n nt>-) v ib — 

xxvi, 1, a ta n n w ? », Damassés, comme ces ceintures de soie 
qu'on appelle : 

A tonm-na Pajjsses - NDAO ttJitfj->is — P 'UÎ^B — E N^^B 
G lZ)tZ5^B '— S L G flW""* — -B NtU^D — C "^UÎIB — J yuW"B 

— £ tf^UJNB — H ^"n^B — E W\Wû — F WC^U — 
F IBUJV^B K 

— 4, n n b b . Brides : 

A ^biitb Laçols — aops/el izib"i£b — F tZiblNfcb — 

: 

c bistb — n ©b^ssNb — J tub^b — ed u^biirb — 
c tbbÉrwsab - e uîbir-ib - b raba-nab — g y^b — 
b iû-ib"i:nb - q saib-ttÉW — k aaiirb — h roK'niBNb 3 . 

— 6, d^O^p. Agrafes d'or: 

^ V/^ÉHb Fermajjlç — Il -|tm ybNfc'VB — N Q yb»*lD — 

g ybatETB — o yb*ww — a yiV^Éms — ck yb^a-iB 

— r ab^'WB — £ e ©bwa — s ynbfcns — g ybfcwr^B 

— J yb^a-ns — / y^btt-pB — d y^^ns — F anb^B ?.... 

— b r ■wb^iû-'B — F ybntt-pB — d tà^mi fc . 

— 15, d i n 73 y d i ca ui ^ 3fc 3>, Ais de bois de chittim dresses : 

-4 ttîTPùauU)'^ Estanlws — GEFOPCBF EJa^tMCattî'^ — 

bs m^aaa^N — l wvyûïï'*» — gr ^assau^N — 
n iB-a^BUJN — q ur^sau:^ — G 1B3 , »EJ1D , »B — i xoiy^w*» 
h a:Nau)^N — K asauiN — d ^pstattïN 5 . 

— 26, û^n^a. Traverses : 

A ttnaïZ^N Usôars — P S L C D ttnmZ^i* — F UÎ"1N3 — 

H anaa*}-»»-»» — fi wzjna — e uînauîN — n o-»a — 

g îa^-nuia» — e f tD-nsm 6 . 

1. Lire : poseydure avec B, dérivé de pous (moderne : poussière). Le loaz signifie 
instrument pour recueillir la poussière, la cendre. 

2. Lire . faisse avec fi, c'est-à-dire bande, lien (latin : fascem). 

3. Pu latin * laqueolus, devenu * laciolus, diminutif de lacs. 

4. Du latin * firmaculum, ce qui affermit, attache ; d'où : agrafe. 
'.). Adjectif formé sur estant qui signifie debout eu ancien français. 

G. Lire: espars avec E F, c'est-à-dire chevrons, de l'allemand sparro (cf. allemand 
moderne : sparren) conservé en français moderne ; épar ou êparre. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE HASCUI DANS LA BIBLE 183 

xxvn, 3, 1 3 a 1 b, Pour en ùter les cendres : 

A B F P C im^ÏÏN Esçendrer — II N n^lir^w^O^lN — 

c ^iTT3K£3«©*«l — o nrsas - s h*ft$t$to — g T^rau^a 

— K -p-H3©"l — F nv^K — E -n*Tî33 , »0 ,f TK — B / nvratasa©» 

Ibid. , T»3»\, Ses pelles: 

B j b-n-n Vadil — A tfb-nTi — f E II £ E G F B P C D I "mvn - 
n b-f^i-i — s bma — c yavi 8 . 

i^V/., "! •> n a b t 12. Ses crochets : 

E P 03*amp Craçins — C K ©rarsinp — S ©lattYip — 

g y»a:3-np — F g o y«pi->p — H ^p-np - b y-npinp — 
l casamp — ./ ©bTpmp — n îptr^lp — f to-3a"Hp 3 - 

xxvn, 4, n n d 12, Un grillage de îTiaa qui veut dire : 

A iÔTnp Crible — F h c n o c d atbrmp — K aba/na — 

FQ 73^-Tp — E J ©b3"np — G b^3"np — B b^a*np — 

r nb-'a-np - s birmp - G^a^p — l b^mp — e b^a/np 
p b^an-ip — / b^a-fia. 

— 10, arnsiK. Leurs pieux : 

A B F ©bD Pai« — N ©fcfifâ — C E F P S G D E L ©53 - J ©bs 

: - I T 

A' ©bp — R / VND — // ©T^b'HD. 

D^iwyr: n-^-i, Gonds : 

A ©3^ Gouns — F Vaitfa — £ F G N S D ©5*ia — ■/ K 'Ctfl — 

« // fana — e ©ma — o ©ataia — c ©an — p usbna — 
l ■noaTa. 

xxvin, 3, -■ b isnab. Pour être cohen, mot dont la racine 
signifie service : 

A nim^j^TO Serjjanterie — B N K rWlïî3' w n , V© — - 

Ninaa^TE — f «raïK^^TMa — h ïTarusNan^© - k nsrias© 
G «-na-p^© — F &*©•«*!*© — C K*jïûn — tv aran© *. 

1. De ex -\- cinerare. 

2. Godefroy donne un exemple du mot vadoil dans un sens rapproché de celui-ci, 
mais ce loaz doit être corrompu cf. S qui donne tudel). 

3. Dérivé de crocs. 

4. Formé sur serjant (serviantem), dont le sens dtàit servit ew\ 



184 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xxviii, 4, nsN, Ceinture très ample derrière, semblable à ce 
qu'on appelle : 

A ABCGNPFD/F/f ùa^mB Porçint — B "^TID — E 03^*19 

— 10 c ffliisns — e aa^-riD — a a^^nis-iD 1 . 
Ibid.y y a ni n. Chatons : 

A iparjÇ^p. Kestons — if yaitailiNp — ./A' ES 125a"i;ai2p — 
AFGNO/C£ U:j1l:\2:" | i — R l^anaUT^ — B lIi'^a■lûalLÎ ,, — 
C iZ>iaï33^ — B TûaiÛV 2 . 

lbid., n d 5 52 », Coiffe : 

^ NDVip Cd/j'/e — BEGO IJ CD KF B E II «B^ip — N iD^lp 
F P frTD^ip — A &TB-D — G ND"rp — L ^Dip \ 

Ibid., n s n. L'éphod s'étendait jusqu'à eux : 

-4 fi p-pp Cottdes — N J «JYÎp — BEFGRS£ifCZ)J ŒVjip — 

a maip — o ©"Wip — f «tmiNp — l o^T^ip *. 

xxviii, 44, na? iid*». Des chaînettes comme on en fait aux 
encensoirs : 

A Œ-p'nu^rN Ençansiers — F B E^ C JQ im v, lI5a£a" , N — 

p ©a-n^^ani^ — h c ttn^saïSK — e ian v, im , 'izja ,, 8 — 

F im^tÛiXa» — B tf^-nilîa^a^ — A 1"n^"|£aN — G ^""PU^N 

— ©-noaDH — a* an^a^aa 5 . 

— io, 'û d il) Ta 1 125 n. Un pectoral de jugement: 

A CaSÇaiB^'Tl Derajjsnemant — B ûa&WîVT! — EN0F 

ïMairawi — fa raaM^-n — # aanywp'i — c aaawm 
b aa^^'n^ — g aaNEp^-n — b aatt^ann^ — c awnzwi 

— / ip^a^uî^Ti 6 . 

_ 22, n b d 5, Au bout: 

A b^nlOM Asomajjl — fi Nb^ailBN — tf b^NETON — 
BE0CA b 1 "»"»»» — F b""T&T»Z5N — F arb^lBIK — G b^tttÛIH 

— p b^7acN — A bjaiizJN 7 . 

i. De pro + cincium. Ceinture est le sens habituel en ancien français. 

2. Lire : chastons avec JAES ; moderne : chatons. 

3. Goife = moderne : coiffe. 

4. Moderne : coudées. 

5. Fait sur encens. 

6. Deraisnement = latin : de + rationamentum, c'est-à-dire l'exposition de ses 
raisons. 

7. Au sommet, au bout (cf. plus haut, Gen,, xux, 26). 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 185 

xxviii, 41, n ab 12 i. Tu les investiras : chez nous l'investiture se 
fait en remettant un gant : 

A O J Bflj Gant — G l33Ϋ — A E F N S C £ L tf 33. — Q 23X13 
F B3nfc« — B CI LD313 —GBR •fltt'na — D B3T1S — K N33, 

— H n^3N3. 

L'acte s'appelle : revêtir : 

AB -paip-nv-i Revestir — AEFOQFN TBWn — GP/À'B 

^pûwan — J d -pap^ii — c ■Y«tND' | a t i — # TatDa'n 

S TOTai — R iarBB1ZP373K — G ia3W:3^a3\\ — 

xxix, 13, mpn ns n o a tt fi aba La graisse qui recouvre 
la panse : 

A fiô^a Tajjle — FGNODKFBHJ «b^a — G B Q E / Ç £? «b^a 

p sb^tg — s l aoba l t 
/dîc/.j I35ïi b? mn\ La membrane du foie : 

A VÏ^X Ebdes — USE II tt^WK — E F G C B ^~0\X — 

c ttna^K — o A' sna^K — p ra-nas — g ©ann*™» — 
d ©liais — n ©ba^N — b c">ba\N — F snaN ■. 

xxix, 20, ^ n 3 n. Cartilage de l'oreille : 

N O P Q DTTOB Tndros — L ÛT"l3a - E / R D G G Din3^a — 

f oi3-na — a' innata — ^ srnsa — b dn-nsà — f "p-nsa 
# bm:r — s DYiWB 3 . 

— 27, ttDian. Mouvement de va-et-vient : 

N O if TbàST Fn^er — BGI B -pbaS'm = E D S •yb'Wm — 

c nnbt»am — f '->b^a3"n — a -rasvi — f T^bam — 
A' maabn — c T>->b«io^-| \ 

xxx, 7, rn 1 3 n n n n a i a n a . En arrangeant les lampes : 

^4 «Slb £«pe« — H E LKQSD J Oiatlb — A'NF ©Slb — 
P «3^5 — EF ©iiBib — C EJ^nb — G «ifcnb — C yD3»b — 

/ wrrattb — o 'inb — b yoib 5 . 

1. Teile, du latin tela, moderne : toile, c'est-à-dire tissu (adipeux). 

2. On peut lire ebedes et ebres (cf. Les Gloses fr. de Gevschom de Metz, Revue, 
t. XL1I, p. 251, § 32). 

3. Lire : tandrum avec A (cf. op. cit., § 103). 

4. Lire : rantiler. 

5. Du latin luces. 



186 UEVUE DES ÉTUDES JUIVES. 

xxx, 34, S] a 3 Gomme : 

CDIKIIE JGAAPCBFGOS K»*|3 Gome — Q N^bs - A N^bl 
- E Mtnba, 

Son vrai nom est : 
C A KbpKna TViaAZe — F Nbpfc^TJ — H ^bp^É — 

n npfcon^E — p Np'nn - a pa-nù — a' b Np^nsa — e iptr-ia 
F "^pNTjp — g g s Np^-nita — ld K*pw->và — R «pamn — 
c «p^mp — / Kp*w-,a — j ^pwsn*j — e ip^vro. 

xxxi, 10, l^bn ^53. Vêtements faits à l'aiguille, à mailles : 

A ynstb Laçediç — F ynsab — b n p F yiits — g y»-tsb 
g c yvr^b — £ a ©vncS — e y^srb — o ta^Tib' '. 

xxxn, 3, ipisrnn. Ils se déchargèrent : 

A T"*lp.l av 7. Deskarjjev — BEIIEO n^^ipUÎI — ^ TwJHp"*! 

g wipwn — p •pwrç — f n-ipuîtn — c *r*vpwn — 

A ■YWtpttl — N n\N^"lNO^ 2 . 

— 4, mna, Au burin, opération qu'on nomme : 

flJSGC/A'BECOPQS b"3 JVieJ — J F »b^3 — N Tb^3 — 

— 16, nnn. Gravés: 

AEJ/GAEFOP/1 n^bC33N Bhtifjr — BCD "i^b^rN - 

n s g b tt^l^n — / T^baisas» \ 
xxxv, 14, m n n a . Ses lampes : 

G C D I B E G S otàttb Lupes — A Bfclb — N tàfcîb — F P «*3nb 
O JÏJXlbOT — -B ©Clb — A OTWb. 

xxxviii, 8, n a n £ rr n a *) tt n . Au moyen de miroirs : 

E P ©"YnTVVB Miredoirs — 2 lïnTTTtt — N S3 , 'mN , V73 — 

r "m"p» - g ib^a-p» — o iB-nanitt — B tf^vr»» - 
E tt^a 5 - 



1. Composé sur Zrtcs (* laciaticiuin). 

2. Lire : descharjer. 

3. Cf. moderne : nielle. 

4. Lire : entalier, c'est-à-dire entailler, graver. 
5; De miratorium, avec le t intorvoc. passé à d. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASGI1I DANS LA BIBLE 187 

xxxix, 3, i y p *n n. Ils laminèrent : 

A &m3tfp*ij$ Es/andre — FBHNEOS N-n3UttK — B "TSÛïïDK 

egl N-nrca^M — p n-w^sn — c -paaNtaa - / n^uuîn 1 - 



LÉVITIQUE 

i, 9, n \r> a. Feu: 

.4 O B Ni\siD i'W/e - FHGYW fcHWB — N N-TNID — EH S -jfcnB 

— p anaos — b rrwmc - f ■wnid — / tr-p^D — A' ambc ». 
m, 4, û ■» b o a ïi. Les flancs : 

A Wp^à Flancs — H iap3fc*bs — B£ A' G L / O P S ID DpbbB — 
Fï5p3lbD — B tDJûbB — M psbs — E H lB^pabs — ^«"WB.— 

f fcpaabu — n «ftiVe. 

7fo'c7. ; m ■» b 3. Les lombes : 

b iBb^aaîb Lonbeis — js^pj ©Vasib — q lab^attib — N ©banb 
f œbarb — e «ibsnb — h ©bawib — o œbiaarib — i «b^mb 
d pib — a œ^atnb — F œbNaaib — h rc^bittib — ff «raib 3 . 

/6tâ., i:3n b y rr-in^rt. La membrane qui se rattache au 
foie : 

B E F N ïina\N Ebres — C H S G '«VT31K — C./tfna'W — OFQ 

ra^a^N — FJîtîna^N — /«v?3« — b uj-iba^N - a wNnan — 
iv, 35, i v a. Les foyers : 

A ©boitte Foajjles — B S N G ttJ^bKTB — P tab^N'lB — E îa^b^NIS 

— f «ib^finfinu — fi îa^aiô — f o éttêod - w Ntowis — 
r ©wwib — l «b'ws \ 

vi, 21, pTfla. Il sera nettoyé : 

^J BStt^prçiN Eskuremant - N ffifcMmpTDK — ï I£H aïrçmpIDK 

— béop û3»mp«« — f Na^ampwN — f ttatmp»» — 

G TttFttp^TaiD*» 5 . 

i. Moderne : étendre. 

2. Defocata? 

3. De lumbellus. 

4. De focalia. 

5. Fx -f curamentum, nettoyage 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES ' 

xi, 3, ti D *i s. La plante (du pied) : 

A N£33bD Plante — DFBMELKIJBEINP NE33bs - DORQW 

casais — Es.ntaabs — c «labs. 

— 11, i at p tD n a n b a a n « n. Vous aurez leurs cadavres en 

horreur, incise superflue qui permet d'étendre la 
prohibition aux moucherons : 

A Wnpera Mouskris — F «K'nplD'Wa — I EWY'pttJ'Wa — M D D 

wnœ^n» -h 1 ©ai-ntD'vn -bhr id^-p^to _ e e^Tn^oia 
n oi"»noiï3 — Q ©avbpoin — t ciblai» — h wnaitt — 

— 16, y a n. L'épervier (?) : 

a n^napi» Ostojjr — deopcb// ■vwibid'ik — BNÀ'/nrj^iN 

— H R S Q D M L mattJN — I muatlK — F «TnBlD« — E -pr»TDa 

f *nww , i» 2 . 

— 17, tp to a i_n hki Disn n ». La chouette et le hibou : 

F//EOINPE ïîta'Wa: Çoiiets — U L U)""L2^«iai — SD UÎ"»aN"iat — 

/ ©Nca^ia: — f m^anas — o ©aînat — k b b^nie — c œta^a 

A OÇ3T8^»qat. 

H I P S C £ L S p*n J/An -KNQ^i — D ^3^ — -4 ^rn — 13« 

F ^in — e -nv — f fa* — o pia — r»s»ap 3 . 

— 18, n e iû 3 n n. La chauve-souris : 

A •pnitï) Kâbp Jffltofl soric — E H LE H 10 P S / K "p-n© Kabp — 

n ynitûNabp — cq yntDHfabp — f b yi-nraabp — f «abiap 
■pmtp — d ym^Naba. 

— 19, rtT'onrt. La cigogne : 

A SC^i^at Cigojjne — DFIORSMEi/ K*W*at — N fcttiWat — 

b arasas — h «iia^at — F l ^anaai — bei a^a^o — d «avnaD. 
n s 3 N M. Le héron : 

C D F H N K F II iT-vri ffe/'on — D E I S P B L yrpn'n — E "pn^D — 

o ïTiarin — 7 T n " irî _ ^ li-i^^rr. 

1. Lire : muiserons avec M D D, c'est-à-dire dérivé de * mue sa. 

2. Ane. fr.: autoir et fr. mod.: autour, vautour (cf. op. cit., § 10). 

3. Lire : hibou. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASGHI DANS LA BIBLE 189 

xi, 19, ns^n ït. La huppe (?) : 

A vmrm Herupe - FLfi//DHINOPS JDC NDT-pH — E F K fi*D , m l . 

— 21, ■nbaib b y un. Certains insectes ont près du cou 

deux pattes qui leur servent de point d'appui pour 
sauter, comme les (?) : 

A ©pttwab Langoustes — ÇJaE'iaab — H ttJattJIWnb — K Natïînaab 

lq êtawiab — f Nsatai«a^b — bji/bprscdj Nuia-iab - i e £ 
ïaaranab — f wtsub — n ©^■hd'in — h 'anaizsb. 

— 29, ibnn. La belette : 

A Nb^iî31ï5i73 Mostojjle — F «b'nûlD'Wa — # »b"*bipiE — i/ F Z 
EIN OP Q S (eu marge) C/ Kb^ÙlDItt — F bVl3ï»173 — Nb^nttn» — 

h Nb^aa — b tàrw\ — r Nba^ — s Nb-ia'D — k b^aton» \ 
Ibid., n 2 n. Reptile ressemblant à la grenouille : 

A L3VH1D Fttyyi — B KtH^Î"1B — FF I?S T SCD LP^nS — A' a^B — 

e avna — o ?... ania — e vr^ns — a ©stotib — bru na-D 
p awnana — c «aia-ia 3 . 

xi, 30, n p a N n. Le hérisson : 

A B ïiamn Heriçon — K h ee n o / ■pamtt — fldis jwm 
h "ps-prt - cp pat-TT? — q ■pam , »« — f i-iN-a-na - br «a^asa. 

Ibid. y n n a b n. Le lézard : 

4 «'p©'"? Lajjsarde — E KTWib — N KTlWD'ib — B R NW^-nb 

K KTW»b — s vnia«b — hid ■n-n^b — f un-n^b — Q i-nob 
p *rnu^b — c T-n^b — / K-rnsb — l NT^stib — £ a-ua^b — 
^/ tmrb — m ami-nois — B wviçiDb — f &mr"b. 

7&e?., a 73 n rr. La limace : 

B NXgra Limace — 4 p»nb — EFINPQSC2) f F 7/ E L Kattrb - 

ho y^b. 

Ibid., n » td a n ïr La taupe : 

^ NBba Ta^e — £ C / E F H 1 P Q S K E H L N ^sba — b NBbia — 
F«sbn«a — br nrsia. 



1. Herupe signifie hérissement. 

2. Du latiD mustela, belette. 

3. Lire : froit, c'est-à-dire crapaud ; BRU donnent boto, forme lyonnaise de bot, <jui 
a le sens de crapaud ; P et C donnent tortuge — tortue. 



190 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xi, 42, b 33. Tout, même Tescarbot : 

A airnptfrN Eskavkot — F D E F N t3impUÎ'W — JK B G îaimplZSN 

7?liq an-iptfîN — h se J> tra-ip^N — p -ima-ipttîN — / Viu-iptiîN 
h tnaipi**, 

./ô/û?., d ^ b a n n a n 73. Le cent-pieds. 

A n^pp" 1 ^ Çenpjer — L H S J I^Bûa^X — A' / ■p^lW' , 3K — F I T^BSSZ 
E ©MÙS^ — D V^BSWt — N NT^BS"'* — FPQ ? — B 1^103136 

g ^Bias^ — fi ■WHaaiat — c nienxaaïït 1 , 
xiii, 2, nina. Une tache : 

A ffin^jp TaJ/es — F££Z,GA\//CZ)EHINQS M*ta — // NpNU — 

a^pa — p wta. 

— 10 et 24, in ^tbb n^n»i. Une santé de chair vivante : 

A ÇaUWîO Sanimenl ; Û3373' , 3 # ma Sajjnimant — N E3733"W 
133^33^25 — P L3^7û:UÎ ; Ï337^3ia — B -1^7330 ; mq. — E I33173"31I3 ; mq. 
— H I U3173N31Û ; m<j. — H S a3^733\2} ; :2373- , 312J — Q a3^73N3«5 ; 
t33^3N3ï2) — O C35733W ; BJMÏ'wtD — R nï35^35d ; mq. — C D as^tû ; mq. 
J vmynQ ; mq. — A' Û23733U; ; L33733^\25 — F 133733^2: ; £33733^25-) — 
B t33733123 ; 233733^ — // û 3733^125 ; id. — E L 233733U5 ; mq. — G "1233^73312? ; 
233733125 2 . 

— 23, 1 1 n ^25 ïi n a *) s. La cicatrice de l'ulcère : 

A yn^-vn Rajjtreç — B T"lb ,|, *l — G H P T")B W 1 — ON T n '"!23'n; 

1 T^nan — s TTj^n — 6 a-nman — f asw^nbn — l n^tn 

7/ 233733i"-|23-] ta I — G TOa'W'nO'l 3 . 

— 24, rr "i 33 73 n n •» n 73. La brûlure redevenant saine : 

A aaçWHEP'n Raijtréemant — I S3 3 "^ 125*1 23^1 — S 23373125 , n' , 23 , ' n 1 — 

p taaja'n'wn — e ï3373tt5^3^n — k Banmcn — n 233N733">">i25 — 

L 233733125 — G rpICpVl \ 

— 37, -1 1 n © n v 115. Tout Ce qui n'est pas ami, mot équi- 

valent à airtï, doré : 

B «banifi* Oraôfe — G Nb^i^nN — DE1S «^D"JW — p KbTKJ-lN — 

/«b , wiN*i 

i. Lire : centpieds avec E, c'est-à-dire scolopendre (mille-pieds). 

2. Lire : sanement avec plus. mss. cités ici. De * sanamentum . 

3. De retrait {re -f- Lractum), c'est-à-dire retiré, revenu. F donne retrayement (cf. 
loaz précédent). G donne retraysemento (lire "") au lieu de 1 à l'initiale). 

4. Signifie retour (à l'état antérieur), Il et L donnent sénement et sanement (cf* 
l'avant-dernier loaz). 

5. De * aurabilem, susceptible d'être doré. 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 191 

xiii, 39, pïil Gomme le blanc qu'on voit chez un homme roux : 

A B çin Ros — //L/A',/EFIN0QS U)n — BPC lUJin. 

— 45, d d id. La moustache : 

A flâna Grenon — B H DEF "pana — IP]m3 - FpN5-|a — 

F oawia — g -pEna — h s iiw-tna — n œnana — R ■qiTaia — 
a "pan-ia — B «FTftTia '. 

— 51, n^M» nns. Une lèpre corrosive : 

A ^2D^""1D l'ojjnnt — F Î33NS^1S — B £3312^3 — tfFG 1HO EO^aiD 

n asa^s — s Kaav^s — p «a^a^ia — e «tas^no — d aa^ns 

— A' asNbD \ 

xiv, 14, ^tïn. Le cartilage : 

A tttYira Tandrome — BH ÛYT730 — FO ÏYVWïa — A ■pTlS'^B — 
N pHTVTMa — F P J A' DTWÛ — F D"n*13t3 — B M G Pc OT^Ù — 

Q otots — s ©mata — i oi-oa — h ontre — f Dinar. 

— 41, 3Matp\ Il rognera : 

4 TWnn Redonjjer — ÊD7 T^im — /E H Q s -i-narm — 

i T^mi — F -p^a-hn — l g -v^am — b -i^a^in — fl -p^an 
p ■vnam — a n^a^a-n — a na^-i-n — d n nwan - f Tiaavi 3 . 

xv, 9, la aa n ». Tout harnais, soit l'arçon : 

A Y&y* Arçon — FFMF//GLCD/J A' ABDEF H IMNOPQRS 

■pan». 
Soit la selle : 

A J amb« ^fues — FF L D / A' A E F M N P UJnb» — S D E5"n?K — 

tfjaabâ - gd j^ab» — ioiab« — Q wnb« - mb ab^o - 

H R «piÇ \ 

xix, o, ûa^snb. Pour que vous soyez agréés : 

A tJ3»^DN Apajjmant — K F BE L CD A DEFM0S DaX3*^SM — 
. / B3»«""B« — / I N Q B3WDK — // aatt^BlBN 5 . 

1. Mot usuel en anc. franc, pour dire moustache. 

2. Lire : poignante. 

3. La forme la plus ancienne de rogner, à lire rodoncier atec I (* rotundiare). 

4. Alve (mot savant de alvus) signifie la ventrière de la selle. MB H R donnent séle 
(selle). 

5-. Lire: apaiemant» c'est-à-dire accord (de ad + pacamenlum), cf. m. apaisement; 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xix, 28, ypyp. Piqûre : 

A Û3^iDnlD Porpojjnt — BAEFIMNPQ a3^1B*ns — aa^aisms 
D 'Jî^DlID — F C23 T nB-n»S — H «Û^Cro — L M^DIfi — 
/ aa73^DlD '. 

xxi, 20, 1 a a. Ayant de forts sourcils : 

^ ttJi'yxniœ sorçilos — bacdjehiopqs aib^mE — 
n ©ib^atmat — a ©ib^s-n© — m ©«batins — f biKb^atiïî — 
a' yi'y^m© — h j f ©nbsrwD — e ©ib^s — g ©bte*© a . 

Ibid., p 1. Taie : 

A Np^a Te/JZe — FB//DFMNOP/A' «b^B — & A E I Q S Kb*H — 

7fo'e?. ? b b n n. Prunelle: 

^4 Nb^niD Pornele — B M H E L C IJ D ABEIMN Q Kb^TlD — 

p «b^a-na — s «bamo — C abwta: — f «b^nns *. 
xxn, 19, n s a 2£ -i b. Pour votre agrément : 

A aritt^DN Apajjmant — FBHE L G AEF I M N OP Q S // a372""D« 

d aa^jasa — c û3«nfir^e». 
— 22, n b n \ Une verrue : 

A T^tpnr\ Viroue — «EFIMGPÀA ttKTVn — ^SDIHEF ïiKTW 

c nint-pi — Q nsrrn — g ajmi — a ïtywth — bhr ■ms». 
xxm, 8, a "> 7a i nyac. Une semaine : 

A fig«ay© SaJJlene — /f Ë AHMOPRS CDJ N3^a© — E Q N / 

{b^ïkj — i ewa© — d Nj^a^a — f n3^b© — g «axra© — 
f au^a* 1 © G . 

— 14, b Ta n 3. Épis verts séchés au four : 

A ©w^a Greneds — b ©^;na — a n o F à*pa**a — p ©■'aana — 

// E I UWia — S 123131"ia — P ORTOli — Q ©^a&na — M (marge) 

1. De pro -\- punctum. 

2. De sorctl -f suff. ossum. 

3. Lire : teyl, sul)st. verbal de tooilliev, souiller. 

4. Forme de pranele avec mctathèse de r. S donne la forme ordinaire. Dans C il faut 
lire D à l'initiale. 

5. Lire : verue, avec Q. 

6. Formé sur set (sept). 



LES GLOSES FRANÇAISES DE RASCHI DANS LA BIBLE 193 

Kfflhnsna — b m+vn* — c îan-s-ia — d cina — / ia wa — k u^-o 
- J «3"»3na — a œarna — e ©iVwytt '• 

xxvi, 13, n a ». Liens : 

PCR tfbM'np Kojngle — N TDMbAS^'np - P «bMTvhp — Q Kbjnmp 

f Nb p — / wn^ar 2 . 

Ou barres : 

P W*IW* Jjodes — QtU-NVP - P ÇtTiTp — C XSTW\ - E N^-b^ap 

— 16, n d n -Q n. Ampoule : 

A îabiDSS Anpoles — F P HE K »blD3« — DLP ttbw» — HI N F 

tDibesw — m obBSM — a c tablas» — b ©rnera — e lar^r,^ _ 
y-cDSN — s tabas^N - * ©iber» — / ©bas» *. 

Arsène Dahmesteter. 
(A suivre.) 



1. Tiré de granum. Quelques ms. ont une forme qui remonte à * gvenatos {A B L N 
Y H El SP Q /A'/) = grenéds. P indique plutôt granetis de * graniticium . A donne 
rjardins et E grenaillis. 

2. Lire : eorjongle avec P. De cum + * jnngulum. 

3. La comparaison de P Q (qu'il faut lire comme P) de C et de D, où le -j doit être 
un l, nous permet de rétablir la forme Jodes, lances (v. gelde dans Godefroy). E donne 
cheville. 

4. Forme ancienne du mot moderne ampoule. 



T. LUI, n° 106 13 



SUR 

LE CALENDRIER EN USAGE CHEZ LES ISRAÉLITES 

AU V e SIÈCLE AVANT 'NOTRE ÈRE 



On sait qu'on vient de découvrir dans l'île Eléphantine, près 
d'Assouan (Egypte), des papyrus judéo-araméeus. Ils ont trait à des 
affaires de famille : héritage, mariage, jugement, etc., et sont datés 
selon les deux systèmes de numération — égyptienne et juive — 
alors en usage dans ce pays. 

La comparaison de ces dates précises nous permet d'analyser 
l'ancien calendrier juif en partant du calendrier égyptien. 

Longtemps avant la conquête perse les Égyptiens se servaient du 
calendrier solaire. Ils avaient adopté l'année solaire vague de 
365 jours, divisée en 12 mois de 30 jours, augmentée de 5 jours 
complémentaires, appelés épagomènes. Le calendrier israélite, 
semblable à celui des Babyloniens, était luni-solaire. 

Voici les noms et l'ordre des mois égyptiens et juifs : 

Mois égyptiens. Mois juifs. 

Thoth. Tischeri. 

Phaophi. Hesvan. 

Athyr. Kislev. 

Choiak. Tébeth. 

Tybi. Schebat. 

Mechir. Adar. 

Phamenoth. Nissan. 

Pharmuti. Iyar. 

Pachon. Si van. 

Payni. Tamouz. 

Epiphi. Ab. 

Mesori. Elloul. 



A) 


18 Elloul 


B) 


18 Kislev 


G etD) 


21 Kislev 


E) 


3 (?) Kislev 


F) 


14 Ab 


G) 


20 ïischeri 


H) 


mois d'Elloul 


I) 


3 Kislev, 8 e année 


K) 


24 Schebat, 13* ann 



SUR LE CALENDRIER EN USAGE CHEZ LES ISRAÉLITES 195 

Chacun de ces papyrus donne d'abord le jour et le mois juif 
avec la correspondance du jour et du mois égyptien suivie du nom 
du prince régnant en Perse et de l'année de son règne. Ces papyrus 
sont désignés, dans l'édition de M. Cowley, par les lettres A B C... 
K L ; les papyrus C et D ont la même date. 

Voici les dates d'après la lecture de M. Cowley : 

= 28 Pachon, 15 e année de Xerxès ; 
= (7?) Thoth, 21 e [année de Xerxès] au 
commencement du règne d'Ar- 
taxerxès ; 
== 1 Mesori, (6 ?) e année d'Artaxerxès ; 
== 10 (?) Mesori, 19 e année d'Artaxerxès; 
= 19 Pachon, 25 e année d'Artaxerxès ; 
= 6 (?) Epiphi, [25 e ?] année d'Artaxerxès 
= Payni, 4° année de Darius ; 
= 12 Thoth, 8 e année de Darius ; 
:4 Schebat, 13 e année = 9 Athyr, 14 e année de Darius. 

Nous avons ainsi en tout neuf dates, dont deux (celles de G et 
H) manquent de précision ; il ne nous reste donc, en réalité, que 
sept dates. 

Dans le papyrus B la date du 7 Thoth n'est pas sûre, elle n'est 
que conjecturale ; on pourrait aussi lire 17 Thoth ou 27 Thoth, car 
avant les sept traits qui forment le nombre 7, il y a encore assez 
de place pour intercaler le signe de 10 ou de 20. La lecture 
7 Thoth exigerait la 22 e année de Xerxès; la lecture de 27 Thoth 
ne concorderait qu'avec la 20 e année de Xerxès ; mais comme 
l'année 21 est sûre, la concordance n'est possible que si l'on lit le 
17 Thoth. La 21 e année est Vannée juive. Les Égyptiens devaient 
déjà compter à partir du 1 er Thoth la 22 e année. Il est à remarquer 
que quand le papyrus ne contient comme date qu'une seule année, 
c'est Vannée juive. L'année juive est toujours en retard par rapport 
à l'année égyptienne ; ainsi, dans le papyrus K, les Égyptiens 
comptaient déjà la 14 e année de Darius, tandis que les Juifs ne 
comptaient que la 13 e année. — Il s'en suit, les Égyptiens commen- 
çant leur année au mois de Thoth, que les Juifs la commen- 
çaient au mois de Nissan avec le printemps, ce qui concorde avec 
II Samuel, xi, 1, et I Rois, xx, 26. 

En nous appuyant sur la remarque que l'année, quand elle est 
une seule fois exprimée, est l'année juive» il faut lire le papyrus G 
comme suit : 



496 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

G) 21 Kislev, qui est le 1 Mesori, 5 e année d'Artaxerxès *. Le 
papyrus G ne donne pas l'année d'Artaxerxès. M. Gowley propose 
la 25 e année. Cette année est impossible, car en comparant les 
papyrus F et G, qui, d'après M. Gowley, auraient la même année 
comme date, on aurait F) 14 Ab, qui est le 19 Pachon, 25 e année 
d'Artaxerxès, G) 26 Tischeri, qui est 6 (?) Epiphi 25 e (?) année 
d'Artaxerxès. 

Or la lecture du 6 Epiphi n'est pas sûre. Pour les mêmes raisons 
que nous avons indiquées en discutant la date égyptienne du 
papyrus B, nous pouvons admettre trois hypothèses : 6 Epiphi, 
J6 Epiphi ou 26 Epiphi. Si l'on compte les jours écoulés du 14 Ab 
au 26 Tischeri et du 19 Pachon au jour accepté d'Epiphi, on trouve 
dans le premier cas 71 jours et d'après la numération égyptienne 
47, 57, ou 67 jours. On voit donc qu'il n'est pas possible d'admettre 
pour les deux papyrus la même année, car dans l'hypothèse la plus 
favorable, il y a encore une discordance de 4 jours, ce qui n'est pas 
admissible. 

Le calcul donne plusieurs solutions. Les plus probables selon 
qu'on lit 6, 16 ou 26 Epiphi sont : 

6 Epiphi = 16 e année d'Artaxerxès. 
16 — = 18e — 

26 — = 17* — 

Une dernière remarque. Dans le papyrus H on pourrait lire le 
1 Elloul, qui est le 1 er Payni, 4 e année de Darius. 

En récapitulant, nous aurons, en transformant les dates égyp- 
tiennes en dates juliennes : 

A) 18 Elloul, qui est le 12 sept. — 471 av. Ghr. date julienne. 

B) 18 Kislev — 
G et D) 21 Kislev — 

E) 2/3 Kislev — 

F) 14 Ab — 

G) 26 Tischeri — 

H) i« Elloul — 

I) 3 Kislev — 

K) 24Sche.bat (—411) — 10 fév. -410 — 

1. Le papyrus E doit être lu ou : 

2 Kislev, qui est le 10 Mesori, 19 e année d'Artaxerxès, ou bien : 

3 Kislev, (jui est le 11 Mesori, 19 e année d'Artaxerxès. C'est ou une faute du 

scribe ou une faute de lecture. 



3janvier 


— 464 


12 nov. 


— 460 


17/18 nov. 


— 446 


27 août 


— 440 


14 oct. 


— 449 


24 oct. 


— 447 


3 nov. 


— 448 


2 sept. 


— 420 


16 déc. 


— 416 



SUR LE CALENDRIER EN USAGE CHEZ LES ISRAELITES 197 

Nous désignons les années avant notre ère par le nombre 
d'années précédé du signe ( — ), ainsi nous disons, au lieu de 
471 av. J.-Ch., — 471. 

En faisant abstraction des dates des papyrus G et H, qui sont le 
résultat de calculs, et en nous servant des tables de Largenteaux, 
publiées dans la Connaissance des Temps de 1846, nous obtenons 
pour les néoménies : 

Nouvelle lune. 

1 Elloul (—471) = 26 août —471 24 août. 

1 Kislev (—465) = 17 décembre — 465 14 décembre 

4 Kislev (—460) — 23 octobre —460 20 octobre. 

1 Kislev (—446) z=z 16 nov. — 446 15 novembre. 

1 Ab (—440) = 14 août —440 12 août. 

1 Kislev (—416) = 14 décembre — 416 12 décembre. 

1 Schebat (—411) = 18 janvier —410 16janvier. 

Si Ton compare les premiers des mois juifs avec ies néoménies 
des mêmes mois, on remarque que la différence est de un, deux ou 
trois jours, c'est-à-dire que le mois ne commençait pas avec la néo- 
ménie (le moment de la conjonction du soleil et de la lune), mais 
avec l'apparition du croissant sur le ciel . — En effet, il faut environ 
de un à trois jours après la conjonction pour que la lune devienne 
visible. 

Si nous ramenons, au moyen des tables de Largenteaux, à la 
néoménie de Tischeri chacune des dates précédentes et si nous 
désignons la néoménie de Tischeri par 1 Tischeri en comptant les 
jours depuis la période julienne, nous aurons : 

Jours depuis 
la période julienne. 

1 Tischeri —471 = 23 septembre — 471 = 1549656 

1 Tischeri — 465 = 16 octobre —465 = 1551871 

1 Tischeri —460 = 22 août —460 = 1553642 

1 Tischeri — 446 = 17 septembre — 446 == 1558781 

1 Tischeri —440 = 10 octobre —440 = 1560996 

1 Tischeri —416 = 14 octobre —416 = 1569766 

1 Tischeri —411 = 20 septembre —411 = 1571568 

Si Ton fait les différences consécutives de ces nombres en dési- 
gnant par A, A 2 A 3 \ les six différences successives, en 

admettant pour Tannée lunaire 354 j., 367 et pour le mois lunaire la 
valeur de 29 j., 53 on trouve : 



498 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

6 X 354 j., 367 + 3 X 29 j., 53 = 2214 j., 792 
367 = 1771 j., 835 

14 X 354 j., 367 -f- 6 X 29 j., 53 = 5138 j., 318 
à A = 2215 = 6 X 354 j., 367 -f 3 X 29 j., 53 = 2214 j., 792 
A,. = 8770 = 24 X 3S4 j., 367 -f 9 X 29 j., 53 == 8770 j., 578 
A G = 1802 = 5 X 354 j., 367 -f 1 X 29 j., 53 = 1801 j., 365 

Si l'on ajoute les trois premières différences, on a A t -f A 2 -f 4 3 
= 2ox 354 j., 367 + 9 x 29 j., 53 = 25 x 365 = 9,125 jours. On 
trouve que 25 années vagues valent 25 années lunaires plus 9 mois 
lunaires ou bien 309 mois lunaires. On obtient encore le môme 
résultat en ajoutant la 2% la 3 e et la 4 e lignes A 2 + A 3 + A 4 = 25 x 
354 j., 367 + 9 X 29 j , 53 = 25 x 365 = 9,125 jours. La conclusion 
d'une période de 25 années dont 9 embolismiques s'impose. On est 
donc fondé à dire qu'au v e siècle avant notre ère, les Juifs d'Egypte 
employaient le calendrier luni-solaire avec une période de 25 ans. 
On comptait 16 années communes et 9 années embolismiques '. 
Cette période de 25 ans rappelle celle des Égyptiens appelée « la 
période d'Apis ». — Cette période d'Apis contenait 25 années 
solaires vagues, ou bien 309 mois lunaires comme celle que nous 
venons de constater en usage chez les Juifs en Egypte. 

En faisant la somme de A 2 , A 3 , A 4 , A 5 , on a A 2 + A 3 + A 4 + A 3 
= 49 x 354 j., 367 + 18 x 29 j., 53 = 49 x 365 j! + 10 j. = 17,895. 
Or, 49 c'est 7 x 7 — 7 2 , mais 7 fois 7 années plus 10 jours nous 
rappellent l'année du jubilé (Lôv., xxv) ; en y ajoutant une année 
lunaire on aura 50 années vagues == 618 mois lunaires ou 50 années 
luni-solaires contenant 32 années communes et 18 années embo- 
lismiques = 18,250 jours à peu près, exactement 18,249 j., 89. On 
peut donc tirer de là que l'année du jubilé était basée aussi sur un 
fait astronomique. 

Les années embolismiques ne suivaient aucun ordre régulier. 
Ainsi A, contient 6 années, dont 3 communes et 3 embolismiques ; 
A 2 contient 5 années communes; A 3 14 années, dont 8 communes 
et 6 embolismiques ; A, 6 années, dont 3 communes et 3 embo- 
lismiques; A 3 24 années, dont 15 communes et 9 embolismiques ; 
A G 5 années, dont 4 communes et \ embolismique. — Malgré la 
grande irrégularité des années embolismiques, si Ton considère 
l'intervalle de 60 années qui sépare les années — 471 et — 411, on 
constate que ces 60 années vagues = 60 années lunaires plus 
22 mois complémentaires. Si on retranche 18 mois pour former les 

1. Ou trouve dans Ezécbiel, xl, 1 : « Dans la 25 e année de notre exil» une allusion 
possible à cette période de 25 ans* 



SUR LE CALENDRIER EN USAGE CHEZ LES ISRAÉLITES 199 

deux périodes chacune de 25 ans, il reste 4 mois pour les 10 années 
qui restent, ce qui est à peu près exact. 

Ce calendrier luni-solaire dont nous avons constaté l'existence 
chez les Juifs en Egypte n'a pas été probablement toujours en 
usage chez eux, car nous trouvons dans l'Ancien Testament certains 
noms de mois comme Abib, Ziv, Ktanim et Boul qui se rapportent 
plutôt à des faits agricoles et météorologiques. On trouve, en 
outre, de nombreuses traces d'un calendrier solaire dans plusieurs 
passages de l'Ancien Testament, ainsi les mois de deuil de 30 jours 
(voir Deut., xxi, 13; Nombres, x\, 29; Deut., xxxiv, 8), les 365 jours 
du déluge, les 365 années d'Hénoch, etc. 

Il est difficile de fixer la place qu'occupait le mois complémen- 
taire. Les Babyloniens, qui depuis fort longtemps se servaient du 
calendrier luni-solaire, employaient trois espèces de mois complé- 
mentaires : Adar II, Nissan II, et Elloul II. 

D'après Philon et Josèphe (voir Schïirer, Geschichte des jùdi- 
schen Volkes, I, p. 752) la Pâque chez les Juifs devait avoir lieu 
après la pleine lune qui suivait l'équinoxe du printemps. Si cette 
règle était observée au temps de nos papyrus elle nous permettra 
de tirer quelques conclusions par rapport à cetLe question ardue 
de l'intercalation du mois complémenlaire. — En partant de cette 
règle, la fè(e de Pâque ne pouvait avoir lieu qu'entre le 26 mars 
et le 23 avril. 

Voici le tableau des pleines lunes de Nissan : 

Jours écoulés 
depuis la période julienne. 



14 Nissan 


— 471 = 13 avril 


— 471 


= 


1 549404 


14 _ 


— 465 = 6 mai 


— 465 


= 


1551708 


14 — 


— 460 — 12 mars 


— 460 


= 


1553480 


14 — 


— 446 = 7 avril 


— 446 


= 


1558619 


14 — 


— 440 = 30 avril 


— 440 


== 


1560833 


14 — 


— 416 = 4 mai 


-416 


— 


1569604 



14 _ — 411 = 10 avril —411 = 1571406 

En examinant ce tableau, on voit qu'en — 471, — 446 et — 411 
la fête de Pâque tombait entre les limites tracées. Pour qu'en 
— 465 — 440 et —416 la fêteftombât entre les limites assignées, il 
faudrait supposer le mois complémentaire entre Nissan etTischeri. 
Dans les trois premiers cas, le mois complémentaire pouvait être 
placé avant Nissan. Quant à Tannée —460, Pâque tombe avant 
la limite assignée parce que, entre —465 et — 460, le calendrier 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

employé est purement lunaire sans aucune intercala lion. — On a 
peut-être imité le roi Ezéchias (II Chr., xxx, 2) et fêté la Pâque le 
2 e mois. 

Le résultat de notre analyse est que : 

1° Les dates des papyrus ne sont pas toujours bien lues ; 

2° Le calendrier suivi à cette époque en Egypte parles Juifs était 
luni-solaire ; 

3> Les premiers des mois ne commençaient pas avec les néo- 
ménies, mais coïncidaient avec la visibilité de la lune (1 à 3 jours 
après la néoménie) ; 

4° L'année commençait au solstice du printemps ; 

5° La période était de 25 années, qui se décomposaient en 
16 années communes et 9 années embolismiques. 

On pourrait encore conclure qu'il est infiniment probable que 
l'année du jubilé était basée aussi sur des causes astronomiques, 
que l'intercalation des mois complémentaires ne suivait aucune 
règle fixe et se plaçait tantôt avant, tantôt après Nissan, enfin 
que les jours commençaient après le coucher du soleil. 

S. GUTESMANN. 



MOÏSE EN ETHIOPIE 



Les chroniqueurs juifs du moyen âge se sont transmis le récit 
d'une expédition de Moïse en Ethiopie, où le législateur apparaît 
sous des traits assez imprévus : soldat heureux, héros d'une flat- 
teuse aventure d'amour. Il est hors de doute que le thème sur 
lequel ont brodé les narrateurs du Sepher Hayyaschar et du 
Schahchelet Haqqabala est de provenance alexandrine : c'est 
par Josèphe qu'il a pénétré dans la littérature hébraïque. Plus 
obscure est restée la question de l'origine du petit roman que nous 
trouvons constitué dans Josèphe et, avant lui, dans Artapan. 

Nous reprenons, dans les pages qui suivent, l'étude des divers 
textes grecs dont la comparaison est susceptible d'apporter 
quelque lumière sur un problème littéraire dont il n'a pas été 
donné, à notre connaissance, de solution satisfaisante. 



I 



Le point de départ de la légende éthiopienne de Moïse est un 
verset des Nombres (xn, 1), qui n'a cessé de diviser les interprètes 
de la Bible : Miriam et Aron s'élèvent contre leur frère à cause de 
la femme kouschite qu'il a épousée. LXX : Kaî sXàXr^ev Maptàfx xaï 

'Aaowv xaxà Mcouarj evexev ttjç yuva'.xb; ty^ç Ai8iQ7:i<7<rr|ç tjv eXaSev Mwuarrçç, 
on yuvatxa AtôiÔ7n<7<;av eXaêev. 

La question s'est constamment posée de savoir ce que c'était 
que la Kouschite si brusquement introduite dans l'histoire de 
Moïse, nommée incidemment à l'occasion d'un conflit qui dévie 
aussitôt et qui ne reparaît pas après cette unique mention Comme 
la Bible ne connaît par ailleurs qu'un seul mariage de Moïse, celui 
qui l'a uni à Gippora la Midianite^ une première solution — c'a 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

été celle du Talmud, du Targum Onqelos, d'Ibn Ezra ~ admettait 
que le verset précité vise Cippora elle-même. 

Le môme point de vue nous apparaît dans le drame où Ézéchiel 
le Tragique, sans doute vers la lin du second siècle, raconta en 
ïambes assez plats l'histoire de Moïse. Ézéchiel adopte l'identifi- 
cation de la femme kouschite des Nombres avec Cippora, avec sa 
conséquence logique, l'identification de l'Ethiopie et de Midian. 
Sepphôra, voulant apprendre au héros fugitif le nom de la terre 
où il aborde, lui dit que c'est la Libye, le pays des Éthiopiens 
à peau noire : 

Àiêu7j pt.lv Y] yT[ Tiaaa jcXtjCetok, iléve, 

oIxgut'. o' aùxrjV cpuXa Tcavroco^v ysvtov 
A'cO'!o7T£ç àvopeç [i-éXavEç* àpytov 8'lari yTJç 
sic koci rupavvoç 5cai trrpaT7}XàT7}ç [jlôvo;. 
'Ao/Ei 8e -KÔleoyç TY|ÇO£ xal xoivei |3poToù; 
lepeùç, oç scx' èjj.ou T5 xyi toùtcov TraT'/jp '. 

Cette manière de trancher le problème n'allait pas sans soulever 
de graves difficultés ; d'après les généalogies de la Genèse, Midian 
ne pouvait être identique à Kousch, de l'instant que le premier 
était fils d'Abraham et descendant de Sem, le second fils de 
Cham. Ceux-là même des interprètes de l'époque postérieure qui 
admirent l'identité de la femme kouschite avec Cippora sentirent 
la force de l'objection, car le Targum Onqelos et les sources de 
même inspiration cherchent à la désarmer en imaginant, avec le 
plus pur arbitraire, que, dans le verset des Nombres, kouschit 
signifie, non pas « éthiopienne », mais « belle ». A l'époque et dans 
le milieu où vivait Ézéchiel, une pareille échappatoire ne pouvait 
encore faire fortune. 

Ceux que la difficulté ethnographique (sans parler de diverses 
autres considérations) empêchait de croire que l'AtG'.oTi'.aca des 
Nombres fût identique à la Midian i te de l'Exode ne pouvaient que 
supposer qu'avant ou après Cippora Moïse avait eu une autre 
femme, une Éthiopienne. Aucun rapport n'ayant pu s'établir entre 
les Kouschites et Moïse postérieurement à l'arrivée en Midian, 
on jugea vraisemblable que cet épisode appartenait à la première 
période de la vie du héros, à l'époque où, fils adoptif de la princesse 
qui l'avait recueilli, il résidait à la cour du Pharaon. 

C'est à peu près cette première étape de la légende que nous 

1. Vers 59-64 (Eusèbe, Prœpar. Evan<j., IX, 28); édité à part par Kuiper, Revue 
des Études juives, 1903, t. XLVI, p. 5G. 



MOÏSE EN ETHIOPIE 203 

présentent les Antiquités clans l'épisode de Tharbis, si on le dégage 
du récit des aventures guerrières où Josèphe Ta trouvé englobé. 
« Tharbis, la fille du roi des Éthiopiens, admire Moïse et s'éprend 
d'un violent amour pour lui. Elle lui envoie les plus fidèles de ses 
serviteurs pour lui demander de l'épouser. Il accepte et le mariage 
s'effectue '. » Si l'on met à part les ouvertures faites par l'amou- 
reuse — détail secondaire qui aide à souder l'incident au récit 
principal — , cette historiette ne se compose que d'éléments que nous 
avons déjà rencontrés chez Ézéchiel : Moïse épouse en Ethiopie 
une femme de maison princière, la fille du chef du pays. 



Il 



Allusion fugitive et incertaine dans la notice des Nombres, l'his- 
toire du mariage éthiopien acquérait ainsi un peu de consistance 
et de précision. Le pays des Noirs avait reçu la visite du jeune 
Moïse, qui y avait pris femme. 

L'Ethiopie avait sa physionomie particulière et son histoire. Elle 
évoquait, dans l'esprit de tout sujet cultivé du royaume des 
Ptolémées, une foule de souvenirs que la littérature avait consacrés. 
Parmi les Juifs hellénisants d'Alexandrie il s'en trouva un qui 
combina audadeusement le mince épisode du mariage avec une 
légende gréco-égyptienne. 

Josèphe, dans un chapitre des Antiquités 2 copié à une source 
innommée, et Artapan, dans un fragment du IIsoï 'Iouoa-cov transcrit 
par Eusèbe 3 , nous ont conservé deux variantes d'un roman de 
Moïse en Ethiopie où le primitif noyau biblique n'occupe plus qu'une 
place restreinte ou même disparaît complètement. Le rapport de 
ces deux textes ne nous paraît pas avoir été exactement défini dans 
les tentatives faites jusqu'à présent: on ne saurait admettre, ni 
avec Freudenlhal '', que Josèphe dérive d'Artapan ou d'un rema- 
niement d Artapan, ni avec Wiedemann^, que Josèphe nous donne 
de la légende guerrière de Moïse la forme simple, Artapan une 
forme contaminée. Nous croyons que la source de Josèphe et 
Artapan remontent indépendamment à un original commun qu'il 
est peut-être permis de nommer. 

1. Josèphe, Antiquités, II, x, 2 (§ 252). 

2. Josèphe, ib., II, x. 

3. Eusèbe, Praep. El\, IX, xxvir, 431 d et suiv. 

4. Freudenthal, Hellenistische Studien, p. 170. 

5. Wiedemann, Orientalistiseke Lit/eratui-Zeitung, 1900, col. 174. 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est par le récit d'Artapan que nous pouvons atteindre la source 
commune disparue. Arlapan lui a été infidèle sur plus d'un point, 
notamment quand il a supprimé sans en laisser de vestiges tout 
l'épisode du mariage pour ne conserver (pie le détail des aventures 
guerrières ; il n'en a pas moins conservé tous les traits caracté- 
ristiques effacés dans la version des Antiquités. 

Môysos est identique à Mousaios, le maître d'Orphée. Élevé à la 
cour du roi Palmanothès à titre de fils adoptif de la princesse 
Merris, il s'illustre par une foule d'inventions utiles ; le peuple et 
les prêtres d'Egypte lui donnent le nom d'Hermès. Sa gloire porte 
ombrage à Khénéphrès, roi de la Haute-Egypte et mari de Merris, 
qui complote de perdre le sage adolescent. 

[432 e] Comme les Éthiopiens marchaient contre l'Egypte, Khénéphrès 

[432^/] pensa avoir trouvé l'occasion favorable; il envoya contre eux 
Môysos a la tète d'une armée, lui donnant pour soldats des 
bandes de fellahs ; il croyait ainsi que, grâce à la faiblesse de ses 
soldats, les ennemis pourraient facilement l'écraser. Mais Môysos, 
parvenu au nome dit Hcrmopolitain avec cent mille fellahs 
environ, y installa son camp et envoya des généraux s'établir en 
avant de ses positions ; et ceux-ci remportèrent dans les combats 
des avantages éclatants. Suivant les Héliopolitains, cette guerre 
dura dix ans. Or Môysos considérant; la durée de l'expédition, fonda 
une ville en ce lieu et il y fit honorer l'ibis, parcç qu'il détruit les 

[433 a] animaux nuisibles à l'homme ; et il la nomma « Ville d'Hermès » 
(Hermopolis). Or les Ethiopiens, bien qu'en hostilités avec lui, 
aimaient à tel point Môysos qu'ils apprirent de lui la circonci- 
sion des parties honteuses, et non pas eux seulement, mais 
encore tous les prêtres. La guerre finie, Khénéphrès fit semblant 
de bien l'accueillir, tandis qu'en réalité il lui dressait des em- 
bûches. Du moins, il le sépara de ses troupes en envoyant une 
partie de celles-ci sur la frontière d'Ethiopie, sous prétexte de 
la garder, et en donnant au reste l'ordre d'abattre le temple de 
Diospolis qui était bâti en brique cuite, pour en élever un autre 

[433 b\ avec les pierres qu'ils devaient extraire de la montagne voisine; 
et a la tète de l'entreprise il mit Nakhérôs. Celui-ci, ayant accom- 
pagné Môysos à Memphis, lui demanda s'il y avait encore quelque 
chose d'utile aux hommes; l'autre lui répondit qu'il y avait la 
race des bœufs, car c'est par leur moyen qu'on laboure la terre. 
Alors Khénéphrès donna au taureau le nom d'Apis et ordonna au 
peuple de lui construire un temple et d'y porter, afin de les 
enterrer, les animaux consacrés par Môysos, voulant ainsi ense- 
velir les inventions de Môysos. Comme les Égyptiens lui étaient 

[433 c] devenus hostiles, il engagea ses amis, en leur faisant prêter ser- 
ment, à ne pas révéler à Môysos le complot formé contre lui et à 



MOÏSE EN ETHIOPIE 205 

désigner des gens qui devraient le tuer ; comme personne ne vou- 
lait lui obéir, Khcnéphrès fit des reproches a Khanéthôtès auquel 
il s'était adressé principalement; devant ces reproches, celui-ci 
s'engagea à agir pourvu qu'il en trouvât l'occasion. Vers cette 
époque, Merris mourut et Khénéphrès chargea Môysos et Khané- 

[433 d] thôtès d'accompagner son corps dans la région située au-dessus 
de l'Egypte afin de l'y enterrer, pensant bien que Khanéthôtès 
pourrait ainsi tuer Môysos. Pendant le voyage, le complot fut 
révélé à Môysos par un des conjurés. Tout en se tenant sur ses 
gardes, il procéda à l'enterrement de Merris et donna au fleuve 
ainsi qu'à la ville qu'il baigne le nom de Méroé ; le culte que 
rendent les habitants à cette Merris n'est pas moindre que celui 
d'Isis. Or Aarôn, frère de Môysos, lorsqu'il eut connaissance du 
complot conseilla à son frère de s'enfuir en Arabie ; celui-ci i'é- 

[434 a] coûta et, partant de Memphis par le Nil, se rendit en Arabie ; mais 
Khanéthôtès ayant appris la fuite de Môysos lui tendit un piège 
afin de le tuer: le voyant venir il tira son épée contre lui, mais 
Môysos fut plus prompt ; il lui maintint la main et tirant son 
glaive, tua Khanéthôtès. (Suit le récit de la fuite en Midian.) 

Dans cette série d'événements, seule la mort de Khanéthôtès — 
immédiatement suivie de la fuite de Môysos en Midian — est de pro- 
venance biblique : elle dérive de la contamination du récit du 
meurtre de l'Égyptien au chap. n de l'Exode (v. 11-12), avec l'idée, 
tirée d'un autre verset du livre (xvm, 3), d'une tentative d'assassinat 
commise sur Moïse par ordre du Pharaon. Les intrigues ourdies par 
la cour égyptienne contre Moïse servent à amener cet incident. 
Mais le récit môme des hauts faits de Moïse dans la Haute-Egypte 
et l'Ethiopie constitue un bloc sans rapport avec aucune tradition 
biblique ou aucun développement logique de cette tradition. Nous 
sommes devant un corps étranger, un agrégat de matériaux non 
judaïques, inséré, d'ailleurs assez adroitement, dans le cadre fourni 
par l'histoire sainte. 

Ces éléments non judaïques transférés sur la tète de Moïse — 
avec la physionomie biblique ou midraschique duquel ils jurent 
singulièrement — ne peuvent être conçus, étant incontestablement 
alexandrins, que comme reflétant soit un récit historique de la 
conquête du Haut-Nil, transmis parla tradition égyptienne indigène, 
soit un conte historique, enregistré par la littérature démotique ou 
grecque. 

Wiedemann après Ereudenthal ' a cru retrouver dans un fait réel 
le point de départ des fables que nous lisons chez Arlapan et Josèphe. 

1. Freudcnthal, tlell. Studiev, p. 155. 



206 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sous la dix-neuvième dynastie, l'Ethiopie, alors province de l'em- 
pire pharaonique, eut un gouverneur égyptien du nom de Mesui * 
qui paraît avoir joué sur le Haut-Nil un rôle relativement important. 
L'habile égyptologue de Bonn rappelle que déjà Lepsius avait pro- 
posé la conjecture que le nom de Mesui est le prototype de l'hébreu 
Mosché et il ajoute : « Ce Mesui vivait sous Ramsès II et Ménephtah, 
c'est-à-dire précisément à l'époque à laquelle les modernes habi- 
tuellement, et les anciens à l'occasion, ont rapporté l'oppression 
et l'Exode des Hébreux. On ne saurait songer à identifier ce per- 
sonnage au Moïse de la Bible, mais il paraît très vraisemblable 
que la notion de ce gouverneur d'Ethiopie, contemporain et quasi- 
homonyme de Moïse, a été conservée jusqu'à des époques tardives 
par un des innomhrables contes semi-historiques de l'Egypte 2 . » 

Cette explication se heurte à des difficultés de toute sorte. Tout 
d'abord, il n'est pas exact que l'antiquité ait, à aucun moment, 
placé l'oppression et le départ des Hébreux sous Ramsès II et Mé- 
nephtah : c'est un Aménophis que Manéthon met en scène comme 
Pharaon de l'Exode, et il n'est nullement certain que l'auteur 
des Aigyptiaka ait considéré cet Aménophis comme identique à 
V Amenephthès du Canon, qui, lui, répond à Ménephtah. La contem- 
poranéité de Mesui avec les Ramsès et les Ménephtah ne pouvait 
donc être une raison pour le placer chronologiquement à l'époque 
de l'Exode. D'autre part, c'est une hypothèse gratuite de supposer 
que le souvenir de ce gouverneur de Kousch soit parvenu jusqu'à 
l'époque ptolémaïque, étant donnée la pauvreté de la tradition his- 
torique de l'Egypte à l'époque grecque. Et si même la mémoire de 
Mesui avait survécu, à notre insu, au naufrage de tout le détail de 
la vieille histoire pharaonique, cette figure ne nous fournirait pas 
l'original du Moïse alexandrin, à la fois conquérant de l'Ethiopie 
(dont Mesui fut un administrateur régulier, un gouverneur du type 
banal) et fondateur d'institutions religieuses qui se sont perpé- 
tuées en Ethiopie et en Egypte. 

Les traits disparates qui composent la figure de Môysos ont été 
empruntés à une source qui n'est ni égyptienne ni historique. 
Pour les retrouver, il faut se reporter à un texte dont les étroits 
points de contact avec le récit d'Artapan n'ont pas échappé à la 
sagacité de FreudenthaP, aune époque où l'analyse des sources de 

1. Mesui est mentionné dans plusieurs inscriptions de la première cataracte (Morgan, 

Catalogue des Monuments de l'Egypte, I, p. 18, n° 87 ; Lepsius, Denkmàler, III, 176; 
sans doute aussi Sayce, Recueil des Travaux, XVI, p. 112 et suiv.). 

±. Wiedemann, Orient. Litteratur-Zeitung, 1900, col. 173-174. 

3. Freudenthal, Hell. Studien, p. 153 et suiv. 



MOÏSE EN ETHIOPIE 20* 

Diodore était trop imparfaite pour que l'auteur des Hellenistische 
Siudien pût tirer la conséquence de ses rapprochements, et plus 
récemment à la critique pénétrante de Willrich \ 

Ce texte est celui d'Hécatée d'Abdère 2 . A peu près tout ce qu'Ar- 
tapan raconte des créations variées de Môysos dans le domaine des 
sciences, des arts utiles, du culte, de la politique, nous Je trouvons 
déjà dans la légende des héros, humains ou divins, entre lesquels 
L'Abdéritain partage l'honneur d'avoir fondé la vieille civilisation 
égyptienne. 

Môysos invente l'écriture (hiéroglyphique), reçoit le nom 
d'Hermès oià tt,v ...épfr/rvstav, introduit le culte des animaux utiles 
(l'ibis, oiseau d'Hermès, le bœufj. — Tout cela est affirmé, par 
Hécatée d'Abdère, d'Hermès-Thot :{ . 

Môysos imagine de réserver aux prêtres une terre spéciale. — 
L'idée revient, d'après Hécatée, à Isis 4 . 

Môysos divise l'Egypte en 36 nomes. — Artapan transporte ici 
sur son personnage une des institutions dont Hécatée faisait hon- 
neur à Sesoôsis ;; . 

Môysos assigne à chaque nome la divinité qu'il devait honorer 
et prend d'autres dispositions dans le but d'assurer à Khénéphrôs 
la possession inébranlable du pouvoir absolu, car auparavant le 
peuple se soulevait souvent contre ses rois. — Hécatée attribue à 
un ancien roi très sage, dont il ne dit pas le nom, l'institution de la 
diversité des cultes motivée par le même calcul . 

Môysos fonde Hermopolis. — D'après Hécatée, Hermès est un 
des dieux qui ont bâti une ville à leur nom 7 . Dans Artapan, le 
renseignement est assez habilement cousu à la narration de l'ex- 
pédition d'Ethiopie, apparemment parce que l'auteur du récit, qui 
avait toute liberté pour placer l'épisode à un moment quelconque 
de la vie de Môysos, a voulu utiliser le passage du héros par la 
Haute-Egypte. 

Ce détail indique chez l'auteur quelque faculté de combinaison. 
La façon dont il fait de Môysos l'inspirateur indirect d'une partie de 

1. Willrich, Juden und Griechen, p. 168 et suiv., et Judaica, p. 111 et suiv. 

2. En grande partie conservé dans le livre I de Diodore de Sicile. Sur l'attribution 
à Hécatée des passages qui vont être utilisés, cf. en dernier lieu Schwartz, dans Pauly- 
Wissowa, s. v. Diodoros, col. G70. 

3. Artapan, 432 6, c, d, 433 b. — Diodore de Sicile, I, xvi. 
i. Artapan, 132 b. — Diodore, I, xxi. 

5. Artapan, i:>2 6. — Diodore, 1, i.iv. 

6. Artapan, 4326, c. — Diodore, I, lxxxix. Sesoôsis, dit ailleurs Hécatée (lv), avait 
quatre coudées de hauteur ; Môysos (Artapan, 43G c) était de grande taille. 

7. Artapan, 432 (/. — Diodore, I, xn. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la culture grecque prouve qu'il n'était pas démuni d'une hardiesse 
ingénieuse dans l'adaptation. Hécatée d'Abdère, enclin par système 
à exalter l'importance du rôle de l'Egypte dans la formation des 
grands génies helléniques, avait prétendu qu'Orphée fut disciple 
des prêtres égyptiens, qui lui révélèrent notamment 1 les rites funé- 
raires. Le copiste juif d'Hécatée exploite audacieusement cette 
donnée. Môysos, étant le génie créateur qui a donné à l'Egypte 
tout ce qu'elle possède d'original, hérite naturellement de la 
qualité d'inspirateur d'Orphée dévolue originairement aux prêtres 
d'Héliopolis. Mais diverses légendes mettaient en rapport avec 
Orphée, à titre de contemporain, de disciple ou de fils, le devin 
Mousaios 2 . L'assonance de ce nom avec celui de Moïse fut utilisée 
sans scrupule, mais non sans adresse : le rapport que les tradi- 
tions grecques établissaient entre les deux vieux poètes fut ren- 
versé, et Orphée devint de maître l'élève de Môysos-Mousaios 3 . 

Le narrateur juif en use donc très librement avec son modèle. 
Son imitation n'est pas un esclavage ; elle se hausse aisément jus- 
qu'à la falsification. Si nous trouvons dans Hécatée une conquête 
de l'Ethiopie rapprochée d'une théorie de l'origine égyptienne de la 
circoncision, une minime divergence dans le groupement des faits 
ne saurait nous empêcher de dire qu'ici encore c'est l'Abdéritain 
qui a fourni les matériaux qu'Artapan nous montre associés dans 
une construction nouvelle. 

ÎSous avons signalé plus haut Sésoôsis parmi les prototypes de 
l'image composite de Môysos. De tous les hauts faits du fabuleux 
Pharaon, il n'en est pas que la littérature grecque, depuis Hérodote, 
ait raconté avec plus de complaisance que sa campagne d'Ethiopie. 
Hécatée raconte les victoires et conquêtes de Sésoôsis, ne manque 
pas de signaler l'incident traditionnel, et le fait suivre immédiate- 
ment d'un récit des courses de Sésoôsis à travers l'Asie, a II dirigea 
d'abord son armée vers les Éthiopiens qui habitent au sud de 
l'Egypte; il les battit et leur imposa des tributs de bois d'ébène, 
d'or et d'ivoire... Puis, se rendant en Asie à la tête de son armée, il 
soumit toute cette contrée (il passe le Gange et du côté de la Scythie 
s'avance jusqu'au Tanais). On raconte même qu'un certain nombre 
d'Égyptiens, laissés près du Palus-Méotide, donnèrent naissance 
au peuple des Colques. On donne comme preuve de l'origine 
égyptienne de ce peuple la coutume de la circoncision usitée de 

1. Diodore, I, xcvi. Sur l'appartenance à Hécatée de ce passage, niée par Schwartz, 
cf. Willrich, Judaicà, p. 113, n. i. 

2. Cf. les références dans Rohde, Rkein. Muséum, 1881 , p. 385, n. 1. 

3. Artapan, 432 a. 



MOÏSE EN ETHIOPIE 209 

même qu'en Egypte, coutume qui s'est perpétuée chez les colons 
(d'Egypte), par exemple les Juifs 1 ... L'expédition fut achevée au 
bout de neuf ans 2 . » 

Nous avons ici le modèle qu'a reproduit, en le déformant, la con- 
trefaçon artapanienne. L'expédition au pays des Noirs a changé de 
chef; sa durée, exceptionnellement longue, de dix ans est celle des 
campagnes de Sésoôsis augmentée d'une unité. La circoncision, 
loin d'avoir passé des Égyptiens aux Juifs, a été enseignée par 
Môysos aux Éthiopiens 3 et aux prêtres (d'Egypte 4 ). 

La conquête éthiopienne est donc un plagiat fait à Hécatée, au 
même titre que l'attribution à Môysos de l'invention des hiéro- 
glyphes, des cultes égyptiens, de la division de la vallée du Nil en 
nomes. Il est même très probable qu'il faut la considérer comme le 
point de départ de toute la série des emprunts que nous avons 
constatés. Un Juif d'Alexandrie, habitué à considérer la circonci- 
sion comme le signe de l'alliance conclue entre le dieu unique et 
le peuple élu, comme le rite national par excellence, institué par 
Abraham et réintroduit par Moïse 5 ; sachant par ailleurs que Moïse 
avait fait un voyage en Ethiopie avant que sa vocation lui fût révé- 
lée et qu'il partît à la tête d'un peuple immense vers l'Asie, a dû 
être frappé des coïncidences de la biographie de Sésoôsis avec celle 
du législateur des Hébreux. En intervertissant les rôles dans l'his- 
toire de la circoncision, il rétablissait ce qui était à ses yeux la 
vérité ; en annexant à l'épisode du mariage éthiopien un récit de 
conquêtes qui s'y combinait sans effort, il put croire qu'il retrou- 
vait une page, oubliée par la Bible, de la période égyptienne de la 

1. Hécatée s'inspire directement d'Hérodote, qui avait déjà proposé (II, civ) d'ex- 
pliquer par la communauté d'origine avec les Égyptiens ou l'emprunt à l'Egypte la 
pratique delà circoncision chez les Éthiopiens, les Colques, et les « Phéniciens et les 
Syriens de Palestine ». Les divergences entre Hérodote et Hécatée sont intéressantes à 
noter. Hécatée remplace par le nom de 'IouSaiot la désignation plus vague de <I>ot- 
vtxeç xat Supoi oi ev -c5j naXatcrtvY] (par laquelle d'ailleurs Hérodote visait, sans doute, 
principalement les Juifs) ; surtout il voit dans la circoncision des Juifs un souvenir et 
une preuve de leur origine égyptienne, ce qui s'explique par les renseignements reçus 
de bonne source qu'il donne ailleurs (Diodore, XL, m) sur l'Exode de Môsès. 

2. Diodore, I, liv. 

3. Notons qu'il est assez singulier que dans ce que Diodore nous a transmis du 
texte de l'Abdéritain il n'est pas question de la circoncision des Éthiopiens, alors 
qu'elle est mentionnée dans Hérodote, source d'Hécatée, et dans Artapan, reflet d'Hé- 
catée. Diodore a-t-il supprimé ce détail, ou l'auteur du récit judéo-alexandrin a-t il 
connu Hécatée par un texte interpolé (d'après Hérodote) ? 

4. Les îspeïç à7cavxaç ne peuvent être que les prêtres égyptiens, comme l'ont vu 
Freudenthal, Hell. Studien, p. 159, et Reitzenstein, Zwei religionsgesch. Fragen, 
p. 13. Cf. Wendland, Archiv f. Papyrus /*., II, p. 28. 

5. Exode, iv, 24 et suiv. 

T. UII, *• 106. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vie de Moïse, petit-fils adoptif du Pharaon. Ces premiers emprunts 
n'excluaient pas sans doute une bonne foi relative. Les larcins qui 
ont suivi ne méritent pas les mêmes circonstances atténuantes ; 
c'est le désir seul de magnifier la légende du grand ancêtre qui a 
déterminé l'auteur de la légende alexandrine à orner Moïse de 
plumes ramassées à droite et à gauche dans la volière d'Hécatée. 



III 



C'est à Artapan qu'on attribue d'ordinaire, depuis Freudenthal, 
la fabrication de ce roman. Nous avons indiqué plus haut une 
opinion différente qu'il est temps de justifier. 

La comparaison d'Artapan et de Josèphe fait constater une série 
de divergences qui ne s'expliquent aisément que si l'on admet 
qu' Artapan a remanié un original suivi de plus près, sur quelques 
points de détail, par la source de Josèphe. Artapan, signalant l'ins- 
titution du culte de l'ibis par Môysos, l'explique sommairement 
par les services que cet oiseau rend aux hommes. Josèphe nous 
apprend, avec détails, le merveilleux parti que Moïse sut tirer de 
l'ibis contre les serpents, qui s'attaquaient à son armée sur la 
route d'Ethiopie 1 . C'est Artapan qui abrège, car il est tout à fait 
gratuit de supposer 2 qu'Alexandre Polyhistor a supprimé de son 
chef ce pittoresque incident 3 . 

Artapan omet toute l'histoire du mariage avec la princesse éthio- 
pienne. Il est clair que Josèphe, en la maintenant, est fidèle à la 
forme première du roman judéo- alexandrin. En effet, sans mariage 
avec l'Ethiopienne, il n'y avait nul rapport entre la légende de Moïse 
et l'Ethiopie; sans ce point de contact le plagiaire d'Hécatée n'avait 
pas plus de raison pour introduire dans la biographie du héros 
juif la conquête du pays des Noirs, que celle de la Colchide, de la 
Scythie ou de l'Inde. 

Artapan attribue à Môysos la fondation de Méroé, ainsi nommée 

1. Josèphe, Antiquités, II, x, 2 (246-247). 

2. Freudenthal, Hell. Studien, p. 160, n. 1. 

3. L'idée de cet épisode vient d'Hécatée, qui enseigne (Diodore, I, lxxxvii) que l'ibis 
détruit les serpents. Le plagiaire a rapproché cette donnée de celles des Nombres (xxr, 
6-9] sur les serpents qui attaquèrent Israël entre le Mont Hor et Ohoth, et d'Isaïe (xix, 
29; xxx, 6) sur le serpent volant (cf. Clermont-Ganneau, Rec. d'arch. or., IV, p. 309). 
Il a, de plus, connu la f'ahle grecque des cerfs mangeurs de serpents, qui se trouve 
déjà chez Xénophon et Théophraste (Bochart, Hiero;oico)i,l, c. 885-887, et Clermont- 
Ganneau, l. c). Ces morceaux disparates sont soudés avec une habileté véritable. 



MOÏSE EN ETHIOPIE 211 

d'après Merris sa mère d'adoption; Josèphe, au contraire, croit que 
Méroé tire son nom de la sœur de Cambyse * ; il a ainsi préservé la 
rédaction première, qui était sur ce point tributaire d'Agatharchide 2 
et qui, d'autre part, d'accord avec une tradition aussi représentée 
par le Livre des Jubilés*, appelait Thermouthis la fille du Pharaon. 
Artapan a mis Môysos à la place de Cambyse et donné à la bonne 
Égyptienne un nom propre à expliquer celui de Méroé. 

Artapan n'est donc qu'un remanieur. C'est un autre que lui qui 
a eu l'idée de piller la légende de Sésoôsis pour la plus grande 
gloire de Moïse. 

L'identité de ce faussaire réfléchi, ingénieux et hardi ne peut 
guère faire de doute. La légende alexandrine de Moïse est l'œuvre 
d'un écrivain qui s'est attaché au livre d'Hécatée d'Abdère et Ta 
systématiquement exploité, dans le but de faire du législateur 
juif le créateur de la civilisation égyptienne et indirectement de la 
civilisation grecque. C'est le Pseudo-Hécatée ''. 



IV 



Artapan et Josèphe dérivent donc l'un et l'autre du falsificateur 
qui publia sous le nom de l'Abdéritain un opuscule apologétique 
(peut-être deux). Le premier a modifié son modèle, sur un certain 
nombre de points particuliers, mais en a respecté la physionomie 
générale; la source du second a supprimé tous les détails relatifs 
à l'intervention de Moïse dans l'organisation de la religion 
égyptienne, choquants pour une orthodoxie scrupuleuse 

Le Pseudo-Hécatée étant dépendant des Septante et d'Agathar- 
chide, et Artapan, lui-même tributaire du précédent, étant anté- 
rieur à Polyhistor (-—40), on peut approximativement situer le 
Pseudo-Hécatée vers la fin du deuxième siècle ou le premier quart, 
et Artapan dans le second quart du premier siècle. 

Isidore Lévy. 

1. Josèphe, Antiquités, II, x, 2 (249). 

2. Strabon, xvn, i, p. 790; Diodore, I, xxxiii. 

3. Jubilés, XL vil, 5. 

4. Nous revenons ainsi à l'opinion de Willrich (Juden u. Griechen, p. 168) depuis 
rétractée par son auteur [Judaica, p. 111 sqq.). 



UN 

FRAGMENT DE MISCHNA AU BRITISH MUSEUM 

(HARLEY 5794*) 



Le fragment en question offre un intérêt tout particulier tant à 
cause de sa composition et de ses leçons, qui diffèrent des autres 
textes connus, qu'à cause de sa ponctuation extrêmement minu- 
tieuse, qui comprend même la barre du ton, le trait du rafê et 
celui du maqqef. Cependant il ne vaudrait pas la peine de l'éditer 
en entier, comme le croit M. G. Margoliouth \ parce qu'il ne s'agit 
que d'un fragment sans suite et très défectueux. Je me propose de 
réunir dans les lignes suivantes ce qu'il présente d'intéressant. 

Le manuscrit. — Ce fragment se compose de quatre feuillets de 
parchemin, écrits eu caractères carrés du type hispano-oriental ; ils 
mesurent maintenant 26 centimètres de long et 20 de large. Mais il 
en a été coupé plus d'un tiers du côté extérieur de la largeur (de 
sorte que le texte est interrompu à chaque ligne) et une ou deux 
lignes de la longueur. L'écriture s'est assez bien conservée aux 
pages la et 6, 2 a, 3 6, 4 a et b ; elle est, par contre, très défec- 
tueuse, par endroits même tout à fait illisible, aux pages 2 b et 3 a. 

Composition. — Le premier feuillet commence avec Abot, m, 
106 2 : y"-iNn ^yb'é ni'o^s FE^i et continue dans l'ordre habituel 
jusqu'à iv, 56; puis viennent iv, 116, 12 et 15 6, après quoi le 

1. Catalogue of the Hebrew Manuscripls..., Londres. 1906, part. II, p. 75. 

2. Je cite d'après l'édition d'Abot par Strack. 



UN FRAGMENT DE MISCUNA AU BRITISH MUSEUM 213 

texte reprend à iv, 6 et se poursuit avec l'ordre usuel jusqu'à iv, 
11 a. Viennent alors : iv, 13 a et b, ensuite n, A a, puis iv, 14, 15 a 
et 16. Là-dessus, c'est de nouveau l'ordre habituel qui reparaît 
et se maintient jusqu'à v, 9 b. Avec v, 9 b commence un nouveau 
chapitre qui se continue dans l'ordre habituel jusqu'à v, 15, qui 
est suivi de v, 17, 16 et 18. Dans ces trois derniers paragraphes 
les exemples font totalement défaut. Ainsi, dans v, 16 il manque 
depuis -ma mbn arma mrta *rn ira jusqu'à la fin du paragraphe ; 
dans v, 17 depuis ûtoe ûtfîb amia npibrra trfi ira ; dans v, 18 depuis 
train na ron ï-dt ïiots. Après v, 18 vient v, 19, 20 a, et depuis 20 b 
'•ttl inatn vr» jusqu'à la fin de ce paragraphe ; puis v, 22 et 23. De ce 
qui suit on ne peut lire que des mots isolés, mais il est visible et 
certain que les baraïtot qui figurent dans l'édition des Pirkê Abot 
du Mahzor Vitry (éd. Mekizê Nirdamim, p. 92) se trouvaient 
aussi dans notre fragment '. Ensuite, on lit : -an itowX wbN r i tok 
'ïi -pa bai r yp nbva mbo dm» D^an ïpnbn wsn ; puis : aran r -i 
'ai bamai n« rnaîb n'a'p n mn n^ia crisp* p ; puis ,46o£, v, 21 2 ; 
puis mrjpn Diras jusqu'à maan ■»»» 'pbm -«73 ^o^ata T^a ^ba î P u i s 
la dernière mischna du premier chapitre de Berachot : rwsF ■pvara 
an rob^ba û"»-ûK3, suivie de la formule finale Sd 'ba. Viennent enfin 
le sixième chapitre de Abot et les cinq premiers de Zebahim. 

A l'intérieur des chapitres les paragraphes sont chaque fois 
séparés par un petit espace blanc et par des lettres servant de 
numéros ('a 'a '«).. Par contre, on ne peut plus en déterminer 
l'étendue parce que, comme nous l'avons déjà dit, un tiers du côté 
extérieur de la largeur est coupé, ce qui a fait disparaître le com- 
mencement ou la fin d'un paragraphe, ou même l'un et l'autre. 
Pour la même raison il n'est pas toujours possible de préciser le 
nombre de paragraphes de chaque chapitre. Ce qu'on constate 
avec certitude, c'est que Abot, m comptait treize paragraphes, 
Abot, v (première partie), sept; Zebahim, 1, cinq; Zebahim, \v, 
six ; Zebahim, v, sept. Les baraïtot qui sont jointes à la seconde 
partie du chap. v d'Abot se suivent immédiatement Tune l'autre, 
sans former de paragraphes. Quant aux chapitres ils sont séparés 
les uns des autres par un plus grand espace libre et par la formule 
ha 'bs. Le chapitre ïrnn Vop est séparé du précédent par toute une 
ligne laissée en blanc, et du traité Zebahim, qui le continue, par 
quatre lignes. Il est suivi des formules ia 'bo et VpTO n[-JO p^bo], et 
du titre trmT. 



1. Cf. Taylor, An Appendix to Sayings..., Cambridge, 1900, p. 172. 

2. Cf. aussi infrà la liste des variantes. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Orthographe. — Tout d'abord il faut relever la présence très 
fréquente des maires lectionis, presque toujours devant un 
daguesch, par exemple : rta^n, rsariE. La terminaison du pluriel 
û\ de l'hébreu biblique et le suffixe de la troisième personne du 
masculin pluriel û T sont presque toujours supplantés par "p. et 1 T . 
Ce qui est tout à fait particulier à notre fragment, c'est l'ortho- 
graphe \ix pour û*tk, qui se trouve une fois (p. 1 a, ligne 4) et 
celle de p aaa pour û^sa, qui revient trois fois (p. 3 b, 1. 27 a, 1. 21, 
24). La particule bia est toujours reliée au mot suivant et le b reçoit 
un scheva, p. ex. : ynNn "Wb© m**o"<33 nn-nâ^i ; û^babiD; nrnaNbtt). 

* ' v ,T T I - : v I • " l~ |T : • : v |T T : - : v 

La même orthographe paraît être celle du manuscrit de Kauf- 
mann 1 . P. 2 a, 1. 7, on lit riçba pour !"pb->, sur quoi on peut com- 
parer Strack, Bibl.-aram. Grammatik, § 3 e, p. 3 a, 1. 19, "^iari 
pour visr: ; p. \ a, 1. 24, p-ns pour p"ii^ 2 . On trouve constamment 
&nrrrtT~<N pour ton nrN; iacnr^Ka pour it^'d ; souvent -irjnb, nT*b 

I v ,-■»■•: v |V • |T T : 

pour wba, wba. 

Ponctuation. — Tandis que le fragment tout entier est pourvu 
de points-voyelles, le signe du ton, le maqqêf et le trait du rafê 
ne sont régulièrement employés que pour le texte de la Mischna 
proprement dite ; ils ne figurent que rarement dans celui du Pérek 
rmn pap et des baraïtot ajoutées à la deuxième partie d'Abot, v. 
Les points-voyelles sont ceux que nous avons dans nos imprimés 
— c'est le système sublinéaire, de Tibériade — ; seul, le qameç a 
quelquefois la forme >, Le trait du rafê est placé non seulement 
sur les consonnes hdd *tta, mais aussi sur les lettres "iriN, quand 
il s'agit d'indiquer qu'elles n'ont pas de valeur consonantique. 
Cependant il n'est pas toujours placé ni sur les unes ni sur les 
autres; il Test naturellement le plus souvent sur ns3*wa, très sou- 
vent aussi sur le n. Pour a et n les exemples sont, par contre, isolés. 
On le trouve sur le « p. 1 a, 1. 3 : din-bp ; 2 a, 1. 4 : 'pœfen-b* ; 
3ô, 1. 4 : rr-iàna ; pp. 3 et 4, 8 fois nsan avec rafê ; p. 4 a, 1. 2, 17, 

1. V. Monalsschrift, XLII, p. 46. David Kaufmann a fait imprimer: ûa?b5 blû. 
Cependant il faudrait s'assurer encore une fois si les deux mots ne sont pas ici aussi 
écrits en un seul, sans quoi le daguesch dans le b et le trait du rafê sur le 3 n'au- 
raient aucun sens. L'orthographe D^bâbU) est l )lus correcte grammaticalement que 
celle de û^bab^D; cette dernière a pour cause l'ignorance de l'origine de la particule 
bU3, qui vient de b "ltDtt. — [S. Krauss publie en ce moment dans la Monatsschrift, 
LI, 54 et suiv., la description du ms. Kaufmann : la particule b\23 y forme toujours en 
effet un seul mot avec le mot suivant, p. 56]. 

2. Le Cod. de Parme 138 a p^2S, cf. Taylor, Appendix... 



UN FRAGMENT DE MISGIINA AU BRIT1SII MUSEUM 215 

i8 : b^Sî ; 1. 15 : ibSttba ; 1. 23: ïwte'êhn. Il n'y a que deux 
exemples de i avec rafê : p. 1 a, 1. 9 : nrnns o^rern ; 1. 26 : nÏD^n 
1T?- • ^ e n en ai aucun P our * e "■• So uvent le signe du rafê sur- 
monte deux lettres, par exemple : pinis, bpjïb, etc. 

Le ton est marqué d'habitude par un petit trait vertical placé le 
plus souvent au-dessous, mais souvent aussi au-dessus de la syl- 
labe tonique. On trouve aussi Yetnah, mais sans signification pau- 
sale. Tout mot séparé a régulièrement un signe tonique ; seul, le 
mot Inn^ian ^p. 1 a, 1. 13) paraît en avoir deux. 

Les particules brèves sont généralement unies par un maqqêf 
au mot suivant et n'ont pas le signe du ton. C'est toujours le cas 
pour les particules suivantes : bN, "pat, un, pn, b3, "pa, b*. ûç (otjb, 
dçm). Même deux particules peuvent être jointes au mot suivant, par 
exemple p. la, 1. 19 : njvbç"by. Souvent aussi d'autres mots étroi- 
tement unis sont ainsi reliés, par exemple p. 1 a, 1. 14 : nim-i-Js-iN ; 
2<z, 1. 27 : TjJ-fë, etc. Par contre, ïta l'est rarement. 

On trouve le signe appelé naçog-ahor p. 1 b, 1. 10 : 1b biwifrb|h 
et ib min-Nbi, tandis que l'accentuation de njria, p. 2£, 1. 18, est 
irrégulière. 

Grammaire. — Le suffixe araméen de la troisième personne 
du singulier^, a presque totalement supplanté l'hébreu * : , qui ne 
se trouve qu'une fois (p. 1 b, 1. 2 : ïpw;3). En outre, la forme ara- 
méenne -nn est toujours employée à la place de -nn : riNS se lit 
p. {a, 1. 13, pour nNa'. A noter encore les infinitifs suivants qui 
diffèrent de ceux de l'hébreu biblique : b5Nb, p. 4, 1. 2, 3, 
17, 18, 20, 25 2 ; anjjb, p. 4 6, 1.6; tnbb,:p. la, 1. 23. — bjn, 
« pied », donne le pluriel pbyi hn* 1 »] (p. 2 6, 1. 18), ^p le pluriel 
r?^ (P- 4 a, 1- 20) ; p- 1 «, 1. 10 on trouve une forme pausale dans 

" T • 

Rapports avec d'autres manuscrits. — Je ne puis partager 
l'opinion de M. G. Margoliouth 3 , d'après lequel notre fragment 
offre beaucoup d'analogies avec la recension palestinienne de la 
Mischna. Au contraire, une comparaison minutieuse des leçons 
respectives des deux textes m'a permis de constater deux fois plus 

i. Cf. Cari Siegfried, Lehrbuch der neuhebr. Sprache, § 88 6. 

2. Cf. id.,ibid., § 98 6. 

3. Op. cit. 



216 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



de divergences que de concordances (j'entends par concordance 
Vaccord avec la recension palestinienne contre d'autres textes). 
D'autre part, aucune des particularités de notre fragment ne se 
retrouve dans la recension palestinienne. On en relève plutôt un 
certain nombre dans un ou plusieurs des manuscrits non palesti- 
niens examinés par Taylor '. 

Ainsi le déplacement de Aôot, n, 4 a à la suite de iv, 13 b revient 
aussi dans les mss. n os 115, 116 et 138-140 de Taylor; Tordre de 
Abot, v, 17, 16, 18 dans le n° 10 de Taylor 2 . Par contre, aucun de 
ses 170 manuscrits n'a le rejet de Abot, iv, 11 ô, 12 et 15 6 à la 
suite de iv, 5. De même l'absence totale d'exemples dans Abot, v, 
16, 17, 18 ne se retrouve pas ailleurs (dans la recension palesti- 
nienne il manque seulement l'exemple de Jéroboam). 

La division du chap. v d'Abot en deux parties, qui est commune 
à notre fragment et aux manuscrits n os 10, 83, 97 de Taylor (avec 
cette différence toutefois que notre fragment fait commencer la 
seconde partie à v, 9, tandis que les autres mss. ne le font qu'à v, 
21) et qui avait probablement un but liturgique, le désir d'avoir un 
chapitre correspondant à chacun des samedis de la sefira, ainsi 
que la présence des morceaux mapn ûieb et u^W2 narr* "ptoïtd 
indiquent que notre fragment est une partie d'un Mahzor ou d'un 
autre recueil liturgique, comme l'a déjà remarqué M. G. Margo- 
liouth dans son Catalogue. 



Variantes de l'édition des Pirkê Abot par Strack. 



' J V |T T r - : V I • ! 



11 

12 
13 

14 
14 

16 
16 
10 



û*ana rran— »» B^te^n à la suite de irnima b^ç ïiotïit 

uîish - bp. 

5^o nînotn ,rrn*b •nNï-rna l^" 173 t^n mbpi pima 

l - : i : T T : ••• T 'it T t v ' r • :- ' ■ 



rmnt>. 



ûbijri anaa iarâ iba anb ïnm 

|T T |T : • | V • I" |VT '|-T V 

fi?-?#!? ah -^b biDîi tfn [ûbi*ii anaau 

btpiDT «a bitnb rwti-irrbai nânia tîii ïhwib oprsrn. 






17 6 : naa nvnîi. 



1. Op. cit. 

2. Cf. Taylor, pp. 160 et 169. 



m,. 17 6 
18.: 

iv, 1 : 
1 : 
46 
56 
56 
7 : 

10 : 

11 : 
13 : 

15 : 

136 

16 : 

18 : 

20 6 
20 c 
22 : 
22 : 
v, 2a 

3 

4 

5 

5 

5 

6 

7 

7 

8 

8 

96 
10: 

12 : 
13: 



UN FRAGMENT DE MISCHNÀ AU BRITISH MUSEUM 217 

| - : ! t t tv | - : - • -: 

njDDn ntyb 'n (cf. A. Geiger, Nachgelassene Schriften, IV, 343). 
aann émsi-w -■■»«. 

|T TV | r 

Narr ûbi^rs ^rtb. 

T - |T T |" " : 

pïlX (cf. supra, p. 214, n. 2). 

min -nai» nltfâïi-bi art 'an imaniâ'' m 

|T !••:•• | " " T |T !•■-:• |- 

i i i 

-uni wtmb nain "pb^n sb-tF minrr ie [nnban uni] 

• : ' |v : v : |ï . - » [• ■• : it v r » • 

•sb imb mnrj -oto ib-to"« rnim nb»£, 

'|T '|T • |V : - |T T » v |t - t : r t 

ïTOErûiôb. 

|T : • " : 

nbu mq. 

'ai nibria »^a-r«, 

|- s - • |- t : * " 

Û^b^TOb ÏÎNT-Nbl. 

|" T 

I = T : • 

Ï-V73 nJiàa 1b bK®F»-b»1 (sur n^u: cf. Taylor, Appendix, 

p. 161.) 
1^ 1FP*» *P"> ÏTHlTDl. 

' T T ||» » -I- |V 

1a-«nô rron «b» Ipsps banian -bt*. 

| •• : |T : |T v "'--:' — |» - : • : - 

b« ÉMTO. mq. 

'ai 1btÔ bisri ,irnû nptt «b-j (cf. Taylor, p. 164). 

btàftrs ^73 dmb* arrima -i? 'pam "nssb •po^Dtt. 

- - |" | v •• - | • •■ v - ' | • t | t t : ' | • • : - 

'an insnn êpïi ï-ï^s. 

rrnb. 

bina ïnba -Hp rjana «b. 

| T ' • * | V T : ' | 

'jn ïrnxa toi -ai p^ioa Tad «b mq. 

dbœrr'b la "p?"^» 

nrna 3123 et p nb&o manquent. 

ÏTDbrfâ mâttl pî*S bNlffi. 

T T -. - [ • " '|T: ' T |" 

(dbiyb naoJ "pan m'^yns ^e ïwarô. 

\ 1 » ,. T , . T : |" • |T • 

nra. 
NrTrrNbsbrâ aîn, 

| T |T T - : V |" T 

rtàa ûbiyrr D^pns nymNa. 

» • (T T i 1 ' t: it t : - : 

yii-i ibrô -ibiôi ibu5 T>Drt "aVô "abtôi ^brâ. 

| T T r V |» v : I |T V | • T » |T V I |T v : • V 

■p-raiba. 



218 



VI, 



19 
19 

21 



i 
1 
1 

2a 



2b 

3 

3 

4 
4 
4 
5 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■îa-uré-bai, 

I - v t : 

'n 'aie rii-in «ar: ûbijm. 

»vv '-1 ,T - |T T : 

D"ntpy 13 TWabnb rnb* «cri ja n1*9? îrito* rcbrâ p 
o^rân ia rawb a^iBiâ p ....rrcyb a^iâ ta -..n^Nb 

• ;.»-. T •: • " • : ' V T • : • • » v T • T 

fflfeb. C'est tout ce qu'on peut lire de toute cette mischna. 

ûnaiBEai ar?a -inaia ^na nsujEïi ïTSîba a^an nsia mq. 
Nbfc* IV Nbi mq. 
rr373t) rr3rf3i l . 

haan»] &Mms nttaa-ï] 'ai ïttdw. 



2 6 : tpT3 ht -nrt rînin irabina p*©y "irai» i» bara. 



'ai anip *nn bj*. 

ban*™» D'Haï "»gç NbN nwb kVô, 

IN-ip (1*T»"I mq.) 

nruân tr»i baân nbtea ne. 

p toi* nna un mq. 

N3M ûbiyn ™nb "sb altai. 

T - T T " " : <T 

aj. : '51 D'Haï fi3i»iBn pva"l«î1 p ib^n. 
Le mot d'introduction n^HNi manque toujours. 

'in rmm p pp*»® 'n]. 

û^anbip iibiia nOT wa, 

..,.«« aipraa wen •sjbtfn min "Haï ûiptt rna» rp». 

'a© inN V 5 " 1 ? ûrnaN 'ai -bm aiin v-iam -^oa D^ért 

tv '-:..»■ T T : • : - -: ' v t T : • : • • — T *■ 

'm onaNt •sjtis içâo'i is-p-ian 



Variantes de l'édition de Zebahim par Lowe. 

Page 149 6, ligne 23: nOBSi-ÛÊb* nNUH-ûrâb. 
24 : 1K *p:>tttt '1 n^îTO. 
26 : ^bïl73ÏTf-SlN 'ÎN wb$ "1- 

29 -. ïfci* aiôi", 
150 a, 27: ibâfaba iron iâwa bspp. 



1. La supériorité de cette leçon est évidente : Quiconque étudie la loi (p013>ï1 ba 
ÎTnn) jouit de celle-ci (ï"t32373 r»3!l3). A cette sentence convient la citation : Ti^y ^b 
'31 mZîim, qui ne donne aucun sens satisfaisant d'après la leçon ordinaire, puisque 
les mots ';n HiÊ? ">b sont prononcés par la Tora. 



UN FRAGMENT DE MISCHNA AU BRITISH MUSEUM 219 

Page 150 6, ligne 2 : njrvsgt '-). 

8 : "pàça fnn pbifcîr 

12 : ynnn ■paan ûwsï"ï. 

151a, 4: iSnTiû nSsi "iteEtâ '-i wa D^rr^. 

| : — v |T T : ' | : * |" T — * • 

12 : nrtN rra natta. 

27 : Dans Lowe il manque ici deux ou trois lignes. 

151 b, 4 : DHN-bob ifeteni tTWbb "lipSïi 

'ai dtn bab wti bD3 'pbsMi. 

H. ROSENBERG. 



LA KEDOUSCHA DU « YOGÊR » 

CHEZ LES GUEONIM 



La Tosefta i et le Talmud de Babylone 2 ne connaissent que la 
Kedouscha qui s'intercale dans les Dix-huit bénédictions; le Talmud 
de Babylone mentionne encore 3 la niidt wzmp comme étant d'une 
importance extraordinaire, mais sans indiquer la place qu'elle 
occupe dans le Rituel de prières. Il n'y a pas trace dans le Talmud 
Babli d'une Kedouscha intercalée dans la première bénédiction qui 
précède le Schéma, dans la prière du matin. Voici, par contre, ce 
qu'on lit dans le Yerouschalmi 4 : « Betitaï étant resté court dans 
la prière sur les « Ofanim », quelqu'un d'autre dut continuer l'office 
à sa place. On demanda à R. Aboun où le second devait commen- 
cer. Il répondit : là où le premier s'est arrêté. Quand on lui opposa 
la prescription de la Mischna d'après laquelle le second doit, dans 
un tel cas, répéter toute la bénédiction dans laquelle l'erreur est 
survenue, R. Aboun répondit : Gomme vous avez déjà dit la 
Kedouscha, ce qui suit est comme le commencement d'une béné- 
diction. » Il est question ici d' « ofanim » après la Kedouscha ; c'est 
pourquoi tous les commentateurs sans exception rapportent ce 
passage à la partie en question du « Yocôr » 5 . Si cette relation 
est exacte et qu'il ne s'agisse pas de la Kedouscha des Dix-huit 
bénédictions, la Kedouscha du « Yocêr », partie intégrante de la 
prière en commun, aurait déjà son origine en Palestine à l'époque 

1. Tos. Berachol, i, 9. 

2. Berachot, 21 b. 

3. Sota, 49 a. 

4. J. Berachot, v, 4, i. f. (9 c, 1. 64) : •pb'^lDT finN .îl^SISO pnruBiN T^CTO 

■pnnn nmano nt "nb *p jibiï-p "«m mzn -hdn "ni *pb inx .f-DN "mb 
n?3N ,r»ï ruais r^-nn bTin» "jron «m ,Trb •pi»» .poDia ûip?:tt b"»nm 
ï-D-n nbnn n*>ïiuj ^5 Nniûnp ■pmaan ivott *pb. 

5. Cf. Ratner, D^blDVn ^TS Dl!1t< sur Berachot, 131 et suiv. 



LA KEDOUSCHA. DU « YOCÊR » CHEZ LES GUEONIM 221 

talmudique, et seule l'extension donnée à cette prière appartien- 
drait à la période des Gueonim. 

On lit dans Soferim, xvi, i. f. (d'après le texte plus satisfaisant 
de Joseph Karo) ' : narra idyip Taib bna^ ira sttia n« otid "irisu) pp 
ai™ ««ob -rcnb b"i^ ym> na dtid b-m-i .ûïto* rtn* -nana bas Tma 
•pin "ira *ji»"Hp3n ^srTja -wib ^-nirra )vs ïtto* bu: lûvrp bat* .Tinoa 
mi»*tt mriB nT/aïab « Un mineur, qui n'est pas autorisé à réciter 
en public le Schéma avec ses bénédictions, ne doit pas, dans sa 
prière particulière, dire le Kadôsch dans la première bénédiction 
du Schéma, mais peut le dire en même temps que la communauté. 
Un adulte, qui est autorisé à réciter en public le Schéma avec ses 
bénédictions, peut dire ce Kadôsch (même dans sa prière parti- 
culière), car il n'y fait que décrire. Mais le « Kadôsch » des Dix-huit 
bénédictions ne peut être dit qu'en présence d'au moins dix adultes, 
car il est une invitation pour les autres fidèles à glorifier Dieu. » 
Ici, on examine déjà la question de savoir si même le particulier 
peut dire cette Kedouscha et, à ce propos, on fait une singulière 
distinction entre mineurs et adultes relativement au droit de dire 
la prière en particulier. Il en résulte que cette Kedouscha, comme 
l'autre, était proprement destinée à la communauté seulement, 
mais qu'elle fut ensuite abandonnée aux adultes même priant en 
particulier. 

Maïmonide 2 n'a pas reconnu cette distinction, prescrivant que 
le particulier ne doit pas dire la Kedouscha dans le « Yocêr ». Il ne 
prit pas en considération le passage précité de Soferim, en présence 
de la disposition deBerachot, 21 b, d'après laquelle aucune Kedou- 
scha ne peut être dite qu'en public. Il en fut de même du Zohar 3 , 
de Salomon b. Adret, de R. Yeroham, d'Abraham ibn Yarhi 5 et de 
Cidkia b. Abraham 5 ; les rabbins de l'Espagne, de la France du Sud 
et de l'Italie sont d'accord sur ce point. Par contre, Eliézer b. Yoël 
ha-Lévi 6 dit : rrorip moajBi ma natraia xomp vm a^nsno nas^a nnm 
mriD -raie* "pa ^©vipïi ^m?: bas* /moa «ma immd tain tjt ib^a 
ïvvbje. II cite ici le passage de Soferim, auquel il ajoute seule- 
ment la Kedouscha de la fin de la prière du matin 7 , et où il trouve 

1. Sur Tour Orah Hayyim, § 59 (cf. Mueller, Tractât Soferim, ad loc). 

2. Hilchot Tefilla, vu, 17. 

3. Section « Terouma ». 

4. Manhig, éd. Berlin, 116. 

5. Schibbolé ha-Léket, 12, en bas (v. Joseph Karo, l. c). 

6. Rabiah sur Berachot, 1 d, § 2. 

7. L'autre Kedouscha ne figurait pas dans son texte de Soferim, comme le montre 
une seconde citation du même passage, p. 8a : "O m \Tp , "iftlN Û^IDIO rDOHai 

-moa> hmtq ^s» tqin tït Y^dk tin Tjmaizj. 



222 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la prescription d'après laquelle le particulier peut également dire 
la Kedouscha précédant le Schéma. Donc à Mayence, au xn e siècle, 
c'est la prescription de Soferim, en divergence avec le Talmud, 
qui était observée, à l'opposé des pays méridionaux de l'Europe; 
constatation qui a son importance pour la question des rapports 
de l'Allemagne avec la Palestine et la Babylonie *, De même, les 
disciples de R. Yona 2 rapportent que les rabbins du Nord de la 
France et quelques Gueonim permettaient au particulier de dire la 
Kedouscha du «Yocêr», parce que celle-ci ne fait que décrire 
comment les anges louent Dieu. Abraham b. Isaac Ab-bêt-din de 
Narbonne décide aussi en ce sens, en renvoyant à Soferim et en 
englobant également, comme Eliézer b. Yoélha-Lévi, la Kedouscha 
de la fin de l'office du matin 3 . Qu'on remarque que la source de 
tous ces rabbins était uniquement Soferim, comme le montre le 
motif qu'ils allèguent; donc les Gueonim cités par les disciples de 
R. Yona ne sont pas des chefs des académies babyloniennes, mais 
conformément au style de ce temps, des docteurs des xi e et 
xii e siècles. R. Ascher b. Yehiel 4 , rabbin allemand, décida dans le 
même sens et pour les mêmes raisons. Tous ces savants ne voient 
— et avec raison — aucune contradiction entre la prescription de 
Berachot, 21 b, d'après laquelle nulle Kedouscha ne peut être dite 
qu'en public, et celle de Soferim. En effet, le passage talmudique 
parle, ainsi que le montre la discussion tout entière, uniquement 
de la Kedouscha de la « tefilla » ; Soferim, au contraire, de la 
Kedouscha dans le « Yocêr » et à la fin de la prière du matin. 

Aussi bien Maïmonide, au témoignage de Salomon b. Adret, 
de R. Yeroham et d'autres savants rapportant le dire d'Abraham 
Maïmouni*, a-t-il abandonné dans une Consultation l'opinion qu'il 
avait exprimée dans le Mischné Tora, et il s'est joint à ceux qui 

1. Cf. la relation d'Isaac Dorbelo sur la question des Juifs rhénans aux savants 
palestiniens en l'an 960, dans Revue, XLIV (1902), 237, et Epstein, Monatsschrift, 
XL VII (1903), 344. 

2. Sur Berachot, 21 b. 

3. Eschkoi, i, 8 : ntt Nb« ^"î^dtw 12N *pNi» iin nam nannn b^K 
nnN Dbirb ■« ^ep Tbïrrb nab p» air; ^na îûripb "pnara» n-DNb»^ 

^TVian 125T7p. La source, ici, est Soferim, comme le montre son opinion touchant la 
NY701 NîZmp traitée de la même façon (I, 33) : pPD inro D^IÈW "IN1I3 bnN 

^binn 1DD72 in ûipiDD fimpa aba irs ^îD^pai "jsfnaHJ -wik "para 
nar^ rnomp ittiK ies ttpïi m»"ifcn pis^pTq D^Nb^n ws. Aaron 

ha-Gohen de Lunel {Orhot Hayyim, I, lie) ajoute encore à la remarque des élèves 
de R. Yona, que R. A. B. D. partageait la même opinion ; songeait-il à R. Abraham b. 
David ou à R. Abraham Ab-bèt-din ? 

4. Berachot, m, 18, i. f. 

5. Cité par Joseph Karo sur Mischné Tora, H. Tefilla, vu, 17. 



LA KEDOUSCHA DU « YOCÊR » CHEZ LES GUEONIM 223 

autorisaient le particulier à dire la Kedouscha dans le «Yocêr». 
L'explication la plus vraisemblable de ce changement serait d'y voir 
l'effet de l'usage des communautés égyptiennes : les rabbins de ce 
pays auraient expliqué à Maïmonide que cet usage n'était pas 
contredit le moins du monde par la prescription talmudique. 
Le fait est que les termes de sa Consultation ne décèlent d'autre 
source que le passage déjà cité de Soferim. Voici, en effet, ce 
qu'écrit Abraham Maïmouni ' : « Beaucoup de savants ont cru que 
la Kedouscha dans le « Yocêr » et à la fin de la prière du matin est 
réservée à la communauté et que le particulier ne doit pas la réci- 
ter, les rabbins au Talmud ayant prescrit que la Kedouscha ne peut 
être dite qu'en présence d'au moins dix fidèles. C'est ainsi que mon 
père, appliquant cet enseignement à la Kedouscha du « Yocêr », a 
édicté dans son ouvrage que le particulier doit l'omettre. Mais il 
est revenu de cette opinion dans un cas pratique, ainsi que je l'ai 
entendu de sa bouche et que je l'ai vu dans une Consultation écrite 
de sa main, en réponse à une question qu'on lui avait posée à ce 
sujet. Il écrivait que la Kedouscha du « Yocêr » est simplement 
une description de la glorification de Dieu par les anges, et que la 
Kedouscha de la fin de la prière du matin n'est rien de plus qu'une 
lecture de versets d'Isaïe et d'Ezéchiel 2 . » 

Cette Consultation pourrait être celle qui fut adressée à Bagdad 
sur différents passages du Yad, et qui s'exprime ainsi sur notre 
question 3 : « Quant à la Kedouscha du « Yocêr », je suis d'avis que 
le particulier peut la dire aussi bien que l'officiant, quoique diffé- 
rents Gueonim en aient décidé autrement, se fondant sur Bera- 
chot, 21 b. Mais la plupart de nos Gueonim occidentaux sont de 



i. D"atnrt rvmœn yaip, 59 6 : -larn niainptfî naart a^arrr: ya nanrr 
b"i D"i73«b , vmb d^in-i dsto Tiasb inr»» nan &nrt net» -no nta-npn 
maTipa ht eî'vd b"T "hne Nnan .m'a*» mnaa »rr Nb rwnpaia ba 
rvDyri? nabn ni?a na iim .rtcnpn i^n^n ab-nai nanx naaa n?2&n iitvn 
rrempaa v->~ "Ta ,wiîi barora vzb m aroa rmœri ^n^n vb» t^wuît 
nwnp ern Kjo*n -no rnovipi D^nbiaïi ïrçynpn *p« two sm larp 

...b«pTrP "1DD1 r"P*ï2"< -|B03 »"npO ^a D^piOB. Cf. Aaron ha-Cohen, Orhot 

Hayyim,l, lie: pnea laion pbna n-na-na b"T D"att-in bia isa s"~>n ara 
nanN naoa arôta ntttt la ntn va» d"ttnb Tiastn nbsn. 

2. Cette Kedouscha est tirée en effet d'Isaïe, vi, 3, et d'Ezéchiel, ni, 12. 

3. Taam Zekénim, 75 : mbtt) 1P1N bbsnîQÇS D^a rwn "ON 1X.V71 D273NT 

ht toit b"T p^aïKan P i:nbiT -172N "laai -rrrri ims bbsnn *p nias: 
îrnan hy a-)273n p "otiéu avn .lainp n7:iN TTPtt V N Q"»i3Na ibnn 
■len TTrn pana noTipm .a"OKb»n D*n»iKïï na neo» ain r?na "sb 
■jwnpa nbana -nias mben nan«ffl i?:a ciprsb riïi 'pia^a Nin m»Kb 
d^dd irai "pxjbr a>"a anasa pN \tnii n^^^ri nt ama -iaai . ^^"»-^^3n 
DabacN "ns» Kina psa "ôai nbana nania nsoa. 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mon avis, parce que le « Yocêr» ne contient q^une description de 
ce que les anges disent de Dieu. La Kedouscha interdite au parti- 
culier est seulement celle où l'intention est exprimée de glorifier 
Dieu, ainsi que l'officiant dit dans la Kedouscha des Dix-huit béné- 
dictions : « Nous voulons t'exalter et te sanctifier à l'exemple des 
anges ». J'avais déjà écrit ce qui précède quand j'ai lu le livre d'ibn 
Gassoûs, disciple de R. Nissim, sur la prière, que vous possédez 
également sans aucun doute ». IL est indubitable que cette décision 
de Maïmonide repose sur le texte de Soferim, avec les termes 
duquel elle concorde mot pour mot. Nous apprenons en même 
temps que la plupart des savants du Nord de l'Afrique reconnais- 
saient la règle de Soferim comme ayant force de loi. Ainsi, les 
rabbins de l'Allemagne, du Nord de la France et de l'Afrique sep- 
tentrionale professaient la même opinion sur la Kedouscha du 
«Yocêr», ce qui est difficilement l'effet du hasard : étant données 
les preuves déjà fournies sur les rapports des communautés nord- 
africaines et allemandes avec les écoles de Palestine et de Sora \ 
cet accord pourrait s'expliquer par une source commune, qui serait 
une décision liturgique de Sora ou de Palestine 2 . 

Des textes palestiniens sur la Kedouscha du « Yocêr», nous n'en 
possédons pas pour le moment, quoique la Gueniza du Caire ait 
prodigieusement enrichi nos connaissances sur les Juifs de Pales- 
tine du ix e au xi e siècle. Mais qu'en est-il des deux écoles babylo- 
niennes, dont les Consultations sur les différentes particularités de 
la prière existent en grand nombre et augmentent tous les jours ? 
L'académie de Poumbadita ne peut produire, à ma connaissance, 
qu'une Consultation de R. Cémah; encore ne se rapporte-t-elle pas 
directement à la Kedouscha du « Yocêr », mais à celle de la fin de 
la prière du matin ; seulement elle déclare clairement qu'il est 
défendu au particulier de dire toute Kedouscha. Abraham b. Isaac 
Ab-bêt-din nous apprend, en effet 3 : « R. Cémah a écrit que le 
particulier ne doit pas dire la Kedouscha dans "psb wi, parce que 
toute Kedouscha exige la présence d'au moins dix personnes. Mais 
tous les autres Gueonim ont écrit que dans cette Kedouscha, qui 
ne commence pas par n^^pm '■jmM, on ne fait pour ainsi dire que 

1. Revue, L (1905), 158, 177 et suiv. 

2. La Consultation de Maïmonide dans "ïttft "IND, n» 6, ne jette aucune lumière 
sur cette question. 

3. Eschkoi, î, 33 : -p^b «ai nump i?:ib -rmb •para b"T rraa: m arcn 
■roia "paie fro laro D^i&urt inid bat* ,m»* ^yn mD'HpniB naifi 
D^sbnn t^s ^bini -ido» in trpiOD ampr» »b« îr» ^îo^pai ^irn^ 



LÀ KEDOUSCHA DU « YOGER » CHEZ LES GUEONIM 22!') 

lire des versets bibliques et que décrire comment les anges glori- 
fient Dieu, ce pourquoi on peut dire cette Kedouscha aussi bien que 
celle du « Yocêr ». R. Cémah s'exprime semblablement sur le même 
sujet dans une autre Consultation \ répondant à cette question : 
peut-on dire la Kedouscha dans "jvatb aai sans avoir étudié au préa- 
lable ? Il remarque touchant l'origine de cette Kedouscha : « Elle 
a été instituée par les premiers prophètes ; puis les premiers doc- 
teurs ont prescrit de la dire dans la communauté ; le particulier ne 
doit pas s'arroger les droits de la communauté, parce que toute 
espèce de Kedouscha exige dix personnes. C'est pourquoi le parti- 
culier doit lire à la place un passage de la Bible ou du ïalmud qui 
contienne la Kedouscha. Il y a des rabbins qui estiment que le 
particulier peut dire la Kedouscha, car elle ne se compose que de 
versets bibliques ; aussi l'usage est-il que le particulier qui dit la 
Kedouscha la lise comme les enfants lisent auprès de leur maître. » 
La dernière phrase de la consultation, rapportant l'opinion d'autres 
docteurs, n'appartient plus à R. Cémah Gaon, mais à R. Amram 
ou à un Gaon postérieur, qui, membre de l'académie de Sora, se 
prononce contre lui. De nouveau, nous voyons clairement que 
R. Cémah invoque Berachot, 21 b, tandis que les Gueonim cités 
par R. Abraham Ab-bêt-din appuient leur décision contraire sur 
Soferim 2 . 

Il est vrai que la plus ancienne autorité qu'on cite pour la 
défense de dire la Kedouscha dans le «Yocêr» est le Gaon Natronaï 
de Sora 3 : « Le particulier doit dire la prière jusqu'à ïwwm, laisser 
de côté ce qui suit, avec iDnp et n;m, et reprendre avec ^m bab. 
C'est aussi ce qu'a écrit R. Natronaï. » Qu'on remarque bien que le 
Gaon défend seulement au particulier de dire les deux phrases de 
la Kedouscha proprement dite, avec les quelques mots de transi- 
tion qui précèdent et suivent, mais il lui permet de réciter toute la 
description de la glorification de Dieu par les anges. On a ainsi 



1. Siddour de R. Amram, 14 6-15a (Toratân schel Rischonim, II, 23, 24 ; Mahzor 

Vitry, 25, 26) : ,bnpa mEib mapn D^imptt d*apn mspn trsiio&nn D'waa 
.mm?» mnoa ira m»i*ip bu: -im bau: -»Db bnprr :nm rw» &6 Tmi 
©•n .«b^E nmN -iwik N^?2n ,i3tirpsiz} mnbri in &nptt -ibêt npb^n 
Tm larrc npb^n »npa ïtûi ûnais m&np» "jma "p-o û-nttnwzî d^an 
pn ^3Db pmpû mpiavin nj-rra ■ppiosn amp tn-po^ Nizmp naiNn. 

2. Une autre Consultation portant probablement sur la même question et prove- 
nant de Scherira et Haï, adressée à "npbî* "'INT, mais dont malheureusement le titre 
seul s'est conservé, se trouve dans Jew. Quart. Review, XVIII (1906), 437 : TrP 

-idéo -vin narp n73iNT tin narr bbonan. 

3. Manliig, 11 6, § 31 : *p .-«rP mïV3 Tna btfb .ÏTO^Sai minn ttDEÎ3 

b"7 ■'sira: an 3pd pi np-m wvrp TCTnb «bra Trpa Ta-ib inN-». 

T. UH, n° 106. 13 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Timpression que toute cette question, qui conduisait à couper peu 
naturellement la prière, est née à une époque où ce morceau, qui 
est difficilement ancien, était déjà développé dans toutes ses parties. 
Cidkia b. Abraham rapporte les opinions de plusieurs Gueonim de 
Sora sur la même question, entre autres celle du Gaon Natronaï 1 . 
Mais cette relation elle-même présente diverses difficultés. Tout 
d'abord on ne peut établir avec précision l'opinion de R. Amram 2 . 
En effet, le texte reproduit le commencement et la fin de la prière 
et donne l'impression que R. Amram prescrit même pour le parti- 
culier la récitation de toute la prière, y compris la Kedouscha ; au 
contraire, les lignes précédentes montrent que R. Amram a tout 
au moins excepté la partie de la Kedouscha. Dans le Siddour (p. 4) 
il se contente d'indiquer pour le particulier une Kedouscha spé- 
ciale, et il remarque que celui-ci doit s'arrêter à rm nnaa et repren- 
dre, après la Kedouscha privée, avecnpna btfb. D'où il résulte que 
l'indication de Schibbolé ha-Léket est inexacte. Si on la compare 
avec la prière de Saadia dans le Siddour de R. Amram 3 , on recon- 
naît immédiatement que Gidkia l'a acceptée comme représentant 
l'opinion de R. Amram, et qu'au lieu de "laïaa iznrvnn, il faut lire 
unrra iaia ; tout devient ainsi clair 4 . Ce renseignement, étant 
erroné, ne doit donc plus être pris en considération pour l'examen 
de notre question. 

D'après l'opinion de R. Nahschon, également citée dans Schibbolé 
ha-Léket, le particulier dit la prière jusqu'à tt'Hpnb et omet ce qui 
suit jusqu'à bab. Par urnpnb le Gaon doit avoir entendu toute la 
phrase suivante, car on comprendrait difficilement qu'il eût seule- 
ment prescrit la récitation du premier mot, verbe sans complément 

1. Schibbolé ha-Léket, p. 12, en bas : fc*b V2X,y "pab "l^a bbcraH TTTO 

YTPfi *p N p N7j^p-r ump n^ib "wm ira "nwD nvm û^din T©r 
pT .miaytt mriD nït «b rwDnpao nan ba jb «a^pi wrp nttiN 
wnbK "" riPN npna n^iN bborttn ttp b"T "pso nntt3> an ûiaa ^nâsÉ 
Trr dt baa nanaa pnrrar: iy 'ia *]vn «mai tin natr Db-iyn n;btt 
nam "^ hpn Tria amm '"D D^bm d^in niaiyb m»Na rr^Nna nujy?3 
rwb ht m«n Donnai tûinid ^dn^73 b"£T pw "piana an nmai .nniwjn 
Van ^Nainu: an niaai -non nbi*b ^a û^bru Dm» ïroi^b la-npnb 
mtt^a npna bNb nriNa abia rwnpai rrawa mina HD^a TaiNia ^nNa:73 
n&ma pai* D"n?aiNia "«nNXTa b"atT NDinTiE ntybN n"nn D^ai 'na ïam 
b"xt npna iranb mb nanaN Nbi /na npna bab Triai ©mp D*n»iN"i. 

2. Reproduite encore textuellement dans Tanya, la. 

3. p. 4, 5 : ruai? T©n Nmai un nam abi^n ^b» na^nba ■« ïnnN ^-ina 
baa ©nrw lana , a^ma mb* a^ïibi ynab tnhïi .ban pn Nmai ûib© 
...a^bna omN ravb m7:Na ,rr©Nna n©a»B twi û-p. 

4. L'auteur du Tanya ne savait plus que faire de "ia"lîja ©Triton et a laissé ce» 
mots de côté. 



LA KEDOUSCHA DU « YOCER » CHEZ LES GUEONIM 227 

et sans transition avec la phrase subséquente. Ce qui le distingue- 
rait ainsi de son prédécesseur Natronaï, ce serait seulement que 
celui-ci permettait au particulier de dire tthxd Dbia manpa-i, malgré 
l'allusion formelle à la Kedouscha que ces mots contiennent. Si ce 
point est exact, il y a chez Gidkia, comparé au Manhig, confusion 
sur les auteurs des deux opinions et c'est Nahschon Gaon qui per- 
mettait de dire jusqu'à wnpai. Il est vrai que cette conclusion est 
contredite par la décision de R. Nahschon conservée exactement 
et complètement dans Halachot Guedolot i ; d'après celle-ci il ne 
permettait au particulier de dire que jusqu'à am wrrp et exceptait 
le morceau suivant depuis trbnptt nbai, appelé par lui maTo ïwva ; 
d'ailleurs, elle ne s'accorde ni avec l'opinion de Natronaï, ni avec 
celle de Nahschon, citées dans les autres sources. Toutefois, la 
diversité des traditions confirme notre constatation antérieure : c'est 
que les Gueonim de Sora, en raccourcissant la prière pour le par- 
ticulier, ne songeaient qu'à la Kedouscha proprement dite, mais 
l'autorisaient à dire le reste de la longue prière. 

Saadia 2 va encore plus loin dans sa coupure et défend au parti- 
culier même la longue description de la Kedouscha des anges, 
parce qu'elle forme un morceau tout d'une pièce. A son tour, cette 
prière mise particulièrement en relief par Saadia fait l'objet d'une 
Consultation qui serait tirée du Siddour de R. Amram 3 . On demanda 
à un Gaon (qui n'est pas nommé) si le particulier peut dire la partie 
de cette prière de û^ionp ama jusqu'à izrnp. Voici sa réponse : Il est 
d'usage que celui qui a récité la dernière phrase de cette prière soit 

1. Ed. Hildesheimer, 224 : ,(a*lN n 3D miû?» mns) 3>M bj» *pOTID *pN ^N73 

an i»p73 ib^Nizn . tin nsma n^rr np-im izmp na^n^ rtuiyv N^b NbT 
,-pm Nimaa a™ bbDn-> ni: tirao m-irn» nbsn ,ar-orra Nn73i t,in3 yvorn 
trompa 'prima ûbiab jnyna *iy -noa hy -n« nxr t»&p- /înb tqni 
-naan bilan nbwn ba*n viw bNb "p^ipEi pnatsai "pana»! rnrîtaai 

îrsmp 3bT« rrab-i .inbari blotti "n^ao nrpaï ibn Nin ©nip amam 

Triai wnp Tcib Tmb te a a* ^Nia ttoi. 

2. Siddour R. Amram, 4 6 : n3T m*lDi UJN1 fTTOO 13^31YN 173N "^33 ^3m 

mnaa manp Taib -nofiwa Jina j>73u; ba> omsn ttp ,na-nb ia*wi« 
ib tosbn ^ni 7VW972 mns Nrr n? moiTpatu nan ba *jb awpTa miay» 
*p ^nn7û NbN ,m733b TiaN binnma \V2W û^taiTp amaa mnab ■'733 
Nmai oibtu mai? Tcn N-nai niN nam &bi*n "jb» la^nbN ■" nna* "p-ia 
...unrra laia n^rna mb* ûWiïi ynNb -pN»n .ban ne*. 

3. Horowitz, Toratan schel Rischonim, I, 52, 11° 21 : DnbNWT ,01733* an T103 

"iït» T* b-nsvrp «ma Taib bia^ rrnmaa îaaw "pub 1:^3 bban^n T>rp 
arn mzjnp-i ïvo waV^i in ,ïiarpa pteini ïwaa •paia* Tnao abia 
■pai* 173N dn bbanfcn tït ,37:373:1 "p .np^ ba m?3iN na^N wp 
mizn ib pN ba« îanp œnp rcnp Tmb ynx HNT^a pteini ïwaa 
*\y swiaai a^wnp N-na ^73^N NbN 'na-i p3i^ nnNa ^bia mimp nTaib 
'nai "pia bNb T3*int ab^Ta ri73^3ai n-nna ncu:. 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tenu de dire aussi timp ; comme cette formule n'est pas permise au 
particulier, il ne doit pas dire non plus irino *ïVd Twrrp ; par contre, 
il est autorisé à dire û^ump «ma jusqu'à rrovam srrna nsan. Cette 
décision concorde exactement avec celles des Gueonim de Sora et 
il est parfaitement possible que cette Consultation appartienne à 
R. Amram. Nous voyons que tous les rabbins de cette académie 
appliquent le texte de Berachot^i ô, aux termes duquel la Kedou- 
sclia ne peut être dite que dans la prière en commun, même à la 
Kedouscha du « Yocêr », en quoi ils ne se distinguent pas du Gaon 
de Poumbadita, R. Cémali. On comprend donc fort bien que les 
communautés qui recevaient leur liturgie des académies des Gueo- 
nim babyloniens défendissent au particulier de dire la Kedousclia 
dans le « Yocêr », qu'elles aient consulté sur cette question l'acadé- 
mie de Sora ou de Poumbadita. Par contre, les rabbins de l'Egypte 
et plus généralement du Nord de l'Afrique, ceux d'Allemagne et de 
France se montrent en désaccord avec la décision unanime des 
écoles babyloniennes et, comme nous l'avons vu, autorisent, en se 
référant à Soferim, le particulier à dire la Kedouscha dans le 
«Yocêr». Ils doivent avoir reçu cette pratique de la Palestine, 
patrie de la Kedouscha. 

Cependant il convient de laisser le champ libre à une autre 
hypothèse. Il ressort clairement des Consultations des Gueonim 
précédemment citées que c'est seulement au temps de Natronaï 
Gaon qu'on s'est demandé si la longue intercalation du « Yocêr » 
sur la Kedouscha des anges pouvait être récitée par un particulier. 
Il se peut que, venant de Rabylone, elle se soit répandue à cette 
époque dans les communautés étrangères, avec la remarque que 
le morceau tout entier était destiné exclusivement à l'office en 
commun. Mais l'usage existait depuis longtemps dans beaucoup de 
communautés de dire seulement la Kedouscha dans le « Yocêr », 
même dans la prière privée ; il pourrait leur être venu de Sora à une 
époque où les mystiques n'avaient pas encore fait de la description 
de la glorification de Dieu par les anges une partie du « Yocêr » 4 . 
Ces communautés furent embarrassées dans leur usage par la 
nouvelle Kedouscha ; aussi consultèrent-elles les savants de Baby- 
lonie. Certaines d'entre elles suivirent les instructions de Sora et 
limitèrent la Kedouscha du « Yocêr » à l'office de la synagogue ; 
d'autres acceptèrent, il est vrai, la Kedouscha allongée, mais con- 
servèrent leur ancien usage en la permettant même au particulier. 
11 est également possible que les rabbins de Poumbadita n'aient 

1. V. Ph. Bloch, dans Monatssckrifl, XXXVII (1893), 305 et suiv. 



LA KEDOUSCIIA DU « YOCÊR » CHEZ LES GUEONIM 229 

pas du tout accepté pendant un certain temps Fintercalation mys- 
tique, de sorte que la nouvelle question n'existait pas pour eux, 
et il peut en être autant de communautés qui s'en tinrent à la 
Kedouscha simple. Mais toutes ces conjectures ont besoin de 
confirmation positive. 

Il convient encore de s'arrêter au morceau alphabétique ^na ba 
intercalé dans le « Yocêr » et auquel aucune des Consultations que 
nous avons examinées ne fait la moindre allusion. Zunz a déjà 
remarqué que la seconde moitié de la première phrase de T»fitt3ïi 
ynab (mm-n î-no:?» top tm baa unrw taitm) revient également 
à la fin (mtBfinn tr^ya Tian tm baa "Oiûa imtoïi), car -nttao et 
unn m» sont, comme le montrent les Consultations des Gueonim, 
des additions postérieures. Or, cette répétition parait montrer que 
tout le morceau intermédiaire a été ajouté plus tard; il reste à 
savoir seulement si l'on peut déterminer l'adjonction graduelle des 
couches reconnaissantes. Si l'on remarque que la phrase du début, 
aussi bien que celle de la fin, est suivie d'un verset biblique, on est 
amené à voir dans celui-ci la première addition. En tout cas, la 
phrase finale non ab*tfb "»a irbvu û-ma moub est mieux à sa place 
et se trouve, en effet, dans le « Yocêr » très abrégé d'un fragment 
de la Gueniza 1 . Quand l'intercala tion eut séparé le commencement 
de la fin, on ajouta encore avant un verset biblique (Psaumes, 
civ, 24). L'extension du « Yocêr» fut ainsi arrêtée pour quelque 
temps, jusqu'au moment où quelqu'un éprouva le besoin d'intro- 
duire une prière au milieu de cet éloge de la grandeur de Dieu. Elle 
est exprimée à la fin par la phrase unn tik sur la restauration de 
Sion, au commencement par la formule : a^a-iîi ^pttma ûbi? ">rrbN 
nava nwn vyw \yn naaswa mit îara "j-na i^b? ûm. Cette tendance 
à introduire des formules de prière dans les bénédictions qui enca- 
drent le Schéma a trouvé son expression dans la seconde au moyen 
des mots: . ;. .'pairb naaba fm imb* dm ûmoii yarm aan la^aa 
•prpVi ^b rrmnb . woTpi ...Dibu;b laa^aïn .^nmna na-w nam 
. ..narsaa 2 , et il est certain qu'à l'origine elle fut combattue 
tout aussi bien que «nn -n» le fut par Saadia et, dans le Siddour 
d'Amram, la formule : ^ttaaa ïtbh banw mwa rranp bttnw mis 
ba-ittm ïtnm ou tfrraa ^aab nViaw ^am û^aa ^eti ma» bbaa 3 . Et 
ce qui prouve jusqu'à l'évidence que ces prières intercalées appar- 
tiennent à une époque postérieure et à une école non reconnue, 



1. Jew. Quart. Rev., X, 654. 

2. Cf. Zunz, G. V., 383. 

3. Cf. Mahzor Vitry, 13 ; Hag. Maimoniot, H. Tefilla. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

c'est que chaque officiant les amplifiait selon sa fantaisie *. Elles 
proviennent peut-être des mômes cercles comme le montre la 
fréquente désignation, empruntée à la Bible, de Dieu par ns dans 
bernir Tilt, iba'wi bvnvn *n*, immatt -n£ a naro "j-na irb? uni. 

Par contre, il n'y a, dans le « Yocêr », aucune liaison entre ces 
prières et le morceau alphabétique *]*na ba ; ce dernier doit être 
une des intercalations les plus récentes, ainsi que Ta déjà reconnu 
Rapoport 2 . Le fait que Saadia a un autre poème alphabétique 3 
prouve aussi que le premier est une production tardive. Le con- 
tenu n'en a pas été beaucoup remarqué, quoiqu'il soit très caracté- 
ristique. La création des luminaires est bien célébrée comme une 
grande œuvre de la divinité ; seulement elle n'a pas eu lieu, comme 
dans l'ensemble de la bénédiction, en faveur des hommes, mais 
pour la glorification de Dieu, le rayonnement de sa majesté. Ensuite 
vient, sans transition visible, l'éloge des légions d'anges qui exal- 
tent Dieu. Il est clair que l'auteur de cette pièce a voulu établir une 
transition entre la bénédiction de la lumière et la Kedouscha, en 
présentant le soleil et la lune comme les premiers glorificateurs 
de Dieu. A cette époque la Kedouscha appartenait déjà à la prière. 

C'est ainsi que la bénédiction primitivement très brève et même 
plus tard encore semblable à la bénédiction correspondante de 
l'office du soir, d'abord limitée à la formule sur la lumière, s'accrut 
à l'époque des Gueonim ; destinée seulement, au début, au service 
public, elle fut ensuite, après certaines luttes, abandonnée dans 
toute son étendue même au particulier. Ce fut la victoire de l'usage 
palestinien et des mystiques sur les académies babyloniennes. 

A. Buechler. 



1. Cf. les plaintes de R. Juda Hassid contre les nouvelles additions des Juifs de 
France et d'Angleterre dans Î13"1 Ï12Ï1N, Jubelschrift de Graetz, 17, Briill, Jahrbiï- 
cher, IX, 87. 

2. Biographie de Kalir, note 20. 

3. Bondi, Siddur des II. Saadia Gaon, 17. 



FRAGMENTS DE RITUELS DE PRIÈRES 

PROVENANT DE LA GUENIZA DU CAIRE 



1 



Le texte que nous publions ci-après provient de la Gueniza du 
Caire et appartient à la Bibliothèque du Consistoire israélite de 
Paris (Liturg., n° 1). C'est un fragment de Rituel de prières à 
l'usage des fidèles parlant l'arabe, car c'est en cette langue que 
sont rédigées les indications. Ce Rituel était-il destiné au culte 
public ou aux dévotions domestiques? Cette dernière hypothèse 
paraît la plus plausible, les prières données en entier étant très 
courtes. S'il en est ainsi, les conclusions à tirer de la teneur de 
ce fragment n'ont pas l'intérêt que présenterait un Rituel du culte 
public, car les formules à l'usage du culte privé n'ont pas la même 
fixité. 

Mais, même avec ce caractère, notre texte est encore singuliè- 
rement instructif. Il montre la mobilité des formules, l'extrême 
liberté avec laquelle on modifiait les leçons les mieux consacrées. 

Sous ce rapport, rien de plus typique que la bénédiction précé- 
dant immédiatement la récitation du Schéma : « Dans ton amour, 
Éternel, notre Dieu, tu auras pitié de nous, de tout chagrin et 
angoisse tu sauveras notre âme en ta faveur et en faveur de nos 
saints ancêtres [...]. Sois béni, Éternel, qui aimes [ton peuple 
Israël]. » Rien ne rappelle ici la formule primitive. On sait que 
celle-ci servait d'introduction à la lecture du Schéma, laquelle 
n'est qu'une partie de la Loi. Le fidèle remerciait Dieu d'avoir 
témoigné à Israël son amour en lui conférant cette Loi. Dans la 
prière du matin commençant parïm-i mt-iN il est bien question des 
ancêtres, mais pour leur rapporter le mérite de la révélation de la 
Loi, et si Dieu y est invoqué comme le Miséricordieux, c'est pour 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que, dans sa pitié pour ses fidèles, il les éclaire de sa lumière et 
les pénètre de la connaissance de sa Tora. 

Qu'il se soit produit dans ce Rituel domestique un phénomène 
analogue à celui qui s'observe justement dans cette prière du 
matin, c'est possible. Là, en effet, s'est glissée une invocation 
demandant la réunion des exilés et leur retour dans la Terre 
Sainte, invocation qui n'a qu'un faible lien avec l'objet même de 
la prière. Seulement l'addition n'a pas emporté le reste, comme 
c'est le cas ici. 

La première bénédiction qui suit le Schéma est malheureuse- 
ment tronquée ; elle s'éloigne beaucoup de toutes les leçons 
connues. Certains mots rappellent les anciennes formules. On 
comparera, par exemple, ijn ab-^b isabtt r n iTOan im> à la leçon 
du Siddour de R. Amram : d^pi ^n ba ^btt i»btt *rt iTOto ia*, et 
au Rituel publié par M. Schechter 1 -fbtt tjabtt 'n itoni ne T3fcB 
û^pi ">n ; pareillement, la suite is^uîinb wraw ^bn a pour pendant 
•«a^un» iDiitr 'ïi dans le premier, et isr^v «in *i3abtt 'n dans le 
second. 

Mais c'est surtout la bénédiction commençant par lésion qui 
mérite attention, pour sa conclusion. 

M. Schechter a déjà publié une conclusion analogue, provenant 
également de la Gueniza du Caire 2 ; elle est ainsi conçue : 

•IttN ûbtOT-p wdi b&n^ m* ban i^b* ûibuî naio OTisn ** Va 

M. Schechter dit, à ce propos, qu'il n'a pas trouvé de parallèle à 
cette bénédiction finale. Ce parallèle nous est fourni par le Talmud 
palestinien (Berachot, 8 c), où on lit : 

vb* "pbbBntt rvpDïi batt bn (Gant., iv, 4) nrsbnb "naa "paN 'n ton 
Tri *ràs iibsna ^bram TOia ronaa ^nbsnai ytjtt rmpa naïaa 
aan b^w i»y ban i^ba» ûibra nsio urne 3>t:u) rmpa ^bun-p mm 

, DblDTV* 

La ressemblance est plus frappante quand on complète le Yerou- 
schalmi par le texte de Cant. Rabba, iv, 4, qui n'en est qu'une 
variante : 

nampa /ia mbbD'n» mm bara ba->!n!i «irr nvsbnb T» lia» 'n ton 
ronaa trbiûiT i-ttna toin Nin nbsna ^broin** tiaia to-in Nin *ttu) 

♦trbtDT-p rao to*in lirai! 

i. Jewish Quarterly Review, X, p. 656. 
2. Ibid., p. 654. 



FRAGMENTS DE RITUELS DE PRIÈRES 233 

Une autre variante nous a été conservée par le yn^ttn 'o sur 
Taanit\ qui la donne explicitement comme la leçon du Talmud 
palestinien : 

.D^brai-n wni it* dn^i ûibœ nmo orna ra"pa 

Notre texte met d'accord toutes ces variantes en les réunissant. 
Si l'abréviateur a conservé cette formule, malgré sa longueur, qui 
jure avec le reste et n'offre même presque plus de lien avec ce qui 
précède, c'est sans doute parce qu'elle était consacrée par l'usage. 
Vraisemblablement c'était celle-là même que donnait le Talmud. 

Notre fragment permet de trancher une autre question. On 
sait que l'usage actuel, dans toutes les communautés, est de 
réserver la formule mbuî naio otidï! pour le vendredi soir, 
tandis que les autres jours on lit ^wo Saou^ itt* wiio. Cet 
usage, d'après le Rokéah (§ 49), est fondé sur le Talmud de 
Jérusalem, où R. Lévi fait cette distinction. Or, il n'y a rien de 
semblable dans l'édition de ce Talmud. On trouve seulement ces 
mots : -pnbbn d*na yaui nra b* "nb p junrp r n ûizn •paa n"a ^dv» 'i 
^ps ^sswz b* « Si l'on récite sept paragraphes le soir, c'est 
d'après Ps. cxix, 164. » Mais, comme Ta très bien vu M. Ratner, ici 
encore il faut compléter l'édition du Yerouschalmi par les textes 
qui en dérivent. La bonne leçon s'est conservée dans Psaumes 
Rabba, vi : 

?m> n&r^paiû mx» 3>ara ib« *nb p simm n"« ^pnbbn ûva ?ait3 
TdVi b&rnip b&cn a^i n^a -ifcfioi ah»tD dk ïtïti ?m nan toïwi naw 
binai arj avn naraa mbra roio otid "p^oto ma-#a mars mswa "pawj 

Telle est, au moins, la rédaction de certains mss. de Ps. Rabba et 
du Schibboullè Haléket; mais le texte imprimé et plusieurs mss. 
n'ont pas la distinction finale et font dire tous les soirs la formule 
tnbu) roio OTiDii. Le regretté Buber disait, à ce propos, très juste- 
ment qu'il y avait sans doute dans certains pays l'usage de réciter 
cette formule tous les soirs. Notre fragment le prouve, comme 
d'ailleurs ce passage de Vayikra Rabba, répété presque textuel- 
lement par Tanhouma Pinhas ; Bemidbar Rabba, 21 ; Debarim 
Rabba, 5 fin, et DérechEreç Zoutta, fin : jiûiït 'm atwn ^12 'n 
araE n"apmD m^nai rrrnai mman bsu; a-ibuj bina "nb ,ta i û^a ■pwoi 
. ..ûibttj roio otib u:"pa pnbraa ammn banw by. 

Est-ce la divergence des leçons qui a provoqué la divergence des 

1. Cité par Ratner, sur j. Berachot, 8 c. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rites, ou est-ce l'existence d'une formule wb ban©* ^y wnr), sans 
doute employée en Babylonie, qui a contaminé la leçon du Talmud 
de Palestine? De fait, c'est dans les communautés babyloniennes 
qu'était faite la distinction et que coexistaient les deux formules 
(Sar Schalom cité par le Manhig, Kolbo et Tannid); telle est aussi 
la leçon du Siddour de R Amram. Aboudraham, comme on sait, 
mentionne l'usage des communautés de Séville et de Tolède de 
dire la formule hsrm** te? ^i^iuî même en semaine. Serait-ce la 
survivance de l'ancien rite de la Babylonie ? 

Des versets qui précèdent le Schemonè Esrè, seul Ps. cvi, 47, se 
trouvait dans ce Rituel de môme que dans ceux d'aujourd'hui. 

Voici maintenant le contenu de notre fragment, qui se compose 
de deux feuillets : 

î-ntB* îi3»ib w tara "»m bip-n 

tbiï un "pam fcaim bip^i iïoi tan 

.' îtdk ^ba sna t^tb nanaNi bip-' 



anye niSs 



tabvri ^b» na^îiba w r-ina ^na bip^ 

r^a7:i on* a t=ra-i* a-naran 

-nDD7: n:i?2 ûïrafcîa r-nb^b 

ï-np^ mwto bab tapaaiab 

tardai? a^Tan w nnN *pna 

*ia">bj> tzmn irnb^ *•* ^nariNa 

' T T - 

13^03 t— in tfbTan lin î"h» ba?3 
am« ?*■ ï"wn ^na *] 

nia* 

y»a r^bc ... r-mora T~â nab 

■njafco naa> ïiana )db âbo ^ba 

nwN b« XlTl iy ^ t=bi?b "îarabn vs 

*pna naa^ianirb in*w»!i ^bi 

i. « On dit ÛU5 W à savoir le mwa» ï"ï3?aiZ5, puis on se prosterne en disant 
pa'rïl Ûirn, ensuite on s'assied et on dit 3H3 tfb nana&n jusqu'à la fin. » C'est, sans 
aucun doute, la première de l'après-midi. 

2. « Prières du soir. On dit : » 



FRAGMENTS DE RITUELS DE PRIÈRES 235 

Qibim msiua .^anu^ bao ■<"•< ï-tnat 
Sa* mb^ba iriEn taibiea Wfcai 

Saniz^ n»y ban irnby û"ibuî r-imo 

1»n tapbuîTV ttaim its tans» 

^-nnb i"p3t ^pnbat tabi^b ^ -pb^ 

CDnb -lits arrn î-p-ibbn -un 

[D]nb -om dn:n ns TyttiDa 

pjm] mon ans tann urna 

1 [tarrTiizj] Sd *ocb fcrEmb ana* 



II 



Le fragment que l'on va lire et qui a la même provenance (Lit., 
n° 2) que le précédent paraît bien, à la différence de celui-ci, le reste 
d'un rituel du culte public. Le format (23 cent, sur 49) n'est pas celui 
d'un livre destiné à l'usage domestique, non plus que la matière, 
qui est du parchemin réglé à la manière des rouleaux de la Loi. 
D'ailleurs, le morceau qui précède le Schemoné Esrè est d'une 
longueur qui exclut toute idée d'abréviation. 

On ne sera donc que plus étonné de la teneur du Schemoné 
Esrè, qui remplit la plus grande partie de ces feuillets. A ma con- 
naissance, c'est le premier exemple de cette prière écourtée à ce 
point, si, comme il est vraisemblable, celui qu'a édité M. Schech- 
ter 2 était réservé au culte privé. Non pas que notre texte repré- 
sente une des formes les plus anciennes : le fragment Schechter 
nous ramène à une période bien antérieure de l'histoire de cette 
prière. 

Cette recension du Schemoné Esrè corrobore seulement l'impres- 
sion laissée par le fragment n° 1. C'est un exemple de plus des 
avatars par lesquels ont passé ces formules, auxquelles on prête 
gratuitement l'immutabilité. 

Nous nous contenterons de transcrire le texte, en rejetant dans 
les notes les comparaisons auxquelles il prête. 

i. Venait ensuite certainement la fin du Psaume cvi, se terminant par 'n fc ri'"|3 

rmbbn \nt* û*n ba -ittan ûbvn nsn ûbun *jtt banur "Ttba*, qui fait 

pendant au verset 1?2NT *p3fct ûbub 'ïl ^113 qui se lit dans les Rituels ordi- 
naires. 
2. Jew. Quart. Rev., X, p. 654, reproduit dans Dalman, Die Worte Jesu, p. 299. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 



Recto. 



. • . ima [namnc l av-n? 

. by t<ai ûnm 

Saintir yzy 

r<a "Dîna 

nbns "msti 

17373m es^ain» [inaia rnNT b^ mn]i3 ab can73 nn« 
rmn je [mmœ nin73T tam^m i3n3i ^omh 
t>ni2i maa e^tioan d-i tarpi m ^w^ ^b73b msnm 
ai"i73 iy [ta^beœ ïraa»] y^N "H* a\N5. S^dw 
k-i:>a 1732 b nsisn ta^is* i-nisi a^moN t<"»2£i53i 
n 7J o tibiD mTjNi i-rpio 1321 i^b» dyne 

t-iibnn N"ii3 œmpa mw m72a ^73 ■""» Ea^aa m?3a 
r-i3»73tt3 nmio dt^pan] iaa^bbi? 2 ^d73 «bo r-iusar 
irnabja . . . 3 [-i3]ab73 m mn tabia im tDT! b? 
[oin wnsin w] 13-12*1 w lîpb* ^73© ta^pi ^n 
tainm [pan a]ia Sn ^a tara-irs m73ma la^y tanm 
"un cbi^b "jibri "^ ^'2 y» "p 72 w i—iPN 
ibisn [imaïai imab» iD^nb» m ia^by ta^p 4 
^■» c**nn Siiaïi 1731a ntanpi inianpi imasm 
nabfiwn wnattb iab mimi tnbs? tanm is^nb» 
s-*"a nan tab-iyb mma i3^b:s> ^bwn rwbra i-rbifiu 
m:n ^di nnan visnD w Sîmai bac ■»•« 

1. C'est la fin du morceau commençant par rHT3>- On comblera facilement les 
lacunes à l'aide du fragm. n° 12 reproduit plus loin. 

2. Cf. Jewish Quarterly Review, XIX, p. 248. 

3. Voir plus haut, p. 232. 

4. Cette version ne tient pas compte de la recommandation de R. Àmram qui 
défend toute addition après les mots qui précèdent. Un autre fragment de la Gueniza 
(Lit., n° 3) est encore plus étendu : 

mm vnaa imabB irnbN w ws a^pi isn obw ^ibw ■*■« 
li^nbN w Nin ©npm bnari i73UJ nianpi mianpi in-iacm ibmi 
nbisi n-ct îa-nan lam^at ba73 mn73 13b mm Nirt vsby Dm* 1 ton 
rib&w i3ba«n nih i3"hep sim wnDY* Nin la^aiNa» bab rwidi 
maana min» T^a nbiN3 aibia nbiM d^n nbi*« nanp rrabta 
w i3^bNi3 ainai 137373 prn m» ibwn apy ns ■>"■' me "O n73N3i 
.bfinc bN3 w ïrna mia bfinc œiip i73^a m«as 

Sur un autre fragment on lit ces mots : 13b ^■ 1 ^"" , 13^3* dfim IS^ÏlbN "wi 

^">-> lï^b^ia annai Mamp riTa^btû nbiw i3^b^^i wwn "pTifiat ba73 
Sni©^ b^3 ^ rrnN mna b^-i^:^ iai*ip 1731a niNDi:. (Lit., n° 4.) 

Le fragment Schechter est bien plus court puiscju'il ne contient, après ^Tb^a"' 'n 
Wï dbiyb, que les mots : rT73blD nbl&W 135 W N1H 133^tt)V N1Ï1 13db73 'H. 



FRAGMENTS DE RITUELS DE PRIÈRES 

">nbN i^ma» "WKi i2inbN ■>•« nnN '3 ^nbTiri 
Hiaan bn^n H»n apsn ^nbNi pnati ■roa cninN 
traita D^ion b»ia l »73ia nsp iT«by bN K-nam 
nwiû ï3>»b cama *aab Sni^ &pa»i ma» -non nai 



237 



—naa nnN '73 *p H [nanaa] 

^abDK mna . . 

tarama !-rn73 

ta^p» *p3ho] .... 

">7a"i r^T-naa [bya ^1733 173 — îoy •rçjiB'ô hn2i73N] 

î-tti?3 • . . 3 ">» ^b nja-n 

'npi ffllip t33^n?3n 

izmpn San w 'a 

sira iai2N[b *j]2in s-rns 

i-iann pin 'a ^meroi 

^mayb ■B'bb» is^a-ipn ■jrmnb is^aa naa^ian 
s-imn 'e**'a ^pob nxpbizj rra"nzjna wnnm 
i:^an ra *i3"iaN *i:b nbo • i-raiizjna 

•psn r>t"a i2?tfJD -«[a i23]b?3 12b Siran 
■ttbau i2a^-i na*n i2->23>a n«-i [mbob ^n]3-i73i 
: Sfcnur b«3 N"a !~T-in73 

^aab msnbto ï-inid-i nbym ndCisi w isj^ndi 
r^sin N"a 5 nnN , p rn " 1 NDn " 1 ^l* ^ is]* 1 ^^ 
12-nb^ -ni naw *pa Sn-i[td-« 173]? ->b"in 

na-iai nnjnan ■•3173 6 ^aa nanab n«Tn n2u:n n^ 
•• tartan ta p373 n"3 maian ta^iaa 
îa^apb 02 t^oi isn-rnb bvra ^idiuj s'pn 

7 SnIO" 1 1732 1JTJ2 V 11 ? 73 N " 3 

i-ib-nnaa is^sam i-T3itaanaa i3ic3B"na ï-ra^tan 



i. Dernier vestige de la forme primitive, qui s'est conservée dans la prière du 
vendredi soir et dans le fragment Schechter : V")JO D^TStD H3p. 

2. Il n'y a pas place pour la formule ordinaire. 

3. Même observation. 

4. Pareillement n3~]731 dans un Rituel de Perse analysé par M. Elkan Adlcr, J. Q.R., 
X, p. 609. 

5. Dans le Siddour de R. Amram : nbJÏTl !l3MZn31 WtBtH ND"12T 'H 12ND"! 
nnN *{73n-| Nsn b« "O 13Tna73 bab nttbO ÏIÉOS"!. Cf. le Siddour du Yémen, 
dans Dalman, Die Worte Jesu, p. 302. 

6. Pareillement dans le fragment Schechter : ^2" , 73 b33, 

7. Cf. ibid. 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mîTB *pnT mab»n impp ^nn ba tza*<n7û"iu;73b 
2 tza^?am 



Recto. 

Ma^a "-ipyn 

fcrTonn ban t=pp"nazrj b* 

a-i]ca *- ûbj im 

tzrmy 

MrrsbN '■« cznn 

... 5 n;unpj72 ban n;ba^n 

tO^biBin^ pn S— 1331 

irwa tzainn lanpi mwsn ï-tn* -pvt rraac ns 
anaœ o j-i?"!^ pp ttos» N"a 

^n -o nanb^sn n« trama bapi na^by tanin la^'mp 
o ï-ib^sp ^72ua n"3 nns ^a^ananm ispb^sp yw 
aism fcanbapai n;7aya na^nbx *n rnazn 
[înnn]7: apbsp-i u a&m2;-> r-rojan "jn^a m^aib s-na? 
hiay n^Tan "psnb ^nm "pana bapp nartNa 
: \vlxh ipaj^ata nnn?an »"â ^j»? Sanu^ 
•»■« «in r-iPN n;b i:nawN tza-mja 
"p">a tamottn na^n Sa* la^maN Tibao "îaviba 
Car baaio n^oa San n;b zrnpBn ia^P7au:a ban 
mpai an? p? Saau: n;paui n;p.xa>Da S^n na7aa> 
Tan tabn^b naabtt "pi» taïïnnn ^nnn -1 ûba San 
aican N"a mbo tvt tza^nn San 

nanai na-iia caibia ana o rninnb maa n;bi n;?ara 
nn«a naba la^anai ^pj* S&ou^ ban na^by fca^ttnm non 

1. Manque la formule 'n'2. 

2. Ce mot est sous la ligne. 

3. Jusqu'ici conforme au fragment Scliechter. Cf. Siddour du Yémen. 

4. Pareillement dans le fragment Scueclit.cr. Cf. le Rituel de Perse, p. 610 : la^Tann 

pOT ynat ban np-^ ûtsibt-p ban -pa* berna*' ban wby ia^nb« w nnn 
D-'btfJin-' pn naia n'«a nnan ntato obi* paaa ar^in* 1 pn naai ^-naa. 

Dans un autre fragment de Paris (Lit., n° 5) on lit : 53H Ta^b? na^nb^ w ûnn 

ban *]b^n ban "jmaa pta» tva* ban -p^y o^apn* ban "pa* barrai 

w hpn npna niai nraaa obi? "paa a^b^rr pn naai '■pwa ban n;unp7a 
o^brcvp nana. 

5. Cf. Scliechter, iôirf., mais ici on ne réunit pas les deux bénédictions. Il en est de 
même dans le fragment n" 5 ainsi conçu : nanpl P^^P ïin* nT7 nttiZ PN 

...rnnattt ' , ■ , ' , ïiny nnna "jnyica mnn. 

6. Cf. Siddour de R. Amram. 



FRAGMENTS DE RITUELS DE PRIÈRES 

2 i-rnn 'b« "« "i3b ï-rnn3 *ps m»»» ^a *p3D 'Tiawa 
D^nm !-7p*i£ nam inariN ta^m 



239 



Verso. 

173^ n« ^n[attn 

an» ^"Hob *n^3 rrba o anbttja] Sniïï^ 

tainn -nDD3 Tijoun 

■»ab -»u:d3t 

traiBrron ba ^-nnb 

tans? y-, ib* 

3 nm 773 

■pan Sbaun fma n:n 'pabua [^EtD] 

a^ion ^na^ato ^my rrarai , ^m«3a anp 
1^73b ma* -773113 pxb rmy ^pip» n^ab 
"piM i^Tsb î-i«j "|mabxj l*»b r-nay "pB*» 
s-nay TP^ rroa 1^73 b ncy "jmNsm 
"pT'T iistbm ï*»b iray»b t^b-i 7a*»b 
■13-or pmn 13^321 ^d-»?3"« ïtwiïi 

■panb rm tsart û'yura ^nbn mtBtt[n *j]bttb 
ibfiom mas w ^ab ïvani/i ">d] "n»» 
trnaa Tara D^wioan r-n^ai 

manaa ribarci r=pn73n mnna o^ioa 

i-ïb«izn tDiaan vivrai imn 2^73 'in to^a^n 
w i3"»by * nana '731N r^in *p D^tDïi r^anaa 
i-rn&oan 13*72 baa *-,«th n3ian n« irnbM 
fcabiyn nt< yaia-i r^nan ^d b* — 1:3731 bu im 

1. Même leçon dans le fragment Lit., n' 6. 

2. Cf. Siddour du Yémen et fragment Lit., n° 6. 

3. R. Amram dit qu'on récite après le Schemonè Esrè la formule ci-jointe, qui est 
apparentée à celle-ci : *pbiya ^mab» nî"P ^pbl^a ^73123 "im 13itt5K 13ab73 

rwatoi ^aas ïtis ^rnuîTa mp "yba^n bbau: ^ma nsa 77331? a 7-DT nm 
•;y73b ma? 7-naa "p^jb nia? ^^^ p73b nw 773^; "jyfcb nia* ^w 
■Jyttb nia? imssm 7bia i^ab ma? ,7»io nwnp i^Tab ma* ^mabn 
•pnnn i33J>7ab «bi ^3^7ab nia? 7p-j* mia» p»b nia? *]ba^m 7unp» 

N3!l Dbn^n "^nbl miaiS" ^3U:b 13aT\ Le fragment Lit., n° 7, a à peu près le 
même texte. 

4. cf. Siddour de r. Amram : n«i nNTn rtsian nN is^nb» 'n la"*}? 7na 
yaïai ban ^d mm rnanan ^d ba b? rsana "jm naïub nnaian 13**» ba 
rr-iEis 7m marna niai^i ^ma-ia?3 i3-'T^ Nb73T ^311373 nba Dbi3>n nx 
ïTQy\ msyns ^s^ ba73i n^mi573 ">3^73 ba73T y-i na^ ba73 it nsu: rtb^xm 
rpmTHB ba bm nnNian ba b3>T irby nrm oin mbœ n-i^riNi mpn nb 
mbffii yanai a^m nana -«bbua maitan a^suja nanai. 

Yoir aussi le fragment Schechter et le Siddour du Yémen. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

r-i:ntt -uawa San ^aa ï-rm "piïa r->anatt ibia 

'-aato'i mma» ^n Sa?a nb^xm i-n?aizn ^v 

"nm m ai ta h taa^aïaa na-iai r-naams ^n' 



III 



Voici encore quelques variantes du Rituel, de la même prove- 
nance, qui ne sont pas dépourvues d'intérêt : 

Schemoné Esré. 
Frag. Lit., n° 3 : 

arao ma» "non "-ûiri avança ta-nsn b?aia ban nanp ivba? S«... 

.nanaa i?aia i?7ab tamaa ^aab b&oa 
•1»« toibm bwjw i»a> pn ^nawn "'«'a hjh t=jbia?b mbia ta^ffin... 

Frag. Lit., n° 4 : 

Cf. le Siddour du Yémen, Dalman, p. 301. 

Frag. Lit., n° 6 (avec indications en arabe) : 

Ewnrm '■parv abia ban "npan an* na> tav baau: (sic) *patan *poa San 
l'N'a tap7abia>n ^n nttNa ï-ibo •fïrr taa^nn ba nan obub -larabra *\na 
d^nmi "ian naanai mrj ta-ibo û^ta rrmrib !-ï«a *]bi 'pta aian 
-in^a labiD îa^nba t« la^anai "p* 1 * fcaib»TV ban ^7û^ Sarrau ban irb* 
nom nanN û^m rtmn ia?nb« wi lab nna *pas maroTa *o "pa -ma«aa 
baa Sama^ "paa? ma* *pab ^a^a ami saznbian na-a taa*7an-n rip-ix 
■pa^n ** nna* *jiia nv baa Samu*' *py nN pa^an w *pna (sic) ma? 
.•»b«w "mas w *pab ->ab lYOTi "•a "nttK panb w dibœa banur nna». ra* 

Frag. Lit., n° 11, Rituel de Kippour : 

laanai "p* Sania-» ba byn na->ba> a^anm nom in nanai rm:a ûibia d*»tB 

.d^a-ica a^n naaa"i dibun ma nm iaba 

Cf. le Siddour du Yémen (Dalman, p. 304) pour les mots oibun ma. 

Prières précédant et suivant le Schéma. 
Frag. Lit., n" 9, Rituel du Sabbat : 
rresn ba» "man Tmawaa launp niaa* ûbna»n ^b» "îa^nba* w nra* ^p-ia 



FRAGMENTS DE RITUELS DE PRIÈRES 241 

/J72N ïissn laoaan aia aba mmbi abia aaba naib* ■©"•bttîrb 2ttia fc-iœnp 

^îan emai, etc. 

C'est à peu près la même formule que celle d'un Rituel de 
Kippour publiée par M. Schechter (ibid., p. 654). 

Frag. Lit., n° 10 : 

r-i a ia *-! an ^ 

tabvn *]b» "i^ïibs w j-ina ^na w dbn^b ^Tiattin w ma ^laoa nana 
ta^n larw tabv *yih San pn «mai tnbia t-juina» ^ian «mai mis w 
■pï vpnm "parn ©m t-iVi-ra rtoan a-na mias ;w nw« boia^ r-n-m 
■p»m *»a-np ipTO ibana "ï?abn^ io rpa n^» rnaab ^aaa na-»7o-^ nrnra "in^n 
t»4a ^a m» "wp 'aa ma ^np j^atb j^izt n* ib tr* :a mnaion —pi» 
.. .ep-isbe Isa .r-n-n^^n nxv w ï-rna ^na mr yb* w Tnan •pna 

Cf. fragment Taylor-Schechter H. 9, n° 17, /etu. Quart. Rev., 
XIX, p. 240. 

Frag. Lit., n° 12 (avec indications en arabe). Ce texte complète 
le n° 2 : 

r-pa» ■wnbfitt ûnartow] .... iab "pa* "j^bai 

[onl^nb^ai ûna na-in -m . . a Sa whd tria* 
[*j]nbna b«w "pa* "•aaia . . pm? D'wu fca^aaia 
rranna mr-isa ianna ea-paarn 'pas ^asb snanp spo a*» 
ina ia> ta*» i^oa taba fviij wien *pa wn Sa n&n 
r-n-p»t bixb ittum D^aiîiN inaia pnt ban "ima «b tarna 
tap^p-i ^n Sn ^b^b msmm maa nn mnaunn nrpia 
i-naà»i ynN -h* spata b^Dia» t^mai maa b-na t^iaai an 
ï-man ùiw !-msi û^-pdn r^rantn aritt ■!* t^baia 
fcabia rpafcn S-i-pia naan **nrï pria v>b« ûania n?a in*b 
r-nb^rtn &ma iznpa *-na« nana 173 ™ ea^beo najaa vz 



Israël Lévi. 



T. LUI, n» 106. 16 



FRAGMENT D'UN COMMENTAIRE ANONYME 

DU CANTIQUE DES CANTIQUES 

TIRÉ D'UN MS. DE LA BIBLIOTHÈQUE DE L'UNIVERSITÉ DE TURIN 



Le Cantique des Cantiques est l'un des livres bibliques le plus 
souvent commentés. Qualifié par les rabbins duTalmud de « sacro- 
saint » (tmatp tonp) 1 , il doit au charme répandu sur lui d'avoir 
occupé les exégètes de tous les temps, qui, brodant à l'infini sur 
le thème formulé par le Midrasch, y cherchent une peinture des 
rapports de Dieu et du peuple d'Israël. Il s'est même prêté à des 
développements philosophiques. On trouve un clair tableau des 
différentes interprétations dont le Cantique a été l'objet dans 
l'ouvrage de Salfeld, Das Hohelied Salomo's bei den jùdischen 
Erklàrern des Mittelalters (Berlin, 1879) -\ Le nombre est relati- 
vement restreint des commentaires qui tiennent compte du sens 
simple, àapeschat, tel que celui d'un anonyme publié par Mathews 
dans la Festschrïft de Steinschneider (4896 . 

Mais il s'en trouve aussi qui occupent une place intermédiaire 
entre ces deux tendances et qui, se rattachant à l'interprétation 
traditionnelle du Cantique, expliquent les différentes parties du 
livre d'après leur sens réel, et en étudient les peintures en détail et 
conformément au texte même. A cette catégorie de commentaires 
appartient celui qui est aLtribué, sans doute à tort, à Joseph Kimhi. 

1. Mischna Yadayim, m, 5. Sur la signification de cette formule, v. une étude aussi 
fine que complète de M.Friedmano dans ha-Goren (Berdyczew, 1900-1906 sous le titre: 

û-193 w-pn "ans y^i bbsa &+ nxria btxba. 

2. Cf. P. Perreau, La Cantica di Salomone e di commentatori israelili nel medio 
evo, Corfou, 1884 (extrait du Mose de 1881-2). 



FRAGMENT D'UN COMMENTAIRE DU CANTIQUE DES CANTIQUES 243 

mais qui n'en a pas moins une valeur réelle, et que je compte 
éditer au cours de cette année dans la Monatsschrift, d'après une 
copie unique appartenant à la Bodléienne d'Oxford. Le fragment 
que je publie ici fait également partie de ce groupe. Il provient de 
la Bibliothèque de l'Université de Turin, où il est désigné comme 
God. A II Peyron, n° 28, et m'a été gracieusement remis il y a 
quelques années par mon honoré maître, M. A. Berliner. Malheu- 
reusement il ne s'étend que jusqu'à m, 10. La copie que j'ai entre 
les mains présente plusieurs lacunes et des passages fautifs, que je 
n'ai pas été en état de compléter ou de corriger, n'ayant pu obtenir, 
malgré tous mes efforts, une collation du texte à Turin. En dépit 
de ces imperfections, je crois rendre un service, quelque petit qu'il 
soit, à l'histoire de l'exégèse en publiant ce fragment. 

Le commentateur qui, à en juger par les laazim, appartient à la 
France du Nord, s'efforce de faire droit à l'explication littérale du 
texte. Pour la signification des mots et l'interprétation allégorique 
il se rattache en gros à Abraham ibn Ezra. Il se place donc 
chronologiquement après Ibn Ezra. On trouve aussi chez lui 
quelques remarques originales. Enfin, on peut signaler certains 
rapprochements avec le commentaire anonyme publié par Mathews 
et le prétendu commentaire de Samuel ben Méir *. 

J'ai cherché à établir, dans la mesure du possible, un texte cor- 
rect et j'ai indiqué en note les références nécessaires. Je dois 
l'identification des mots français à l'amabilité de M. Israël Lévi. 
Je recevrai avec reconnaissance les corrections qu'on voudra me 
proposer. 

Mars 1907. 

S. Eppenstein. 



b^ iniûe nbi9»fi -nia îaisb «i ,iH»btt5b -iuîn d-n^tan -pia (i) 
"irrptt Qi-pian -PU3 *-i73")b ©i o:n ; ta^bm "obtt Y 573 ""^ 2 ^"TOrr 

•vz»k nm ta^-pia orna*: "o n*nb ra-n -tan» im nn ,(i Rois, v, 12) tpa 
i. b"T tk» p b&ntttt la^anb a^-ptarî *ïw nbtip b* ot-pd, Jeiiinek, 

Leipzig, 1855. 

2. Cf. l'introduction du commentaire d'Ibn Ezra dans la (seconde) recension cou- 
rante, ainsi que dans la première, éd. Matliews, p. 9. 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^m ^«w nasai ï-r"apn by nakb "na aipa^n ta^an iba s-r^an 
ï-tt iddni watt mpba rabab nœ« t^^an 173 pnaa *-na n^Np 
i-TT 13 qirpan iNprn , fc a&na" 1 nosDi rTapn ■pi b? îïrwipi —pan 
■»»3« o .win û^aip anp "o anpn -ona ^ina nna:i anpn m-ia w«ro 
ipvuïi nax ï-raba iba» ttb« avo*p rraba bis -p-m mo ri^ann 

tPDb» ÏTttbŒ 13T1 3VÛ1 /pbttîfl ^-im731 ,(Prov., xxv, 1) î-ppîn ^DX 

ï-in - 1 û^oa nNi^i nTs-an ^nnbti» nbnpi ^ban yvio ,(i Rois, v, 12) Sa» 
&*b î-i"apn:b û'513153 ^kic nvn a"p» cabiin ama[a] ^b **nan "pa* 
[snsa] rTapm mwi s-nsa D'ntti* mm b^»?b tamaa w» r-ibiso 
npianm "pas by Ntannfth pa "pasb ■pKann» ina a^as 13373 an» 
S© b^b Mb iian» r^nm na o^ naba *pntt ïrhwa bya by t-iKannEO 
,rjpbnffl ton pna /»a mm a &om mmbn mnpan n^iNa ^asE dît 
N^naai ,f<2n abun ^nb r-imaîbi atanEb ïrrnnnb "Ha nm« rrpbïai 
nmajn aa^a tib naiii 53 b? i-rnam rtm» pain r-Tapn mnn 
as naba ^b» r-iacaim nnîinaai ta'OKbnn pa ieb insiaa m nna»i 
riT[a]i .rtb n^cnnbi mo*»b "Ha nasa iapa» va nm« irnai nnn 12 
nayn t^nî^a mna pi ,taan* mm Sniïï^ ba a^na» la^an ^-nn 
ta^a» rtnar *pb« nprir omsai taïTHat Ta a:nm rnbma pïxw 
tarsb maai 'îai bwnCTn ta-a^ai» anb "jnn aa^ann ^î^niDi r»an 
ni ^a /i-paa "f-m nT -mip»in npb pbi .(Néh.,ix, 26-28) an ma*b îanai 
t*m pT t-nbsa û^ia d*wei ba by ta-bi^ û^7û3>b ^niw» bïî pm 
^no^ T»ïib« '!-i *i3a n« ïï^ na^ nïîsa n^jix ^n pi 2 nian 
inpian Sntû^i ( ims aan?: d^û^bt im» npb» a-îû^sa ,(Deut., vu, 5) 
(ibid., in, 17) aan 'n pan ta^^n ba» aaa-iT: «b a^naia n"npn ba 
ï"rm*2 bya ï-i"aprn (Exod , xiv, 6) aa^?:^n ba» ïribiao n ^ tan^m a^nai 
r-::i7:N3 ->5 ^nansi a^nai (Jér., m, 4) nnN rr»nva rjibx a^nana 
mi7:iN ba^ /Osée, ii, 21-22; aa^mai nanm oeattai pii:^ ''b *pna-)&n 
t^saû* abva d^it*3 b:\nt a^nn^o bj» csït'p^ n^Bp?j n"3pn "ps tabiyn 
3 rr<b^ n^m T»pss xb ^i: irmai i-i73N »m ,ibT7a ^sb "nxi nn« ba 
tarr^a^» "«cb «b» nr« a:n an*ja , 4L aNna^b bm px isvnai iit:n aai 
.irî"»D mp^oa» ^:pa-« (2) nna^a -rnonn npb ^n-in ht b^i 
^d nnxn / ta" , piann by ab nr-naa nb^nna -ba piarib rnxn7a npiann 
pian nb nnnai ta^:5in?: arxa a^nn.s nnan ca-'Tobi: mpam tniMiKn 
inmaai niN.m td^ by ni k s?: ib snsnni aba b^ ^b» rïbi3»7ai t^bBia 

1. Cf., eu partie, L'ancien Midrasch de Schir ha-Schirim édité par Grùnhut (Jéru- 
salem, 1897), p. 1. 

2. Copie: rnV2- 

3. C'est sans doute ainsi qu'il fautjirc, au lieu de *i* , pDN, d'après Sanhédrin, 55 b 
(lecture proposée par M. Gruuhut). 

4. Cf. Sabbat, 152 a : Nedarim, '.12 a. 



FRAGMENT D'UN COMMENTAIRE DU CANTIQUE DES CANTIQUES 245 

^Vri p©nrr ain» m^ian tabnytt baa t"W*ia aia "je© bsn înwatti 
t]naa rojyrçfriD ^ab ,t"Whi na^n ^m &hn© wb implosa iap©i© 
rtwînotei "jbnaÉ na^an K">n© ï-idh mphioa mm rpai ^-pai toi 
rraab ^721? xïn© nb narDis ia> :tna©n)2ï -pb* nab rrana ia ia*jb 
fcaWs p naib p-n ta^piaa nann© 2 l'o **n /îb b« fis rm* naim 
-inv> a©v p©n aip?aa web na^K avalai "P3Da «ima mab ia^ia m&a 
iwri imai sn»3«i SatnbK n»©?:© p^a ^pw d^arj ^a ïw*oi , 3 na^ 
tïh©3in trttb» naiSTan ■wnn hN inb^rin a^nai taa*iN "^ab rima©! 
Fh'nb (3) .nann irw Dm sonnai m»©b tnaiza ^^rn .(Juges, ix, 13) 
à ff n&n nwan a^a^tn *»3>©n ^Tna» û^373© "in© fta^aia ^"«373© 
p©a b^©»irt n©© a^nana a©annb an* p-n© Dp»©a n©Nn ïta'nx 
■^pnac is^x "psi s^a© bas ,(Esther, n, 12) 'i^i n^7a©aa D^©"in n©©"i ^-nîatt 
V^m-iv va© /^fc© pnn "j Ta id /ine a-i? p©n rrn ^5 owa amn.x 
tpia irrm nsa ^t Nirn ïnwarfri ^baa û'nMn nwûai *ba ba ■iban 
npnwa'a ain» 4 ynat ^prrmb «arm aiai a^a "iTa© *p îrritf , pp , n»©a 
ntfttro yiaa ^s-n arra ©^ m»© -in©© ;sn an© nanba ,to"n33© ia y&o 
Dm 5 nmaa ^-nb «a nna© mn^© it m» ia ©^ ba'N lawi Nir: înc iribb 
fca'anyn bai "jn aia nba sb« û"Htt©i *-hm na y a ^?a©a bat* fb'njdïSft 
Ha© avj a^naia p© y©b m" 1 © û© ^aai ,tawm arjn p©a û©an7a 
Nir:© ta/naab vibain 173a .pmrj ma ,pmn .MEcci., vu, i) arj p©7a 
ib^Di< , ^ n a n wx t-n ra b ^ 1 a b a» .(Osée, xï. 3) &">nBNb Tibjkin 172a 
^Tariw\ taanx a^©b *p* mspiT ysi y^n va m»iba? p©' m^a^aa mbina 
maniNi '■pa? mîmïï ^^i^n ^Ta© niw^îi *pn7a ^a ^iN"i Nb© ■>"d3>« 
*>aa©7a m73«i n"»pn©n msnb nntin ma© maa© 'nnNi (4j .^pin 
©•>© û"»b"H3i ha nai©n ï-ibnna ^nn ^a prrna'ai ^a« .rraiina ^nn» 
t-inb n^iNin rm-ia'ar: a>a© a^naia rmy b^abi n©a©b n7a^ rrnra nb 
"«a nati-iTaa ex ^a a^b rnnx Y 5N ^ " ,DN1 ( Esth -' "' 9 ^ 1^' 2rî n "' 3 ' 3 ^ 

imn ^bTDrr ^3N"»an© ^Kibi 'iba ,n"- m n !^ b ?a n ^ a n ■» a n 7 -»aN 

y-'b ,.111-» *p Tin rrr 1 a t 3 .^rm^ai ^ax , ■ l ] a n n 73 © a i m b ■> a a 
nrn T'afa i3Ki (Osée, xiv, 8) ]iaab p^a -naT a^naia m^aT ^©b ^p"»© 
nb ©■«© nai bai yiasm nnTa© inr ana ©■« ^a n7a©7an y^n hm-»] ^m 

1. Cf. Raschi et le commentaire anonyme publié par Mathews dans la Festschrift 
de Sfceinsçhneider, p. 164. 

2. Ce qui suit jusqu'à riD"* se trouve dans la copie après ïiaiJl, mais doit sûrement 
être placé ici. Sur le fond, cf. Mathews, l. c. 

4. Cf. les autres commentaires. 

5. V. Arachin, 16 a et Baba Batra 164 a; cf. la leçon d'Alfaci sur le dernier passage. 

6. Cf. les autres commentaires. 

7. Ma copie présente ici deux mots illisibles; mais le sens paraît être : je cours h sa 
poursuite, car mon amour me porte vers lui. 



246 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

m .-parra ta in «a ,ab 13 inm Y^n Yvaîtt aïs*™ tnab i-mtna 
ûncsa *jbiim na^ aiaa "jm ^3 ainsi / pia 1731b "piia ta">nu:73 *pu:b 
ia (Cant., vu, io) tamu^a -mib ^biïi aian ^a *pn aai ,(Prp*., xxm, 3i) 
■varsi "pin tots nnvi abri H73U573 Ninu: pîi airtNb '-nur^i iup la 1 ! 
nifcbjn ba ^paî-Krra iuî^ *pn yn *a vb* ^larw -iuîn tar-na^m nt»iîi 
Sr ab iddi Fane '«a^aa tarnaN ^aa psri mi .'tableau: nipTUWfin 
^aa* P31 ï"ian fca^bs û^psin tabim ba na n*m !-j"apn bio wan« 
rrrm UDttian s*naœ i»b Sna pibn »i nm bas t-j»N ana •psi» nab 
ïamôi ipumb iiani abi3>n hiTn mina bai ta^3u:n i»çn ca^3u:m 
m-ip-n in*' val .Snars i73Uîi wbma "panb w voïk npnTsi naybi 
•nauîTau: tamNi -^n [^ba] vin» — i?3*o nb«n tavannn "patt 13*1x1*1 
nbiaai , 3 (Gen., xii, 5) -pria wy mu:** \as:r! mai a"»naia inna*b 
t-n«m pum ba» iunp au: n«i i^n ins ^^«i inna^a n n 73 © 3 i 
^atnKfc ^b n;b ib 173^1 Tnn» i3-<bi!-ju: 'pn ib nwy pi tabuaro 
ynx bus ump73n taip73ïi b« imam (#û*., v. i) ■pa» *-pa»i "jnwssm 
a-'piuînrr *pi ->a abi^au: ami ^b aam ûny piuîna 1732? amai Sn-iu;^ 
tarera 3 tai /une ^m« nptain -on ib nn73iNi nm« ^...inpi^na û'ronii 
nnN no373 anm ymbi na73 «bat rtb c-iann pan mpbn ^nsu) jnb »■*« 
Siaon uni inaïis b^auja biaom abu: nab mm *bia anap D^aia 
i3^3N tarnia^b 'pn rpar pi ,1732 a bu: nab« pan ia *-rbia7ai nasnTa 
narr DflbNn ■'a *pb '■pnsu: ^s^ «bi fcmai^oa îi^a inoau: ^3'-lTb^ 
1313» pma» bu: ina^n cabiyb î^mïib «b» tziiNn m:: îtci 5 aabb 
,ivû aba bapT mu? f-hne ran^ rsa Tia^u: nb rr^nm ma^a abaai 
m« ibra cn-ia^bi .aip?:'? aip73» a^bûbiasai û^bna T»nu: rma^rr pi 
t^ai nu:? "3s» nna ap^i pn^"» n« «ma ^b?3 ,, aN q^i ^b^aNi rwna 
nu:p "na^uîa a^nir^a vsa na^n^as ^a nn^n ban -np^b u:p^au: pb ^3 
b^-in i:nu: 1733 temaa itibtt» nn-i3 «bi ta^Tauîb .... 6 mu:p mn^tâi 
fc**3.o au: swns» ^niuo-» vnu: ^73573 7 (Deut., xxvi, 15) ^^b ta» ^n-«T 
n73ir^3 rïn3u:?3 rrpionms ^rvïpati n»» *pbi (5) .t=" , niS73 ^na tanins 
TObrn» nwoaan t-nbaa ^n rrmnia m73iNi r-navoaa m»3>© by 
SaN ,^1 n m ^"nKTaa ^nia^mor 8 "nri» a^ b« nab737373i "»"i3 bx ^nan 

1. V. aussi Ibn Ezra : "piil nNn a"nUÎ^73. 

2. Cf. Ibn Ezra, surtout la première reeension, éd. Mathews, p. 15, où l'on trouve 
également le renvoi à Gen., xm, 5 ; mais notre auteur développe davantage l'idée. Je 
crois que son explication s'appuie sur Gen. r., en. xxxviii, i. f. 

3. Cf. ibid. ch. xxxix, i. f. : D v »a3Nrî m"»att BH"iaN. 

4. Cette lacune doit sans doute être complétée en ce sens: l'aimée lui tient de tendres 
propos. 

5. Allusion à I Sam., xvi, 7. 

6. La pensée à compléter est sans doute qu'ils sont restas malgré tout fidèles à Dieu. 

7. Cf. Sifré,ad loc. 

8. D'après Ps., cv, 13. 



FRAGMENT D'UN COMMENTAIRE DU CANTIQUE DES CANTIQUES 247 

\n">m s^tbia ib^aos Tibao barra) m*ib naTirai m&» ^n f-int bs 
mwn won ns^ruî &ôn nr« rwinwi aiEam ! ûïwd T"n^b r-imr-ib 
faaaai D^nnropni tara^bi taarab b^ww© ^rrp "ôïwa pbnnb ■ok 
©■»n -tan/w* D n aab» rrnnniaaiaa Habuj nw pi n-onbnai Dma 
îmDrrtaa© rwvo pbnnb ^n îwtn Tïp ^bn^a ïTvmo ^n un ttnab 
(Ps., gxxxii, 13) apiab ma la !*ro»n ma» taisb tzm ."rm*»*] maab 
■«aiann nmnnnia ^a«;a ^isnn Ss (6) .» ba>sa la yiam 
ta^bs»-* maa in» mininc *awD br * -b* manb*i ^a salaria 
irN 7 ...iaa iaaa ïrnra rawi 6 T"*ba cawre 8 maab . ..a^nana 
"pi i?3S ï-rnp3 ln©b ta"WD ^auîrra; -ab /aa^n >anDïtti«J ï-wcbe 
t<bi iaa ttv« ïinam w nnnra ^aian 'iba ,{Jona, iv, 8) œaiatt 
rnaism \^a mm ^mk ^2 a . 8 (Job, xxvm, 7) ma *p* *nstrç 
■*3Nia lab ,tana ■«« rnn /*a n-ina mm aaiN p ^aa "aa ta nia 
•Ymntaa ,ta^anain ns un ta i a ^anaç? .anbsî ïttî mwb otoa 
nbaio "afin hmN] npram *afcwa ba> "Oio^b û^ti rrto cataaïi "*abi /a 
S^ ab nama "aa rrbtaan b* ■»*? anaiN v*ïna mis inatta biaïaa 
nax pi # 10 -tai»3>ïî ^b naraa nbuarr irman "na^ia naa î-nrsNn 
;(Exod., v, 17) 'nrb nnata naba anai» ûpn p by ton» a^ana i-rana 
^:n tqpb'na na ib Tiayiaa woa «b naiba ^màa t**b "vba ■'an a 
11 naniaa Ta nK3tt"Wi raaiaa nbm tta^arej rnwfi "çba na ïrma ban 
ffibe pnian ba> r-ippinaa n-pnb n-nnn rinan ,-»b s-r-natt (7) 
nnn na^N ,namNi main ^d3ïî imx ,iiBaa ï-iatiNra 
?n;Ni:73N f*bi "rajpnN 'jab ,ta"nr»3£.a ^b© ^V^ V'ann nD^i 
r-r^ira rr^riN ls T'^ba ^"p-ns . nabo , în ^ a i y a mrsa n a b p 
tmain ^saia? .^a nababs rrsaw ■»aiawmi ta f^n" , ar -«-n^ br ^©pab 
a^^T pi (i Sam., xv, 19) ^buîn b« aym naa Drmna nnman û^aN 
$"y\ / 3 anns niwa bpxb a^nam û^ba o^np (îôîrf., xxx, 14) ta:na 

1. Cf. Ibn Ezra, surtout la recension courante (la seconde). 

2. Cf. Raschi et les autres commentateurs. 

3. Cf. Ibn Ezra. 

4. Cf., ibid., dans le second système (n^3U3n D^Dn)- 

5. Ici une lacune que je ne puis compléter. 

6. Norette (noirette). 

7. Encore une lacune que je ne peux combler. 

8. Cf. aussi le commentaire anonyme, éd. Mathews, l. c, p. 166. 

9. L'explication qui suit ne se trouve cbez aucun des auteurs connus. 

10. V. M. Keloubot, v, 5. 

11. Cf. Ibn Ezra et l'Anonyme, éd. Mathews, l. c. 

12. Pur ké (pourquoi). 

13. Sur l'explication de n" , L3"l2\ v. aussi Ibn Ezra, ad loc. ; mais pour cette interpré- 
tation de I Sam., xv, 19, et xxv, 14, je n'ai trouvé aucune analogie dans les sources 
que j'ai pu consulter. 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.» (is., xxii, 17) j-rjy -pisn ' — os nbaba ^babu» ^rt t-ibobira» 
r-*bi nva^b ^bainui ïrnan ^^n ^a» p^n ^b ^m r^b dn (8) 
r^b fcavtt ^n p**n î-jny *jb n73iN &m ^uîpnb nabin nwD îrr 
i k sr. "Wn rtttnyn r-iNî un , 2 biarab Dr ba ryioatm ^-irrab *yin 
ruzîNa nx-irn '■prvn'w ^73* T'bim 3 ï'-"*ba . . . *j n £ n ^pyn *j b 
"iriNa iN£73n Nbraai to^nrr ni3a\2373 b* ^am ïttnfcn *in« nabi™ 
t^jbn ûr baa mioyb ibain i-rn tun r<}£73nra *i* ^ït b« iabn 
tamiSTs nerr* "pi b? Tni^ari npb "p^-irT i-rn .biwub wmtri 
t-iN "^rwirt f<b ïinin *i72iN iro» ïtîto 4 ^n-ko^ y-wb tançai 
ï-i"apïi îmaam ^bs *pn rirai (Exod., xxxm, 12) ^y nbian "-i«3N 
,îibn3î"n inmaTan 111573 ûip73 ba miz^ *pn 1d**vpi frîïi ib mvi» 
ûnab ^73D Nb« 5 taTittîbD ynN uns «b© û^mn r-naaizîtt by irtn 
pi aM-173 pi (Deut., h, 19) -pa* 133 bi73 rwpi a^nana 1173*1 3*073 
*p»To uni ^bi ^bttrr ^p^a «ba* n73rib733 ^n ya ûïib i73iNi ,tam« 
'jiaiBrp «bi ma*n *pb ,(Nomb., xxv, 19) 0-073 ^nnai ■*apm' , »Mi nnu)3 
rr*-)D ^3313 ^noiob (9-ii) .aa^73 ûsin nnpb mwim rrui*a 

tD"«73^a lau^ïi 173a ï-nw Vvm 6 î"yba N-ppbnp /noiob 

^ino ûï-jb rnansu) i-nanri m»i» pi rt3p3 noiob tt*n ,{Ps., cxxm, i) 
♦ 7 ta^aïui tm ^pnb ï-i-nn» ûnaTn Dation û-at0733 y»ïti tarn 
ïwï nop3 ao™ npiionb bN-no- 1 Tïn»73?i 5173*173^ *Db ,o«dïi ^obi 

i73nnuî nr 8 Fmatïi b* nb —i73Np wn ,i-T3p3 oiob i-rniN 

, 9 D"«ii&73 [nr»a] nssa iriTi ,C|oai anr ^»p-ia D^73pi-i73n n^no ^oiob 
^Dan nmps ûy n^T nm û^psj'i ta3"n273 ■^c3iuî''pi ^iy ba inpb^D 
ûavnsa byi ûa^33 bj ûn73^i a-raia tan^rnsn bri on^a bj> 173^1 

"11^3 ,130733 ^b73n^ -13> (12-13) .(Exod., m, 32) ta3ni&73 n« Dnbiisi 

■'SN-'isim ■«s'ipDi ib 3-1^1 ^-13 ii3s>b N3 i^n r-inu:733 130733 ^73:-^ 
t^3 nn^ ^a ï-rwir^a nnau:73 rnpiuînn ^nNT ba ^b insi tana:7373 
^n^îN ^3^ ^3^ ns ^m-pz a^nana mpoi !-T'3pn "^ob nnm nsinaT 

1. Cf. le comm. anonyme, l. c, et le prétendu comm. de Raschbam, éd. Jellinek, 
p. 39. 

2 . Cf. aussi ibid. : -nriN ib^UÎD b« 173lba, etc. 

3. Il est probable qu'il faut ajouter ici la traduction de ^ap^a, sans doute «traces». 

4. Ici notre commentateur est indépendant dans son interprétation. 

5. Cf. Exode, xm, 17. 

6. Chevalchère. 

7. Cf. Mechilta, Beschallah, sur xiv, 28. Au sujet des mots Û"OU5733 l^m v. le 
Midrasch Schir-ha-Schirim, éd. Griinhut, 11 6, le Midrasch Zouta, éd. Buber (Ber- 
lin, 1894), p. 15, et le Midrasch ha-Gadol (cf. le commentaire arabe de Beschallah 
édité par M. Friedlânder dans la Festschrift de Berliner, partie hébraïque, p. 3, n. 9). 

8. D'après une indication du copiste, le ms. présente ici une lacune de quatre lignes 
environ. 

9. Cf. Midrasch du Cant., ad loc. 

10. Ibn Ezra rapporte ce verset à la promulgation de la loi. 



FRAGMENT D'UN COMMENTAIRE DU CANTIQUE DES CANTIQUES 249 

nuîipwi '-niï Nim fb» ^nnp "»a ai* ra ta a -o -wini / tama^aa 
•pb-i vjio 'pau! n a« mwrwai ^a -napaia Titttt nrnata mop fin ma ^b 
taenia "pifitn -na laizî fa uva© tntKï'n anaîi irri ^by toa-n 
iyma"tt maob "-papfiNa n-nzapn mna taïaapfin 2 r-nat* m wb 
(Nombr., xxr, 23) bN-na*» pn "prpo ïPa toi i»a inn nay imn pa "ltim 
SiaiaN (14) , 3 Sayn ma y» Sy îiwro paia t^ibi ■piTaanpni 
■na *pa>a bw nay imm irhbaiBfiw "n'»ay iDian /*b 'in isiDn 

rjD" 1 *7 3 r? (15) ,* "»na -py p^D3in»1 (Gcn., xiv, 7) — I72n fatSTia finma 

•— iTafio nan-jaa Scnra"» T»ma Sy na^y — misan npb part ,irnyn 
"»inN PN3«) hd" 1 pay pâma pn ,rwa pd^ pn pt: irrypb pïJinrs 
by inb?û boa ;ta .*» an *« n^a^y pic* 1 pn .stwi*h «b y-ifio -maa 
û-31-i na^a pimiBn '■pav nam pâma [pk] pd^ p^ ,ha p'app aip 
•nay «b ms aai avoia ma: 7;b nbwa »b "a ta"m7am û^ep dpuj 
^31723 "nnfit *pab '■p-nya ion ^b *mat 3^na pi (Ex., xh, 39) tapb 
imas 'pb-inb Dam pfi* moiyp -pn pi ,(Jér., n, 2) pwïï «b yiNa 
qN -nn piep n;an (16) .-ibœ Su)»a npb p-isnyaia tzpyai apTay 
m^yaa P31733 lapoais^ nsi pay -»3 piapa p™ iaaaia y ta^ya 
ïiTa^ya r*nma y !-iaay-i la^ny t\» .ta^y» "^n baai i^btea ina 
lafiwsa bas imab û^oaaa 13N pan ta^yp ^aay-i nnn a^aana isnu; 
a-raia 3 ....napanN....&u5i rnnn ara a^aana 13N layn yy û-»ti 
nan^i ta^-pan tD^y3u:i û^a mrj ïriw* tarrr:: aoi irra^b^N iN3^i 
mmp .ta^îiN i^na mmp (17J .(Ex , xv, 27) taa^P by tana 
tamrotn û^^r ia«u) û^n^n .tarnN irta n^a^T» la^uj ta^pan 
tepaw naxo taa^pi-i3!i nraiba / to\m-i3 an 6 t"yba ©"aina ^a^rn 

•tap^nnp 



tD3i nna any c^ipuj 7 ia":>Tn-!D ^nan nairan ^a« (1) 
naïaiia p^npa ^abi a^by p^auj [nbya] .... 8 nt-ii ,a^p7:yn nauîiw 

i. Sans doute une faute de mémoire de l'auteur ; cf. Exode, m, 7 et 16. 

2. Cf. Midrasch du Cant., ad l. 

3. Cf. ibid., et dans Midrasch Schir ha-Schirim, éd. Grùnhut, 8 6. Les mots 
depuis 13 ,, n3"l jusqu'à bayn sont déplacés dans la copie (ils se trouvent après 

■na f y). 

4. Cf. Pseudo-Raschbam, p. 40. Le commentaire anonyme, éd. Mathews, cite Ezé- 
chiel, xlvii, 10. 

5. Ici deux mots estropiés dans mon texte par le copiste; le premier était peut-être 

mnya. 

6. Lire T2J"^T13 « bruis », cèdres ou sapins. 

7. A lire peut-être « prunels ». 

8. « Rose ». Suit, dans ma copie, un mot entièrement défiguré. 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

San mab noaaa td\n-i t3rp73?ai yrmn ï-în-i7û ^n 'iba / »tt jwfe 
r^nn û">b^a73u: ta^puîinn *pi Nim p iein 121733 ^niiû"» vnw 
tnWiV 1732? rwnpfc tebi trrp?3*ai "pimi fnabwi nnn inpiuîm 
î-iauniaa .nsuî-iu: nx \m ■"inœaïi 173N1 nauj-itta ï-mna na*»* 
[i]n^73i73iNT 2 rmtoann *pa i73iyi taia ma ,mn .fmni pa 
nniK *mpi ^173 tt»*Hi an nnn 3 [î-ïatûïtarj *zrb Non na**i] 
ûip733 bistû (Job, xxxi, 40) mn c^t^"» nan tnnn a^nai 4 f jba b"K!Vfi 
/ t-n73iN3 barrer *p ma» iNi73i ai? rinn'a it ï-ïïïtsvaai r-ianann 
msn pi mai* "pao DipTaa N273ai aiy lai tin» n73n 131 nn 

(Osée, ix, 10) u 3ÉhtD 1 ' ^nKStt *H31733 Û^3a3'3 3^H313 plO W8Û 

rrnaiNm mrs û ,, id , ijï) tzvaiia û'rçjjaai marsa :rpiD3> Sansmp 
m d n a : yvy nm«a ir.iâ nna^a t>r»n ca 6rm nbann *jia *pN 
^b^N ^yn ^^3*3 ,tt«a -iban pin» tidi a^ian a^a vtiibtb 
•pwa m^iNSi ^r-iba "in© ^a Wôn -mi pi ni tin ■pais pio 
s (Jér., x. 15) tzpjnnyn ^3>73 i"i73i b3n ^a ûlba aw nbann ana 
rnsi ,ï-wnt wNb yiaa vin» ^«aa \iaoi ^nian ibata ^ais'an 
tana im tzaitti ûms nuia»"» lias i^L3du37ûi rmsba ,^anb pin 73 
/p^n n->a bx ^N^n (4) .-131733 "ois pD^a aai 6 (Lév., xvm, 5) 

7 rar vina nabin "»afco laab ^bin ï-pïtû .iban ,[iaj n-narab 

ma "in bs •wbinia "Wn ibai in« riab-ii \i^io mm t^in 
Tao73 y«a imoi ^anba "i73nb nab a^nan "pb ïib©»3« fimnn bapb 
^b nena rnn ,H31n ib? ^asb ^binr: P**7 »n)ban.i .(Prov., ix, 6) 
ta*aa* "vdtoh "Win 173a .nv^^Na ^a 13733 (5) rini na^n 
■o 3ina wk-i , 9, miDi . 8 y^ trabn izr'piïTa i73iba (Osée, m, i) 
in3->T3' (Cant., m, 10) irrrsi pi /piî^n ^©b ii^di SKaia** "ji^aba 
î-ïa^T^w n , a- ,,, 7 iba (Job, xli, 22) a^a ^b^ pin ism pn ,nb» pnm 
D^msn bv pTim r:3"»T^a ^b n^r "j^a pi ^a ^bj? yiin bc pTim 
■«aN p'an 31173 ^a mTDi mp'viM ,, ^ ,, b* ^bn» ptnnnb bai» ■«biN 
Sipi mbipm ta->733?in bnp73 iaiba ,pTnnîib bia"> ■'ab i^i Hbn 
"—131 n©73 b« 1173^-1 3M3ia î"ibin ^:n riiin in» bu? ^iDvan 

1. Cf. Ibn Ezra. 

2. Cf. le commentaire anonyme, l. c.,p. 168. Cette explication me parait plus satis- 
faisante que celle de Fiaschi, qui explique le mot par « épines » (D^lÉlp). 

3. C'est ainsi que j'ai restitué le texte d'après Mathews, l. c, le passage ne présen- 
tant pas de sens convenable dans ma copie, qui porte : riD" 1 17311 la^N rP731731J<"). 

4. Peut-être « pavot ». 

5. Ces explications reposent selon toute apparence sur le Midrasch Schir ha- 
Schirim, éd. Grùnhut, p. 19 b : i;n ^rtbN ba "O ïY'ttîT IJ»"*! ^Jl msra. 

6. Cf. ibid., p. 20 a, et Midrasch Zouta, p. 25. 

7. Ici une lacune que je ne puis combler. 

8. Cf. le commentaire courant dlbn Ezra, dans le premier système. 

9. Ici encore l'auteur a puisé sans doute à lbn Ezra. 



FRAGMENT D'UN COMMENTAIRE DU CANTIQUE DES CANTIQUES 251 

/ilBNïb nnn ibNttŒ (6) .* (Exod., xx, 19) S-I3>aiBai "I37Û3? nnN 
[ibid., xxv, 8) VTpi2 ib VWl imai , 2 ^3^3 "»aJ irû'OE 63£a3t«3 

iji»^ naiatab annp aiaNban trmn îiaïao nia» waïaia ia miam 
iaan -pn pi , 3 piaab a^aa aa^bnrî iani*a mais laanpb ■» 3 a a n in 
•pai ba> maaita tm S^aia b* tarpiaa bxa ûiaaiiaia snnbinn 
nsaittp ma» ba ia nnm pana laïaïai moan nnn ibmsQ ïmsi 
" , 3Ni .finbinri naaa Naaaa *p ,tzp-iaî nnbr nnai b* rtb^a tar 
taariN in*au>n (7) .jwn ht ^Tvwwan npb p b? ia ^naia 
lavniyn «bia ;mi a* awna nn* ""dnizj nnwxa , ta i b ia i n i m 3 a 
pi /âian ba aia^nn nra f©ib "»b irran ^s nanan b* mwi «bi 
Dïrbana nm« lararp «bia maiatti n« Maniai noaa nanniaa nnin 
.mïïn nibiaa in r-n Nasa Atpipan "pai naia riNap *nw: 
, 8 s-rran nib"wi tmswaE nwaa !— ipoïib mtaai tarrara laiman iotb 
tnwaata p^în ^a ba -raînb pran iaa "pnia a«DM iab t-rfina ibi 
Sa> na^am ^ns: nann it i-ibi« rr?a : 6 ïaïaa-inana ïthoïi r-nbijo 
ûinaïao [pa] 'panaïaa "p'wbi # romsen n*iaa ri^ui na>ia ba nbana 
a\nana ihtoïi mbw in m»aa£b nin nnaiiro aniaa iaa "•« .tam 
rmori msaasa |ms w»a©a (▼. 9) aibum novb n» ^aaab iw inati 
, t** a n t ï— r a n *» n i n bip (8) .irai it b* aman ûïtb mbi»ai 
-iTaiba ,ta*iîin b* abia aa vin ^v it nnataai nr ana^na inumaa 
rnaibrin p niaïaai fcrbna nn« nai^ vn\Ni tbi (9) 'Marnas 
r-raa n?ar aabib riarn ir»i main» aa> , -iaii ^^n banoara canwsa 
iaa npy^ iiiab ,nDy (10) , 8 yina?3 [-rav] b3N ta™ ^3 n^na ■'aaa 
tsi in un "j-b ^aip ib« pa*2ti 9 (Deut., xxvn, 14) tanibn id^i 
.iaat"iNa Tûi bina biia rs ^b ^bi aan^n ib«a b^aa ï-rann ia 
auîam "iipn , i b ^brn qbn taa 12 a m -» a a» rrôn rssr: ^a (il) 
ba[a] tnt a ta 13 as an (12) ^a bna bT^arti "jinm riwsa T/rrm nnaa> 
^-îaiN Nin\a iaa 10 Hisiyn nn^T ma? n"" 1 ^n^^aTn n: ,r-nabi»n 
.anarai z^z^n maiyno N^n nna^: na»i iaatn»a a^auja mnïi bipi 
inaaai ^aan naa rnaNnaia a^aan 'iba ,ïh^d naan na^nn (13) 

1. Je n'ai retrouvé cette explication que dans le Targoum du Cantique. 

2. Je ne saurais donner de référence pour l'interprétation qui suit. 

3. Cf. Nombres, n, 2. 

4. Pseudo-Raschbam, p. 42: naiiN ifparî i"aab ûiiaiNn ob^n mai» Iran 
# iaT lans-jia ipaim 'pr:. 

5. Peut-être est-ce une allusion au Midrasch Zoula, à la fin du paragraphe, p. 26. 

6. Cf. Eroubin, 54 6, où c'est de la Tora qu'il s'agit. 

7. Cf. les autres commentateurs. 

8. Cf. Pseudo-Raschbam, l. c. : *pna D3ab ©nan31 "]^ ba ^3 niN^lb bia^ Mbl 

"as nia ^asa inienbi ^a nanb n->arr. 

9. Cf. Raschi et les autres commentaires. 
10. Cf. les mêmes auteurs. 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trama littom mabiaa mnism 11120 l *naa^ lao ,11730 caosm 

1 n3T' (14) .« tattî ^b-»b "»b arj ^o ,.*jb rabi 153T5 -ja^sbi ai? mi 
rwn y 3 i:nna 1730 ,*bon "narra n73£y nlnowo n« ,?bon ^una 
.(isaïe, xl, 22) y-i^n ain br asmn 173a ,mabw nbntt 1730 ton no-ion 
pwb ,mannttn nnoa .ybon nipa 1730 miïti ,3>bon ann nna 
*]Ni73nN ^a^^iiî .ûnbïî moai manran ifiN mnndtttt ,mb^73 
^b-ip *ot&o 1^173 hnini ■»?« toe imbo ,*fh t p n n 1 a 1 y ■» 73 ia m 
,m«ib m^a ^xitti aia> yi»©b n^P ia *ra©bi "(niNib a«n -s» *6 
■vnnob *io ^b m»N oai ,nxi»b ^b^bi nsstb mn nnsa ï-nn *s 
talion n« b^barran tawwn iab *wkwd (15) ^m ifina — m«atb 
mi? ia nyi lams b^moara t»ïi ^0 B tjm« rm«b nrïaib 121 iai 
m an 11730 tarna la^ia nnos^ "jba f**b b«i 0173 tara ^ t**ntt 
(16) ib vna* ^k vum «bi ^baia mianban a^iai traa *p moaa 
aim a-*an Kima , ta^aïniaa mnm /îbtD "am 13 ta snno *nn 
bN /araEiian "p 3 3rj nn ai? ûipTaa nnana mani nmb lam 
t»mw rwn 1730 ,0-piî mena na> (17) s6a ipaa n^b "jnaba inan 
aobi^n boa taaian i^a^i a^bb^n no ai 6 (Gcn., n, 7) tzmn naoa 
namaa nîm aiaa r^aia onpab a b , 7 b^bbsn "i&m «bo nn? mm 
1730 * t \xo'n ta^abanan uni Sa> ( ma i-in by S\ni "rast ira 
inabam ">mnm /pnm a^bsi ^aamai [ibid., vi, io) nna am« nna^-i 



; 



nma>a Tmniaa ims ^mmus 3? \ms "raa? mon ■p nnao (i) 
vby ^ma'ûnm ^abiû nn73 ^b^N r^nmo nnao ">n^n m'b->ba ^nauî73 
KbiB bj* 11^73 ^nainnai vnxzn r<bl aotî73a ims m , japa73 \n^m 
nnaioNi n a m 73 t p k (2) iaba ^ni73Ni ^awsip^o vim \nobn 
«bn ^nuîpa-i w®9 pi ^oa nan^uj pn n£73N -bi» b^piiaai 1 ^ y a 
am&nn ^nb»©i i^3>a o^aaion b ^ 1 » n » n ■'aiNLra (3) mnj«fc7a 
^b ia^ t>îbi n^a TiaaoïBa n\nuîpan ^n^y pi ^^ooa mars»© n« 

1. Ici un mot corrompu. 

2. Cette interprétation est sans doute fondée sur le mot *]b, comme dans "jb Tjb, 
Gen., xii, 1. Cf. aussi Mathews, p. 170 : ^n^anb ^b ^051. 

3. Cf. Ibn Ezra. 

4. Cette forme, à cet endroit, cache sûrement une faute du texte. 

5. Cf. Pseudo-Raschbato, p. 43 : 'lOI wbY"B3 ian73 , a TNT bo ia\n^ia"). 

6. Cf. ibid., p. 44. 

7. Cf. ibid., p. 43 : Ûllpl Ûl^n D173^73n ffQ moa «^«5 Onp 15 T1173M1 

biN bo ©Nia ni73i^i nnnî nannttî arn ^n iy û^bbitn loia^. 

8 Cf. Raschi, Ibn Ezra, etc. 



FRAGMENT D'UN COMMENTAIRE DU CANTIQUE DES CANTIQUES 2S3 

nKiaaia iy ^FNZîsn ©anb irnTm ton 72 ^rnayiD ùj'HS (4) .121 
*stbia rmnx ^wi fcôa naa vritriN mN£7aiaai /vdbs narras) ma 
— nn ban i?jn m ^a bat rnsana ij -anan abi ^aa» tp^ 
hua ta a n n injaon (5) .lis» ^maa*nm "«nnaïai ■* n m n 

hsa n^aia?:! " 2 b* narr» ina nay * frrn nT ,taa">biai-p 

,»ça?bjnjatt nioVn b* mnaan *i»« ya^n ^ t ^ -ttYWi »bw abim 
nnataa poasi fcnwao a^ain vrna Sama- 1 noaab ï-Y'apn naara 
(Dent., ix, 23) ynsn r-iN îaii iba> iaa*b s-f'apn naia bip a.nb a*a r-rbvn 
y-ia* nami naia ynaim pia "pini y-ia*n n« tanb iaT a^n ^a 
Tnorrb Vannnrn fcarp'awn-» inbia tam (Exod., m, 8) oan abn riaT 
(Deut., n, 10) ta^pa:?a on mi hrna a* naa* ^a ^b-«b «bœ taaaa::? 
■naan p-bbars 10a aô ma» ^a i^auj «bi "jb^b oms nnsa ï-r"apm 
Sji .i*aio r**bi (Nombr., xiv, 9) tan-ô^a ûba 10 abai rûin^ canb 
ia Ëarbana a^a-jp aa^bania o^bania lab îmat •— ima ann Epbnan 
,-121733 'nn«na an bana ïranaa iban a^aiapi a^aana anat "a a mm 
taa>n bab tanrnai rnnaa irranb n? qcPi laa Siarn yiab inn 
nappai Sama^ lannna *p nnan /pbarrai tamnai («£«*., nm, 15) 
rnby'a la-rim a^nai nmKata ïsbi ûnaa> ^b^ia n"apn nappai ^b^b 
aaaipa wat ■»? i7:nbn aoi iba>n ao naa* maai (Deut., 1, 44) jmîitt 
û"nanan iriTi (Nomb., xiv, 44) wb aô npai 'n rua ynao (iôw., 42) 
f ^n«36-»tt * y tjna »nnai8 a a? a. a .taana? n/nnb nan a*bia 
tarais pn nau b* innana «bi "naab *aaa na^ffl npbnoa t^bia 
r*orra ,banu^ yna* ;nnn un ban nsa* ma bs wwarjB i^ ,naia 
/ taa^b , aii"« ma a aana* Ti^aian .abnm !ma«n nnn aipa 
* na ^atîia mynm tiann irian »b.i rj"apnb irn« n«"»ann ^bia 
tax .la^a^a ina^a© niuîTai taa^ian s msi« "-aàs pn rt"apn îabTiaïria 
ia^ai "^a^a iTism !-1"apnb *niN isrunn c^bo ,nn;n caNi m^n 
n"aprt rn^ia (Exod., xxm, 33) vb ^nia warn p ï-mna amaia 173a 
î^o inai laab pn ab ^na pn ">b -it:ni nviyb bornai ya b^ianb 
nr: ,-iamn 1» ï-rbia^ pnt -«m (8) , 6 (Deut., vu, 3) ^aab npn 
saaia ywia rr»a: yiN73i nan?a visa s^a© npv^nn nnnaTan na^a 

4. Ici une lacune. 

2. Ma copie porte ici le mot ïllTHStl, qui ne donne pas de sens. 

3. Ici l'auteur est indépendant; je ne trouve un faible rapprochement que dans 
Pseudo-Raschbam, p. 44 : rrbjnam bajH nt55>73 bj> 11^731, tandis que l'inter- 
prétation du verset a^b^lID iab 1TI1N ne peut être, pour autant que je sache, 
appuyée d'aucune référence. Cf. cependant Midrasch Sehir ha-Schirim, 28 a : 5N 

bN-na-ï yiK it ien rr^a. 

4. Cf. Pseudo-Raschbam, /. c. 

5. Allusion à Ézéch., xx, 6. 

6. La copie porte ici de nouveau : ib ^jniN IN^Lari" 1 p, ce qui est sûrement 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trtttiîn rm» rîbi? imm , tardai srj n^bra naa tcro 5i33>n *m 
mnar; p nbim •jta? t-in^ns ,bp?23 ftbnan ^-pûpts nbio nEa™ 
ï-rbffi nnabi ti» -ntap nbiJEJ ,ï-T3Tabi -n» rnnap?: ,12» b© 
tzpwœarï npaN bn ><bN iaba rr^abi *nn» Nbi ,1^:33:1 r-m:rp3 
■jinsab -pn p *5 p*r pas p 255 .t-ipaa .rraab D">b^:n tznba-nmi: 
rîpn d^d map a^roia cbmrr b* nnb pi pat* ûmuîybi to^iDarr 

Tttlï) ,(Lév., xix, 16) b^D-) "p* 1 ^ l" 1 ^ 5 /"""l /">3T1 -( Lév -> XVI > 12 ) 

la^ia rra ban * tams ba eaiN bab mbabi û'na'j ma-inb tammon 

ï-mattJ 2 -îwiba) ,î-7 73 brabtt ma» rnsrr (7) .Tbab taïib 

boi awn bia na73 aoïiiD iib nsaira ïi»b»bta ma» rurr "p nEi3i3?a 
13 i-rb* nu3 ^wn aatan ab&* s-njn «bn ^ns t<b rra ^nid ma» 
!-t73in orna Snic? ■niaaE ttma lt-ie-im i-»b 3^33 tamaa û^ioto 
•^«ib» a -m mnsi (8) tasna msaab wi ï-t:i»n ^3ni ribiy» 
nnsTo caï-pb? -nprabi marob ûï-pb* t-THEis» nmanm ,ïH?3nbtt 
w* Dip73i ïTnaa na7:n û3-i naab iiz^b» npvcînn nnsn «bi mb^ba 
ïwi rim» pT» i»e* 'pisb ,i»2M>b nb nia y •j-p-ick (9) .anaarn 
im&N mttbn 'prabai ,t*np»a mn "ib v** jTnBK .ïTnsKa r-rma 
in imsN iniab iap: 4 n^d nanp-3 ïmatorroî aia S? «'"n , 3 nbDb 
^yiz ann ii^BNn *p- 2 "9^ ïroarï ib^B» ^bim -ibdtji .inb pub 
.(Osée, xiv, 7) -j-iaaibD nb nm 3^nan3 ib D"> 31a rrrn nw «nriia j-ftab 
, 5 nxnba,anî in^B-i ,cp3 bta p-isan na a^YWtttt û'mTajm (10) 

1. Concorde presque entièrement avec Ibn Ezra, ad loc. 

2. Ici se trouve dans ma copie un mot que je ne comprends pas du tout. 

3. Cf. Sota, 12 a. 

4. Cf. Ketoubot, 10 6, i. f. 

5. Le manuscrit s'arrête ici. 



LE MASSACRE DES JUIFS DE MONTCLUS 

EN 1320 

ÉPISODE DE L'ENTRÉE DES PASTOUREAUX DANS L' ARAGON 



Dom Vaissette a fait, dans Y Histoire générale du Languedoc, 
le récit des désordres et violences d'un ramassis de gens de sac 
et de corde, bergers, vagabonds, brigands, nommés pastorells, 
qui inondèrent le sud-ouest de la France au commencement de 
l'année 1320, et qui s'étaient proposé d'abord de passer dans la 
Terre Sainte pour la délivrer des mains des infidèles. 

Sans organisation, ni direction supérieure, ils se partagèrent 
bientôt en diverses bandes, et ne demeurèrent pas longtemps sans 
commettre une infinité de ravages. Ils prirent la résolution de se 
jeter sur les Juifs, de les piller et de les massacrer partout, en 
masse. A Toulouse, ils tuèrent en un jour tous les Israélites de la 
ville et s'emparèrent de leurs biens, sans que les officiers du roi ni 
les consuls pussent les en empêcher. A Auch, à Verdun-sur-Lot, à 
Rabastens et à Gaillac, ils pillèrent les Juifs, commettant toutes les 
atrocités possibles, sans que les habitants chrétiens se montrassent 
disposés à repousser ces fanatiques envahisseurs. « Grâce à l'effer- 
vescence religieuse, aux souffrances du pays ruiné par les imposi- 
tions, les Juifs, qui, tous, se livraient au prêt d'argent, étaient l'objet 
de la haine populaire '. » 

Quelques-unes des bandes de pastorells franchirent les Pyrénées 
du côté de l'Aragon et se dirigèrent vers la Navarre. Menahem ben 
Zérah, dans son Sèdah Ladérekh, et Salomon Aben-Verga, dans le 

1. Note de A. Molinier, Histoire générale du Languedoc (édition Privât), t. IX, 
p. 404. 



2b6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Scliébet Yehouda, ont donné quelques notices sur les désordres 
commis par ces gens cruels à leur entrée àTudèle et dans d'autres 
petites villes navarraises Kayserling, dans ses. Juden in Navarra, 
et Àmador de los Rios, dans Historia social, politicay religiosa de 
los Judios de Espana y Portugal, n'ont fait que répéter et gloser 
les insuffisantes indications des deux livres hébreux précités. 

On sait donc seulement que les pastorells, en traversant la 
cordillière par les ports de Iaca, marchèrent directement vers 
Tudèle, dontl'Aljama était renommée pour sa richesse ; qu'immé- 
diatement après le massacre et le pillage de Tudèle, ils montèrent 
vers Pampelune, donnant lâchasse aux Juifs des villes des envi- 
rons, et que les Israélites survivants se fortifièrent dans le château 
de Montréal, à une lieue de Pampelune, où ils furent secourus par 
l'armée du prince Àlfonse, fils aîné du roi Jaime II d'Aragon. 
Ces bandes de pastorells se dispersèrent alors pour rentrer en Gas- 
cogne; mais elles furent rejointes et détruites par les soldats du dit 
prince. C'est tout ce que dit sur ces faits Amador de los Rios, qui 
les a placés dans l'année 1321, pendant la belle saison, mais à tort, 
croyons-nous, puisqu'il est bien connu que tous les mouvements 
des pastoureaux eurent lieu pendant le cours de 1320. 

Nous avons d'intéressants documents inédits sur un épisode 
tout à fait inconnu de cette histoire : c'est la destruction de la 
juiverie de Montclus, ou Monclus, petit village (aujourd'hui disparu) 
au nord de l'Àragon, dans l'ancienne région du Sobrarbe, au pied 
môme des Pyrénées. 

Fait rare et cependant exact, cette juiverie avait une importance 
supérieure à celle du petit lieu et château-fort qui l'abritait. Après 
les communautés de Sos, de Luna et dUncastillo, il n'y en avait 
pas d'autre aussi riche et aussi connue dans les villes secondaires 
de l'Aragon, si nous mettons à part les Aljamas de Calâtayud, de 
Huesca et de Daroca. 

Le château et la ville de Montclus avaient été donnés par le roi 
Jacques I er , en 1249, à Don Gil de Atrosillo, pour toute sa vie, et, 
en 1257, le même monarque disposa que le Justicier d'Aragon, Don 
Martin Pedro, ne pourrait pas obliger les Juifs de Montclus à payer 
mille sous, somme imposée à ladite Aljama, comme tribut ou 
service. En 1263, le roi hypothéqua d'abord à Gonzalbo Lopez, puis 
à Pedro Martinez de Luna, le château de Montclus. 

Ce château fut une des places fortes que le roi d'Aragon remit, 
en garantie de l'exécution du traité de paix signé avec le roi de 
Navarre; en 1291, Don Alaman de Gudar en fut nommé gouver- 
neur. En 1295, Jacques II chargea de la garde de ce château son 



LE MASSACRE DES JUIFS DE MONTCLUS 2&1 

écuyer, Jean de San-Martin. Outre 700 sous de gages par an, le roi 
accorda à Jean de San-Martin une redevance annuelle de 133 sous 
de la monnaie de Iaca, à prendre sur le tribut des Juifs de Mont- 
clus, « habendos et percipiendos quolibet anno... ex illa quantitate 
peccunie quam aliama judeorum Montisclusi nobis pro cena dare 
tenentur annuatim ». 

L'Aljama de Montclus obtint de Jacques II, en 1298, un décret de 
rémission de toute peine pour les prêts faits avec un intérêt supérieur 
à quatre deniers par livre au mois. Les Juifs donnèrent 600 sous au 
roi pour cette absolution. Les commissaires royaux faisaient, en ce 
temps-là, une inquisition sur les usures des Juifs de Borja, Sos, 
Luna, Uncastillo, Montclus et Tarazona. Pour Tarazona, les com- 
missaires étaient : Gil de Malenda, chanoine de Santa Maria la 
Mayor, de Galâtayud, et Raimond de Montlor. 

La môme année 1298 le roi fit une autre concession aux Juifs de 
Montclus. Ils ne devaient plus payer d'impôts d'aucune sorte dans 
les autres villes du royaume, et Ton ne pourrait désormais saisir ou 
arrêter la personne, ni les vêtements de leurs femmes et enfants. 
Deux ans après, le même roi accorda à ladite Aljama que les offi- 
ciers ne feraient plus la collecte ou levée des impôts le samedi : 

Concedimus vobis adenantatis et aliame judeorum Montisclusi et 
singulis ipsius aliame quod pro solucionem aliquarum questiarum, tribu- 
torum, eenarum vel aliarum quarumlibet exaccionum non compellimini 
seu pignoremini de eetero per aliquos eollectores, portarios seu alios 
qaoslibet offieiales nostros diebus sabbatinis seu aliis diebus festivis, 
maxime cum vobis lieitum non sit aliquas soluciones facere de predictis 
tributis... predictis diebus sabbatinis uel festivis verbi compelleremini et 
pignoraremini pro eisdem 1 . 

Plus intéressante que toutes ces concessions fut une autre, faite 
par Jacques II à la même aljama, en 1307. On sait qu'au mois d'août 
1306, Philippe le Bel avait chassé les Juifs de toute la France. Nous 
avons découvert un privilège du roi d'Aragon permettant aux 
Juifs de Montclus de recevoir dans leur aljama quatre familles 
israélites expulsées de France : 

Concedimus vobis aliame judeorum Montisclusi de speciali gracia, 
quod ex illis judeis qui de dominacionem Régis Francie expelluntur 
possetis recipere et retinere ad habitandum in aliama vestra quatuor 
casatos cum eorum familiis atque rébus inter quos casatos sunt Vitalis 
de Bolunya et Magister Boninfant fisicus. Quare per presentem cartam 

1. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 197, fol. 126; à Barcelone. Le docu- 
ment est daté de Lérida, 14 des calendes de juin 1300. 

T. LUI, n» 105. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nostram mandamus vniversis et singulis officialibus nostris presentis et 
futuris quod présenterai concessionem nostram vobis et ipsis quatuor 
casatis observent et faciant inviolabiliter observari. Datum in Montealbo 
VIII kalendas madii anno Domini MGGG septimo *. 

Gomme dernière preuve justificative de l'importance relative 
qu'avait l'aljama de Montclus au temps où elle fut détruite par les 
pastoureaux, reproduisons l'annotation mise au cahier ou mémo- 
randum du Trésorier royal pour les revenus de la Couronne, dans 
l'année 1315 : 

Montclus et ses aldeas. — Donen cascun any per peyta los cristians del 
dit loch L. solidos. Item IX caffis de blat tercench. Item hi ha trahuts de 
cases de molins que son cascun any XI. solidos. Item lo carnatge que val 
tro a G. solidos. E poden valer totes aquestes rendes tro a GG. solidos. 
E sobre el tribut dels jueus CGGGL. solidos axi com es contengut en lo 
tribut dels jueus Darago. 

C'était donc le tribut de l'Aljama de Montclus, signe évident de 
son importance, et preuve que cette aljama vivait cachée dans les 
âpres montagnes du Sobrarbe, et écartée des centres commerciaux. 

Elle se trouvait sûrement près de la route suivie par les pastou- 
reaux, et cette circonstance montre pourquoi Montclus fut Tunique 
village de l'Aragon ravagé par ces bandes fanatiques, qui marchaient 
poussées par le désir de piller et de détruire les riches communau- 
tés de Tudèle et d'autres villes de la Navarre. 

Nous pouvons affirmer que la tragédie de Montclus eut lieu dans les 
derniers jours de juin ou aux premiers jours de juillet de l'an 1320. 
Le 22 juillet, le roi Jacques II expédiait déjà l'ordre à ses fonction- 
naires de secourir les Juifs de Montclus. Dans le décret nous lisons : 

Nos Jacobus Dei gratia rex... attendentes quam plures judeos de Monte- 
cluso fuisse interfectos per gentes vocatas pastorelles et in bonis eorum 
plurimum dampnificatos sic quod pauci remanserunt ex judeis loci 
predicti et illi iidem in eorum bonis plurimum damnificati fuerunt. Ideo 
compacientes eorum dampnis enfranquimus et franquos facimus et 
inmunes judeos omnes predictos qui remanere voluerint in civitate Osce 
et in Barbastro ac eciam in dicto loco de Montclus a tribu to et ab omni 
peyta, questia, subsidio, cena et demanda et ab alia exaccione regali 
quosque nos cognoverimus incrementum eorum et aliter super eo duxe- 
rimus providendum. Mandantes per presentem cartam... Datum Galataiub 
XI kalendas augusli anno Domini MCCC<> XX u . 

1. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 204, fol. 34. 

2. Ibid., Registre 218, fol. 103. 



LE MASSACRE DES JUIFS DE MONTCLÛS 259 

Un mois après ce décret, le roi d'Aragon, se trouvant à Tarazona, 
prit de nouvelles dispositions pour la protection et la reconstitution 
de l'aljama ravagée par les gens d'outre-monts : 

Nos Jacobus... attendentes qualiter aliqui ex iliis gentibus que paslo- 
rellos se nominabant qui per universam terrain vel quasi catervanti 
impavide et absque aliquo ductore sivc rectore agressi fuerunt dicentes se 
contra perfidos sarracenos suos gressus dirigere pro inferendo malum et 
dampnum eisdem inter alios locorum terrarum ac regnorum nostrorum 
accesserunt ad locum de Montecluso et exeeptis paucis omnes judeos quos 
in ibi invenerunt pro eorum austuciam et vesaniara occiderunt. Et pro 
parte vestri judeorum qui in dieto loco Montisclusi remansistis fuerit 
nobis humiliter supplicatum ut cum vos timeretis ne dictus locus de 
Montecluso prout et nos hoc facere intendimus de chrisptianis populetur 
a domos et possessioncs et alia que tam vos quam dicti judei interfceti in 
ibi habebatis et posidebatis dictis chrisptianis coneederemus et ab inde 
vos expelleremus dignaremus vobis concedere quod vos permiteremus in 
dicto loco Montisclusi remanere et domos, possessiones et alia que in ibi 
habebatis liciter possidere ac eciam retinere. Ideo supplicacioni ipsi 
bénigne condescendentes animadvertentes qualiter ex casu predicto ino- 
pinato maletractati, dampnificati et oppresi fuistis et estis volumus et 
placet nobis ac cum presenti carta vobis et vestri posteritati concedimus 
quod in dicto loco Montisclusi remaneatis ac licite remanere positis et 
hospicia sive domos... Concedimus inquam vobis quod filii illorum 
judeorum qui habitabant in dicto loco Montisclusi quique per dictos 
pastorellos interfecti fuerunt possint succedere in bonis paternis que 
patres eorum tenebant et possidebant tempore quo vivebant. Mandantes 
per presentemcartam nostram procuratori... ceterisque officialibus nostris 
presentibus et futuris... faciant inviolabiliter observari... Datum Tirasone 
XI kalendas septembris anno Domini MGGG XX *. 

Il est presque certain que Garcia Bardaji, alcade du château-fort 
de Montclus, au moment de l'invasion des pastorells, loin de pro- 
téger et secourir les Juifs du village, favorisa le massacre et le 
pillage ; ensuite il s'enfuit, avec le butin pris sur des personnes 
mises par le roi sous l'autorité et la sauvegarde de ses officiers. 
Nous avons des indications sur ce fait dans l'absolution et la rémis- 
sion données par Àlfonse III, le 23 octobre 1333, treize ans après 
le passage des pastoureaux : 

Nos Alfonsus, etc. — Ad supplicacionem nobilis Pétri de Sanclo Vicencio 
cum presenti carta nostra absolvimus... tibi Garcie Bardaxin omnern 
accionem... et omnern eciam penam civilem et criminalem et aliam 
quamlibet quam contra te et bona tua possemus facere seu movere 

i. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 218, fol. 102. 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

racione quarumdam aceusacionem contra te propositarum tempore quo 
pastorelli fuerunt apud castrum de Montecluso, de quo eo tune tu eras 
locumtenens alcaydi et utdicitur consenciis in aliquibus interfectionibus 
aliquorum judeorum qua de causa tu affugisti a terra et dominacione 
nostra. Ita quod sive in predictis culpabilis fueris sive non, nunquam 
nos vel officiales nostri possimus contra te et bona tua questionem 
aliquam facere... 

Les pastoureaux vendirent à différents chrétiens de l' Aragon des 
objets et meubles pris aux Juifs de Montclus ; mais le roi avait dé- 
fendu ces acquisitions, et quelques acheteurs audacieux furent con- 
damnés à de très fortes amendes. Deux habitants de la ville d'Ainsa, 
ËximenPerez et Guillaume Perez, furent condamnés à une amende 
de 250 sous de Iaca, pour le fait de l'acquisition d'une bêche et de 
quelques autres ustensiles insignifiants, des Juifs de Montclus. Voici 
le décret royal de rémission de la peine : 

Nos Jacobus, Dei gratia Rex... ad supplicationem nobis factam per 
fratrem P. de Portello confessorem nostrum, de gratia remittimus vobis 
Eximino Pétri et G Pétri de Solnes de Sancto Petro de Aynça, omnes illos 
ducentos L. solidos jaccenses in quibus fuistis condempnati per Petro de 
Canellis de mandato incliti infantis Alfonsi, carissimi primogeniti p.t 
generalis procuratoris nostri Comitis Urgelli pro eo qûod emistis a pasto- 
rellis quandam axadam sive cavech l et alias res minutas que fuerunt 
judeorum Montisclusi. Mandantes per presentem dicto P. de Canellis et 
officialibusnostris quibuscumque quod presentem gratiam et remissionem 
vobis observent et faciant observari. Datum Valentie quarto nonas 
madii anno Domini MGCC XX« primo 2 . 

Une autre disposition qui révèle la bonne volonté du roi Jacques 
envers les Juifs de Montclus, c'est Tordre envoyé au gouverneur du 
château de cette ville, le 7 juillet 1321, juste un an après l'héca- 
tombe, de permettre la translation des corps des Israélites tués par 
les pastoureaux dans son propre cimetière : 

Jacobus Dei gratia Rex... dilecto nostro Garsie Pétri de Cabanyes, 
alcayde castri Montisclusi salutem etc.; mandamus et dicimus vobis 
quatenus permitatis judeos Montisclusi recipere et recolligere ossa illo- 
rum judeorum qui ibidem tempore agressionis pastorellorum interfecti 
fuerunt et ea deportari ad suum cimiterium judaicum in ibi tumulanda. 
Data Gerunde nonas julii anno Domini MCGG XX« primo 3 . 

1. C'est le nom catalan donné par les laboureurs du pays à la bêche ou pioche. 

2. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 219, fol. 310. 

3. Ibid., Registre 220, loi. 56. 



LE MASSACRE DES JUIFS DE MONTCLUS 261 

Le même jour, le roi écrivit encore au dit gouverneur ou alcaide 
Cabanyès; sur la demande tant des chrétiens que des israélites de 
Montclus, et pour éviter des troubles, il voulait que les petits enfants 
juifs baptisés par les pastoureaux pendant le massacre vécussent 
dans le quartier chrétien : 

...valeant scandalum suscitari providisse quod illi pueri ex judeis dicte 
ville qui tempore ruine judarie eiusdem ad instanciam pastorellorum 
babtisati fuerunt non sint seu habitent in judaria dicte ville nec inter 
judeos eiusdem set alibi in villa ipsa separati ab ipsis judeis inter 
xhrisptianos debeant habitare. Quare vobisdicimus et mandamus quatenus 
hanc nostram provissionem observetis et observari faciatis ut superius 
continetur. 

La Cour, qui jamais ne voulait perdre aucune de ses ressources, 
s'occupa par tous les moyens de la réorganisation de la juiverie de 
Montclus; Jacques II, durant son séjour à Gérone, signa, le 7 juillet 
1321, la charte de privilèges accordés aux familles israélites, qui, 
après le massacre, continuèrent à vivre dans le même village et 
aux autres qui s'y étaient fixées depuis. Voici cet intéressant 
document : 

Nos Jacobus Dei gracia rex... Attendentes qualiter judei olim habitantes 
in villa nostra de Montecluso propter iniquos actus quorundam vocatorum 
pastorelles illuch accedencium in necibus personarum et amissione seu 
abduccione rerum suarum fere omnes destructi fuerunt et judaria ipsa 
penitus dessipata : Idcirco intendentes circa reparacione dicte judarie 
tcnore presentis carte nostre concedimus vniversis et singulis judeis tam 
Lllis videlicet qui in dicta villa remanserunt et permanent quam aliis 
quibuscumque judeis qui ad villam ipsam venerint populatum et in ibi 
domicilia sua tenuerint quod per decem annos primos venturos a data 
presentis carte nostre continue numerandos sint franchi, liberi et inmunes 
cum omnibus bonis et rébus suis ab omni peyta, questia, subsidio, 
tributo, cena et alia qualibet contribucione regali, ita quod infra dictos 
decem annos non dent nec dare aut solvere teneantur vobis vel vestris 
peytam aliquam, questiam, subsidium, tributum, cenam vel aliam exaccio- 
nem nec sint eciam infra dictum tempus in centena aliamarum. Et ut 
predicti judei venientes ad habitandum in dicta villa Montisclusi melius 
ibi residere valeant et morari concedimus et eciam ordinamus quod 
judeis viventibus et ex dicta ruina superstitibus qui morabanturct redire 
voluerint in dicto loco restituantur domus et hereditates quas habebant 
in loco ipso ut eas habeant plenarie sicutante judeorum vero defunctorum 
domus hereditamenta et possessiones in villa ipsa et eius termino consti- 
tute concedantur aliis judeis ad dictam villam venientibus pi'imo videlicet 
illis qui propinquiores fuerint dictorum judeorum interfectorum si illucb 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

redire vel venire volnerint populatum et in eorum deffectum aliis judeis 
ibi ad habitandum redentibus vel venientibus ut est dictnm inter quos 
quidem judeos dicte domus hereditamenta et possessiones dividantur et 
distribuantur ad cognicionem alcaydi nostri castri dicte ville Montisclusi 
prout melius requisito consilio ab illis judeis qui remanserunt in dicta 
villa et habitant invenerit faciendum. Et ipsi judei et sui perpetuo dictas 
domos, hereditamenta et possessiones tanquam sua propria habeant et 
teneant acque expletent prout melius alii judei interfecti quorum erant 
ea omnia habebant et habere debebant. Nos enim divisiohem et distribu- 
cionem huiusmodi per dictum alcaydum sub forma predicta faciendam 
ratam esse volumus ac obtinere perpetuo roboris firmitatem. Retinemus 
cum quo memorati judei infra dictum tempus in villa predicta habitantes 
et habitaturi dent et dare teneantur quolibet anno dictorum decem anno- 
rum illos quadringentosquincuaginta solidos jaccenses qui assignati sunt 
retinencie castri predicti prout per aliamam eiusdem ville solvi et dari 
consueverunt de quibus respondeant alcaydo nostro eiusdem castri 
presenti et qui pro tempore fuerit. Teneantur eciam sepedicti judei ad 
cognicionem dicti alcaydi presentis et qui pro tempore fuerit expensis 
eorum propriis murostam ville quam castri Montisclusi reparare ponendo 
infra dictos decem annos et convertendo in dicta reparacione murorum 
quantitatem trium millia solidos jaccenses, videlicet trecentos solidos 
quolibet anno et si infra dictum tempus dicta reparacio perfecta non 
fuerit extunc ultra predictos très millia solidos consimilem quantitatem 
trecentorum solidorum ponant in ipsa reparacione quolibet anno tantum 
et tamdiu donec ipsa reparacio sit perfecta. Mandamus itaque procuratori 
eiusque vices gerenti nec non superjuntariis, bajulis, merinis, justiciis, 
portariis, collectoribus, ceterisque officialibus nostris presentibus et 
futuris quod hanc concessionem et provissionem nostram firmam habeant 
et observent et faciant inviolabiliter observari et non contraveniant nec 
aliquem contrevenire permittant aliqua racione. In cuius rei testimonium 
presentem cartam nostram fieri jussimus et sigillo nostro appendicio 
communiri. Date Gerunde nonas julii anno Domini M CCC° XX primo l . 

La juiverie de Montclus commença à se réorganiser plus facile- 
ment à Taide de ces privilèges, et nous voyons des Israélites dudit 
village s'adonnant aux affaires et à l'usure un mois après le décret 
de Jacques II que nous venons de reproduire. Bonafos, Jucef et 
Vidal Gallipapa, trois des Juifs survivants du massacre des pas- 
toureaux à Montclus, condamnés à une forte amende pour un prêt 
fait au noble Thomas Pierre de Foces, — obtiennent, le 2 août de 
la môme année (1321), la rémission de la peine par patente royale 
datée encore de Gérone : 

Nos Jacobus, etc. Attendentes quod vos Bonaffos, Juceffus et Vitalis 
i. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 220, fol. 55. 



LE MASSACRE DES JUIFS DE MONTCLUS 263 

Gallipapa judei Monticlusi, ad mandatum Pétri de Martorello, bajulum 
nostrum Regni Aragonum generalis cui nos super hoc scripseramus com- 
paruistis nunc in curia nostra pretextu denunciacionis seu querimonie 
nobis facte per Thomam Pétri de Focibus contra vos ex eo quia ipse Thomas 
Pétri asservit coram nobis vos ab eo récépissé sive habuisse usuras ultra 
cotum et ordinacionem nostram et auditis racionibus dicti T. Pétri et 
vestris ac visis instruments inde factis inventum fuerit vos ultra dictum 
cotum et ordinacionem predictam excessisse, propter quod incurristis 
penam amissionis capitalis debiti sive mutui quod erat MGGC solidorum 
III denariorum jaccenses et lucrum quod ascendebat alios MCCC. solidos 
III. denarios eiusdem monete et eciam dupli quod est MDG° solidorum VI 
denariorum dicte monete et supplicaveritis nobis ut de parte alique dicte 
pêne et eciam excessus ex causa premissa per vos comissi graciam ac 
remissionem facere dignaremur. Ideo nos supplicacione bénigne admissa 
volentes vobis in hac parte preinspectis dampnis vobis illatis per gentes 
illas que pastorellos se nominabant gracia facere specialem ; tenore pre- 
sencium remittimus vobis sexcentos solidos et sex denarios ex quantitati 
duppli predicta l ... 

Ce gentilhomme aragonnais, Don Thomas P. de Foces, avait 
demandé dans le môme temps à emprunter à Muça Abnalçavit, 
Vidal Abulbaca et Abrahim Ampinaz, Juifs de Huesca; et, après 
avoir reçu les sommes empruntées, il présenta la dénonciation ou 
l'accusation d'usure, pour obliger lesdits Juifs à faire un accom- 
modement, avec perte d'une bonne portion du capital et des 
intérêts. 

Le roi d'Aragon commença, en 1323, la conquête de l'île de Sar- 
daigne, et les dépenses extraordinaires de cette expédition mili- 
taire portèrent Jacques II à établir de nouveaux impôts, à révoquer 
et violer les privilèges et franchises octroyés par lui-même. Les 
Juifs de Montclus furent obligés de payer tous les impôts énumérés 
dans la lettre-patente d'exemption du 7 juillet 1321 ; mais, après 
la guerre, le roi ordonna promptement de rétablir les franchises 
et d'octroyer un dédommagement. C'est l'objet du décret de 
23 octobre 1326 : 

Nos Jacobus, etc. Attendentes qualiter dudum cum carta nostra data 
Gerunde nonas iulii anno Domini MGGC XX primo pro reparanda, redu- 
cenda et renovanda in loco de Montecluso judeorum aljama que ab inde 
ex inanita et ad excidium et preciputum deducta fuerat per improvidam 
quarumdam gencium pastorells vulgariter nuncupatorum temeritatis 
audaciam concessisse inter cetera graciose universis et singulis judeis 
tam illis videlicet qui in dicta villa remanserunt et permanebant quam 

1. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 220, fol. 65. 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aliis quibiiscumque jucleis qui ad villam ipsam "populaium venirent et in 
ibi domicilia sua tenerent quod pcr decem annos ex tune primo venturos 
et a data dicte carte continue numerandos essent franchi, liberi et inmunes 
cum omnibus bonis et rébus suis ab omni peyta... nec essent eciam infra 
ipsum tempus in centena aljamarum prout hec et alia in pretacta carta 
nostra clarius enarrantur. Et premisa franquitatis. . . sicut ex justa et 
racionabili causa indulta propter grandes nécessitâtes que nobis occurre- 
runt ex preteritis arduis negociis acquisicionis Regni Sardinie per nos seu 
inclitum infantem Alfonsum carissimum primogenitum et generalem 
procuratorem nostrum Gomitem Urgellensem dictis judeis non extiterit 
observata. Ea propter reparacioni et restitucioni dicte aljame locum dare 
volentes graciam et concessionem nostram predictam eidem aljame quo 
ad predicta supra specifficata et declarata ducimus renovandam volentes 
ac huius scripti nostri série concedentes quod per decem annos a data 
presencium in antea continue subséquentes cum impreterito iam tempore 
plene eis servata non fueril duret ab hac die in antea et extendatur con- 
cessio supradicta. Ita quod infra hos decem annos futuros et continue 
numerandos judei predicti in dicto loco habitantes et habitaturi non 
teneantur aliquid solvere in questiis aut aliis exaccionibus. . . Data Bar- 
chinone X° kalendasnovembris anno Domini MCCCoXX sexto *. 

Jacques II mourut le 2 novembre 1327 ; son fils et successeur 
Àlfonso III, par charte datée de Barcelone le 26 janvier 1328, 
s'empressa d'approuver et de ratifier les privilèges et franchises 
des Juifs de Montclus 2 . 

Quant aux chrétiens de ce village, ils obtinrent aussi quelques 
libertés et exemptions; par un décret signé, à Valence, le 2 janvier 
1333, le roi disposa qu'ils ne seraient plus assujettis pendant cinq 
années, aux réunions ou convocations des sobre junteros de Iaca, 
Huesca, Sobrarbe et Los Vallès. Les sobrejunteros étaient les chefs 
de district de la force armée, chargés de faire exécuter les ordres 
des autorités publiques. 

Malgré le vif désir du roi, la restauration de la juiverie de Mont- 
clus marchait lentement. C'est pour cela qu'il ordonnait toujours 
la prorogation de leurs privilèges et franchises. En 1329, l'aljama 
de Montclus est mise au nombre de celles qui obtiennent pendant 
cinq années l'immunité contre des accusations et enquêtes pour 
cause de prêts usuraires ; cette immunité fut prorogée en 1335 
pour une autre période de cinq ans 3 . 

1. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 229, fol. 196. 

2. Ibid., Registre 474, fol. 256. 

3. Ce sont les aljamas de Gerone, Valence, Teruel, Daroca, Iaca, Ejea, Borja, Bur- 
riana et Montclus. 



LE MASSACRE DES JUIFS DE MONTGLUS 26b 

La même année 1335, le roi accorda encore aux Juifs de Mont- 
clus une prorogation de l'exemption des tributs : 

Nos Alfonsus, etc. Considérantes qnaliter judaria Montisclusi propter 
invasionem judeis ipsius aliame dndum factam per quosdam qui se nomi- 
nabant pastorells ad destructionem quasi irreparabilem est deducta ; 
idcirco, volentes circa reparacionem judarie eiusdem intendere et locum 
dare cum presenti carta nostra concedimus universis et singnlis judeis 
tam illis videlicet qui in villa ipsa nunc habitant quam aliis quibuscum- 
que judeis qui ad villam eandem venerint populatum et in ibi domicilia 
sua tenuerint quod per quinque annos primo ventnros... sint franchi, 
liberi et immunes cum omnibus bonis et rébus suis ab omni peyta, 
questia *... 

Ce décret est daté de Barcelone, 8 septembre 1335; par 
ses dispositions, la juiverie de Montclus ne fut obligée jusqu'au 
8 septembre 1340 à payer d'autres tributs ni redevances, que les 
450 sous annuels pour l'alcade du château et la somme fixe pour 
l'entretien des murailles du village, au minimum fixe de 1,500 sous 
pour la totalité des cinq années. 

A la mort du roi Alfonso III, le 24 janvier 1336, son successeur 
Pierre III signa le 7 juin de la même année, la confirmation des 
exemptions et franchises de la juiverie de Montclus, et, deux jours 
après, il ratifia aussi l'engagement pris par son père de ne pas 
octroyer de délais et sursis aux débiteurs des Juifs dudit village 
pour acquitter leurs dettes. Finalement, le 23 octobre 1341, le roi 
dicta un ordre à tous ses officiers'de respecter les privilèges et 
franchises des Juifs de Montclus. 

L'aljama de Montclus, avec ses exemptions, put subsister, mais 
sans grand éclat, pendant le xv e siècle ; c'est par la juiverie que le 
village avait quelque importance, puisque la population chrétienne 
y était en très petit nombre. Le roi Jean II vendit le village avec 
son territoire à Don Rodrigo de Rebolledo, pour 12,000 florins ; 
et, en 1488, les habitants demandèrent au souverain la réunion 
ou réincorporation de la ville de Montclus à la Couronne. Cette 
demande reçut satisfaction en 1493, peu après l'expulsion générale 
des Juifs d'Espagne, édictée par le décret royal du 31 mars 1492. 

Le départ des Juifs causa la ruine de Montclus. La dernière 
notice à ce sujet est la nomination dudit Rodrigo de Rebolledo 
comme gouverneur du château de Montclus, le 20 août 1507, et 
l'acte de possession du 4 juin 1508. 

1. Archives de la Couronne d'Aragon, Registre 489, fol. 175. 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Peu à peu, le village se dépeupla et le château-fort tomba en 
ruine ; au xvn e siècle, Montclus était déjà un lieu désert. A présent, 
on ne désigne plus sur les cartes géographiques de l'Aragon l'em- 
placement de Montclus, et son nom ne figure même plus dans le 
grand dictionnaire de Madoz. En quatre siècles, depuis l'expul- 
sion, on a perdu jusqu'au souvenir de la ville du Sobrarbe, pro- 
tégée avec une constance séculaire par les anciens rois de la 
dynastie catalane. 

JOACHIM MlRET Y SANS. 



NOTES ET MÉLANGES 



UN MOT SUR LES CONSULTATIONS DE HAYYIM OR ZAROUA ' 



Le recueil des Consultations de Hayyim Or Zaroua s'est conservé 
dans un manuscrit qui avait appartenu à Aaron Fuld, rabbin de 
Francfort-s.-M., et qui a passé, avec d'autres mss. de ce savant 2 , à 
la Bibliothèque municipale de Francfort. Une copie de ce manuscrit, 
faite en 1840, devint la propriété de H.-I. Michaël 3 et se trouve 
maintenant, avec les autres manuscrits du célèbre bibliophile, à la 
Bodléienne 4 . C'est cette copie qui a servi à l'édition de J. Bosen- 
berg s , comme on voit en comparant le signalement qu'en donne 
l'éditeur dans son Introduction avec la description de Neubauer, 
— et non un manuscrit différent, comme le dit Benjacob 6 . 

Ce qui a trompé ce dernier, c'est que J. Bosenberg, pour masquer 
les lacunes du manuscrit, a modifié arbitrairement la numérotation 
des Consultations, et a même forgé le commencement de la sixième, 
devenue la première. 

R. Kirchheim, qui, habitant Francfort, était bien placé pour le 
savoir, a signale il y a longtemps cette... inexactitude avec d'autres 
du même genre 7 ; mais il paraît la mettre injustement, au moins 
en partie, au compte du copiste, alors qu'elle est tout entière le 

1. A propos de l'article de M. Wellesz, suprà, pp. 67 et suiv. 

2. V. Judische Zeitschrift, VI, 48 ; cf. Jew. Encycl., V, 527 a. 

3. V. Oçrot Hayyim, n° 796 ; cf. Or ha-Hayyim, u° 878, p. 405. 

4. N« 2062 s ; Catalogue Neubauer, [I], p. 705. 

5. Leipzig, 1860, non 1865, comme l'écrit M. Wellesz, p. 67; le Ti indique les mille, 
malgré l'abréviation p"ob. 

6. Oçur ha-Sefarim, p. 556, n° 77. 

7. Judische Zeitschrift, VI, 47 et s. 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

fait de l'éditeur. Car le copiste avait bien écrit que le texte qu'il 
avait sous les yeux était défectueux à la fin ; c'est Rosenberg qui a 
substitué « effacé » à « défectueux », pour ne pas reconnaître que 
le manuscrit était incomplet. 

En effet, le manuscrit de Francfort, que je dois à l'amabilité de 
M. Freimann d'avoir pu consulter, présente les mêmes lacunes au 
début et à la fin, et a la même numérotation que la copie de la 
Bodléienne. Il serait intéressant de comparer ce manuscrit-type 
avec l'édition si fautive, au moins pour les noms propres et les ren- 
seignements historiques. Je n'ai pu examiner que le passage 1 du 
n° HO (î°Ma) qui correspond au n° 104 dans le manuscrit. Celui-ci 
a bien wnsna, mais ce mot, qui ressemble beaucoup dans l'écriture 
du copiste à oiyna, est un lapsus calanii entraîné par twi*^ de 
la ligne précédente ; l'auteur dit qu'en quittant la France il s'est 
arrêté dans le pays rhénan. Le manuscrit confirme en effet la 
correction, proposée par M. Wellesz, de "in^td^ en •natt'rçjiD ; par 
contre, si M. Wellesz a bien vu que, trois lignes plus loin, le nom 
du roi manquait, il a supprimé à tort la mention de la somme ; le 
ms. porte : qbN S (1. t|bm) 5th ^bïïb ; — au lieu de Wia lire twrw. 
— Dans la consultation n° 229 (f°77c?) 2 , le manuscrit (n° 204) 
paraît avoir la date ban ; la correction de David Kaufmann est en 
tout cas plus élégante que celle de M. Wellesz 3 . 

Encore quelques menues observations. — P. 68-69. Ne serait-il 
pas plus vraisemblable d'admettre que Hayyim Or Zaroua s'ap- 
pelait primitivement Eliézer, et qu'à l'occasion d'une maladie, il a 
pris ou reçu, suivant l'usage \ le nom de bon augure Hayyim 5 ? Il 
signe généralement Hayyim Eliézer parce que le nom ajouté devient 
le véritable et doit passer en première ligne 6 . — P. 69-70. Un R. 
Hayyim figure à côté de Méir de Rothenbourg et de Péreç b. Elia 
dans une glose d'un Semak ms. Gross (Gallia, 566) suppose avec 
assez de vraisemblance qu'il s'agit de Hayyim Or Zaroua. — P. 71, 
n. 2, lire : 362, note 6. — P. 73, plus loin (p. 77) M. Wellesz doute 

1. P. 73 dans l'article de M. Wellesz. 

2. Ib., pp. 79-80. 

3. P. 80 (lire : corriger b"53 en b"D). Car autrement pourquoi n'aurait-on pas écrit 

Y'b? 

4. V. L. Lôw, Die Lebensalter, pp. 107 et suiv. 

5. V. Zunz, Namen der Juden, 51 (= Ges. Sc/irif'fen, II, 27), qui renvoie à Manassé 
b. Israël. Celui-ci dit, dans son De termino vitae (Amsterdam, 1639), p. 108 : « et novum 
plerumque nomen est, quod adhibetur, Û^ft Haim, id est, vitae ». Cf. Gottbeil, dans 
Jew.Encycl., VI, 272. 

6. V. Schoulhan Arouch, Eben ha-Ezer, 129, 18, et les textes cités par les 
rommentateurs. 



NOTES ET MÉLANGES 269 

que la consultation ait pour auteur Salomon b. Adret. — Ibid., n. 4, 
lire : Or ha-Hayyim, p. 404 (n° 878). — P. 77, Ascher est encore 
cité dans le n° 110. — lbid., n. 7, lire n° 28, au lieu de 8. — P. 80, 
n. 1, sur biDD pour désigner un écrit latin (ou ecclésiastique), voiries 
textes cités par Zunz, Z. G., p. 180, note i; ajouter le Rosch sur 
Aboda Zara, I, n° 14, dans les o"vn rnmon, p. 82. - P. 81, ajouter : 
Eliézer de Toul, n° 39. — Ibid., sur Azriel b. Yehiel, v. Gross, dans 
Monatsschrift, XLV [1901], 366. — P. 82, ajouter : Menahem 
Vardimas, n° 180 (61 a). — Ibid., la première consultation de 
Salomon b. Isaac (Raschi) se trouve dans le n°45 (non 44) { ; elle a 
déjà été signalée par Buber, Introduction au S. ha-Orah, p. 163. 
L'extrait du Siddour de Raschi, où celui-ci cite son maître Jacob 
b. Yakar, manque dans Buber, op. cit., mais ce passage devait se 
trouver dans les premières pages, et le ms. de C. Taylor, dont Buber 
se servait alors, est incomplet au début; peut-être flgure-t-il dans 
le ms. de Parme qu'il n'avait pas encore examiné. Nous serons 
bientôt fixés à ce sujet, car on assure que l'édition du Siddour 
préparée par feu Buber verra le jour incessamment. — Je note à ce 
propos que le Siddour de Raschi est mentionné dans un fragment 
de Leipzig, voir la description de M. Porges dans Z. f. H. B., XI 
[1907], pp. 21-22. — Ibid., un Simha est cité aussi au n° 101 ; est- 
ce lui qui parle à Jacob b. Méir? — Ibid., Simson se trouve encore 
dans le n° 8. — Ibid., sur les Tossaibt de Kiddouschin citées par 
Hayyim, v. Epstein, Glossen zit Gros* GalliaJudaica, 3 (= Monats- 
schrift, XLI (1897), 467). — P. 83. Le petit Or Zaroua est cité dans 
le ms. du Semak de Zurich étudié par Zunz, Hebrdisc/w Biblio- 
graphie, I, 83-86, 102-104 (= Ritus, 2H-221) ; Zunz nomme encore 
d'autres auteurs qui mentionnent cet ouvrage. Le même ms. cite 
en plusieurs endroits le û^n yy, dont le ms. Oppenheimer connu 
de Zunz est à la Bodléienne, n° 873, 2 c, Gâtai. Neubauer, 181 et 
1154 (le passage visé par Coronel se trouve dans Benjacob, Konte- 
ros Debarim Attikim, II, 9). Enfin, ce ms. connaît V't ■'"-un ^nn 
citant Méir de Rothenbourg : c'est notre Hayyim b. Isaac. Il aurait 
fallu dire aussi que les rabbins cités dans le petit Or Zaroua ont 
été compris par Luzzato dans sa liste de rabbins publiée sous le 
titre de bnuj nbna (Ocar Tob, supplément de la Magazin, 1878). 

M. Liber. 

1. Dans le n° 40, consultation de Simson b. Abraham (de Sens), ou lit le laaz fcô"^ 
mieux &ob3 « gelée » (cf. Raschi sur Psaumes, cxlvii, 16, et le Glossaire de Paris, éd. 
Lambert et Brandin, à l'Index, s. v. jelée). — Ce texte est à ajouter à la liste des Consul- 
tations de Simson dressée par Gross, Revue, VII (1883), 42, n. 2. 



270 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

UN JUIF BRULE A METZ VERS 1585 POUR PROFANATION 

D'HOSTIE 

La Bibliothèque royale de Tarin possède, dans son fonds français, 
un manuscrit in-folio datant du xv e siècle \ où se trouve, entre au- 
tres documents, une histoire anonyme des évoques de Metz. 

De tous les historiens de cette ville, seul, à notre connaissance, 
A. Prost a lu et utilisé ce manuscrit (en 1861). Les copies qu'il en 
a faites figurent dans les collections manuscrites et imprimées 
relatives à l'histoire de Metz et de la Lorraine qu'il a léguées il y a 
treize ans, à la Bibliothèque nationale de Paris 2 . 

Nous avons trouvé dans les papiers de Prost le curieux extrait 
qu'on va lire ; il rapporte une histoire de profanation d'hostie qui 
serait survenue sous saint Pierre de Luxembourg, évêque de Metz 
de 1384 à 1386. 

Un Juif du temps — on ne précise pas la date et on ne donne point 
de nom —aurait aidé une riche veuve catholique à vendre des blés 
qu'elle avait accumulés et ne trouvait pas à écouler, par le moyen 
suivant : la dame, ayant feint une maladie, se fait administrer la 
communion, garde secrètement le Saint-Sacrement et le donne au 
Juif. Celui-ci le place dans une boîte avec un crapaud vivant, donne 
le tout à la dame, qui l'enferme dans son armoire. Un jour qu'elle 
se trouve à la messe, son valet et sa servante entendent des cris 
d'enfant sortir de l'armoire. Ils préviennent le mayeur (maire), 
qui accourt, fait ouvrir l'armoire, et trouve le Saint-Sacrement 
sanglant des morsures que lui a faites le crapaud. La dame et le 
Juif sont, comme de juste, condamnés au bûcher, et le Saint Sacre- 
ment est conservé pieusement dans l'église. 

Nous ne savons ce qu'il faut penser de la valeur historique de 
cette chronique des évêques en général, et du fait relaté ici en parti- 
culier. Les circonstances en sont étranges, ainsi que dans toutes 
ces aventures de profanation et crucifixion d'hosties dont le moyen 
âge offre tant d'exemples et où des Juifs furent souvent mêlés II 
est donc déjà difficile de discerner ce qu'il peut y avoir d'authentique 
dans cette notice prise en elle-même. De plus, c'est le seul témoi- 
gnage qui se rencontre d'un événement qu'on s'attendrait à voir 

1. Sous la cote LXXXVII, k. vi. 11. 

2. Voir Nouv. acq. fr. 4857 \Q f° 260 et suiv.). 



NOTES ET MELANGES 271 

reproduit complaisamment, avec un grand luxe de détails, par les 
chroniqueurs et les écrivains ecclésiastiques. Or, il est tout à fait 
ignoré des anciennes chroniques de Metz, des Bollandistes, des 
Bénédictins, et de tous les biographes de saint Pierre du Luxem- 
bourg. C'est d'autant plus extraordinaire, que, lorsque ce person- 
nage, fait évêque à l'âge de quinze ans, cardinal à dix-sept ans, 
après avoir mené, paraît-il, une existence particulièrement édifiante, 
mourut en odeur de sainteté à l'âge de dix-huit ans, en 4387, de 
nombreux miracles, au dire de tous les auteurs, se produisirent sur 
sa tombe, ce qui lui valut la béatification en 1527. Gomment un fait 
aussi singulier que celui que notre chronique place sous son 
épiscopat a-t-il pu rester ignoré de ceux qui ont accumulé les 
documents relatifs à notre évêque, en vue de sa canonisation 1 ? 
Et comment l'hostie profanée qui, au témoignage du rédacteur de 
la notice, était gardée (encore au xv e siècle) « en grand révérence », 
n'a-t-elle pas, comme d'ordinaire en pareil cas, été conservée indé- 
finiment dans l'église où elle fut portée? Tout ce récit est donc un 
peu suspect. 

Il nous a semblé intéressant cependant de le reproduire, en lais- 
santà déplus compétents le soin d'en discuter et de trouver, s'il se 
peut, des renseignements complémentaires sur celte affaire. 

Voici le texte d'après Prost (nous y ajoutons quelques ponc- 
tuations) : 

XXIV De Pierre. Piere de Lukemborghe, fil al conte St-Pol, fu après 
evesque de Mes Tan MCCCLXXXV * et gouerna iii ans. Cil fu très beaulx 
douls et humble et religieux et catholieque. En ce temps avoit à Mes une 
riche veve dame avaricieuse qui gardoit longuement des bleis pour mieulx 
vendre et en avoit sens nombre. Et corne bleiz soy vendist mal elle s'en 
conseilla à ung Juys qui ly dit selle ly voloit livrer le St corps N re S r et 
le Sacrement il ly aidcroit : laquelle dame soy fist malade et f u t acomegnie 3 
et garda secreement ce S 1 Sacrement et le dona au Juys que le misten une 
boiste et deleiz k ung crapau vif et le doïïa à garder à la dame qui le mist 
en son escrin '. Et corne ung jour la dame fu a messe et son varlet et sa 
baselle 6 fesissent son ly t, Il oyrent en dit escrin crier ensi corne ung enfant 
plorant. Se corurent au mayeur 7 en disant que leur dame avoit ung enfant 

1. Tous les documents concernant Pierre de Luxembourg ont été diligemment 
recueillis dans l'étude de Fourier de Bacourt, Vie du bienheureux Pierre de Luxem- 
bourg, 1882. 

2. Erreur pour 1384. 

3. Reçut la communion. 

4. A côté. 

5. Armoire. 

6. Servante. 

7. Maire. 



272 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

enfermeit en son escrin que ploroit. Le maire tantost y vient et amena la 
dame et fist ovrir lescrin et trouva le S 1 Sacrement senglant et le crapau 
qui le pichoit 1 . Lors fist ardoir ' la dame et le Juys, et le S 1 Sacrement fu 
mis en legle 3 ; en grant révérence le garde on. Apres chu fu cil Piere fais 
cardenal en Avignon de pape Clément VII le scisme durant ou il moru 
saintement et a fais mains grans miracles. 

Julien Weill. 



CINQ LETTRES DES CONSULS D'AVIGNON 

Des cinq lettres d'époques différentes que nous publions, quatre 
étaient adressées par les Consuls d'Avignon au chargé d'affaires 
de cette ville à Rome et une au cardinal-ministre du pape. 

Dans trois de ces lettres les Consuls défendent énergiquement 
les Juifs de leur cité menacés d'expulsion. Ces protestations ne 
sont assurément pas inspirées par l'esprit de tolérance. Il s'agit 
uniquement de sauvegarder les intérêts de créanciers chrétiens, à 
qui le départ de leurs débiteurs juifs causerait un préjudice 
considérable. Il n'en est pas moins curieux de trouver dans ces 
lettres des expressions et des observations qu'on n'a pas l'habi- 
tude de rencontrer sous la plume ou dans la bouche des consuls 
d'Avignon quand ils s'occupent des Juifs. On y lit, en effet, que les 
ennemis des Juifs, les auteurs de la demande d'expulsion, agissent 
« par animosité, passions particulières et par envie plutôt que 
par justice et par nécessité » ; — que « les Juifs se comportent 
dûment et selon la règle du devoir en l'exercice de ce qui leur 
est permis par l'autorité des supérieurs »; — que le recteur de 
Carpentras ayant sommé pendant deux mois les adversaires des 
Juifs de formuler leurs griefs, personne n'a fait entendre la 
moindre plainte. Ceci se passait dans la première moitié du 
xvii e siècle. A la fin du xvm e , toujours dans l'intérêt des créanciers 
chrétiens, les consuls élèvent encore la voix en faveur des Juifs 
et demandent, pour éviter l'exode des familles israélites aisées, 
une application moins rigoureuse du terrible édit du Saint-Office 
de 1751. 

La lettre n° 3 rappelle une ancienne tradition qui obligeait les 

1. Piquait. 

2. Brûler. 



NOTÉS ET MELANGES 273 

Juifs à fournir le bois pour les feux de la saint Jean et donne des 
renseignements précis et pittoresques sur le rôle de plantons que 
remplissaient les Juifs d'Avignon aux portes de leur ville. C'étaient 
eux qui veillaient sur la sécurité de leur cité en temps d'épidémie, 
ou lors du passage d'armées étrangères et de gens sans aveu. Ils 
avaient la consigne de leur interdire laccès de la ville, mais ils 
pouvaient leur servir de commissionnaires et leur procurer les 
objets dont ils avaient besoin. 

La quatrième lettre revendique, enfin, pour les Juifs les droits de 
régnicoles comme pour les autres citoyens d'Avignon. 

Jules Bauer. 



PIÈGES JUSTIFICATIVES 



Les Consuls d'Avignon à M. Richard de Serre, agent de la ville 
d'Avignon à Rome. 

Monsieur, Nous avons appris qu'en la tenue que le pays du Comté a 
faite dans ses Etats a été résolu de faire instance envers notre saint père 
le Pape que les Juifs dudit Comté soient chassés d'icelui ou contraints de 
se retirer en cette ville ou les exiler totalement hors la monarchie de sa 
Sainteté. Ce qui provient plus de quelque animosité, passions particu- 
lières qu'ils ont contre lesdits Juifs à l'occasion de quelque procès qu'il y 
a parmi eux, que de justice, ni nécessité. Qu'en cette tenue il n'y avait 
que peu de gens, plus de substitués que de principaux, en façon que la 

conclusion a été faite bien légèrement sans ouir ceux de notre ville 

Nous sommes résolus de nous opposer à cette nouveauté et à l'instance 
qu'ils font ou feront faire en ce chef, comme préjudiciable aux particu- 
liers et contraire au bien publique et désirons que vous vous opposiez au 
nom de notre ville en demandant que nous soyons ouïs. 

(Arch. de Vaucluse. Lettres des Consuls d'Avignon, anno 1616.) 

II 

Les Consuls d'Avignon à M. Richard de Serre, agent de la ville 
d'Avignon à Rome. 

En continuation de ce que nos prédécesseurs vous ont écrit au fait des 
Juifs du Comté pour inster à ce qu'ils ne soient point chassés dudit 
T. LUI, no 106. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Comté, nous vous dirons que cette ville est fondée en raison de soutenir 
que lesdits Juifs ne sortent dudit Comté, mais bien de remontrer que 
leur résidence dans le pays est nécessaire d'autant que lesdits Juifs sont 
tenus et obligés, tant en leur particulier qu'en corps de communauté, 
en de très notables sommes, soit au Monastère des Religieux, soit aux 
Religieux, Gentilshommes, Bourgeois et Marchands de cette ville. Que 
si lesdits Juifs étant chassés dudit Comté, telles dettes et obligations 
seraient en totalité perte et ruine, puisque Faction principale que leurs 
créanciers ont contre eux est personnelle ; laquelle vient à se perdre en 
perdant la personne. 

L'autre raison est que lesdits Juifs se comportent dûment et suivant la 
règle du devoir en l'exercice de ce qui leur est permis par l'autorité des 
supérieurs. Pour quoi justifier sera dit qu'Illustrissime cardinal Philo- 
narde donna commission à M. Balthazar Gaddy, recteur de Carpentras, de 
faire faire une criée publique par toutes les villes et lieux dudit Comté 
Venaissin, que s'il y avait quelqu'un qui voulait faire plainte contre 
aucun Juif dudit pays qu'il eût à la venir faire dans deux mois à partir 
ladite proclamation et que lesdits deux mois se passèrent, sans que 
personne ait donné ou fait donner aucune plainte contre lesdits Juifs. 
Finalement que tout ledit pays aurait toujours écrit favorablement pour 
lesdits Juifs, habitants dudit Comté. Que si présentement, ils désistent 
de ce faire, c'est en contemplation d'un procès que lesdits Juifs ont 
contre la communauté de Carpentras, ville principale dudit Comté; les 
habitants de laquelle, en crainte dudit procès, suscitent les autres dudit 
pays d'inster que lesdits Juifs aient à sortir dudit pays, en tout par ani- 

mosité et envie 

(Arch. de Vaucluse, Lettres des Consuls d'Avignon, anno 1616.) 



III 

Les Consuls d'Avignon à M. de Lasoche à Rome. 

Le refus que les Juifs ont fait de donner à la veille de saint Jean des 
falots, conformément à ce qui s'est de tout temps observé, donna sujet à 
Messieurs nos devanciers d'en faire emprisonner deux d'iceux, lesquels 
ont été relaxés du depuis, en s'obligeant de payer en cas de future 
sucombance. De quoi nous nous sommes portés pour appelants, vu que 
cela ne doit souffrir aucun retardement et que Monseigneur Sforza ne les 
a pu exempter de cette servitude, ni de celle d'aller à la garde des portes 
de notre ville tous les jours, vu que l'usage en est tel de tout temps et 
que, non seulement ils Font fait dans le soupçon de peste, mais bien 
dans les éloignements de soupçons et jouissance d'une parfaite santé, 
n'étant auxdites portes que pour les messages qu'il convient faire jour- 
nellement an passage de tant de soldats et gens sans aveux, lesquels se 
veulent glisser dans notre ville sous prétexte d'acheter des choses de 



NOTES ET MÉLANGES 275 

peu de valeur, ou de parler à certaines personnes, en façon qu'on envoie 
les Juifs faire ce message ou acheter ce de quoi ils demandent. Et par ce 
moyen, nous évitons le peuplement de ces gueux et gens sans aveux, des- 
quels nous n'en voyons que trop depuis deux années, où le relâchement 
qu'on a fait desdits Juifs en est la cause. Mais comme la cherté des vivres 
a été grande pendant ce temps là, aussi Messieurs nos devanciers crai- 
gnant qu'il n'arrive des maladies populaires parmi eux pour les néces- 
sités auxquelles ils pouvaient se trouver, ne les pressèrent d'aller aux- 
dites portes. Mais aujourd'hui que nous voyons que la nécessité nous y 
oblige et que le débandement de beaucoup de soldats venant de Cata- 
lonnie nous jette beaucoup de pauvres dans notre ville, nous avons résolu 
de remettre lesdits Juifs à nos portes, dont à présent se rendent refu- 
sants, disant en être exempts par ordonnance de Monseigneur le cardinal 
Sforza ; à laquelle ordonnance, nous n'avons point été interpellés, ni 
ouys, ce par ce moyen ne nous peut ôter le droit que nous avons de les 
y faire contraindre. 

Vous savez beaucoup mieux le motif de cette exemption. Aussi savez- 
vous bien que nous ne devons pas laisser cette affaire dans cette nou- 
veauté, sans porler nos plaintes à Monseigneur le légat et obtenir qu'ils 
aient à pratiquer ce qu'ils ont fait de tout temps, et, non pas, venir 
par des billets d'inhibition à M. le Viguier. Si son intérêt ne vous était 
connu et touchait de si près, nous vous prierons de vous y employer 
vos soins. Mais comme la chose vous touche de trop près, nous sommes 
assurés, etc. 

{Ibid., anno 1645.) 

IV 
A MM. Cottauzi et Borsari. 

Vous trouvez ci-joint un mémoire dont la lecture vous mettra au fait 
de ce dont il est question. Il nous paraît que le procureur du roi du 
domaine n'est pas fonde dans ses prétentions, et que les Juifs de cette 
ville comme citoyens doivent jouir du droit de Régnicoles qui nous 
est accordé par des lettres patentes du roi de France, nouvellement 
confirmées par le roi régnant. Ces lettres patentes comprennent la géné- 
ralité des citoyens et il n'y a aucune exception pour les Juifs. Monsei- 
gneur le vice légat a déjà écrit pour cette affaire à Monseigneur le 
cardinal ministre. Nous vous prions de supplier son Eminence de lui 
accorder sa protection auprès de la Cour de France. Les Juifs habitant en 
cette ville sont citoyens et sujets de sa Sainteté et nous n'avons pu nous 
dispenser de leur en fournir une attestation. Les Etats du pays et Monsei- 
gneur le vice légat leur en ont fourni de pareilles. 

(Ibid., A 31, fol. 116. - 8 janvier 1780.) 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

V 

A Monseigneur le Cardinal, ministre à Rome. 

...Nous avons dans cette ville une carrière de Juifs qui se sont tou- 
jours bien comportés, qui sont utiles à notre commerce, qui contribuent 
comme habitants et consommateurs au payement des charges et imposi- 
tions publiques, ils forment entre eux une communauté qui doit environ 
150.000 livres en constitution de rente à divers particuliers de cette ville 
ou du Comtat. Si nous raisonnons, Monseigneur, dans des vues purement 
humaines et politiques que pourtant la religion ne réprouve pas, puis- 
qu'elle nous enseigne la charité et l'humanité envers tous les hommes, il 
est bien certain que nous sommes intéressés à ménager ces Juifs, pour 
les conserver comme négociants utiles à notre commerce, comme habi- 
tants contribuants à nos charges et consommations, comme faisant 
partie de notre population qui malheureusement diminue tous les jours, 
enfin comme débiteurs en corps de communauté de la plupart de nos 
concitoyens. Votre Eminence sait que les Juifs ne possèdent aucun 
immeuble, toute leur fortune est dans leur portefeuille; leur commu- 
nauté n'a d'autres biens, d'autres revenus pour payer ses dettes que les 
impositions personnelles qu'elle lève sur les particuliers Juifs à propor- 
tion de leur fortune pécuniaire, de manière que s'il arrivait que les plus 
riches quittassent le pays, cette communauté ferait infailliblement ban- 
queroute à ses créanciers. Cet événement est à craindre dans ce moment, 
où l'on vient de renouveler l'édit du Saint-Office rendu en 1751, pour en 
faire observer les dispositions à la rigueur. Cette nouvelle guerre, nous 
n'en pouvons pas douter, décide les principales et les plus riches familles 
à quitter cette ville pour aller s'établir en France, à Nîmes, à Montpellier, 
où on leur offre plus d'aisance et plus de liberté! Dans ces circonstances, 
nous prenons la liberté d'adresser à votre Eminence nos très humbles 
représentations, dans l'espoir que par humanité pour la malheureuse 
nation juive et pour l'intérêt des chrétiens, sujets de notre saint père le 
pape, elle voudra bien employer son crédit auprès de sa Sainteté, pour 
obtenir quelque adoucissement dans l'exécution de l'édit du Saint-Office. 

{Ibid., A.A.31, fol. 214. — 30 novembre 1781.) 



BIBLIOGRAPHIE 



Ratner (B.). trb'tBTTn *J"P£ nariN "ISO- Varianten und Ergânzungen des Textes 
des Jerusalemischen Talmuds nach alten Quellen und handschriftlichen Frag- 
menten. Traktate Kilajim und Maaseroth. Wilna, 1907; in-8° de vi + 137 p. 

M. B. Ratner poursuit son œuvre avec un zèle inlassable. Grâce à la 
science qu'il possède dans le domaine de la littérature halachique, cette 
collection de leçons et de citations devient souvent un commentaire, et 
l'ouvrage de Ratner prend ainsi le caractère d'un précieux auxiliaire, 
non seulement pour la fixation, mais encore pour l'intelligence du texte 
du Talmud palestinien. On ne peut pas prévoir l'achèvement de ce tra- 
vail, dont la publication se heurte à des obstacles matériels ; heureu- 
sement elle est maintenant subventionnée par l'Alliance israélite, la 
« Zunzstiftung >•> et la « Gesellschaft zur Fôrderung der Wissenschaft des 
Judenthums », en quoi ces sociétés ont droit à notre gratitude. Cepen- 
dant, comme l'auteur tient toujours compte des nombreux passages paral- 
lèles contenus dans les autres traités du Yerouschalmi, les cinq parties 
déjà parues contiennent beaucoup de matériaux qui intéressent les 
parties à suivre. — Le dernier volume, le cinquième, s'étend sur les deux 
traités de Kilayim et de Maaserot. En 137 pages, il donne des gloses 
sur 40 colonnes de l'édition de Venise (reproduite par celle de Kroto- 
schin) : 26d-32d pour Kilayim et 48c-52a pour Maaserot. A l'instar de 
mes comptes rendus antérieurs de cet ouvrage 1 , je relève ici différentes 
particularités parmi les matériaux fournis par le nouveau volume. 

P. 4 (sur 27 a, 1. 22), Ratner dresse une liste des variantes qu'on trouve 
pour le nom raN 'm rma "pyttta, entre autres "paa pour "ON. Il aurait 
dû rappeler que dans Gen. ?*., ch. xvm (§ 5), l'édition de Theodor (p. 166) 
offre également V 2î * (au lieu de 1tt3N ou de ww) comme leçon du 
manuscrit de Londres. Le mieux sera donc d'admettre l'existence d'un 

1. V. Revue, XLIII, 316-317; XLVI, 154-159; L, 140-144; LU, 311-314. 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Amora Simon b. Abin, et de rectifier en ce sens mon opinion (Simon b. 
Aïbo) dans Agada der palàst. Amorâer, III, 63, n. 4. 

P. 8-9 (27a, 1. 61) : rrÔT -m p rrmn^N "pn-p *y\ -itts. Ratner croit 
plus exacte la leçon du passage parallèle de j. Baba Kamma, v, 10 (5 a, 
1. 56), qui porte ">ib mai f», au lieu de mbi nan Jto, et il donne à ce 
propos un tableau des plus méritoires de citations éparses dans les deux 
Talmuds de Baraïtot provenant du recueil de Lévi ou de l'école de Lévi 
(c'est-à-dire Lévi b. Sisi). Mais on n'est pas fondé, à mon sentiment, à 
écarter la leçon ïrbT 131, qui est attestée par une autorité aussi consi- 
dérable que l'Or Zaroua. Des enseignements tirés du recueil de tradi- 
tions tannaïtiques de Bar Délaya sont souvent rapportés par le célèbre 
Amora Juda b. Pazzi, toujours avec la formule : "ia (pi*) ïmm '") "On 
ÏT"b*l nai "»td. V. les passages du Talmud de Jérusalem cités dans Agada 
der palàst. Amorâer, III, 164, n. 4 ; il faut encore y ajouter : Péa, 17d, 
1. 58; Kilayim, 31 c, en bas; Teroumot, 47 b, 1. 19. On n'a pas besoin de 
voir, avec Frankel (Mebô, 70 a), dans ÏYOI na un nom de lieu. Dans le 
nom du Tanna ÏT"b*J na "jna N3N (que j'ai traduit moi aussi, Agada der 
Tannait en, II, 548, par « Abba Kohen de Bardala ») ïrbr, nom propre 
fréquent dans la Bible, est de même tout simplement le nom du père. 
Peut-être Bar Delayà, dont la collection d'enseignements traditionnels 
est citée par Juda b Pazzi, n'est-il autre qu'Abba Kohen bar Delayà. Il 
est, en tout cas, remarquable que, de même qu'ici Yohanan rapporte une 
halacha tirée du recueil de Bar Délaya, de même Simon b. Lakisch, son 
collègue, cite deux fois des enseignements halachiques d'Abba Kohen 
bar Delayà (j. Péa, IV, 2 [18a, en bas]; b. Baba Mecia, 10a). Dans le 
nom d'Abba Kohen, ÏTbl 13 s'est souvent changé en «bina, mais la pre- 
mière leçon est la bonne. Il existait, d'ailleurs, une localité appelée Bar 
Delayà, ainsi qu'il ressort de j. Eroubin, 24a, 1. 17 (ï"pb*7 "ia "nua»). 

P. 10 (27 a, 1. 63). Sur ÏTOIO "nb, en tout cas distinct de Lévi b. Sisi, 
y. Frankel, Mebô, 111a. 

P. 34 (29 c, 1. 15). Pour fiWMT "13 ^OV 'n (même leçon dans 29 d, 1. 25) 
Ratner cite l'ancienne leçon : ao^an "ia ^D"p '"). Mais la première est sans 
doute exacte, car Yosé b. Hanina était un contemporain de Yohanan, 
tandis qu'il apparaîtrait ici comme rapportant une opinion de lui. Mais 
il est probable qu'au lieu de N31J3T (d'après une leçon : ÉW^aT), il faut lire 
NT>3T. Dans b. Sanhédrin, 59 b, la leçon correcte du manuscrit de Munich 
est également NT3T 13 ^D"i^ 'n, au lieu de W3n 13 *OT 'n, leçon des 
éditions. 

P. 37 (29 d, 1. 18). SurN^-Dn v. Monatsschrift, XLIII (1899), 348. 

P. 40 (30a, 1. 11). Pour bNintt) DU33 "paN 'n, Ratner mentionne une 
leçon bien accréditée bKIOT p *p 3N '") et découvre ainsi la source de 
l'indication donnée par Abraham Zaccuto dans le Youhasin sur un 
Amora Abin b. Samuel autrement inconnu. Cependant la leçon des édi- 
tions est très probablement exacte, cardans d'autres passages du Talmud 
de Jérusalem Abin rapporte des enseignements de Samuel, l'Amora baby- 
lonien (v. Agada der pal. Amor., III, 398, n. 3). 



BIBLIOGRAPHIE 279 

P. 53 (31 a, 1. 10). Nous savons par d'autres témoignages que Simon b. 
Lakisch a entretenu des relations personnelles avec Éléazar b. Pedat et a 
eu des entretiens avec lui (v. Agada der pal. Amor., I, 350, n. 2). L'idée 
que Simon b. Lakisch ne s'est laissé aller à converser avec aucun Baby- 
lonien, pas même avec le rabbin si considéré qu'était Éléazar (b. Yoma, 
9 b), ne doit pas être prise à la lettre. En tout cas, dans b. Baba Kamma, 
100 a, nTjbtf 'n est la leçon exacte. 

P. 68 (31 d, 1. 42). Pour "prrp "Ol Ratner cite une ancienne leçon '1 
!1j"P et écarte ainsi l'impossibilité qu'il y aurait à ce que Yobanan rap- 
portât un enseignement au nom de Zeira. Ma correction ù^n N*"P2T 'n 
pnv '") (Ag. d. pal. Am., III, 10, n. 1) devient ainsi inutile. 

P. 83 (32 d, 1. 20). Dans NHDD nm ^3N Frankel {Mebô, 119 a) a déjà 
corrigé "^3N en "nnN. La variante Nnsp "m *n3N ne mérite aucune consi- 
dération. 

P. 91 (48c, 1. 3 d'en bas). Ratner énumère les autres cas où Yobanan 
rapporte une question soulevée par la « compagnie », c'est-à-dire les 
savants réunis à l'académie (mBptt nnTï rmsn prm ^nn -ien). Il omet 
de remarquer qu'il faut lire ici ïinT?, non ïT»n comme dans les autres 
passages (Sabbat, IQd, 1. 46 ; Pesahim, 32 c, 1. 17 ; Yebamol, k-d, 1. 41). 

P. 94 (48 d, 1. 59). La leçon NTVD fcOTi 'n, au lieu de Nil "D N^n 'n 
ne donne pas le droit d'admettre l'existence d'un amora Hiyya Baroza, 
autrement inconnu. Les mots Nn "D (= N2N na) peuvent facilement être 
altérés en NTT nn. 

P. 112 (50d, 1. 2) : blW8 "»m nttN. Ratner trouve ici la source de l'indi- 
cation d'Abr. Zaccouto touchant un Amora nommé Sai'il. Il ne figure 
pas ailleurs. Frankel ne le nomme pas. Peut-être biN\r est-il la forme 
hébraïque du nom si fréquent Nb">tt, contraction de kVwd. Cf. 'prm 'n 
b*)ND p == «b'iû p ism* 1 'n {Agada der pal. Amor., III, 591). 

P. 121 (51 c, 1. 5). Ici Ratner justifie les titres du nom d'un Amora baby- 
lonien TN m. Il est mentionné dans Youkasin et Séder ha-Dorot (à 
l'article tpn m), mais non par Frankel ; dans les textes il est souvent 
altéré en tin ou ^ON. C'est le nom biblique Ittaï (II Samuel, xv, 19, etc.). 
Isaac Halewy (Dorot Harischonim, II, 183), avec un manque total de cri- 
tique, a lu tin an et identifié cet Ahaï avec le Tanna Ahaï b. Yosiya. 
Ratner repousse avec raison cette opinion. 

P. 126 (51 d, en bas). Gomme exemple analogue du cas d'Abahou ensei- 
gnant une halacba tantôt au nom d'Éléazar, tantôt au nom de Yosé b. 
Hanina, on pourrait citer b. Sabbat, 108 b: ttb n?2N *p37rT Nn^T ^31 -i»n 
Nnpi? -i73T rrato» ïib n?3« •pwm aan^ nm n*»»©». 

Voici les passages des deux traités étudiés dans ce volume où les 
variantes de Ratner fournissent des corrections du texte : Kilayim : 26d, 
1. 3 (p. 2); ib., 1. 8 [ib.); 21a, 1. 25 (p. 4); ib., 1. 66 (p. 10); 27 b, 1. 40 
(p. 14); ib.,\. 44 (ib.) ; 27 c, 1. 70 (p. 16);ï6., 1. 74 {ib.); 21 d, 1. 22 (p. 18); 
28 a, 1. 27 (p. 21); 29 6, 1. 61 (p. 33); 29 d, 1. 60 (p. 38); 30 a, 1. 18 (p. 40); 
30c, 1. 43 (p. 47); 30 d, 1. 50 (p. 50); 31a, 1. 35 (p. 55); 31c, 1. 49 (p. 65); 
32 rf, 1. 15 (p. 82). — Maaserot : 48 c, 1. 55 (p. 90); 49 c, 1. 64 (p. 103); 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

50 a, 1. 55 (p. 107); 50c, 1. 5 (p. 109); 50 d, 1. 9 (p. 113); 51c, 1. 6 
(p. 122). 

Dans les passages suivants des lacunes du texte sont complétées par 
les variantes : Kilayim, 21a, 1. 51 (p. 1); 21b, 1. 4 (p. 12); 27 d, 1. 15 
(p. 17) ; 28 b, 1. 16 (p. 23) ; 29 d, 1. 76 (p. 39) ; 30 b, 1. 22 (p. 46) ; 30 d, 1. 52 
(p. 51) ; 31 b, 1. 70 (p. 61) ; 31 a, 1. 72 (p. 67) ; 32a", 1. 16 (p. 82). — Maa- 
serot, 48 d, 1. 69 (p. 95) ; 49 a, 1. 73 (p. 99) ; 49 c, 1. 60 (p. 103); 50 c, 1. 51 
(p. 115) ; 51 c, 1. 10 (p. 123) ; ib., 1. 75 (p. 124). 

Je tiens encore à faire particulièrement ressortir que Ratner prête la 
même attention au texte de la Mischna qu'à celui du Yerouschalmi, de 
sorte que sa collection de variantes fournit des détails importants pour 
la critique et l'intelligence du texte de la Mischna sur les traités qu'il 
étudie. — Je renvoie encore au paragraphe de la p. 88 (sur Kilayim, ix, 
10), complété par l'Appendice, pp. 132-134, sur les halachot qui manquent 
dans le Yerouschalmi de Kilayim. 

Çà et là Ratner se permet de petites corrections, sans être soutenu par 
des variantes. Par exemple : Kilayim, 28 c, 1. 35 : ^O^mn^n pour 153 
■pO?2 (p. 26); Maaserot, 51a, 1. 11 : SD^rt "iriT ^N pour 3D^n tnn *pN 
(p. 118). Il convient de prendre en considération l'hypothèse, appuyée 
par de bons témoins, d'après laquelle il faudrait lire, dans Kilayim, 3id, 
1. 53, au lieu de û*> biû inttD : D^bra iniDs ou ûbu: ïmas, &biD (ou -isd 
DbttS) désignant le lieu d'origine de cette espèce de lin. 

Contre Dalman (Grammatik des jùd.-pal. Aram., 2 e éd., p. 19), Ratner 
défend la correction du texte du Yerouschalmi de l'édition de Constanli- 
nople (p. 21), et soutient, toujours contre Dalman, le peu de valeur de 
celle de Salomon Sirillo (ib., et p. 130). 

Sur la Mischna de Maaserot, v, 7, Ratner cite le dictionnaire de Salo- 
mon ibn Parhon (p. 127). Mais la remarque de ce dernier est tirée d'Aboul- 
walid Ibn Djanâh (v. son Dictionnaire, article Ton). 

Budapest. 

W. Bâcher. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



T. LUI, p. 115-116. 
P. 115, 1. 1, au lieu de ^m »•», 
— 3, — 



— 4, — 



lire ^nnnc-» ; 
mas — ïfrna ; 

a-np, ou ûnp, ou ûbïp (cf. Ps. 

û^mn ino, lire Q^N-173 "noi ( c 



xix, 5) 



— 


9, 


— 


dit, 


— 


m* ; 


— 


13, 


— 


DSP, 


— 


oan ; 


— 


» 


— 


vmrpa, 


— 


YWfittpa (cf. Isaïe, xxvi, 11); 


— 


17, 


— 


mpm, 


— 


niprn ; 


— 


19, 


— 


™*»b, 


— 


irrayttb ; 


— 


21, 


— 


tmb», 


— 


trbvt. 


P. 116, 


I. *, 


— 


"îïiv, 


— 


niïîN ; cette ligne est très 
altérée ; 


— 


», 


— 


«■naarT, 


— 


■>£sn; 


— 


il, 


— 


■mrcn, 


— 


nmffln ; 


— 


» 


— 


■nb», 


— 


bsb; 


— 


», 


— 


mai"», 


— 


-iujn ; 


— 


12, 


— 


■vamp, 


— 


■wp ; 


— 


1b, 


— 


-ira y» bx, 


— 


TES* ; 


— 


», 


— 


■>3-l, 


— 


nm ; 


— 


16, 


— 


yra ini, 


— 


yyrj ^ni ; 


— 


17, 


— 


Tan, 


— 


ïl»n; 


— 


19, 


— 


narras, 


— 


rwnas ; 


— 


», 


— 


rpr, 


— 


q^; 


— 


23, 


— 


rm, 


— 


ri fin ; 


— 


25, 


— 


sw, 


— 


ïirp; 


— 


», 


— 


û^Yjaaa, 


— 


■waaaa ; 


— 


», 


— 


•im« hdd, 


— 


nn« ma (?) 


— 


», 


— 


15, 


— 


ntt. — N. Porgès. 



T. LU, p. 272 et suiv. — Je dois une explication à M. Ginsburger, qui 
a bien voulu soumettre mon travail sur les cimetières israélites situés à 
la Porte Chambière à une critique spéciale. 

Il y relève quelques omissions quant à la partie historique, où aucune 
mention n'est faite du cimetière des Juifs du moyen âge, situé, suivant un 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

document cité par Bégin, aux environs de l'Esplanade, dans remplace- 
ment de l'ancienne citadelle. 

Mais M. Ginsburger n'a pas pris garde que le sujet de mon travail est 
intitulé : « Les anciens cimetières israélites situés à la Porte Chambière. » 

Je voulais donner en quelques traits rapides l'histoire des cimetières 
situés à la Porte Chambière ; je n'avais donc pas de recherches à faire 
sur un cimetière situé à l'Esplanade. 

De plus, les documents qui ont permis à M. Ginsburger de compléter 
quelque peu mes indications, ne pouvaient guère être utilisés par moi, 
puisque, les ayant sus en sa possession, j'ai demandé en vain à en prendre 
connaissance. 

Quant aux rectifications du texte des inscriptions, je dois faire remar- 
quer que j'ai voulu tout simplement reproduire les inscriptions telles 
qu'elles se trouvent sur les pierres tumulaires sans aucune modification 
de ma part, de même que pour les notes du mémorial, je voulais les copier 
textuellement, mon ouvrage ne devant pas être une étude philologique. 
Des conjectures du genre de celle qui veut changer MEVi en ^8373 "H 
(Rombach), m'auraient paru trop hardies, par l'unique raison qu'à cette 
époque il n'est guère probable que des Juifs se trouvaient dans cette loca- 
lité. Autrement, si j'avais voulu changer quoi que ce soit, tout en admet- 
tant que le sculpteur a commis plus d'une erreur, j'aurais lu au lieu de 
h ]N372"n, comme M. Ginsburger propose, fioaTi, ce qui ne diffère pas 
beaucoup de N37TH (prendre un 3 pour un 2 est une erreur qui arrive 
souvent au lapicide), d'autant plus que la ville industrielle dans la vallée 
de l'Orne, près de Metz, Rombach, s'appelait Rombas jusqu'en 1869. — 
N. Netter. 

Ibid., p. 282 et suiv. — Le village après "^bn^s (n° 4) est peut-être 
Fleury (arr. de Metz). — Au lieu de Poug (n° 54) lire Foug. — M. M. Gins- 
burger me communique l'es rectifications suivantes : 2. Il faut lire Gumpel 
Moch (le texte porte nNtt et ^73). — 32. Laudau au lieu de Laudi. — 
70. Moutzich.est Moutzig, non Moutiers. — 72. Lire 13T1M (Hauser) pour 
*i:mn. — 90. TSNbnpb^^a est sans doute Jùlicherland. — 135. Lire Hir- 
singen, canton d'Altkirch, au lieu de Harsingen. — 137. Engelheim est 
Ingelnheim, dans le Palatinat. — 157. Il faut sans doute lire : "nb^NC, 
Sarrelouis. — Mayer Lambert. 



Le gérant : 

Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE 

ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.). Les Juifs de Perse au xvn e et au xvm e siècle (fin) 85 

Buechler (A.). La Kedouscha du « Yocêr » chez les Gueonim 220 

Darmesteter (Arsène). Les Gloses françaises de Raschi dans la Bible. 161 
Eppenstein (S.). Fragment d'un commentaire anonyme du Cantique 
des Cantiques, tiré d'un ms. de la Bibliothèque de l'Univer- 
sité de Turin 242 

Gutesmann (S.). Sur le calendrier en usage chez les Israélites au 

v c siècle avant notre ère 194 

Hatzfeld (J.). Une ambassade juive à Pergame 1 

Krauss (S.). La défense d'élever du menu bétail en Palestine et ques- 
tions connexes 14 

Lévi (Israël) . I. Le prosélytisme juif (suite) 56 

IL Les deux alphabets de Ben Sira 62 

III. Fragments de rituels de prières provenant de la Gueniza du 

Caire 231 

Lévy (Isidore). Moïse en Ethiopie 201 

Miret y Sans (Joachim). Le massacre des Juifs de Montclus en 1320 

(épisode de l'entrée des Pastoureaux dans F Aragon) '. . 255 

Rosenberg (IL). Un fragment de Mischna au British Muséum 212 

Wellesz (J.). Hayyim B. Isaac Or Zaroua 67 

NOTES ET MÉLANGES. 

Bauer (Jules). Cinq lettres des Consuls d'Avignon 272 

Heller (B.). Encore un mot sur la légende des Sept Dormants 111 

Liber (M.). Un mot sur les Consultations de Hayyim Or Zaroua 267 

Schwab (Moïse). Un hymne inédit 114 

Weill (Julien). I. Un projet de traduction du Talmud au xvn e siècle. 117 

IL Un Juif brûlé à Metz pour profanation d'hostie 270 

BIBLIOGRAPHIE. 

Bâcher (W.). trbtfJVTn "{"Pi nmrsN nDD. Varianten und Ergiinzungen 
des Textes des Jerusalemischen Talmuds nach alten Quellen 
und handschriftlichen Fragmenten. Traktate Kilajim und 
Maaserotb, par B. Ratner 277 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Blau (Ludwig). Katalog der hebrâischen Handschriften und Bûcher 
in der Bibliothek des Professors D r David Kaufmann, besch- 
rieben von D r Max Weisz 156 

Lévi (Israël). I Revue bibliographique, 2 e semestre 1905 et année 1906. 120 
II. Die Geschichtsliteratur der Juden in Druckwerken und 
Handschriften, I. Abteilung : Bibliographie der hebrâischen 
Schriften, par Moritz Steinschneider 159 

Additions et rectifications 281 

Table des matières 283 



ACTES ET CONFERENCES 

Assemblée générale du 23 mars 1907 xxix 

Allocution de M. Lucien Lazard, président xxix 

Rapport de M. Edouard de Goldschmidt, trésorier xxxm 

Rapport de M. Julien Weill sur les publications de la Société 

pendant Tannée 1906 xxxvi 

Procès-verbaux des séances du Conseil xxvi 

Dreyfus (Robert). Alexandre Weill ou le Prophète du Faubourg 

Saint-Honoré (conférence) xlvi 

Levaillant (I.). La Genèse de l'Antisémitisme sous la troisième 

République (conférence) lxxvi 

Monod (Gabriel). Michelet et les Juifs (conférence) i 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



MICHELET ET LES JUIFS 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 13 JANVIER 1907 

Par M. Gabriel MONOD 

Membre de l'Institut. 



De tous les peuples, il n'en est aucun dont la destinée soulève des 
problèmes plus graves, plus attachants et plus difficiles à résoudre 
que le peuple juif. Un livre unique raconte toute son ancienne his- 
toire, et aucun des documents qui composent ce livre ne se présente 
à nous avec un caractère solide de certitude historique, car il est 
impossible de fixer ni leur date ni leurs auteurs. Et ce n'est rien 
encore que l'incertitude qui enveloppe cette immense légende d'Is- 
raël ; les difficultés qu'elle offre à notre étude et à notre critique 
sont infiniment accrues par la place exceptionnelle que ce livre a 
prise dans l'histoire de la pensée humaine. Au caractère poétique 
et symbolique qui s'attache à toutes les traditions primitives des 
peuples est venu s'ajouter le caractère sacré que lui ont attribué 
les chrétiens comme les Juifs, et les commentaires infinis dont 
chaque ligne de ce texte sacré a été surchargée. Toute une végéta- 
tion de symboles nouveaux s'est ajoutée aux symboles primitifs qui 
s'y trouvaient spontanément contenus, par toutes les interprétations 
mystiques, théologiques, anagogiques qui en ont t été données. Rien 
n'est plus malaisé, même à l'esprit le plus libre, de se dégager de 
tout le travail fait sur le texte biblique par l'imagination, la sensi- 
bilité, la science de tant de générations qui en ont vécu et l'ont 
Actes et conp. a 



II ACTES ET CONFÉRENCES 



interrogé avec une passion anxieuse ; rien n'est plus malaisé que de 
retrouver le sens réel sous les idées et les sentiments attachés par 
les siècles à chacun de ses versets. 

Le sens de l'histoire juive n'est pas moins difficile à déchiffrer 
que le sens de la Bible juive. Ce petit peuple, cette petite tribu, 
séquestrée du reste du monde entre une mer inhospitalière, des 
montagnes arides et des déserts, a joué dans l'histoire religieuse un 
rôle aussi prodigieux que la Grèce dans l'histoire de l'art et de la 
philosophie, Rome dans l'histoire du droit et de la politique. — Les 
Juifs, concentrés sur eux-mêmes et qui, de tout temps, ont été hos- 
tiles à toute propagande, qui ont paru vouloir garder, pour eux 
seuls, un Dieu unique qui était pourtant le seul vrai Dieu de l'Uni- 
vers, ont donné naissance à deux religions qui ont eu par-dessus 
toutes les autres le génie de la propagande et de la conquête. Et ce 
n'est pas seulement par ses deux enfants, l'Islamisme et le Chris- 
tianisme, que le Judaïsme a joué dans l'histoire universelle un rôle 
capital, c'est par lui-même aussi, quand les Juifs, dispersés sur 
toutes les rives de la Méditerranée, ont mêlé leur sort à celui de 
toutes les nations, mais en gardant, intangibles, indestructibles, leur 
individualité, leurs traditions, leurs coutumes et leurs idées Malgré 
la pauvreté, les mépris, les haines, les persécutions, ils ont exercé 
une action absolument disproportionnée à leur nombre dans la vie 
économique, intellectuelle et morale des nations. Quels que soient 
les sentiments qu'on éprouve pour eux, on a beaucoup de peine à 
regarder ce peuple paradoxal, ce peuple du miracle et de la pro- 
messe, des mêmes yeux qu'on regarde les autres peuples, à le juger 
à la même mesure. On a beau faire, on a une peine extrême, si 
pénétré qu'on soit du rationalisme du XVIII e siècle et de la critique 
du xix e , à ne pas lui attribuer une place centrale dans l'histoire, 
comme le faisait Bossuet. On peut étudier un événement de l'his- 
toire grecque ou de l'histoire de France en lui-même et dans ses 
seuls rapports avec 1 histoire de la France ou de la Grèce ; mais 
dès qu'on touche à l'histoire des Juifs, de ce peuple qui a toujours 
vécu à part de tous les autres, on remue, qu'on le veuille ou non, 
des problèmes d'histoire générale, les problèmes les plus importants 
de l'histoire universelle et de la philosophie de l'histoire. 



MICHELET ET LES JUIFS III 



i 



Parmi les grands historiens français du xix e siècle, Jules Michelet 
est le seul qui, d'un bout à l'autre de sa carrière et de son œuvre, 
ait toujours eu présentes à sa pensée l'histoire universelle et la 
philosophie de l'histoire. Dès 1823 il rêve d'écrire une métaphy- 
sique et une logique de l'histoire. En 1824 il trouve, et en 1827 il 
montre dans la Scienza nuova de Vico, les principes et la méthode 
de l'histoire, considérée comme la résurrection intégrale de la vie 
des peuples, et en même temps, en 1827, il entreprend un enseigne- 
ment simultané de la philosophie et de l'histoire qu'il pose comme 
les deux faces d'un même tout, l'étude de l'homme envisagée à la 
fois dans la psychologie de l'individu et dans la psychologie collec- 
tive des peuples. En 1830, il publie son Introduction à l'histoire 
universelle, et tous ses ouvrages désormais ne seront que des frag- 
ments d'une histoire universelle ou plutôt encore d'une philosophie 
religieuse et morale de l'humanité et de la nature. 

Ces préoccupations philosophiques, religieuses et morales appor- 
tées à l'étude de l'histoire universelle devaient tout naturellement 
amener Michelet à scruter les problèmes de l'histoire juive et de la 
doctrine des Juifs. Sa sensibilité et son imagination ne pouvaient 
pas ne pas être émues par le contraste de cette histoire si sauvage, 
si cruelle d'Israël et des hautes doctrines morales qu'Israël a lé- 
guées à l'humanité, et aussi par l'horreur du long martyre du peuple 
juif à travers tout le moyen âge et les temps modernes, persécuté 
sans trêve pour le seul crime de vouloir rester lui-même. La nature 
de son imagination, de son style, n'offrait-elle pas d'ailleurs quelque 
parenté avec l'imagination et le style des prophètes? N'était-il pas 
un visionnaire qui voyait d'un seul regard lé passé et l'avenir, et 
qui exprimait ses visions dans un style où la précision pittoresque 
de l'image s'allie au vague grandiose de la pensée ? Hanté comme 
les prophètes par les idées de la mort et de l'éternité, de la majesté 
divine et de la misère humaine, par l'horreur des malheurs présents 
et par la splendeur d'un avenir inconnu, n'était-il pas un Ézéchiel 



IV ACTES ET CONFÉRENCES 

qui soufflait sur les ossements desséchés pour leur rendre la chair 
et la vie ? Les souvenirs bibliques abondent dans ses livres et dans 
son journal intime ; les citations du Vieux Testament reviennent 
sans cesse sous sa plume ; dans ses heures de détresse, s'il se com- 
pare parfois à Philoctète, il se compare aussi à Élie au désert et à 
Job sur son fumier. Enfin, n'y avait-il pas dans son caractère 
même quelque ressemblance avec le caractère du peuple juif? Mal- 
heureux, pauvre, persécuté dans son enfance, il avait triomphé 
de tous les obstacles à force de volonté héroïque, en conservant 
inviolable le sanctuaire de sa personnalité, en restant impéné- 
trable aux influences extérieures. Il avait gardé de ses souffrances 
une amertume inguérissable, mais aussi une capacité infinie de 
compatir aux maux d'autrui. Comme chez le peuple juif, on trou- 
vait chez lui, à côté de l'ardente sensualité du Cantique des Can- 
tiques, l'idéalisme des prophètes, un esprit singulier d'ordre, de 
prévoyance et d'économie lucrative uni à une charité sans bornes, 
un orgueil intraitable associé à une simplicité foncièrement démo- 
cratique. J'ajouterai que les deux sentiments fondamentaux qui 
ont donné aux Juifs leur force de résistance à travers les siècles : 
le sentiment national, qui ne faisait qu'un pour eux avec le senti- 
ment religieux, et le culte de la famille, ont été aussi le fond de 
la doctrine que Michelet s'est cru appelé à enseigner à la démocratie 
française : « J'ai voulu, écrivait-il, enseigner la patrie comme 
dogme et principe, et prendre le foyer familial pour pierre angu- 
laire de la Cité. » 



II 



Michelet n'avait pas reçu dans son enfance d'instruction reli- 
gieuse. C'est à l'âge de vingt ans seulement qu'il se mit à lire la 
Bible. Elle fut bien vite un de ses livres de chevet. On voit, par la 
liste de ses lectures, qu'il en fit sa lecture assidue pendant l'année 
1820. Dans le texte original ai son journal, que M me Michelet 
n'a malheureusement pas conservé, on lisait presque à chaque 
jour : « Lu la Bible, fait des mathématiques », et il ajoutait des 



MICHELET ET LES JUIFS 



remarques qui témoignent de sa surprenante pénétration d'esprit. Le 
1 1 juillet il ccrit : « Saint Paul, que je lis en ce moment, me semble 
le fondateur de l'Eglise, telle que nous l'avons aujourd'hui. Celle 
du Christ est infiniment supérieure. » C'est déjà le point de vue de 
Baur. Pendant ses vacances, consacrées presque entièrement à 
l'étude du Vieux Testament, faite la plume à la main, il note à 
la date du 2 septembre : « L'algèbre, l'anglais, la Bible m'occupent 
si fort que la chaîne de mes propres idées semble interrompue. J'ai 
eu bien de la peine à mener jusqu'au bout l'histoire sanglante des 
rois. Ce Dieu de colère est un véritable minotaure. . . Les Juifs font 
horreur dans ces guerres d'extermination ; mais le caractère natio- 
nal est très fort. . . On croirait tous ces livres écrits de la même 
main. Peut-être une législation si forte imprimait un caractère 
d'uniformité à tous les esprits. » Observation faite pour plaire aux 
critiques qui voient dans le Vieux Testament tout entier un recueil 
pseudépigraphique rédigé à une même date, après la captivité, par 
des scribes sacrés. 

Quand Michelet se mit à enseigner l'histoire ancienne à l'École 
préparatoire, de 1821 à 1830, il était tout imprégné des id^es de 
Vico. Il ne voyait dans l'histoire primitive des peuples, comme 
Vico dans celle de Rome, qu'une création poétique où le génie 
collectif de chaque peuple a gravé une histoire idéale et sym- 
bolique plus instructive, plus révélatrice de leur vraie nature que 
les faits de l'histoire réelle. On comprend sans peine avec quel 
enthousiasme ingénieux Michelet, dégagé comme il l'a toujours été 
de toute croyance au surnaturel, a transformé toute lhistoire juive 
primitive en symboles. 11 y a trouvé une sorte de révélation 
naturelle sur les premiers âges de la civilisation et la formation 
des idées morales. Les atrocités mêmes de l'histoire juive lui paru- 
rent alors la conséquence nécessaire de la jeunesse d'un peuple qui 
devait se conserver pur du contact de l'étranger. 

Voici le début d'une leçon sur les Juifs, professée à l'École 
Normale en 1828. Ce morceau inédit mérite d'être connu '. 

1. Ce morceau nous a été conservé uniquement par une rédaction d'élève. 
Mais Michelet parlait lentement, nettement, et les notes d'élèves représentent 
presque textuellement son cours. 



VI ACTES ET CONFERENCES 

La Judée est la fleur de l'Asie et son dernier re'sultat. La Phe'nicie est 
le dernier résultat de l'Asie sous le rapport de l'expansion et de la pro- 
pagation, la Judée sous le rapport de la concentration. Ce tout petit 
peuple juif est resserré et comme acculé dans l'angle que forment le 
désert et la chaîne du Liban ; là, toute l'Asie pèse sur lui, et la concen- 
tration arrive là à un degré infini de force et de dureté. Cette tribu, si 
concentrée en elle-même, doit pourtant être le noyau d'un nouveau 
monde. On place ordinairement l'histoire des Juifs en lête de l'histoire 
et on a raison, car ils nous fournissent le seul récit qui ait la pré- 
tention de donner une narration vraiment historique des premiers âges 
du monde. En effet, ils nous ont laissé un récit raisonnable où les 
fictions gigantesques de l'Asie sont réduites à des proportions beaucoup 
plus conformes à la raison morale. 

Le récit d'Eve et du serpent est une chose qu'on ne peut trop admirer, 
quand on la compare aux fables purement cosmogoniques, et sans nulle 
moralité, dans lesquelles le dragon joue un si grand rôle. Cela est beau 
dans l'Asie comme la Grèce en Europe. La Bible nous montre les 
premiers hommes réunis en société, comme pasteurs ; et en cela elle est 
encore conforme au raisonnement. En effet, si on admet que les 
hommes aient commencé par l'état sauvage (ce qui est probable sans 
être d'une absolue certitude) il faut croire que la société n'a pas com- 
mencé dans la dispersion des chasseurs, mais plutôt dans la commu- 
nauté de la vie pastorale. De plus, il n'y a pas dans ce livre de solution 
de continuité, pas de lacunes; tout cela est arrangé avec beaucoup 
d'art, en même temps que beaucoup de naïveté. Il est remarquable que 
cette histoire soit la plus strictement une qui ait jamais été faite; 
partout l'idée du peuple juif, celle qui semble avoir absorbé toute sa 
pensée, est l'idée de l'unité. Chez lui nous trouvons unité d'origine : 
un seul père, Abraham. Unité de religion : un seul Dieu. Unité de 
législation : un seul égislateur, Moïse. Unité de direction politique et 
religieuse : un seul grand prêtre; cette unité n'est rompue qu'une seule 
fois, David fait deux grands prêtres. Le symbole matériel de cette unité 
est le temple; la cité, pour les Juifs, c'est le Temple. La nation, ce n'est 
pas la Judée, c'est Jérusalem; chaque Juif est obligé de visiter Jéru- 
salem une fois par an. Et cette unité va toujours en augmentant. Elle a 
l'air, au premier coup d'oeil, de diminuer : en effet, d'abord un seul 
homme, puis douze patriarches, puis un grand peuple, puis deux 
royaumes, puis la dispersion. Mais ce n'est qu'une apparence- En effet, 
les Juifs passent de l'état nomade à l'état fédératif, puis à l'état monar- 
chique ; ils se concentrent donc de plus en plus. Ensuite leur unité 
a l'air de se rompre, mais, en réalité, c'est une concentration plus 
forte encore; l'unité se concentre dans Juda, où elle ne peut plus se 
rompre ; elle se maintient par la persécution et la guerre, jusqu'à ce 



MICHELET ET LES JUIFS VII 

que le génie juif ait enfin porte' son fruit, qui est le christianisme. 
La mission des Juifs est d'e'tablir l'unité dans la multiplicité païenne; 
le théisme dans le polythéisme. Mais, ce théisme, ne lo retrouve-t-on pas 
dans les religions orientales? Tous ces Dieux de l'Egypte n'étaient ils 
pas au fond un seul Dieu? Oui; mais ce seul Dieu, co n'est qu'un Dieu 
cosmogonique, un Dieu nature, un Dieu sans moralité, qui contient 
dans son sein avec la même indifférence toutes les forces de la matière 
confondues avec celles de l'Esprit. Le Dieu des Juifs est un Dieu moral ; 
il aime, il hait, il se met en colère. 11 faut bien se garder de croire que 
pour cela ce soit un Dieu dégradé. Au contraire, par les passions que lui 
prête le génie humain, ce Dieu se trouve élevé de l'état de nature à 
l'état d'homme. 11 en est de même de l'Asie à la Grèce. Les dieux 
nature de l'Orient deviennent des dieux hommes, des dieux Grecs 
nationaux. Le Dieu des Juifs aussi est un Dieu tout empreint du génie 
national. Leur Dieu est le Dieu des Armées ; c'est un dieu qui ne par- 
donne pas, un dieu sévère, implacable; il poursuit les enfants pour les 
fautes de leurs pères jusqu'à la quatrième génération et au delà. Tout 
cela, c'est un immense progrès. Tout à l'heure nous avions un dieu 
mobile, croissant avec les débordements d'un fleuve, avec les heures du 
jour, un dieu qui vivait dans le hideux crocodile, ou dans le bœuf, ou 
dans toute autre brute. La Judée, par rapport à l'Egypte, est un vrai 
protestantisme. Chez eux, point de castes; leurs lévites ne sont point 
une caste, ce n'est plus qu'une tribu ; il n'y a plus ni enseignement mys- 
térieux, ni hiéroglyphes. Tout est (non pas sur la place publique, cela 
ferait penser à Y Agora des Grecs), tout est sur le parvis du Temple. 
Quand les Juifs se réunissent annuellement pour adorer au Temple, ils 
trouvent la religion ouverte à tous, et si le grand prêtre pénètre une fois 
par an, pénètre seul, dans le Saint des Saints, pour ouvrir l'Arche, c'est 
le dernier retentissement du mystère oriental qui expire dans la Judée. 
Dans la société, quels progrès ! L'hospitalité ordonnée. Les sacrifices 
humains disparus (on en trouve bien quelques traces, par exemple le 
vœu de Jephté, mais ce ne sont que des cas très rares et nullement 
autorisés par la législation de Moïse). Plus de fêtes obscène?, tout à côté 
de la Phénicie et de l'Egypte. Et ce qu'il y a de plus admirable, la 
religion stipulant pour la première fois en faveur de l'esclave. L'esclave 
hébreu est libre après sept ans, l'esclave étranger au bout de cinquante. 
Cinquante ans, il est vrai, c'est la vie d'un homme, c'est souvent plus. 
Mais n'est-ce rien que d'avoir reconnu le droit? On connaît aussi l'ins- 
titution du jubilé. Au bout de cinquante ans, toute terre retourne à son 
propriétaire, tout esclave est libre. On sent bien que tout cela n'était 
jamais exécuté ; mais c'est reconnaître, au moins en droit, l'égalité 
imprescriptible du genre humain. Ce n'est pas l'établir en fait, mais 
enfin c'est déjà un effort vers cet idéal où nous tendons. 



VIII ACTES ET CONFERENCES 

Voilà une religion bien belle, bien pure, comment donc l'accorder 
avec une histoire si sanglante? L'histoire des Juifs fait horreur. Partout 
on a du sang jusqu'à la ceinture. Les Juifs prennent des femmes Madia- 
nites, vingt-cinq mille sont égorge's ; les Juifs adorent le veau d'or, 
vingt-trois mille sont égorgés ; les Juifs murmurent, la terre les 
engloutit. Adoni-Besek a autour de lui soixante-dix rois auxquels il a 
fait couper les mains et les pieds et qu'il nourrit des miettes de sa 
table l . Saùl épargne le roi Agag; Samuel de'nonce à Saùl la colère du 
Seigneur et égorge lui même le prisonnier. 

Comment une religion si éleve'e s'accorde-t-elle avec une histoire si 
sanglante ? N'oublions pas que de toutes parts la Judée est entourée 
de nations idolâtres, qu'elle entend par-dessus le Liban les chants 
voluptueux d'Astarté et les rugissements de Molcch. Comment échapper 
à tant de dangers, comment conserver pur ce de'pôt inestimable de 
l'Unité? Elle ne le peut qu'en repoussant avec rigueur, avec dureté, 
tous ses ennemis. La Judée représente, dans l'histoire, ces vierges du 
monde antique au caractère sanguinaire et farouche, cette Iphigénie de 
Tauride qui se préserve de l'approche de tout étranger en l'immolant. 
La cruauté est partout le caractère d'un monde jeune et vierge. — Cet âge 
est sans pitié, dit un poète. — Voilà les idées que représentent les Juifs, 
voyons l'histoire. 

D'abord l'idée de la paternité, Abraham. Est-ce le Brama Indien? 
Cela importe peu. Dans tous les cas, il ne lui ressemble guère. Cet 
Abraham est un pasteur. Il est hospitalier comme tout Arabe. Abraham 
a, mais bien tard, un fils. Ainsi ce n'est pas de la nature que ce 
fils 'est ne', mais de la promesse de Dieu. Le peuple Juif aussi vient 
tard dans le monde : sa grandeur est d'avoir été le dernier mot de 
l'Asie. Avant ce fils de la promesse, Abraham avait eu d'Agar un fils 
de la nature, un fils de la concupiscence. C'est Ismaël, c'est l'Arabe. 
Le fils de la promesse, c'est Isaac, c'est le Juif. Merveilleux livre ! 
L'humanité l'étudié depuis 3,000 ans et elle n'en voit pas encore le 
fond. Nous ne devons pas nous affliger d'avoir grandi. Cependant 
comment ne pas regretter tout un monde, tout un système, d'une 
poésie, d'une raison, d'une sagesse merveilleuses. Il faudrait bien des 
choses pour nous dédommager de tout cela ; il y a longtemps que lous 
cherchons eu vain . 

Après Abraham et Isaac vient Israël, nommé aussi Jacob, ce Jacob 

1. Et Adoni-Besek s'enfuit ; mais ils le poursuivirent et, l'ayant pris, ils lui 
coupèrent les pouces de ses mains et de ses pieds. Alors Adoni-Besek dit : 
« Soixante-dix rois dont les pouces des pieds et des mains avaient été coupés, 
ont glané sous ma table. Comme j'ai l'ait, Dieu m'a ainsi rendu. » Et ayant été 
amené à Jérusalem, il y mourut. (Juges, i, 6-7.) 



MICHELET ET LES JUIFS IX 

qui lutte avec l'Ange, saDS être vaincu, qui voit l'échelle qui unit les 
cieux à la terre. Rien de plus magnifique que cette idée : c'est l'homme 
grandi par la moralité, devenu par elle fort comme Dieu, savant comme 
Dieu. Israël est encore préféré à son aîné' Esaù, ce n'est pas non plus 
un successeur selon la chair, c'est encore un fils de la promesse et de 
la pre'dilection divine. Les douze fils seront les pères de douze puis- 
santes tribus, et entre ce? douze élus, Dieu choisit un élu ; un des plus 
jeunes parmi les douze. Mais. celui-ci doit souffrir longtemps et il ne 
donnera pas le jour à la race royale. Il ira s'élever par sa sagesse au 
milieu des nations étrangères ; il les nourrira du pain de sa prévoyance. 
La féconde Egypte ne vivra que de la sagesse de la stérile Judée. Celui 
qui faisait le pain mourra ; celui qui faisait le vin ne régnera pas, c'est 
un pasteur qui sera maître de l'Egypte et qui la fera vivre. Joseph 
meurt. Suit une longue période de séjours sur la terre étrangère; le 
peuple juif n'a rien à lui; le peuple juif, devenu l'hôte de l'étranger, n'a 
plus d'histoire. Il n'a plus d'autre bien que la promesse de Dieu. Au 
bout des temps, de peur qu'il ne s'endorme dans la jouissance des 
oignons et des viandes de l'Egypte, Dieu suscite une persécution. Il 
faut qu'il souffre, qu'il travaille, qu'il bâtisse des Pyramides; qu'il tra- 
vaille pour les ennemis des Dieux. Alors la promesse lui revient en 
mémoire, il soupire après son accomplissement. Un homme se trouve 
parmi le peuple qui les fait sortir d'Egypte et qui les conduit dans le 
désert. Après les misères de la terre fertile viennent les misères de la 
terre stérile. Dans le désert, nous voyons ces belles figures de la pro- 
tection divine, cette colonne de fumée qui les conduit pendant le jour, 
cette colonne de feu qui les conduit pendant la nuit ; cette manne mira- 
culeuse, ces oiseaux envoyés par Dieu, cette nourriture refusée par la 
terre, accordée par le ciel. Le peuple murmure contre les épreuves de 
Dieu, et regrette l'abondance matérielle de l'Egypte. Tout le monde 
murmure contre Moïse. La sœur du prophète elle-même se déclare 
contre lui ; son frère, un grand pontife, parle contre lui. Pas un de ceux 
qui sont sortis d'Egypte ne verra la terre 'promise ; car ils ont regretté la 
terre d'Egypte. Moïse lui-même n'y entrera pas, car lui aussi il a péché. 
Les enfants seuls pourront y entrer. 

Tout cela peut être historique; mais l'essentiel est le sens moral. Il 
importe peu que ce soit vrai de la vérité réelle, pourvu que ce soit vrai 
de la vérité logique. Historiques ou non, tous ces récits sont une admi- 
rable philosophie. 

La terre promise est une terre de bonheur et de fécondité. Une seule 
grappe de raisin suffit à la charge de deux hommes. Ceux qui savent 
ce qu'est la Judée sentiront qu'il ne s'agit ici que de la richesse de 
la parole divine. Ce n'est pas qu'il n'y ait quelques vallées très fer- 
tiles. Mais elles sont en infiniment petit nombre. Ce n'est que par les 



ACTES ET CONFERENCES 



travaux les plus rudes, les plus patients qu'on a pu cultiver ces affreux 
rochers. Les torrents emportent constamment le peu de terre végétale 
qu'ils contiennent. Au reste, c'est ainsi qu'il en devait être. Dans les 
temps anciens ceux qui ont la terre n'ont pas le ciel. L'effort des temps 
modernes est de reconcilier l'un avec l'autre. 

Ce peuple aussitôt établi se trouve environné de nations qui le me- 
nacent; sept fois esclave, sept fois il est délivré par ses juges. Les juges, 
dans ces temps e'loignés, ce sont des hommes à la fois plus justes et 
plus braves. 

Dans Y Introduction à l'histoire universelle, écrite en 1830, Miche^ 
let est appelé à parler du peuple juif dans le tableau qu'il fait de la 
lutte de la liberté humaine contre les fatalités de la nature. Il a 
résumé, en une page étincelante, ce qu'il avait développé dans 
la leçon de l'Ecole préparatoire que je viens de citer en partie, 
Michelet considère le peuple juif comme le représentant de l'unité et 
aussi de la liberté humaine au milieu du monde asiatique, soumis, 
sauf la Perse, au fatalisme des forces naturelles. Le Sacerdoce 
même n'arrive pas à dominer Israël. Les chefs du peuple sont les 
forts, les héros. Puis « à côté du génie héroïque, le sacerdoce voit la 
liberté humaine lui susciter un formidable ennemi dans l'ordre 
même des choses religieuses. Les voyants, les prophètes s'élèvent du 
peuple, et communiquent avec Dieu sans passer par le Temple. » 
. . . « Pour ce petit monde de l'unité et de l'esprit, un point suffit 
dans l'espace, entre les montagnes et les déserts. Il n'est placé dans 
l'Orient que pour le maudire... Il lui suffit de garder dans son 
tabernacle ce dépôt sans prix de l'unité, que le monde reviendra 
lui demander à genoux. » A cette époque toute la philosophie de 
l'histoire juive se résume, pour Michelet, dans l'idée de l'unité 
divine, que les Juifs ont transmise à l'Occident avec toutes les idées 
morales qui en découlent. 

Michelet avait, comme on le voit, été très frappé par les grandes 
figures des prophètes, en qui il voyait l'âme même, le génie même 
d'Israël. 

J'en trouve la preuve dans un morceau inédit qui fut écrit vers 
1842, au moment où, frappé coup sur coup par la mort de sa 
femme, puis par celle de M me Dumesnil, il se comparait à Elie sous 
le térébinthe, demandant à Dieu de le rappeler à lui : 



M1CHELET ET LES JUIFS XI 



Dans l'ombre sinistre où vivait le Juif, l'ombre des colosses d'Asie, 
toujours près de l'e'craser, il tâchait d'affermir son cœur, par sa parole 
même, comme celui qui, marchant la nuit, se parle pour se rassurer. 

Et quelle parole? Demain. Aujourd'hui, pour les autres, demain pour 
toi. Demain ne venait jamais. 

De là, pour la foi obstinée, orgueilleuse, qui se croyait juste et pure, 
nécessité absolue d'interpréter ce demain ; de re'pondre par une inter- 
prétation patiente, infatigable, à la dure ironie de Dieu : mon peuple, le 
peuple élu. . . Élu pour les supplices. 

Pour sentir la situation habituelle du peuple juif, il faut se rappeler 
ce que c'est, pour l'homme pauvre et de'shérile', d'être chez lui l'été', un 
jour de fête, de voir tout le monde courir au plaisir, la nature même 
joyeuse. Combien plus, si le pauvre est opprime', s'il a à craindre d'être 
saisi par le créancier, enlevé à la famille... Cette situation rappelle 
imparfaitement celle des Juifs, si faibles, si expose's, si haïs, si hai- 
neux... Supérieurs à tous, infe'rieurs à tous, l'orgueil et la malédiction 
elle-même ; « mais quand l'univers tuerait l'homme, il serait encore 
plus noble que ce qui le tue ». 

Mettez, au milieu de ce peuple, le génie même du peuple, son génie 
anti -sacerdotal à côté du sacerdoce, l'aigre, l'âpre voix de la contrée, 
...le hibou du Temple, qui chante la ruine: le Prophète. Persécuté 
par les Juifs, comme les Juifs le sont par le monde ; scié en deux, lié, 
traîné en Egypte par les Juifs, comme Jérémie, comme traître, tandis 
que la foule du peuple est liée, traînée à Babylone. ...Mais, que le 
prophète soit scié en deux, comme l'est Isaïe, qu'il soit lié, traîné 
comme Israël, cela même est symbolique. Il est prophète, non de sa 
parole seulement, mais de son corps et de ses supplices. 

Josèphe dit que le soin d'enregistrer les choses passées était confié 
aux grands prêtres et aux prophètes. . Sans doute on écrivait au Temple 
de sèches annales. Mais l'histoire, telle que nous l'avons, si dominée 
par les prophètes, si passionnée, ne peut avoir été écrite que par les 
prophètes eux-mêmes, comme semble l'entrevoir Richard Simon. 

Le prophète, Nabi, le parleur, la voix de la contrée. Les Grecs ont le 
mot prophète parce qu'ils n'ont pas eu de prophète. Les He'breux n'ont 
pas eu le mot, ne distinguant point les temps, le passé et l'avenir. 

Le prophète, cet homme poursuivi, détesté, ce croquemort des Em- 
pires, qui les couche à leur rang dans ce cône infernal qu'a creusé 
Ezéchiel, a cela d'odieux encore, que, si on le bat, le coup sera prophé- 
tique, et si on le tue, sa mort symbolisera la mort d'un royaume. Il faut 
fuir cet homme-signe, cette vivante menace, ou le faire fuir au désert. 

Mais il emporte au désert le passé, s'il y a un passé . . . Lui-même, au 
fond, n'en sait rien: les faits qu'il voit, comme réfléchis, au puits pro- 
fond de son cœur, sont-ils advenus ou adviendront-iis? 



XU ACTES ET CONFERENCES 

Il les voit, moins comme faits, que comme droit, comme Dieu les 
verrait, tous les temps étant finis, au jour du jugement. 

Nul temps , tout fait comme présent... Rien de successif. Aussi, rien 
de plus terrible. La parole du prophète, c'est l'objet même, l'objet pré' 
sent. C'est la supériorité, l'infériorité' aussi. 11 manque à cette formi- 
dable antiquité une seule chose : la dialectique, la dialectique abstraite 
des philosophes qui sont venus, la dialectique concrète des grands his- 
toriens qui viendront. 

En écrivant ces lignes, Michelet certainement se disait, à part 
lui, qu'il était un prophète de la nouvelle alliance, unissant, à la 
vision des prophètes anciens, la dialectique des temps nouveaux. 

Cette dialectique devait lui faire modifier sensiblement avec les 
années ses vues sur la philosophie de l'histoire juive. Trente-quatre 
ans après la publication de Y Introduction à Vhistoire universelle, 
Michelet se trouvait amené, en 1864, en écrivant la Bible de VHu- 
maivitè, à parler de nouveau du Vieux Testament et des Juifs. Pen- 
dant ces trente-quatre années la science avait singulièrement 
marché, et bien des points de vue avaient changé, bien des décou- 
vertes avaient été faites. Michelet, qui s'était lié, d'une part avec 
Renan, de l'autre avec les représentants du protestantisme libéral, 
particulièrement avec les pasteurs Etienne et Athanase Coquerel, 
s'était tenu au courant des travaux sur les origines du christianisme 
et sur la critique sacrée. En même temps, il avait été uni d'une 
étroite amitié avec Eugène Burnouf, il avait lu ses ouvrages, et 
aussi tout ce qui avait été traduit des poèmes et des livres sacrés ou 
philosophiques de l'Inde et de la Perse. Il attribuait le changement 
qui s'était produit dans ses idées sur les religions de l'Asie aryenne 
et de l'Asie sémitique à la connaissance plus exacte qu'il avait 
acquise des unes et des autres. Mais, en réalité, il y avait aussi et 
surtout une autre cause qui lui avait fait envisager l'histoire et la reli- 
gion juives à un point de vue tout nouveau. En 1830, le christianisme 
lui apparaissait, non sans doute comme la vérité religieuse défini- 
tive, mais comme la plus haute expression des aspirations reli- 
gieuses de l'humanité, comme la religion du Dieu pur, « du Dieu de 
l'âme, qui ouvre à tous, dans la société, dans l'église, l'égalité de 
l'amour et du sein paternel ». Or ce christianisme libérateur, qui 



MICHELE r ET LES JUIFS XIII 

pouvait et devait mourir sous la forme que lui avait donnée le 
moyen âge, mais pour renaître sous des formes nouvelles, en har- 
monie avec l'esprit moderne, était sorti du noyau solide de la reli- 
gion juive. 

Une crise philosophique et religieuse s'était produite en Michelet 
de 1840 à 1845, crise de pensée sans doute, mais crise surtout de 
sentiment, provoquée par les deuils qui attristèrent et déracinèrent 
sa vie, et par les luttes entreprises au Collège de France contre 
l'ultramontanisme. L'hostilité de Michelet contre le catholicisme et 
le christianisme s'accentua de plus en plus et, en passant subitement 
de l'étude du moyen âge à celle de la Révolution française, l'oppo- 
sition entre le credo du moyen âge et le credo du monde moderne 
se présenta à lui comme l'opposition de la grâce tyrannique arbi- 
traire de Dieu et de la volonté libre de l'homme. Dès lors, par 
une de ces volte-face auxquelles les esprits inductifs et généralisa- 
teurs ne sont que trop exposés, et qui doivent nous mettre en garde 
contre les généralisations précipitées qu'une analyse exacte et com- 
plète n'a pas préparées, Michelet vit changer à ses yeux toute la 
face de l'histoire religieuse de l'antiquité. Il était aisé, et juste 
d'ailleurs, de retrouver l'origine de l'idée de la grâce dans le Jého- 
vah des Juifs, qui choisit à son gré ses élus, qui favorise Jacob et 
rejette Esaù, et qui manifeste son amour à son peuple d'élection 
par les tribulations qu'il lui impose, tout en l'enchantant du rêve 
messianique, autre manifestation de sa volonté arbitraire. En 1828, 
l'idée de l'élection de l'homme par Dieu apparaissait à Michelet 
comme la libération de l'homme des fatalités de la nature ; en 1864, 
l'élection, la grâce lui apparaît comme l'asservissement de la liberté 
humaine à l'arbitraire divin, à une forme spiritualisée du fatalisme 
oriental. 

Toute la conception de l'évolution historique se trouve désormais 
changée pour lui. Tandis qu'en 1830 le monde moderne était, à 
ses yeux, fils de la religion juive et chrétienne, de la raison grecque, 
du droit romain et de la science, alors que la Haute Asie ne repré- 
sentait guère que les fatalités de la nature, en 1864, il voit un 
torrent de lumière, le tleuvj du Droit et de la Raison descendre 
de l'Inde à travers la Perse, la Grèce et Rome vers l'Italie de la 



XIV ACTES ET CONFÉRENCES 

Renaissance et la France de la Révolution, alors que les Égyptiens, 
les Syriens, les Juifs sont les peuples du crépuscule, de la nuit et 
du clair obscur. C'est d'eux que sort le christianisme, religion de la 
femme et du prêtre, qui ouvre l'Empire aux barbares, et produit 
l'écrasement du moyen âge. 

Le v e chapitre de la deuxième partie de la Bible de V Humanité 
développe à peu près exclusivement ce point de vue, le rôle qu'a 
joué le peuple juif dans la formation du dogme de la grâce, par 
l'idée de l'élection divine. 

« Dieu choisit de préférence, au sein du peuple choisi, pour ma- 
nifester sa gloire, le faible plus que le fort, le cadet contre l'aîné, 
Joseph contre Juda, Jacob contre Esaii, David contre Goliath. Il 
aime pour la même raison, il s'est choisi, approprié, un petit peuple, 
seul élu. Le genre humain est rejeté. Il faut suivre la conséquence 
ultérieure de ce principe. Dieu aime et choisit volontiers le plus petit 
en mérite, qui vaut peu, ne veut, ne fait rien. Il dit, il répète sans 
C3sse que le peuple élu est indigne. Il choisit l'oisif Abel contre le 
travailleur Caïn. Et voici qui est plus fort. Celui qui non seulement 
n'a point mérité et a outragé la loi de Dieu. . . sera justement celui 
qui glorifiera le plus la libre puissance, de Dieu. Plus que le juste, il 
est élu, Jacob, qui fraude son frère, trompe son père. Lévi, maudit 
de Jacob pour trahison et meurtre, est le père de la tribu sainte. 
Juda, qui vendit Joseph, est le chef du peuple et lui donne son nom. » 

L'explication de cette conception, pour Michelet, se trouve dans 
la condition même des Juifs, toujours vaincus, persécutés, asservis. 
Us ont vécu captifs et ont eu des idées d'esclaves révoltés qui 
espèrent voir venir le salut d'en haut, d'un Dieu vengeur, extermi- 
nateur. La gloire des Juifs, dit Michelet, fut d'avoir, seuls entre les 
peuples, donné une voix au soupir de l'esclave, et aussi, d'avoir 
trouvé dans leur Jéhovah farouche une protection contre les cultes 
énervants et voluptueux, les divinités de mort des peuples voisins. 
« Le Dieu invisible et jaloux, qui haïssait tous les autres, resta 
l'âme de pureté orgueilleuse qui soutint, sauva son peuple, lui 
donna son unité. » 

Ainsi Michelet, par un détour, revenait en partie a ses idées de 
1828 et 1830, en gardait une des vues essentielles. Il restait aussi 



MICHELET ET LES JUIFS XV 



l'admirateur, le fidèle des prophètes, vrais bienfaiteurs du genre 
humain, qui épurent l'idée de Dieu, surtout Jérémie et Ezéchiel, 
qui eurent le mérite de concevoir l'idée d'une justice divine dé- 
gagée de tout arbitraire, s'appliquant à tous les hommes et les trai- 
tant d'après leurs propres mérites. %> 

Entraîné par ces changements dans son point de vue d'ensemble, 
Michelet, sans s'inquiéter de se contredire, ajoute à son tableau de 
l'histoire des anciens Juifs des traits particuliers très différents de 
ceux qu'il avait fait ressortir autrefois. Autrefois il montrait le 
peuple juif concentré en lui-même, isolé, périssant par l'isolement et 
la concentration ; maintenant il montre que le Juif n'a pas vécu 
uniquement enfermé dans sa propre race ; il s'est constamment 
recruté dans les peuplades voisines, parmi les pauvres et les fugitifs 
qui venaient demander asile. Il n'est plus un agriculteur, mais un 
berger spéculateur qui fait commerce de troupeaux et restera tou- 
jours un nomade. Enfin la Bible, dont jadis Michelet admirait sur- 
tout la haute philosophie morale, lui apparaît, malgré sa beauté 
grave et sobre, comme partout fortement marquée de ce très grand 
esprit d'affaires, d'habileté, d'expérience qui devint celui des Juifs, 
et qui prit pour héros David, lier, vaillant, impur, rusé politique. 
Enfin, la Bible juive et l'histoire juive frappent Michelet par une 
impression de sécheresse et de stérilité profonde ' . 

Sans doute il ne serait pas impossible de concilier les idées de 
Michelet de 1828 et 1830 avec celles de 1864, de faire remarquer 
que sur l'importance de l'idée d'unité pour Israël, sur les prophètes, 
sur les liens du judaïsme et du christianisme, sur les côtés touchants 
de l'histoire juive malgré ses atrocités, il n'a pas varié; que la 
contradiction qui nous frappe vient surtout de ce que chacun des 
tableaux est partiel et partial, que tandis qu'autrefois il insistait 

1. Dans une de ses leçons de l'Ecole normale, en 1834, Michelet disait : 
« Pour durer, il faut, tout en portant le costume de son temps, avoir quelque 
chose de plus fort que le costume. Ainsi l'Iliade, ainsi Shakespeare, ainsi la 
Bible, où le contenu est parfois si fort qu'il emporte le contenant. Dans la Bible, 
la forme judaïque pourrait souvent ne pas plaire , mais il y a dans ce livre 
une manne si substantielle, quelque chose de si suave, de si fort, de si pas- 
sionné, que le contenant même nous devient cher à cause du contenu, à cause 
du fond. Et elle est de nature à effrayer, cette enveloppe. » 



XVI ACTES ET CONFERENCES 

sur la beauté philosophique et morale de la Bible, abstraction faite 
de la vérité de ses récits, en 1864 il insiste sur la conception juive 
du caractère arbitraire de la Providence, et du caractère intolérant 
et haineux de la Divinité. Mais on aura beau faire : le ton de 1864 
diffère de celui de 1828 ; au lieu de l'enthousiasme sympathique, il 
y a une sévérité hostile, et cette sévérité ne vient pas d'une ani- 
mosité de Michelet contre les Juifs, mais de son animosité contre le 
christianisme. Nous touchons là recueil que les historiens générali- 
sateurs évitent bien difficilement. Un simple changement d'angle et 
de point de vue fait varier les proportions et les couleurs de tous 
les événements, et peut modifier de fond en comble la scène de 
l'histoire. 



III 



Nous n'avons parlé jusqu'ici que des idées de Michelet sur Tan- 
cienne histoire d'Israël et son rôle dans l'évolution religieuse de 
l'humanité. Il nous reste à voir comment il a apprécié le rôle des 
Juifs parmi les nations, depuis la dispersion. La puissante ima- 
gination de Michelet, sa sensibilité toujours en éveil devaient être 
particulièrement émues par la destinée de ce petit peuple si excep- 
tionnel, exceptionnel par ses qualités comme par ses défauts, par 
ses revers comme par ses succès. Nous allons voir Michelet, par ce 
don de sympathie qui était le fond même de son génie, qui en était 
la force et le danger, ressusciter et faire revivre en lui et les senti- 
ments des Juifs et ceux que les Juifs ont inspirés. 

Dès le début de son Histoire de France il les rencontre et les juge 
avec une froide impartialité. Il note ici simplement ce qu'a été leur 
situation au début de l'ère chrétienne. « Rester original, se pré- 
server de l'influence étrangère, repousser les idées des autres, c'est 
demeurer incomplet et faible. Voilà ce qui fait tout à la fois la gran- 
deur et la faiblesse du peuple juif. 11 n'a eu qu'une idée, l'a donnée 
aux nations, mais n'a presque rien reçu d'elles ; il est toujours 
resté lui, fort et borné, indestructible et humilié, ennemi du genre 
humain et son esclave éternel. Malheur à l'individualité obstinée 



MICHELET ET LES JUIFS XVII 

qui veut être à soi seul, et refuse d'entrer dans la communauté du 
monde ! » 

Quand Michelet, au chapitre in du III e volume de son Histoire, 
traite de l'importance prise au xiv e siècle par les institutions finan- 
cières, par les impôts, le commerce et en particulier le commerce de 
l'or, il rencontre les Juifs : et avec sa capacité extraordinaire de 
penser et de sentir avec les hommes dont il raconte l'histoire, il 
parle des Juifs comme aurait pu le faire un contemporain de 
Philippe le Bel : 

« Au moyen âge, celui qui sait où est l'or, le véritable alchi- 
miste, le vrai sorcier, c'est le Juif. Le Juif, l'homme immonde, 
l'homme qui ne peut toucher denrée ni femme qu'on ne les brûle, 
l'homme d'outrages, sur lequel tout le monde crache, c'est à lui qu'il 
faut s'adresser. Sale et prolifique nation, qui par-dessus toutes les 
autres eut la force multipliante, la force qui engendre, qui féconde 
à volonté les brebis de Jacob ou les sequins de Shylock. Pendant 
tout le moyen âge, persécutés, chassés, rappelés, ils ont fait l'indis- 
pensable intermédiaire entre le fisc et la victime du fisc, entre 
l'agent et les patients, pompant l'or d'en bas, et le rendant au roi 
par en haut avec laide grimace. Mais il leur en restait toujours 
quelque chose... Patients, indestructibles, ils ont vaincu par la 
durée. Ils ont résolu le problème de volatiliser la richesse ; affranchis 
par la lettre de change, ils sont libres, ils sont maîtres. De soufflets 
en soufflets, les voilà au trône du monde, o 

On pourrait croire, en lisant ces lignes, qui ont peut-être inspiré à 
son secrétaire Toussenel l'idée du livre : Les Juifs, rois de V Epoque, 
paru en 1844, que Michelet aurait laissé accès dans son esprit à ces 
préjugés légués par le moyen âge à l'âge moderne, par le fanatisme 
religieux à la libre pensée, et qui ont donné naissance à la funeste 
maladie morale de l'anti-sémitisme. Il n'en était rien. Michelet 
cherchait à comprendre les sentiments que les Juifs avaient ins- 
pirés et les raisons de leurs malheurs et de leur relèvement. Il se 
faisait l'écho pittoresque des animosités de la collectivité chrétienne 
contre les Juifs. Mais il n'est pas injuste dans son cœur. Il stigma- 
tise chez les scolastiques tout aussi bien que chez les talmudistes 
cette subtilité aride quïl appelle Y Enfance de la décrépitude, et, en 

ACT. ET CONF. B 



XVUI ACTES ET CONFÉRENCES 

note au passage que je viens de citer, il fait remarquer les vertus 
des Juifs et observe, avec complaisance, que les hommes qui font à 
cette heure (1839) le plus d'honneur à l'Allemagne sont des Juifs 
convertis. Il pense à Meyerbeer, Gans, Neander, Heine, Bœrne, 
Mendelssohn,et aussi à M lle Rachel, dont il faisait en 1841, après une 
représentation de Polyeucte, ce portrait naïvement admiratif : 
« Elle a les yeux petits, les traits petits, quelque chose de juif, sinon 
de la dureté juive, au moins de durement marqué, soit par le mal- 
heur de la race, soit par les misères de ses premières années. Au 
reste l'élément juif va partout se christianisant. « Elle a trop de 
vertus pour n'être pas chrétienne. » J'ai été fort touché de cette 
personne si noble et si peuple, dont la pâleur et l'amaigrissement 
sans remède disent assez ce que fut sa triste enfance. Élevée dans 
le ruisseau, chanteuse dans un café, envoyée à Paris par un Saint- 
Simonien, et, avec cela, si digne, si au niveau, au-dessus de la 
haute société, des esprits les plus cultivés, au-dessus d'eux surtout 
par la dignité de sa conduite 1 » Quelle candeur chez cet homme de 
génie, pourtant si clairvoyant ! 

Dans son voyage d'Allemagne de 1842, Michelet parle avec une 
sympathie émue de deux membres éminents de la communauté 
israélite de Strasbourg, Louis et Achille Ratisbonne. A Francfort 
il trace un portrait inoubliable du chef de la famille Rothschild, 
Anselme Rothschild. Il le trouve dans un pavillon qui domine 
trois rues comme la maison de Jacques Cœur, les pieds sur un banc 
de boi i blanc. « Cette maison grouille d'hommes, d'écus ; et nul 
embarras : précision, simplicité de moyens. Sombre médiateur des 
nations, qui parle la langue commune à toutes : l'or, et les force 
par là à s'entendre entre elles, mieux qu'elles ne s'entendraient 
elles-mêmes. Dans la face et les yeux, un peu de la mobilité du 
singe, mais cette mobilité n'est rien qu'activité : rien sans but, pas- 
sion âpre évidemment. Pour l'argent ? Je n'en sais rien, mais cer- 
tainement pour Yaction. A la longue, l'habitude daller à un but est 
plus forte que le but même. 

« M. Rothschild sait l'Europe prince par prince, et la bourse cour- 
tier par courtier. Il a leur compte à tous dans la tête ; il le leur dit 
sans consulter ses livres, — le compte des courtiers et celui des rois. . . 



MICHELET ET LES JUIFS XIX 

« La vieille mère, qui a quatre-vingt-treize ans, occupe toujours, 
dans la rue des Juifs, la noire maison où ils ont commencé leur for- 
tune. C'est une belle superstition chez les Juifs, que le père, la mère, 
restant assis au foyer primitif, portent bonheur à la famille ; tout 
serait perdu, s'ils changeaient. Au cimetière des Juifs, il est impos- 
sible de distinguer les Rothschild ; à chacun une pierre, rien de 
plus. » 

Dans La Bible de V Humanité, Michelet, dans une note où il 
regrette d'avoir prononcé des paroles si sévères sur l'histoire d'Is- 
raël, a donné toute sa pensée sur la question juive contemporaine. 
D'un côté, il rappelle à quelle servitude humiliée les Juifs ont été 
soumis pendant des siècles : « Le Juif, par toute la terre, a été le 
meilleur esclave, l'appui de ses tyrans même. Pourquoi ? Plus 
qu'aucun homme il eut la liberté secrète et le sentiment religieux 
qui fait porter légèrement la servitude et l'outrage ; de plus, l'in- 
dustrieux esprit qui exploite le tyran et fait de l'esclavage le champ 
de la spéculation. » Mais en même temps il résume avec une admi- 
rable énergie son jugement d'ensemble sur les Juifs. « J'aime les 
Juifs. Je n'ai perdu aucune occasion de rappeler leurs martyres, 
leurs vertus de famille, les admirables talents qu'ils ont déployés de 
nos jours. Comment ne pas être touché de la destinée de ce peuple, 
auteur du monde chrétien, et tellement persécuté, crucifié par son 
fils ? Dès qu'on veut être sévère, on le regrette, on se dit : « Ses 
vices sont ceux que nous lui fîmes et ses vertus sont à lui. » Res- 
pect au peuple patient sur qui, tant de siècles durant, le monde a 
toujours frappé, qui, de nos jours, a tant souffert en Russie ! Respect 
au peuple fidèle, dont le culte antique nous garde le type d'où l'on 
partit, où l'on retourne, le pontificat domestique, celui où va l'ave- 
nir ! — Respect à la vive énergie qui, du fond oriental, a suscité de 
nos jours tant de talents imprévus, savants, artistes en tous arts !... 
Le Juif a de grandes destinées, sa race étant une des plus acclima- 
tables du globe. » 

Michelet dit vrai, quand il dit que nul n'a plus éloquemment que 
lui rappelé les martyrs des Juifs, montré (au t. VII de son His- 
toire) comment, en chassant les Maures et les Juifs, l'Espagne avait 
tué l'agriculture, le commerce, la vie morale, l'activité de l'esprit. 



XX ACTES ET CONFÉRENCES 

Au t. VIII de son Histoire de France, il revint, après avoir Iule 
livre de Franck, sur les jugements sévères qu'il avait portés contre 
la Kabbale juive, et il écrit des pages admirables sur l'importance 
de la question juive au début de la Réforme, sur le réveil des études 
bibliques, la réhabilitation des Juifs et de la philosophie rabbinique 
par Reuchlin et les humanistes. Michelet a été, je le crois, le premier 
à saisir aussi fortement le rôle capital joué au xv e et au xvi e siècle 
par la renaissance du judaïsme succédant à la renaissance de l'hel- 
lénisme. 

La révolution religieuse fut ouverte par les gens qui en sentaient le 
moins la porte'e, par les érudils. Un matin se trouva posée cette ques- 
tion hardie, de savoir si l'Europe chrétienne pouvait amnistier, honorer 
ceux qu'on appelait les meurtriers du Christ. Si elle pardonnait même 
aux Juifs, à plus forte raison, elle adoptait les infidèles, elle embrassait 
le genre humain. 

Je m'explique. Personne n'eût osé formuler ainsi cette idée. Et pour- 
tant elle était implicitement contenue dans l'opinion des érudits : « Que 
la philosophie rabbinique était supérieure, antérieure à toute sagesse 
humaine ; que les chefs des écoles grecques étaient les disciples des 
Juifs. » 

Relever les Juifs à ce point, c'était les donner pour maitres à l'Eu- 
rope dans les choses de la pensée, comme ils l'étaient déjà certaine- 
ment dans la médecine et les sciences de la nature. 

Le jeune prince italien Pic de la Mirandole, étonnant oracle de 
l'érudition, qui, vivant, fut une le'gende, comme mort le fut Albeit le 
Grand, avait dit audacieusement de la philosophie juive : « J'y trouve à 
la fois saint Paul et Platon. » 

Ses thèses sur la Kabbale furent imprime'es en 1488, avant l'horrible 
catastrophe d'Espagne, qui brisa les écoles juives et dispersa dans 
l'Europe, dans l'Afrique, jusque dans l'Asie, la tribu la plus civilisée 
et la plus nombreuse de ce peuple infortuné. 

C'est au milieu de ce naufrage, en 1494, quand ses lugubres débris 
apparurent dans les villes du Nord parmi les huées d'un peuple impi- 
toyable, c'est alors qu'un savant le'giste, Reuchlin, publia son livre : 
« De verbo mirifico », dont le sens était : « Seuls, les Juifs ont connu 
le nom de Dieu. » 

Ces misérables, assis sur la pierre des places publiques, hâves, ma- 
lades, qui faisaient horreur, qui n'avaient plus figure d'hommes, les 
voilà, par ce paradoxe, place's au faite de la sagesse, reconnus pour les 
antiques et profonds docteurs du monde, les premiers confidents de 
Dieu. 



MICHELET ET LES JUIFS XXI 

Dans leur livre et dans leur langue, Reuchlin montrait les hautes ori- 
gines et des nombres de Pythagore et des principaux dogmes chrétiens. 

Qu'on estimât plus ou moins les livres hébraïques et la philosophie 
des Juifs, on ne devait pas oublier le titre immense qu'ils ont acquis 
pendant le moyen âge à la reconnaissance universelle. Ils ont e'té très 
longtemps le seul anneau qui rattache l'Orient à l'Occident, qui, dans 
ce divorce impie de l'humanité, trompant les deux fanatismes, chrétien, 
musulman, conserve d'un monde à l'autre une communication perma- 
nente et de commerce et de lumière. Leurs nombreuses synagogues, 
leurs écoles, leurs académies répandues partout, furent la chaîne en 
laquelle le genre humain, divisé contre lui-même, vibra encore d'une 
môme vie intellectuelle. Ce n'est pas tout : il fut une heure où toute 
la barbarie, où les Francs, les iconoclastes grecs, les Arabes d'Espagne 
eux-mêmes, s'accordèrent sans se concerter pour faire la guerre à la 
pensée. Où se cacha-t-elle alors? Dans l'humble asile que lui donnèrent 
les Juifs. Seuls, ils s'obstinèrent à penser et restèrent, dans cette heure 
maudite, la conscience mystérieuse de la terre obscurcie. 

Leur dispersion dans l'Europe fut, pour ainsi dire, l'invasion d'une 
civilisation nouvelle. . . L'année même de la catastrophe, en 1492, Reu- 
chlin se trouvant à Vienne près de l'empereur Maximilien, dont il était 
fort aimé, un Juif, médecin de l'empereur, lui fit un cadeau splendide, 
celui d'un précieux manuscrit de la Bible, s'adressant ainsi à son cœur, 
lui disant : « Lisez, et jugez. » 

A l'avènement des papes, la pauvre petite Jérusalem, cache'e dans le 
Ghetto de Rome, apparaissait, son livre en main, et, sans mot dire, se 
présentant sur la route du cortège, elle se tenait là, avec la Bible. Muette 
réclamation, noble reproche de la vieille mère, la loi juive, à sa fille, la 
loi chrétienne, qui l'a traitée si durement. 

Ici, dans ce don du Juif à Reuchlin, nous revoyons la Bible encore 
se présentant au grand légiste, à la science, à la Renaissance, deman- 
dant et implorant d'elle l'équitable interprétation. 

Et dans quel moment solennel? Lorsque les terribles persécutions du 
siècle aboutissaient à leur terme, la proscription générale des Juifs. Nul 
doute que l'habile médecin, habitué à juger sur leurs pronostics ces 
étranges épidémies, n'ait deviné la recrudescence de la fureur popu- 
laire, la ruine imminente des siens, et ne leur ait cherché un bienveil- 
lant défenseur. 

Il n'y a rien de comparable à cet événement, des Albigeois aux dra- 
gonnades. 

Nos protestants, fuyant la France, furent reçus avec compassion en 
Angleterre, en Hollande, en Prusse et partout. Mais les Juifs, fuyant 
l'Espagne en 1492, trouvèrent des malheurs aussi grands que ceux qu'ils 
fuyaient. Sur les côtes barbaresques, on les vendait, on les éventrait 



XXII ACTES ET CONFÉRENCES 

pour chercher l'or dans leurs entrailles. Plusieurs échappèrent dans 
l'Atlas, où ils furent dévorés des lions. D'autres, ballottés ainsi d'Eu- 
rope en Afrique, d'Afrique en Europe, trouvèrent dans le Portugal pis 
que les lions du désert. Telle était contre eux la rage du peuple et des 
moines, que les mesures cruelles des rois ne suffisaient pas à la satis- 
faire. Non seulement on les fit tout d'abord opter entre la conversion 
et la mort, mais, en sacrifiant leur foi, ils ne sauvaient pas leurs familles; 
on leur arrachait leurs enfants. Le roi prit les petits qui avaient moins 
de quatorze ans pour les envoyer aux îles. Ils mouraient avant d'ar- 
river. 11 y eut des scènes effroyables. Une mère de sept enfants, qui se 
roulait aux pieds du roi, faillit être mise en pièces par le peuple. Le roi 
n'osa rien accorder et ne la sauva pas sans peine des ongles de ces 
cannibales. 

Les misérables convertis étaient traînés aux églises, n'achetant leur 
vie jour par jour que par l'abjection et l'hypocrisie. Au moindre soup- 
çon, massacre. Il y en eut un terrible en 1506 à Lisbonne. 

On leur reprochait souvent, non seulement d'avoir tué le Christ, mais 
de tuer les Chrétiens par l'usure; ceux-ci les accusaient là d'un crime 
qui était le leur. Les Juifs ne faisaient point l'usure quand on leur per- 
mettait de faire autre chose. Ils vivaient de commerce, d'industrie, de 
petits métiers. En leur défendant ces métiers, en confisquant leurs mar- 
chandises, en les dépouillant de tout bien saisissable, on ne leur avait 
laissé que le commerce insaisissable, ou du moins facile à cacher, l'or 
et la lettre de change. On les haïssait comme usuriers ; mais qui les 
avait fait tels ? 

Ces mystérieuses maisons, si on eût pu les bien voir, eussent réha- 
bilité dans le cœur du peuple ceux qu'il haïssait à l'aveugle. La famille 
y était sérieuse, et laborieuse, unie, serrée, et pourtant très charitable 
pour les frères pauvres. Implacable pour les chrétiens et se vengeant 
d'eux par la ruse, le Juif était généralement admirable pour les siens, 
bienfaisant dans sa tribu, édifiant dans sa maison. Rien n'égalait l'ex- 
cellence de la femme juive, la pureté de la fille juive, transparente et 
lumineuse dans sa céleste beauté. La garde de cette perle d'Orient était 
le plus grand souci de la famille. Morne famille, sombre, tremblante, 
toujours dans l'attente des plus grands malheurs. 

Toutes les fois qu'au moyen âge l'excès des maux j-eta les popula- 
tions dans le désespoir, toutes les fois que l'esprit humain s'avisa de 
demander comment ce paradis idéal du monde asservi à l'Église n'avait 
réalisé ici-bas que l'Enfer, l'Église, voyant l'objection, s'était hâtée de 
l'étouffer, disant: «C'est le courroux de Dieu!... c'est la faute de 
Mahomet!... c'est le crime des Juifs! Les meurtriers de notre Seigneur 
sont impunis encore ! » On se jetait 'sur les Juifs ; on égorgeait, on 
rôtissait ; les âmes furieuses et malades se soûlaient de tortures, de 



MIGHELET ET LES JUIFS XXIli 

douleurs, de supplices. Puis venait l'hébétement qui suit ces orgies de 
la mort. Tout rentrait dans Tordre sombre, dans la misère et le servage. 

Reuchlin eut l'occasion nouvelle d'aller en Italie pour une affaire 
politique et de parler à Alexandre VI. C'était justement en août 1498, 
trois mois après la mort de Savonarole. La cendre du prophète était 
tiède encore ; tout e'tait plein de lui en Italie, plein de sa parole 
biblique, comme si Isaïe, Jérémie avaient péri la veille. Qu'on juge du 
souffle qu'en rapporta Reuchlin dans ses études hébraïques. C'est alors 
qu'il publia ses livres contre les moines et ses travaux en faveur de 
l'érudition juive. 

La superstition des nombres ne pouvait faire tort à la Kabbale dans 
un esprit qui la retrouvait chez Pythagore et chez Platon. L'importance 
mystérieuse attribuée aux signes du langage, aux lettres de l'alphabet, 
nous l'avons revue de nos jours chez de Maistre et de Bonald. Parmi ces 
folies, l'antique Kabbale a des traits surprenants de raison, de bon sens, 
entre autres l'adoption du vrai système du monde, si longtemps avant 
Copernic. 

Sa parenté la plus proche, comme l'a si bien démontre' M. Franck, 
est avec les anciennes traditions de la Perse, où les Juifs puisèrent si 
largement dans la captivité. 

Sublime me'taphysique, si antique et si moderne ! qui, par un côté, 
est Te'cho de la parole d'Ormuzd, de l'autre, l'étonnant précurseur de la 
doctrine d'Hegel ! 

Il y a, dans cette grandeur, des choses d'une tendresse profonde qui 
ne pouvaient être inspire'es que par cet étonnant destin d'une nation 
unique en douleur. « L'Eterne ayant fait les âmes les regarda une à 
une... Chacune, son temps venu, comparaît. Et il lui dit : Va!... 
Mais l'âme re'pond alors: Maître! je suis heureuse ici. Pourquoi m'en 
irai-je serve, et sujette à toute souillure? Alors le Saint (béni soit-il !) 
reprend : tu naquis pour cela. .. — Elle s'en va donc, la pauvre, et 
descend bien à regret. Mais elle remontera un jour. . . La mort est un 
baiser de Dieu. » 

La résurrection de la philosophie juive, de la langue hébraïque, par 
l'Italien Pic de la Mirandole, l'Allemand Reuchlin, le Français Postel, 
c'est la première aurore du jour que nous avons le bonheur de voir, 
du jour qui a réhabilité l'Asie et pre'paré la réconciliation du genre 
humain. Fe'licitons-nous d'avoir vécu en ce temps où deux Français 
avancèrent celte œuvre de religion. Pour ma part, en remerciant Reu- 
chlin et les véritables initiateurs qui ouvrirent la porte du temple, je 
ne puis comprimer ma reconnaissance pour ceux qui nous ont mis «u 
sanctuaire. Un héros nous ouvrit la Perse ; un grand génie critique 
nous révéla le christianisme indien. Le héros, c'est Anquetil-Duperron ; 
le génie, c'est Burnouf, 



XXIV ACTES ET CONFERENCES 

Le premier à travers les mers, les climats meurtriers, affrontant, 
pauvre pèlerin, les effrayantes forêts qu'habitent le tigre et l'éle'phant 
sauvage, ravit au fond de l'Orient le trésor éternel qui a changé la 
science et la religion. Quel trésor? la preuve de la moralité de l'Asie, la 
preuve que l'Orient est sain tout aussi bien que l'Occident, et l'huma- 
nité identique. L'autre (je le vois encore, dans sa douce figure de 
brame occidental, dans sa limpide parole où coulait la lumière), l'autre 
a dévoilé le Bouddhisme, le lointain Évangile, un second Christ au bout 
du monde. 

Nos hommes de la Renaissance ne voyaient pas encore l'ensemble. 
Il leur advint, comme au voyageur qui gravit dans un temps sombre 
l'amphithéâtre colossal des Alpes ou des Pyrénées. Dans sa mobile 
admiration, chaque sommet découvert lui semble le principal, celui qui 
domine tout. Au xv e siècle ils virent la Grèce planant sur l'humanité, 
jurèrent que toutes les eaux vives descendaient des sources d'Homère. 
Au xvi e , même cri de joie, même exclamation enfantine. Reuchlin voit 
toute philosophie procéder de la Kabbale ; Luther toute théologie 
émaner des livres bibliques ; Postel voit toutes les langues sortir de la 
langue hébraïque ; l'idiome humain, c'est l'hébreu. 

Ici Michelet était plus juste qu'il n'avait été en 18?8, qu'il ne fut 
en 1864. En 1828, il sacrifiait l'Extrême-Orient à la Judée, en 
1864 la Judée à l'Extrême-Orient. En 1857 il montre l'identité du 
genre humain, sa collaboration unanime à la Bible universelle dont 
chaque peuple a écrit quelques versets. 



IV 



Comme on le voit, Michelet a commencé par éprouver pour l'his- 
toire juive et pour la Bible une admiration presque sans mélange, 
il a cru y trouver la source de toute sagesse ; à la fin de sa vie son 
hostilité contre le christianisme a réagi sur ses sentiments à l'égard 
du peuple juif ; il a insisté sur ce que les conceptions religieuses des 
Juifs avaient de dur, d'étroit et d'aride, sur le caractère formel et 
verbal de leur philosophie théologique, sur les sentiments de servi- 
lité et de révolte que leurs malheurs, leurs exils et leurs esclavages 
avaient développas en eux. Mais il n'a jamais cessé de voir en 
eux, à travers l'histoire, les représentants de l'idée unitaire, unité 



M1CHELET ET LES JUIFS XXV 



divine, unité nationale ; il n'a jamais cessé d'admirer dans leurs 
prophètes une des plus grandioses et des plus originales expressions 
de la protestation de l'âme humaine contre l'injustice, une des plus 
sublimes aspirations au règne de Dieu sur la terre. Michelet a aussi 
compris et senti avec une puissance extraordinaire la destinée 
lamentable et le rôle sinistre imposés aux Juifs par le fanatisme du 
moyen âge, l'horreur des persécutions dont ils ont été victimes, 
et la grandeur de l'action qu'ils ont exercée à travers l'histoire 
par leur Bible, par leur philosophie, par leur science, par leur génie 
commercial, et par leurs vertus de famille. 

On ne trouve pas dans Michelet une étude complète, méthodique, 
critique et impartiale des problèmes que soulève l'histoire des Juifs 
mais il n'en est pas moins intéressant de voir combien ces pro- 
blèmes l'avaient attiré et troublé, et de noter les solutions succes- 
sives, toujours un peu hâtives et outrées, auxquelles sa passion 
généralisatrice l'a entraîné. On admire la candeur avec laquelle il 
cherche le vrai, corrigeant dans ses notes les sévérités excessives 
de son texte On est surtout émerveillé de voir, quand il fait, non 
la philosophie du judaïsme, mais le tableau du rôle des Juifs à 
tel ou tel moment de l'histoire, avec quelle intensité d'émotion, 
par quels traits inoubliables, il sait décrire les opprobres qui les 
accablèrent au xiv e siècle, les tortures qu'on leur infligea au xv% 
la gloire de la renaissance des études bibliques au XVI e siècle. Il 
est facile de critiquer Michelet; mais il y a toujours à le lire un 
profit sérieux pour l'historien comme une jouissance infinie pour le 
lettré et pour l'artiste. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 23 MAI 1906. 

Présidence de M. Lucien Lazard, président. 

Le Président exprime les regrets du Conseil à propos de la mort 
de MM. Bischoffsheim et Ch. Porgès, membres fondateurs de la 
Société. 

Le Président propose d'organiser, s'il est possible, un cycle de 
conférences ajant trait aux fondateurs du culte israélite moderne, 
tels que les humoristes messins Terquem, Gerson Lévy, les musi- 
ciens Naumbourg, Lovy, Jonas. 

Une conférence déjà annoncée, celle de M. Robert Dreyfus sur 
Alexandre Weill, serait englobée dans ce cycle. 

Le Conseil décide aussi de demander une conférence à M. Gabriel 
Monod sur Michelet et les Juifs. 

M. LazàR", président, fait une communication sur quelques lit- 
térateurs, artisans et industriels juifs de la fin du xvin et du com- 
mencement du xix e siècle (Zalkind Hourwitz , Raphaël Bachi , 
miniaturiste, etc.). 



PROCÈS-VEHBAUX DES' SÉANCES DU CONSEIL XXVI 

SÉANCE DU 31 OCTOBRE 1906. 

Présidence de M. Lazard, président. 

Le Secrétaire explique les raisons qui retardent la publication 
du numéro d'octobre. 

Le Conseil décide que la conférence de M. Monod sur Michelet 
et les Juifs sera la première de la série. 

Le Conseil accorde le service de la Revue à la Bibliothèque de la 
Chambre des députés. 

M. Théodore Reinach raconte avoir vu, au cours d'un voyage, 
sur une fresque de la vieille cathédrale de Digne une figure qu'il 
suppose être un type de Juif du XV e siècle avec bonnet à cornes. 

M. Isidore Lévy fait une communication sur un passage talmu- 
dique relatif à l'époque messianique et cherche à établir d'après ce 
texte pourquoi le messianisme a abouti vers l'an 30. 



SEANCE DU 27 DECEMBRE 1906. 
Présidence de M. Lazard, président. 

La date de la conférence de M. Monod est fixée au 13 janvier. 

Le Conseil décide de proposer, pour la présidence de la Société 
en 1907, M. Mayer Lambert. 

M. Samarian-Mitrani sera invité à faire une communication sur 
Antonio-José da Silva, victime de l'Inquisition à Lisbonne au 
xvm e siècle. 

Est élu membre de la Société, M. Macler, présenté par 
MM. Schwab et Israël Lévi. 



XXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

SÉANCE DU 27 FÉVRIER 1901. 

Présidence de M. Lazard, président. 

La date de l'assemblée générale et de la conférence de 
M. R. Dreyfus est fixée au 23 mars. 

Le Conseil adopte l'idée d'une conférence proposée par M. I. Le- 
vaillantsur Y Antisémitisme en France depuis 1 88%. 

La communication de M. Mitrani aura lieu dans la prochaine 
séance du Conseil. 

Une autre communication, sur la Femme juive dans le roman et te 
théâtre depuis vingt ans, aura lieu en avril. 

Sont élus sociétaires : M. Dessus - Lamare , présenté par 
MM. Hartwig Derenbourg et Mayer Lambert, et M. Maurice 
Liber, présenté par MM. Israël Lévi et Mayer Lambert. 

M. Mayer Lambert fait une communication sur les prophéties 
concernant les derniers rois de Juda, prophéties démenties par 
l'événement. 

M. Israël Lévi fait une communication sur les papyrus ara- 
méens découverts à Assouan. 

Les Secrétaires, 
Isidore Lévy et Julien Weill. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE 



SEANCE DU 23 MARS 1907. 
Présidence de M. Lucien Lazard, président. 

M. le Président prononce l'allocution suivante : 

Mesdames, Messieurs, 
En prenant la parole devant vous pour la dernière fois, j'accom- 
plis un agréable devoir en adressant mes remerciements à notre 
Société, qui m'a fait l'honneur, quoique indigne, de m'appeler à ce 
poste éminent qu'ont occupé tant d'hommes de valeur ; en témoi- 
gnant ma gratitude à votre Conseil, dont l'appui m'a rendu la tâche 
de la Présidence bien légère ; aux membres de notre bureau : vice- 
présidents, secrétaires et trésorier, enfin et tout particulièrement à 
l'homme de talent et de cœur qui, depuis de longues années, veut 
bien nous consacrer le meilleur de sa science et de son activité, j'ai 
nommé M. le Rabbin Israël Lévi. 

Après cette cruelle année 1905, qui a enlevé au Judaïsme fran- 
çais et à la Société des Études juives quelques-uns des hommes qui 
lui faisaient le plus d'honneur, qui nous a ravi, entre autres, celui 
qui était notre chef et notre guide, le Grand-Rabbin Zadoc Kahn, 
nous étions en droit de croire que la mort nous oublierait. Il n'en a 
rien été malheureusement, et dans le courant de 1906, elle nous a 
encore infligé des pertes cruelles et répétées. A l'instant où nous 
nous trouvons assemblés dans cette salle, rendons un suprême 
hommage aux collègues que nous avons perdus : à M. Raphaël 
Bischoffsheim, ancien député, membre de l'Institut, bien connu par 
Act. et conf. a 



XXX ACTES ET CONFÉRENCES 

la protection qu'il a accordée à la science française et dont l'Obser- 
vatoire de Nice perpétuera à jamais le souvenir; à M. Raphaël 
Basch, savant hébraïsant, qui suivait nos travaux avec une assiduité 
et un zèle infatigables ; à M. Victor Klotz, industriel des plus 
estimés, dont le goût pour les arts s'est manifesté par la formation 
d'une collection que les amateurs prisent fort ; à M. Charles Porgès, 
l'un des amis les plus chers de Gambettaet l'un de nos adhérents de 
la première heure. Tous quatre avaient tenu à honneur de nous 
prouver de longue date leur sympathie pour la science juive. 
Maintenant qu'ils ne sont plus, notre souvenir reconnaissant et 
ému se reporte vers eux, et je salue en votre nom leur mémoire 
respectée. 

C'est un collègue et un collaborateur delà Revue des Éludes Juives 
qui a disparu en la personne regrettée de M. Eliézer Lambert, 
avocat à la Cour d'appel de Paris, membre du Consistoire israélite 
de Paris, juif au noble cœur, dévoué à toutes les œuvres qui inté- 
ressaient ses coreligionnaires ; au moment même où se terminait 
dans notre Revue la publication de son curieux travail sur les Chan- 
geurs et la Monnaie en Palestine, une mort prématurée nous a 
enlevé ce savant et éloquent confrère. 

Cette funèbre nomenclature est enfin close et j'ai hâte de souhaiter 
la bienvenue aux nouveaux collègues qui, dans cet exercice, sont 
venus nous apporter leur adhésion. Quelques-uns d'entre eux 
n'avaient pas attendu d'être nos collègues pour prêter à la Société 
des Études juives le concours de leur plume ou de leur parole; ils 
seront, on peut le prédire avec joie, de fidèles et assidus collabora- 
teurs de nos travaux. 

L'année 1901 est l'anniversaire d'un grand événement dans l'his- 
toire des juifs de France : il y a un siècle, précisément dans le 
mois où nous nous trouvons, celui de mars, l'assemblée la 
plus solennelle que les juifs eussent connue, depuis qu'ils avaient 
cessé d'être un peuple, le grand Sanhédrin, composé de 1\ rabbins 
et laïques de France et d'Italie' convoqués par Napoléon I er , clôtu- 
rait ses séances. Par une rencontre, que d'aucuns qualifieraient de 
providentielle, ses réunions s'étaient tenues dans un local témoin 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 23 MARS 1907 XXXI 

d'un des épisodes les plus tristes de l'histoire de la communauté 
parisienne au moyen âge. 

A la fin du xm e siècle, un ou plusieurs Juifs de la rue des Billettes, 
sur l'emplacement de laquelle est percée, de nos jours, la rue des 
Archives, avaient été brûlés pour avoir profané une hostie, de 
laquelle s'étaient échappés des flots de sang. Pendant quatre siècles 
l'hostie miraculeuse avait été conservée dans l'église Saint-Jean en 
Grève. A la Révolution l'église fut démolie ; seule la chapelle de la 
Communion, conservée et achetée par Frochot, fut réunie à l'hôtel 
de ville de Paris, pour devenir une salle de fêtes ; c'est là que se 
tinrent les séances du Sanhédrin. 

La convocation de cette assemblée fut pour les juifs français et 
même pour leurs concitoyens des autres cultes une date mémorable ; 
l'art s'en empara et vous connaissez sans doute quelques-unes des 
œuvres qui s'en sont inspirées ' . 



1. Il paraît intéressant de faire un relevé des gravures parues à l'occasion de 
l'Assemblée des notables de 1806 ei du Grand Sanhédrin de 1807. Les cotes qui 
vont être indiquées sont celles de ces œuvres au cabinet des Estampes de la 
Bibliothèque Nationale. 

Assemblée des Notables de 1806. 

1° « Napoléon le Grand rétablit le culte des Israélites, le 30 Mai 1806. » 
Allégorie. Couché fils sculpsit — Pièce in-octavo, avec une légende en italique de 
vingt lignes. Deux exemplaires, l'un en noir (QB, album 123) ; l'autre en couleur, 
portant cette mention « A Paris, au bureau de l'Auteur des Fastes de la Nation 
Française, M. Ternisien Ilaudricourt, rue des Saints- Pères, faubourg Saint- 
Germain. » (Collection Hennin, tome 149, n° 11). 

2° M. Furtado de la Gironde, président de l'Assemblée des Députés Français 
et du Royaume d'Italie, professant la religion mosaïque 18U6, dessiné d'après 
nature par M. Lehmann. Gravé par L.-C. Ruotte. A Paris chez l'auteur quai 
de l'Horloge-du- Palais, près le Pont-Neuf n° 75. » — In-4° (Collection Hennin, 
tome 149, n° 15). 

Sanhédrin de 1801. 

1° « Grand Sanhédrin des Israélites de l'Empire Français et du Royaume 
d'Italie, convoqué à Paris par ordre de Napoléon le Grand, assemblé pour la 
première fois le 9 Février 1807. » Damame-Demartrais del. et seul. A Paris, chez 
l'auteur, rue Neuve-des-Petits- Champs, n° 58. Deux exemplaires à la B. N., 
l'un dans Q B, album 125 ; l'autre dans la collection Hennin, tome 149, n° 15 — 
In-folio. 

2° « Sanhédrin des Juifs de l'Empire », dessiné par Monet, gravé par David. 
(Q B, album 125) — In-12. 

3° M. David-Sintzheim, chef du Grand Sanhédrin, premier Grand Rabbin du 
C re Central. Damame pinxit, Prudhon sculpsit (Epreuve en couleur, collection 
Hennin, tome 150, n° 11). — In-4°. 



XXXII ACTES ET CONFERENCES 

Bien plus, pendant huit ans, une rue et une place de Paris, celles 
du Tourniquet Saint-Jean, portèrent, de 1807 à ]815, le nom de 
rue et place du Sanhédrin. La Restauration, désireuse de faire 
disparaître toutes les traces de l'œuvre napoléonienne, effaça ces 
deux vocables de la nomenclature des voies publiques de Paris. 
Mais, si rien ne subsiste plus sur les murs de notre cité qui 
commémore cette réunion, quelque chose demeure, que nous ne 
saurions oublier et qu'il est juste de rappeler en quelques mots : son 
œuvre. 

La Révolution, en affranchissant les juifs et en faisant des parias 
de la veille des citoyens français, n'avait pu anéantir instantané- 
ment des préjugés que de longs siècles de fanatisme avaient amassés 
contre eux dans le cœur de leurs concitoyens des autres cultes ; elle 
n'avait pu faire connaître d'une façon suffisante la nature de leurs 
dogmes, ni indiquer dans quelle mesure ils se conciliaient avec les 
exigences des lois civiles sous l'empire desquelles ils allaient vivre 
désormais. 

Proclamer les principes qui régissaient leur vie et leur conduite, 
montrer que la stricte observance des lois religieuses des juifs fran- 
çais n'avait rien qui fût en contradiction avec les prescriptions des 
codes, telle fut la tâche que s'assignèrent successivement l'Assem- 
blée des Notables de 1806 et le Sanhédrin de 1807. 

C'est toute une législation qui fut édictée entre les mois de février 
et de mars 1807, législation d'une haute portée civile et morale, 
relative aux mariages, aux professions, aux rapports avec les conci- 
toyens des divers cultes, aux devoirs envers la patrie, et qui se 
résume dans ces quelques phrases qui terminent l'article vu de la 
déclaration : a Le Grand Sanhédrin statue que tout israélite né et 
élevé en France et dans le royaume d'Italie et traité par les lois des 
deux Etats comme citoyen, est obligé religieusement de les regarder 
comme sa patrie, de les servir, de les défendre, d'obéir aux lois et 
de se conformer dans toutes ses transactions aux dispositions du 
Code civil; déclare, en outre, le Grand Sanhédrin que tout israélite 
appelé au service militaire est dispensé par la loi, peudant la durée 
de ce service, de toutes les observances religieuses qui ne peuvent 
se concilier avec lui . » 



ASSEMBLEE GENERALE DU 23 MARS 1907 XXXIII 

De cette déclaration de principes sont issus tous les progrès que les 
juifs français ont pu accomplir depuis un siècle : c'est parce que ces 
rabbins, rigides observateurs pourtant des lois et usages tradition- 
nels, ont eu le courage de proclamer que pour la conscience juive il 
n'y a et ne saurait y avoir lutte entre l'Eglise et l'État, et que le 
devoir religieux est inséparable de l'obéissance aux lois de la patrie, 
que les juifs sont devenus des citoyens français, dans toute la valeur 
de ce terme. 

Une pareille œuvre ne saurait être trop louée, un semblable 
souvenir mérite d'être solennellement commémoré, et s'il m'est 
permis, en quittant la présidence de cette Société, de formuler un 
vœu, je souhaite que la Synagogue française ne laisse pas se 
clore cette année 1907, sans rappeler, par des cérémonies dont il 
ne m'appartient pas de déterminer la nature ou le programme, le 
souvenir des hommes de bien qui, il y a un siècle, ont, pour 
employer une métaphore trop hardie peut-être, créé l'âme juive 
moderne. 

M. Edouard de Goldschmidt, trésorier, rend compte comme 
suit de la situation financière : 

Messieurs, 

Vous vous rappelez que nous avons clos le dernier exercice avec 
un solde en espèces de 447 fr. 80. 

L'exercice actuel clôt avec un excédent de 1,368 fr. 10 c. 

Ce chiffre, bien que supérieur au dernier, ne doit pas nous faire 
illusion sur la prospérité financière de notre Société, car nous 
n'avons pas eu encore à imputer à l'exercice 190*7 les frais résultant 
de la publication de l'Index, qui, par suite de circonstances fortuites, 
a dû encore être retardée. 

Néanmoins, grâce au concours que vous continuerez à nous 
accorder, nous pouvons envisager l'avenir avec confiance. 

Nous espérons que vous voudrez bien faire un peu de propagande 
pour notre Société, de façon à lui amener de nouveaux adhérents et 
à augmenter aussi l'actif social. 



XXXIV ACTES ET CONFERENCES 

Notre situation s'établit de la façon suivante : 

Actif. 

En caisse au 1 er janvier 1906 447 fr 80 c. 

Cotisations 6 . 660 » 

Don de M. le baron Henri de Rothschild 2.000 » 

Vente par le libraire 1 . 115 » 

Remboursement d'avances 163 90 

Chez MM. de Rothschild frères 1.276 15 

En caisse 91 95 



Total Il.7f54fr.80c, 



Passif. 

Frais d'encaissement 182 fr. 85 c. 

Secrétaires de la rédaction 2 . 400 » 

Conférences et assemblées générales 85 » 

Timbres à quittances, frais de mandats, frais de 

bureaux, divers . 266 45 

Frais d'impression de la Revue 4.447 95 

Honoraires 3.317 40 

Remboursement de MM. de Rothschild frères. . . . 1 .055 15 



Total 11. 754 fr. 80c. 

Balance. 
Doit : 

Frais divers. 2.851 fr. 45 c. 

Publications 7.936 70 

MM. de Rothschild 1 .276 15 

En caisse 91 95 



Total 12.15Gfr. 25 c 



Avoir : 

Cotisations 9 . 024 fr. 95 c. 

Coupons et intérêts , . . 3. 131 30 



Total.... 12. 156 fr. 25 c. 



ASSEMBLEE GENERALE DU 23 MARS 1907 XXXV 

M. Julien Weill, secrétaire, lit le rapport sur les publications de 
Tannée 1905-1906 (voir, plus loin, p. xxxvi\ 

M. Robert Dreyfus fait une conférence sur Alexandre Weill, ou 
le prophète du faubourg Saini-Honorè (voir, plus loin, p. xlvi). 

Il est procédé aux élections pour le renouvellement partiel du 
Conseil. Sont élus : 

MM. Abraham Cahen, Albert Cahen, Rubens Du val, Mayer 
Lambert, Sylvain Lévj, Salomon Reinach, Théodore Reinach, 
le baron Edouard de Rothschild, Eugène Sée. 

Est élu président de la Société pour l'année 1907 M. Mayer 
Lambert. 



RAPPORT 

SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ 

PENDANT L'ANNÉE 1906 

LU A L'ASSEMBLÉE GENERALE DU 23 MARS 1907 
Par M. Julien WEILL, secrétaire. 



Mesdames, Messieurs, 

Les publications de toute nature et de toute forme se multiplient 
de nos jours dans des proportions démesurées. Le public est comme 
submergé de leur flot croissant: journaux, livres, revues se dis- 
putent l'honneur d'occuper ses loisirs ou de l'importuner. Mais 
quoi ! Depuis plus de deux mille ans que Kohélet, le philosophe 
désabusé de l'Ecriture, s'est plaint qu'on fît trop de livres, estimant 
sans doute qu'on ne pouvait plus rien dire de bien nouveau dans ce 
monde plein de vanité, il est apparu suffisamment qu'il n'y avait 
rien de plus vain que cette plainte elle-même. Il est seulement à 
craindre que des organes austères et d'une lecture laborieuse soient 
particulièrement victimes de la surproduction littéraire et ne ren- 
contrent trop souvent qu'indifférence ou lassitude. Rassurons-nous, 
cependant. Si l'on écrit davantage aujourd'hui, on lit aussi plus et 
mieux que jamais. Le goût de la connaissance exacte a grandi, et 
les œuvres sérieuses sont assurées, malgré la concurrence que se 
font toutes les branches du savoir, d'obtenir place au soleil de la 
science et de la vérité. 

Notre Société, forte d'un programme et d'une mission auxquels 
elle reste immuablement fidèle, forte [aussi de travaux qui lui ont 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXXVII 

acquis une notoriété de bon aloi, a le droit de penser qu'elle continue 
à faire une besogne utile et celui de compter sur des collaborateurs 
et des lecteurs assidus. Notre Revue n'a-t-elle pas l'avantage sur 
tant d'autres d'être, dans les limites qu'elle s'est tracées, capable 
d'une diversité extraordinaire, puisque son horizon s'étend des 
limites de la préhistoire jusqu'à l'époque contemporaine, et que les 
annales d'Israël sont, en somme, inséparables de celles des princi- 
paux peuples qui ont fait, avec lui, la civilisation? C'est l'impression 
qu'on ne peut manquer d'éprouver, une fois de plus, devant le lot 
important d'études variées qui ont vu le jour en 1906, sous les 
auspices de la Société des Etudes juives. 

Mesdames et Messieurs, en lisant la Genèse, on jette d'ordinaire 
un regard distrait sur les listes de noms de peuples ou d'individus 
qui s'y rencontrent assez fréquemment, et dont la monotonie 
contraste avec les frais tableaux de la vie pastorale et patriarcale 
de nos premiers pères. Ce que le profane néglige ainsi n'est pas 
perdu pour tout le monde. L'œil exercé de l'érudit interroge habi- 
lement ces kyrielles de noms obscurs et, quelquefois, ô miracle! ils 
s'éclairent pour lui d'une lumière soudaine. L'archéologie, l'histoire, 
la géographie lui suggèrent des rapprochements imprévus, d'ingé- 
nieuses hypothèses. Un peu de la brume qui estompe un passé en 
apparence inaccessible se dissipe et, à travers quelques mots ina- 
nimés, il aperçoit, dans un lointain héroïque, des luttes, des migra- 
tions, des événements grandioses, dont le texte sacré n'a gardé 
qu'un écho presque imperceptible. 

C'est ainsi qu'une des généalogies insérées dans l'histoire de 
Jacob et d'Esaù, relatives aux clans et tribus du peuple Edomite, a 
fourni à M. Isidore Lévy, à la fois égyptologue et hébraïsant, la 
matière d'une étude comparative originale et pénétrante ' . La généa- 
logie en question est celle des Horites, qui précédèrent les Edo- 
mites sur la montagne du Séïr. Cette liste des tribus d'un peuple 
qui disparut avant 1500 de la scène de l'histoire est, au sentiment 
de M. Lévy, le document le plus âgé que nous ait conservé la Bible. 
Il en allègue pour preuve l'analogie de certains noms propres de la 

1. Les Hontes, JBdom et Jacob dans les documents égyptiens, t. LI, p. 32-51. 



XXXVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

liste biblique (Hori, Lotan, Hémam, Aya) avec ceux qui se lisent, 
d'autre part, sur des documents égyptiens, découverts depuis peu et 
sûrement datés. L'identification une fois admise, — elle ne paraît 
toutefois vraisemblable que pour deux ou trois noms, — on ne peut 
qu'admirer la fertilité des déductions qu'en tire M. Lévy. Comment le 
peuple mystérieux des Horites, qui florissaitdu xv e au xvm e siècle, 
parlant vraisemblablement un dialecte arabe, fut supplanté par l'inva- 
sion des Edomites, dans quelle mesure l'apparition de ceux-ci, ainsi 
que des Beni-Yacob, ancêtres du peuple juif, installés sur la terre 
de Goschen, peut être rattachée à la descente en Egypte des 
fameux Hycsos, c'est ce qu'examine, tout au long, M.Isidore Lévy, 
avec une érudition qui a le mérite de revêtir une forme non seule- 
ment précise, mais colorée et pittoresque. 

Notre collaborateur semble attiré de préférence par les problèmes 
les plus ardus de la science historique. Il évolue à l'aise dans les 
imbroglios chronologiques les plus déconcertants. Nous lui devons, 
en effet, un autre mémoire sur un sujet aride entre tous : Les 
Soixante-dix Semaines de Daniel dans la Chronologie juive* . On sait 
qu'il devait s'écouler, aux termes de la révélation faite à Daniel par 
l'ange Gabriel 2 , soixante-dix semaines, entendez d'années, soit 
490 ans, depuis le jour où fut ordonnée la reconstruction de Jéru- 
salem jusqu'à la dévastation de la ville sainte et du sanctuaire par 
le peuple d'un souverain futur. 490 ans, c'est assez clair; ce qui l'est 
beaucoup moins, c'est la désignation des dates extrêmes qui accom- 
pagnent ce chiffre. Or, dès le 11 e siècle avant l'ère chrétienne, on 
peut dire qu'aucune tradition positive n'existait plus sur la durée 
des époques chaldéenne et perse. Pour retrouver la date de la chute 
du royaume de Juda, on recourut à ce chiffre apocalyptique de 
490 ans. Mais selon l'époque où ils ont vécu, les chronographes ont 
fixé différemment les dates. La computation a surtout varié avant 
et après l'an 10 du i cr siècle. Mais même avant la catastrophe de 
70 les divergences ne manquent pas, et elles ont laissé des traces 
notamment chez l'historien Flavius Josèphe. Ce dernier, compila- 
teur maladroit, a copié gauchement des renseignements chronolo- 

1. Les Horites, 1G1-190. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XXXIX 

giques inconciliables appartenant, selon M. Lévy, jusqu'à trois sys- 
tèmes différents. Mais, justement, la naïve désinvolture avec laquelle 
Josèphe a recueilli pêle-mêle ces informations contradictoires permet 
à l'interprète perspicace et averti de démêler les sources diverses 
qu'il a utilisées et jusqu'aux conceptions même de ses informateurs. 
Ces délicats problèmes, et bien d'autres connexes, ont été repris par 
Al. Lévy après plusieurs auteurs qui y avaient déjà porté quelque 
lumière, et il en a donné d'élégantes solutions. Il démontre, en 
outre, que l'historien Démétrius était notablement postérieur à 
l'époque macchabéenne, résultat important pour l'histoire de la 
Septante. Il fait voir de quels éléments s'est formée l'ère de la créa- 
tion telle que l'a établie José ben Halaphta ou l'auteur, quel qu'il 
soit, de la chronologie de la synagogue. Le regretté Isidore Loeb, 
grand clerc en ces matières, auquel, d'ailleurs, M. Is. Lévy se ré- 
fère dans une partie de son travail, en eût goûté particulièrement 
la méthode et l'adroite arithmétique. 

En dehors de ces deux mémoires, je ne vois guère, pour repré- 
senter les études bibliques, qu'un court article de M. Eppenstein, qui 
explique, de façon plus ou moins heureuse, par la comparaison avec 
l'arabe, quelques mots difficiles des Psaumes et d'Isaïe. C'est peu, 
assurément, et notre Revue encourt, une fois de plus, le reproche 
de faire une trop petite part aux questions d'exégèse et de critique 
biblique qui sont l'occupation essentielle, le sujet de prédilection 
d'une légion d'hébraïsants de toute confession et de tout pays. Il y a 
toutefois quelques bonnes raisons à cette persistance avec laquelle 
nos collaborateurs se cantonnent d'ordinaire dans l'étude de l'his- 
toire et de la littérature du judaïsme post-biblique. C'est, en effet, 
un vaste champ où il reste encore beaucoup à défricher. Et il s'agit, 
d'autre part, d'oeuvres et d'époques qu'ils sont encore à peu près 
seuls en posture d'étudier avec pleine compétence. Sans doute, les 
monuments de la littérature talmudique et midraschique com- 
mencent, eux aussi, à se vulgariser. Mais ces textes sont encore 
loin d'être suffisamment accessibles, et la tâche d'étudier scientifi- 
quement des sources nombreuses et enchevêtrées, de les classer, de 
les dater, de les apprécier à la lumière de l'histoire, a de quoi rete- 
nir longtemps l'attention>t la sagacité des talmudistes modernes. 



XL ACTES ET CONFÉRENCES 

Intéressantes en elles-mêmes pour l'explication du judaïsme, de ses 
doctrines, de ses croyances, de ses mœurs, ces études ont encore un 
autre avantage : elles permettent de corriger ou de combattre cer- 
taines descriptions injustes et passionnées du judaïsme ancien, dues 
soit à la malveillance, soit à l'utilisation trop exclusive des sources 
chrétiennes et à une documentation trop superficielle à l'égard des 
sources juives. Combien de théologiens d'outre-Rhin, parmi les 
plus libéraux, les plus résolument attachés à l'interprétation histo- 
rique de la religion du Nouveau-Testament, n'arrivent pas à juger 
avec une objectivité véritable le judaïsme pharisien des environs 
de l'ère chrétienne. Or, c'est un sujet qu'on ne se lasse pas de 
reprendre que l'étude du milieu juif où le christianisme a pris 
naissance. Mais ce que ces auteurs enlèvent au fondateur de la foi 
nouvelle en le destituant de son caractère surnaturel, ils le lui 
rendent largement grâce à un effet de contraste et d'antithèse où il 
entre une grande part d'arbitraire. Un judaïsme pétrifié, momifié 
dans les mailles d'un légalisme tyrannique, devenu sourd au grand 
idéal de justice et de charité des prophètes, farouchement et hai- 
neusement particulariste, attendant un Messie temporel et politique, 
et non un libérateur de tout le genre humain, tel est le fond de 
tableau très sombre sur lequel se détachent, à leur gré, les radieux 
linéaments de la doctrine nouvelle qui est au fond des Evangiles. 

Notre Revue] a jugé de son devoir de reviser cet éternel procès 
et vous avez lu les études pleines d'intérêt qui y ont été consacrées. 
M. Israël Lévi l a achevé de montrer de quelle méconnaissance 
des enseignements, des tendances, des mœurs d'une notable frac- 
tion du judaïsme palestinien faisaient preuve ceux qui prêtent au 
pharisaïsme l'horreur du prosélytisme et la haine des prosélytes. 
M. Maurice Liber, dans un article très bien, presque trop docu- 
menté 2 , résume la polémique soutenue par quelques savants juifs 
d'Allemagne contre le plus illustre de ces théologiens dont je 
parlais, à savoir M. Harnack, l'auteur très lu de V Essence du 
Christianisme. {Il dénonce, d'une plume alerte et juvénile, le carac- 
tère subjectif de cette œuvre, montre l'injustice qu'il y a à établir 

1. LI, 1-31. 

2. Ibid., 191-216; LU, 1-23. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XLI 

une solution de continuité entre la Bible d'une part, les Talmuds et 
les Évangiles de l'autre ; puis, à J'aide de textes bien choisis, il 
critique l'opinion toute faite et acceptée souvent sans contrôle que 
les Juifs du second temple étaient en recul sur l'Israël de la Bible. 
Il analyse enfin et discute l'ouvrage de M. Bàck, qui a essayé de 
définir à son tour Y Essence du judaïsme. Je n'ai pas le temps d'in- 
sister sur cet article qui touche à tant de questions et qui appel- 
lerait bien des réflexions. Il est assez instructif, malgré une compo- 
sition un peu lâche, pour valoir d'être relu et médité. 

La condition économique et sociale des Juifs, telle que la révèlent 
incidemment Talmuds et Midraschim, est moins connue que leur 
vie religieuse. Il y a là tout un ordre d'études qui n'est pas prêt 
d'être épuisé. On a déjà consacré d'attachantes monographies à la 
vie agricole en Palestine, à la condition de l'artisan. M. Éliézer 
Lambert, qui n'aura, hélas! collaboré qu'une fois, mais magistra- 
lement, à notre recueil, nous renseigne sur le rôle joué par les 
changeurs en Palestine du i er au m e siècle de l'ère vulgaire * . 
Comptoirs de change, étalon, bimétallisme, opérations de banque, 
commandites, sociétés en participation, voilà, semble -t-il, des 
notions bien modernes. Elles n'étaient nullement inconnues aux 
Juifs d'il y a dix-neuf siècles. Ils formaient sans doute un peuple 
d'agriculteurs, mais leur industrie agricole fut ruinée en grande 
partie par les guerres désastreuses qu'ils eurent à soutenir contre 
les Romains, et d'agriculteurs ils devinrent, par la force des choses, 
commerçants, avec l'aide de leurs changeurs. M. Eliézer Lambert 
a synthétisé tout ce qu'il a pu glaner de renseignements à travers 
les textes sur l'industrie de ces changeurs, les diverses monnaies 
d'or et d'argent en usage en Palestine et les opérations financières 
et commerciales auxquelles on se livrait ; et son étude, par la claire 
disposition des matériaux, l'information étendue, l'exposition lucide 
et aisée, est une des plus attrayantes qu'ait publiées la Revue. 

Sur l'histoire du judaïsme dans les pays de la dispersion voici 
quelques-uns des éléments nouveaux que l'année écoulée nous a 
apportés. M. S. Reinach croit pouvoir établir-, par l'analyse d'un 

1. LI, 217-244; LU, 24-42. 

2. LI, 245-250. 



XLU ACTES ET CONFÉRENCES 

document chrétien, qu'il y avait une communauté juive à Lyon dès 
177 et peut-être au début du II e siècle, communauté qui aurait été, 
selon les expressions de M. Reinach, « non seulement la mère spi- 
rituelle, mais la vivandière de la chrétienté de Lyon » . 

Les documents tant arabes qu'hébreux tirés de la gueniza du 
Caire ont permis à nos déchiffreurs de vieux manuscrits de nous 
apporter le contingent habituel de leurs petites découvertes. 
M. Poznanski fixe quelques traits de l'histoire des Gueonim pales- 
tiniens du xi e siècle l . M. Goldzieher a déchiffré un récit relatif à 
l'apparition d'un faux Messie 2 , qui est peut-être celui dont parlait 
Maïmonide aux Juifs du Yémen. Ils nous restituent quelques pages 
perdues de grammairiens 3 . M. Marmorstein édite un manuscrit 
des Signes du Messie 4 qui diffère des éditions publiées par quelques 
données d'où l'auteur croit pouvoir tirer, à l'aide d'hypothèses qui 
semblent assez hasardeuses, des indications précises sur la date de 
composition de ces Signes et les événements historiques auxquels 
tait allusion cette sorte d'apocalypse. 

M. Israël Lévi a ajouté un nouveau chapitre à son histoire des 
Juifs de France 5 qui nous mène du milieu du IX e siècle jusqu'aux 
Croisades. Il y dégage, avec sa compétence accoutumée, le vrai du 
faux, les faits réellement historiques des inventions des chro- 
niqueurs. 

L'histoire littéraire des Juifs de France s'enrichit de renseigne- 
ments intéressants fournis par M. Poznanski sur un commentaire 
de Job d'auteur inconnu, mais qui appartient à la belle école exé- 
gétique des rabbins de la France septentrionale au xi e siècle ° . 
L'auteur de ce commentaire, malgré un grand nombre d'emprunts 
à ses prédécesseurs, ne laisse pas d'être capable d'originalité et 
d'indépendance. Sa méthode est l'explication naturelle ou Péchai. 

1. Ll, 52-58. 
• 2. Mélanges judéo-arabes , n° XXV, LU, 43-40. 

3. S* Poznanski, L'original arabe du Traité des Verbes déno-minalifs de Juda 
ibn Batam, LI, 152-153; I. Goldzieher, Traduction dtc Cantique de Débora par 
Ibn-Djanâh, LU, 46-48. 

4. Ibid., 176-186. 

5. Ibid., 161-168. 

6. Ibid., 51-70; 198-214. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ XLlII 

Il est surtout remarquable par sa façon de rendre compte de la 
suite des idées de verset à verset, et de donner, à la fin de chaque 
discours de Job ou de ses amis, l'économie de leur argumen- 
tation. 

M. Stourdzé l , après un examen consciencieux, établit les dates 
respectives des deux commentaires écrits au xiv e siècle par Ibn 
Caspi sur les Proverbes. Pour rester dans l'histoire littéraire, 
mentionnons encore l'article où M. Aptowitzer démontre que le 
commentaire du Pentateuque attribué à Ascher ben Yehiel n'est 
sûrement pas de ce rabbin 2 . 

On était mal renseigné jusqu'ici sur les rapports des Juifs d'Ara- 
gon avec l'Inquisition au xiv e siècle. Le Mémorial de l'inquisiteur, 
récemment acquis par la Bibliothèque Nationale, permet de combler 
en partie cette lacune. M. J. Régné publie et commente les dénon- 
ciations de ce Mémorial relatives aux Juifs des évêchés de Girone, 
Urgel et Lérida 3 . On voit dans ces curieux documents que l'Inqui- 
sition n'était pas encore fort rigoureuse à l'égard des Juifs relaps, 
sorciers et sacrilèges, et que sa police, presque indulgente, sévissait 
assez mollement contre les chrétiens etles juifs coupables d'être allés 
banqueter et jouer aux dés fraternellement pendant la semaine 
sainte. 

Moins d'un siècle après, cette mansuétude était bien oubliée : 
les Juifs d'Espagne prenaient le dur chemin de l'exil. La fatale 
expulsion de 1492, les souffrances endurées alors exaltèrent les 
croyances messianiques, principalement chez les Juifs d'Italie. C'est 
que ceux-là furent les témoins d'événements simultanés d'un carac- 
tère particulièrement saisissant. L'irruption des armes françaises 
en Italie, l'occupation de Rome, puis de Naples, la décadence de la 
puissance papale, tout fit croire à bien des Juifs du temps, et même 
à des chrétiens, enflammés par les harangues du « prophète » 
Savonarole, que Fheure allait sonner de l'arrivée du Messie. Une 
notice inédite rencontrée par M. S. Krauss dans la copie manus^ 
crite d'un ouvrage cabalistique, le Peliah, lui a permis de mettre 

1. LU, 71-70. 

2. LI, 59-86. 

3. LU, 224-233. 



XLIV ACTES ET CONFERENCES 

ce point en lumière * et de montrer que le roi Charles VIII 
avait été, à la fin du xv e siècle, le centre des espérances mes- 
sianiques. 

C'est un chapitre presque entièrement nouveau de l'histoire juive 
que M. W. Bâcher nous a fait connaître par la publication d'im- 
portants extraits tirés et traduits des chroniques poétiques en per- 
san de Babaï ibn Loutf et de Babaï ibn Farhad 2 . On lit dans ces 
auteurs, dont le premier fut un poète de grand talent, le récit 
détaillé de la conversion forcée et des tribulations subies par les 
Juifs de Perse aux xvii* et xvm e siècles sous le règne de Schah 
Abbas I et de Schah Abbas IL Nous connaissions les Marranes 
chrétiens. Nous faisons connaissance avec une sorte de Marranes 
musulmans. 

D'autres documents inédits pouvant servir à l'histoire juive ont 
été publiés par quelques-uns de nos collaborateurs. M. M. Schwab 
nous a donné quelques inscriptions hébraïques d'Espagne 3 , recueil- 
lies et déchiffrées par lui au cours d'un voyage d'études, inscriptions 
qui figureront dans son prochain Rapport général sur son explora- 
tion. M. Macler a déchiffré l'inscription hébraïque du Musée 
de Bourges 4 . M. Richard Gottheil a décrit les Archives juives de 
Florence 5 . M. N. Netter a transcrit et traduit, en les accompa- 
gnant d'une notice étendue, les épitaphes hébraïques des anciens 
cimetières de Metz, situés près la porte Chambière 6 , épitaphes dont 
quelques-unes sont du début du xvn e siècle, et qui donnent d'utiles 
indications pour l'histoire de la communauté israélite de la ville. 
Enfin M. Mayer Lambert a publié le carnet de circoncision du 
moliel Isaac Schweich 7 , qui, à la fin du XVIII e siècle, fit entrer dans 
la communauté d'Abraham les arrière-grands-parents de beaucoup 
de nos coreligionnaires lorrains ou parisiens. 

1. LI, 87-96. 

2. Ibid., 121-136; 26c-279 ; LU, 77-97; 234-271. 

3. Ibid.y 215-220. 

4. Ibid., 221-223. 

o. LI, 303-317; LU, 114-128. 

6. LI, 280-312; LU, 98-113; cf. M. Ginsburger, Les anciens cimetières israé- 
lues de Metz, tbid., 272-281. 

7. Ibid., 282-313. 



RAPPORT SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIETE XLV 

Voilà, avec quelques notes d'histoire ou de littérature juive f , 
quelques articles de bibliographie dus à MM. Bâcher, Poznanski, 
Porgès, Julien Weill, sans oublier la curieuse conférence où 
M me Max Reiche nous traduisit et commenta finement de piquants 
jugements de Nietzsche sur le Judaïsme 2 , les substantielles lectures 
que la Revue vous a offertes Tan passé. 

On ne m'accusera pas de présomption si j'estime qu'elle continue 
à tenir un rang très honorable au milieu de tant d'autres publi- 
cations savantes, ni d'orgueil si je dis le plaisir avec lequel nous 
avons vu figurer, sur les fascicules de 1906, les premiers numéros 
d'une nouvelle centaine. Nous avons l'ambition et nous formons le 
vœu que cette série qui commence ne soit point trop indigne de la 
première et suscite une nouvelle phalange de bons historiens et de 
sérieux interprètes du Judaïsme passé. 

Vous nous aiderez à réaliser cet espoir en vous intéressant plus 
que jamais à nos travaux, en nous entourant et en nous stimulant 
de votre sympathie active et de votre cordial empressement. 



1. S. Krauss, A propos des légendes de la Vierge, LI, 150-151 ; Bernard 
Heller, L'épée gardienne de chasteté dans la littérature juive, LU, 169-175 ; Jules 
Bauer, Un projet d'établissement d'un second ghetto à Avignon, ibid., 304-307; 
J. Weill, Note sur une ancienne traduction française de l'Itinéraire de Benjamin 
de Tudèle, 148-150; S. Mitrani-Samariau, Le débat entre Anton de Moros et 
Gonzalo Davila, 151-153. 

2. Actes, xxv. 



ÀCT» ET GONF. 



ALEXANDRE AVEILL 

ou 

LE PROPHÈTE DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ 

CONFÉRENCE FAITE A LÀ SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 23 MARS 1907 

Par M. Robert DREYFUS. 



Il y avait une fois, voici une centaine d'années, un petit Juif 
alsacien, âgé de douze ans, qui gardait les chevaux de son père dans 
la forêt de Schirhof, sur la rive française du Rhin, en face du 
château de Bade. Un soir de printemps, ce gamin oublia ses devoirs 
de gardien et il s'endormit au bord d'un fossé, parmi les boutons 
d'or et les primevères . . . 

Il eut une vision : 

Soudain, je vis, dans un songe, le ciel se fendre en deux, puis un 
homme étincelant de feux descendre vers moi, me toucher et me dire : 
« Jeune homme, lève-toi, ceins tes reins et va-t-en d'ici. ;> Il ajouta en 
he'breu le verset 16 du chapitre xvir de l'Exode ' « car la main sur le 
trône de Jeovah, guerre de Jeovah à Amelek (mot collectif pour les 
ennemis de Dieu) d'éternité en éternité ! » 

Etudiant toujours la Bible et les prophètes, je ne fus pas étonné d'avoir 
des rêves de ce genre. Celui-ci pourtant m'avait vivement frappe'. 

D'abord, je m'éveillai tout de suite après le songe, en récitant le 
verset, ce qui, d'après le Talmud, est signe de prophétie. 

Puis, la vision était si nette, si claire, si palpable, que je ne pus 
m'empêcher de la communiquer à mon rabbi et au maire M» Heiser, 
catholique fort versé dans la Sainte-Écriture, et m'aimant comme son fils. 



ALEXANDRE WEILL XLVI! 



Rabbi Aron me dit : « Mon enfant, c'est la voix de Dieu, il faut 
partir. » 

Heiser, à son tour, me dit : « Imbe'cile, tu comptes donc rester avec 
ces maquignons et ces merciers ! Il faut partir î Et si ton père ne veut 
pas te le permettre, je te donnerai un passeport et le signerai pour lui. » 

Mais où aller? Mon rabbi me proposa d'aller à l'académie talmudique 
de Prague. Deux cent cinquante lieues, rien que cela ! 

Le maire me dit : « Va à Metz, à Nancy, va au diable, mais ne reste 
pas dans le village ! Quand on fait des psaumes comme toi (j'en avais 
composé un en hébreu que je lui avais traduit en patois alsacien), on 
part comme David et Ton devient roi. Oui, mon enfant, tu deviendras 
roi d'Israël, ou rien du tout *. 

Le gamin de Schirhof n'est pas devenu roi d'Israël. Mais il 
serait excessif de prétendre qu'il n'est rien devenu du tout, puisqu'il 
est devenu Alexandre Weill . . . 

La Société des Etudes juives, qui est tolérante, veut bien que je 
vous entretienne de cet écrivain singulier, qui a tenu sur elle des 
propos sans indulgence, parce qu'elle refusait d'approuver ses idées 
sur le Pentateuque. 

Alexandre Weill avait, sur le Pentateuque, des idées fort origi- 
nales. Du reste, il avait des idées originales sur toutes choses. Ou 
plutôt, il avait sur toutes choses Une idée originale. 

Entendez par là que, dans les méditations de sa vie, qui fut très 
longue 2 , Alexandre Weill fut constamment assiégé par une idée, — 
je dis bien, une seule, — mais qui lui était très personnelle, et qui 
était hardie, et qui est peut-être assez importante. Cette idée (que 
je vous exposerai de mon mieux vers la fin de cette causerie), 
Alexandre Weill l'a contrôlée inlassablement à tous les plus hauts 
problèmes de la religion et de la philosophie, et aux accidents les 
plus menus de l'histoire, de la politique, ou même de la vie privée. 
Et pendant un demi-siècle, il l'a caressée et servie à sa manière, 
c'est-à-dire de mille manières : en français et en allemand; en 
prose et en vers, — en très mauvais vers; par des envolées, des 

1. Alexandre Weill, Ma Jeunesse, p. 92-93. — Nous citerons toujours l'édi- 
tion de 1888 (Paris, Sauvaitre, 72, boulevard Haussmann et chez l'auteur, 11, 
faubourg Saint-Honoré). 

2. Né en Alsace au printemps de 1811, Alexandre Weill mourut à Paris, le 
18 avril 1899; il avait près de quatre-vingt-huit ans. 



XLV1II ACTES ET CONFERENCES 

fureurs et des boutades, — avec une fertilité de petit journaliste et 
une majesté de prophète. . . 

S'il est parmi vous des personnes qui aient connu Alexandre 
Weill, elles ont pu garder de lui une opinion faite de leurs senti- 
ments et de leurs souvenirs Pour moi, je ne l'ai jamais vu. Mais 
j'ai tant vécu dans l'intimité de sa parole écrite que j'ai, moi aussi, 
une sorte de vision de sa personne. Et c'est cette vision que je 
voudrais vous communiquer telle quelle. . . 

Mais auparavant, je crois décent de vous avertir des intentions 
que j'apporte. On doit, je le sais, le respect aux morts; mais on leur 
doit aussi et surtout la vérité, et on ne doit qu'elle aux vivants . . . 
Je demanderai donc la permission de parler ici en toute franchise et 
de peindre Alexandre Weill tel que je le vois, c'est-à-dire dans cet 
amalgame d'originalités presque sublimes et de manies un peu 
baroques, qui me paraît la caractéristique de sa nature si étrange, 
si représentative du génie et de certaines bizarreries d'Israël. 

Mais je ne puis songer à vous présenter une étude complète de la 
vie et de l'œuvre d'Alexandre Weill : je tenterai seulement d'es- 
quisser sa silhouette. Et je conterai donc quelques épisodes remar- 
quables de son existence, ce qui nous permettra de nous initier, 
chemin faisant, à plusieurs de ses livres et au travail de sa pensée. 



#*# 



Je me souviens d'une matinée déjà ancienne où, me promenant 
au Bois-de-Boulogne, je croisai soudain M. Maurice Barrés au détour 
d'une allée. 

Rencontrer ainsi M. Maurice Barrés, — l'entendre parler libre- 
ment, — est toujours une bonne fortune. Ce matin-là, il me dit son 
étonnement de ce que, parmi tant déjeunes littérateurs juifs, aucun 
ne songeât à s'aider d'instincts personnels, d'impressions d'enfance, 
de papiers de famille, pour fixer 1' « âme juive », dans une œuvre 
d'imagination, comme lui-même s'efforçait de fixer T « âme lor- 
raine »... Et je me permis d'expliquer à M. Maurice Barrés que les 
juifs de France sont à présent trop identifiés à la société française, 
trop pareils aux autres Français de tous les groupes et de toutes les 



ALEXANDRE WE1LL XLIX 



provenances, pour être tentés ou capables d'exprimer une sensibilité, 
des idées et des tendances différentes et proprement juives, que nous 
ne trouvons plus en nous-mêmes l . — Mais dans le passé, ajoutai-je, 
le livre que vous souhaitez existe; ce sont les souvenirs d'Alexandre 
Weill. . . — Oui, répondit M. Barrés, je les ai lus; et il me confia 
son goût pour ce livre. 

Je n'en fus pas surpris. M a Jeunesse, d'Alexandre Weill, est un 
livre émouvant et délicieux. C'est vraiment le meilleur et le plus 
vivant que nous possédions d'Alexandre Weill. Il est délicieux, à 
cause du talent de Fauteur, qui, se laissant aller sur le tard à ce goût 
des vieillards qui les porte à regarder du côté de leur enfance, plutôt 
que du côté de la mort, a su se créer un ton mêlé de réalisme 
alsacien et d'idéalisme biblique qui communique à son récit des 
accents inimitables. Et il est émouvant, parce qu'il met devant 
nous, mieux que ne saurait faire aucun ouvrage de science et d'his- 
toire, la vie, les traditions, les souffrances et les joies particulières 
des juifs d'Alsace et de Francfort, au début du xix° siècle. 

Je ne saurais trop recommander la lecture de Ma Jeunesse à ceux 
d'entre vous qui ne connaîtraient pas ce livre (sauf cependant aux 
très jeunes filles) ; et je vous en promets un plaisir extrême. Pour moi, 
je dois renoncer à vous en faire saisir tout le savoureux et le pitto- 
resque : je n'utiliserai ces souvenirs d'Alexandre Weill que dans la 
mesure où ils permettent d'observer son développement intérieur. 

A cet égard, voici une page qui nous donne une indication sur 
l'esprit dans lequel il convient de les interroger : 

Je suis ne', écrit Alexandre Weill 2 , dans une époque où les principes 
de 89 ont commence' à pénétrer la moelle du judaïsme et à expulser les 
parties corrompues du Talmudisme. A cheval sur un passe qui se meurt 
et un avenir qui naît, je ferai connaître au public tout un monde à lui 
inconnu, qui va disparaissant depuis cinquante ans, et qui, maigre' les 
tentatives réactionnaires des prêtres et des rabbins fanatisés, ne 
reviendra plus. Pour de'crire ce monde plein de mystères, de préjugés, 
de superstitions et aussi de douleurs, il ne suffit pas d'être né Juif, il 

1. Femand Vandérem, dans son beau roman des Deux Rives, a magnifiquement 
créé un type de Juif prophétique, qui est d'ailleurs un juif étranger. Mais les 
Deux Rives sont un roman parisien, non le « livre juif » proposé par M. Barrés. 

2. Ma Jeunesse, préface. 



ACTES ET CONFERENCES 



faut avoir étudié le Talmud pendant toute sa jeunesse; il faut avoir la 
science d'un rabbin érudit (car il y en a d'ignares, c'est même la grande 
majorité) et ne plus l'être. On a beau avoir les aspirations d'un homme 
de progrès, d'un philosophe, dès qu'on est prêtre, dès qu'on vit de l'autel, 
forcé de se prononcer entre l'intérêt et la vérité, on s'expose à opter 
pour l'Intérêt. Le vrai sage, comme la vraie vertu, craint la tentation et 
s'entoure d'une haie d'épines. Dès que j'ai eu le diplôme de rabbin, et 
je l'ai eu pour ainsi dire malgré moi, je me suis dit : « Tu ne mangeras 
pas de ce pain de mensonge et d'erreur. » 

Un instant, on me berça de l'idée de devenir un grand réformateur 
dans le judaïsme, mais ces genres de réformateurs m'ont fait l'effet de 
médecins, coupant un orteil malade d'une jambe gangrenée. Sauf l'idée 
de Dieu de Moïse, tous les attributs de la Bible et du Talmud m'ont paru 
contraires à la vérité, dès que j'eus l'âge de vingt' deux ans. On verra 
que, fort de ma volonté, j'ai vécu, tant bien que mal, plutôt mal que 
bien, sans avoir eu recours à ce pain de mystère, à ce vin du vertige... 

Ce ton ne doit pas nous surprendre. Elevé pour être rabbin, 
Alexandre Weill a rompu de bonne heure avec la synagogue pour se 
transformer en prophète indépendant, très libre et souvent fort 
agressif envers les représentants du culte officiel, comme étaient les 
anciens prophètes, ou, si vous préférez, en libre-penseur juif, disposé 
à identifier les principes du mosaïsme avec ceux de la Révolution 
française f . 

Nous rechercherons dans Ma Jeunesse la première étape de ce 
développement et de cette rupture. 

#*# 

Abraham- Alexandre Weill naquit à Schirhoifen (Bas-Rhin), le 
10 mai 1811. Son père était marchand de bestiaux. Sa mère était 

1 . « Sciemment ou inconsciemment, ces principes ont été empruntés par les grands 
hommes de 89 aux principes fondamentaux de Moïse. Je défie tous les savants 
du monde entier de me trouver avant, Moïse, chez tous les peuples de la terre, 
l'idée, pas même le mot du principe de VEr/alité, encore moins celle de la Liberté. 
Platon a fondé sa République sur l'esclavage et la promiscuité des femmes. Outre 
i Egalité et et la Liberté, Moïse a proclamé la Solidarité de tous les êtres créés 
par la nature sans exception devaut le Créateur-Un, auquel il a donné le nom 
de Yéovah, mot qui veut dire : l'Etre qui fut, est et sera toujours le même, en 
Vautres termes indiqués par lui, la Loi ds la justice absolue ; idée universelle que 
la Révolution a tronquée en Fraternité restreinte. » (Code a" Alexandre Weill, p.vui; 
Paris, Sauvaitre, 1895). 



ALEXANDRE WEILL LI 



fille du rabbin de Bischeira. Elle avait vu, dans sa jeunesse, le moine 
roux Euloge Schneider promener à travers l'Alsace les atrocités de 
sa guillotine. Son propre père avait exercé, à Strasbourg-, les fonc- 
tions de greffier' révolutionnaire : « 11 fut, nous dit Alexandre Weill 1 , 
l'ami de Robespierre et de Saint-Just, ce dont son patit-fils le 
félicite sincèrement. » 

Vraie ou prétendue, cette « amitié » des grands hommes de la 
Révolution et de son humble grand-père était, pour Alexandre 
Weill, un titre de noblesse auquel, — vous le sentez, — on ne l'eût 
pas fait renoncer aisément. 

Israël a toujours été un peuple reconnaissant. En ce temps-là, les 
juifs d'Alsace .sentaient avec force les bienfaits de la Révolution 
française. Elle avait reconnu en eux des hommes. Elle les avait 
adoptés comme Français. Elle leur avait infusé un patriotisme jeune 
et tenace, où il entrait toutes les émotions de la joie, de la surprise 
et de la tendresse. Pour la première fois depuis tant de siècles, leurs 
gosiers si rauques avaient tenté de s'assouplir au chant français, en 
psalmodiant la Marseillaise . . . 

Puis, Napoléon était venu. De méchants conseillers l'avaient 
tourné contre les juifs d'Alsace. Après le décret de 1808, ceux-ci 
continuèrent de vivre à demi émancipés par les lois, mais suspects 
aux chrétiens et séparés d'eux, protégés pourtant par quelques maires 
voltairiens et de rares curés philosophes. 

Au village, les enfants chrétiens jouaient à l'écart des enfants 
juifs. Certes, le petit Weill n'eût pas mieux demandé que de vivre 
en bonne amitié avec tous les petits garçons et surtout avec toutes les 
petites filles qui n'étaient pas de sa race. Mais cela ne dépendait pas 
de lui seul. Et il eut violemment à souffrir des premiers hep ! hep ! 
qu'il entendit de mauvais gamins et des hommes haineux lancer 
contre ceux de sa religion : 

Le fanatisme, ecrit-il 2 , nous était venu de l'autre côté du Rhin, où la 
réaction cléricale donnait la main à l'oppression féodale. 

Quand un Allemand sent l'e'peron de son seigneur, il rue contre le 
juif. Partout où le chrétien allemand rencontrait un juif, il lui criait : 



1. Ma Jeunesse, p. 23. 
2; Ibid. p. 63. 



LU ACTES ET CONFÉRENCES 

hep, hep! Personne n'a jamais su ce que cela voulait dire. Aujourd'hui 
encore, les savants germains se creusent la tête pour déchiffrer celte 
énigme. . . 

(On a prétendu, vous le savez, qu'il faut voir dans cette interjection 
l'assemblage des trois lettres initiales de la phrase latine : Hiero- 
solyma est perdita, « Jérusalem est anéantie! » C'est bien compliqué. 
On y a vu aussi une corruption de l'impératif allemand ffebe 
(arrête 1), jeté au Juif. Et j'observerai, à l'appui de cette dernière 
interprétation, que les cochers de Paris ont coutume de se servir du 
même cri — hep! hep! — pour clouer sur place les passants, quelles 
que soient d'ailleurs leur religion et leur race. Peut-être n'était-ce, 
en somme, qu'une sorte d'onomatopée méprisante.) 

Quoi qu'il en soit, Alexandre Weill conclut avec sagesse : 

Cela fait une injure, et de l'injure à la voie de fait, il n'y a qu'un 
mouvement. 

Le juif a toujours été habitué à ne pas répondre aux iujures ; il est un 
contre cent mille. 11 sait que devant la justice chrétienne, je parle tou- 
jours de cette e'poque, dès qu'il y a dans un plateau de la balance un 
juif contre un chrétien, il faut qu'il ajoute quelques pièces d'or, non pour 
avoir gain de cause, mais pourmaintenir les deux plateaux en équilibre; 
autrement le chrétien l'emporterait de son propre poids. 

Un ancien dicton du juif dit : « Supporte injures et horions, si tu veux 
avoir la vie sauve. » Pourtant, après Robespierre et l'Empire, il était 
difficile à la jeunesse alsacienne de rester de sang-froid devant cette 
éternelle scie de hep, hep ! ! 

On apprit donc à l'enfant qu'il était un réprouvé : 

Je cherchais les malheurs de ma race, sans les trouver. Ma mère, 
quand je lui en parlais, n'avait qu'une réponse : « Nous sommes dans le 
Golès. » Ce mot, qui veut dire Exil, date de la destruction de Jéru- 
salem. 

Ce Golès me parut bien long. J'avais bien lu dans Moïse, qu'en cas de 
désobéissance et de violation de la loi, Dieu accablerait Israël de mal- 
heurs sans nom et de misères sans fin, mais puisqu'à côté de ces malé- 
dictions il est question de pardon, puisque le Pentateuque ordonne la fête 
de Kipour, jour dont il est dit littéralement : « En ce jour Dieu vous pur- 
gera de tous vos péchés », pourquoi alors cette dureté envers le peuple 

1. Ma Jeunesse, p. 64. 



ALEXANDRE WEILL LUI 



qu'il appelle son élu? Pourquoi Israël souffrira-t-il toujours? Pourquoi, 
disperse' parmi les nations, est-il toujours le bouc émissaire, le souffre- 
douleur de Dieu? Nul ne put me résoudre ce problème. 

M. Lévy l , à ces questions, ne répondait que par des coups de règle, 
ou bien par de sinistres prédictions sur mon avenir. 

Parfois je m'adressais à M. Michel Heiser, qui, tout versé qu'il était 
dans l'Ancien Testament, ne sut me satisfaire. « Guidèle, disait-il à ma 
mère, veille bien sur ton garçon, c'est une vieille âme ; il a ve'cu du 
temps ce Moïse 2 . » 

Or, le petit Alexandre avait lu un récit hébraïque, où il était dit 
qu'un certain Jésus, « élève talmudique de Rabbi Siméon ben Pera- 
chia, pour faire des miracles, s'était emparé du nom mystérieux 
de Jéovah ; nom que les Talmudistes ne prononcent jamais. A sa 
place ils disent Adonaï (Seigneur) 3 . » Lorsqu'il sut que les chré- 
tiens de Schirhof adoraient en Jésus le fils de Dieu et pourchassaient 
les enfants des Juifs, pour l'avoir jadis mis à mort, il conçut de la 
haine contre Jésus, et les chrétiens de son village lui parurent 
autant d'idolâtres. 

Un peu plus tard, un pasteur protestant lui prêta les Évangiles : 
il lut en cachette, et je crois bien qu'il admira. Cela fit scandale, 
parmi les dévots qui l'enserraient de leur orthodoxie étroite. Mais 
une certaine hostilité contre ce Jésus, qui était devenu la source 
de tous les malheurs modernes d'Israël, survécut en lui, fort long- 
temps, à sa lecture des Évangiles 4 . 

C'était un enfant très religieux, mais déjà très raisonneur. Sou- 
vent, ses questions peu discrètes, sa logique audacieuse et intransi- 
geante, avaient embarrassé l'humble science des rabbins de village, 
ses premiers maîtres 5 . Fière de sa précocité, sa mère, qui avait 

\ . C'est le maître d'école. 

2. Ma Jeunesse , p. 59-60. 

3. Ibid. p. 60. 

4. A la fin de sa vie, Alexandre Weill convenait cependant que, s'il avait vécu 
au temps de Jésus, il serait sans doute devenu sou disciple et chrétien, tout au 
moins jusqu'à saint Paul. 

o. « J'avais trois ans et demi, quand je fus conduit par ma mère chez Rabbi 
Samuel qui devait m'apprendre à lire l'hébreu. Il médit: — Mon enfant, pour 
chaque lettre que tu apprendras, un ange du ciel te jettera une amande en guise 
de récompense. — Il y a donc des amandiers au ciel? lui répondis-je. • {Ma 
Jeunesse, p. 30). — « A cinq ans et demi, après avoir traduit le premier verset 



L1V ACTES ET CONFERENCES 

neuf enfants, souhaita que celui-ci devînt un sage en Israël ; et son 
père se résigna à n'être plus secondé par lui dans son commerce de 
bestiaux. 

Lorsqu'il eut treize ans et trois mois, on décida qu'il irait étudier 
à Metz. Sa mère, après avoir cousu cinquante francs dans ses 
vêtements, lui recommanda de n'y toucher qu'en cas de nécessité 
extrême ; puis elle le laissa partir, en priant Dieu. 

En ce temps-là, les étudiants talmudiques voyageaient à pied, 
s'arrêtant dans les villages où il y avait des Juifs. Le commissaire 
de la commune leur assurait le souper et le gîte, chez un coreli- 
gionnaire. Dans la ville où ils se rendaient, ils avaient aussi l'espé- 
rance d'être nourris par les habitants juifs. En effet, l'usage était 
qu'à tour de rôle chaque famille juive admît quelques étudiants à 
sa table, aux différents jours de la semaine. Cela se nommait des 
journées. Toutefois, cet usage tendait à se perdre, surtout dans la 
Lorraine française, où les notables juifs commençaient à se montrer 
oublieux de l'antique solidarité. 

Alors s'ouvre pour Alexandre Weill une vie nomade, dont les 
aventures ne me paraissent comparables qu'à celles de ce jeune 
Espagnol qui, voici trois siècles, s'en allait étudier à l'université 
de Salamanque. . . Il devient une manière de Gil Blas, mais un 
Gil Blas alsacien et juif, un Gil Blas vertueux. — Ses miraculeuses 
aventures de misère, de joie et d'amour, vous les lirez dans Ma 
Jeunesse. . . Sans pouvoir le suivre dans toutes ses pérégrinations 



hébraïque, « Bereschithbara Elohim eth hasthama'lm tee'th Haaretz 1 , * Avec le com- 
mencement Dieu créa les cieux et la terre », je demandai à M. Lévy, mon maître 
d'école : « Et qu'est-ce que Dieu a t'ait avant de créer le monde ? » Au lieu de 
me répondre, il m'appliqua sur l'épaule une douzaine de coups de règle tn s'é- 
criant : « Malheureux, tu renieras la loi d'Israël ! » De fait, il a dit vrai. J'arra- 
cherai avec la racine l'ivraie pullulante de toutes les religions fondées sur l'erreur 
philosophique. Là est ma mission. » {Ma Jeunesse, préface.) — « La lecture et la 
traduction de la création du monde m'arrachèrent aux jeux les plus attrayants 
de mon jeune âge et livrèrent mon âme à des réflexions, à des doutes, qui devin- 
rent pour moi un véritable danger. Je n'osais plus faire de questions à mon 
maître, ma première ayant été très mal reçue, mais j'en accablais ma mère. . . La 
création du soleil le mercredi, après que le jour et la nuit existaient déjà depuis 
quatre lois matin et soir, me donna aussi du fil à retordre, bien que M. Lévy 
nous expliquât le commentaire du- grand Raschi. Heureusement la légende 
d'Adam et Eve, celle du déluge m'arrachèrent aux mystères de la création. » (Ma 
Jeunesse, p. 35.) 



ALEXANDRE WE1LL LV 



romanesques, je vous transporterai tout de suite dans la ville où 
s'effectua sa rupture avec la synagogue, — à Francfort. 

#*# 

Alexandre Weill approchait de sa vingtième année. Il était très 
petit, chétif, avec des yeux intelligents, un grand nez, et des 
favoris floconneux. Il avait plus d'une fois souffert de la gale, qui 
était, disait-il, la compagne « obligée de tout étudiant rabbi- 
nique ! ». Lorsqu'il parlait l'allemand ou le français, il maudissait 
sa vilaine prononciation gutturale ; mais, pour chanter, il était 
doué d'une jolie voix de ténor. Ce don lui valut d'être admis comme 
chantre à l'oratoire de la famille Rothschild, puis à la synagogue 
de l'hospice israélite-. Il donnait aussi quelques leçons d'hébreu et 
de français, et, de la sorte, parvint à vivre, d'autant qu'il était éco- 
nome et sobre, et ne reculait point devant les besognes réputées les 
plus dures, comme d'aller balayer chaque matin le temple 3 . 

Le petit Alsacien logeait dans la rue des Juifs. Une vieille femme, 
nommée Bella Schloss, lui louait une vaste chambre au prix d'un 
florin et trente kreutzers, soit environ trois francs par mois. Il 
payait à sa façon, tantôt en promettant d'apprendre à écrire à 
Sarah, la vieille servante, ou en chantant à Bella Schloss des airs 
sacrés le vendredi soir. 

Chaque matin, les étudiants s'assemblaient chez le grand-rabbin 



1. Ma Jeunesse, p. 87. 

2. « Pendant mon séjour à l'hospice, je fus employé comme officiant à la syna- 
gogue du Hehdesch. Ces fonctions, je les remplis d'abord gratuitement pour la 
gloire du Seigneur, mais bientôt je fus nommé à l'unanimité premier préchanlre, 
lecteur de la Thora, et plus tard Baal Tokéa (joueur de corne du bélier pour en 
tirer les sons sacramentels, le jour du nouvel an.) — Pendant trois ans, j'ai vé.cu 
de ce casuel. Je n'avais point d'honoraires lixes, mais les grands jours de fête, de 
Ras.ch ffaschana et de Jom Kipour me rapportaient d'ordinaire cent et jusqu'à 
deux cents francs. » [Ma Jeunesse, p. 245.) 

3. « Le matin, en plein hiver, je me levais à six heures et demie. L'ablution à 
"l'eau étant obligatoire pour le juif avant de faire la prière, et mon eau étant tou- 
jours gelée dans le pot de grès, force me fut, et cela durait trois mois, de casser la 
glace avec mon tira-bottes. Levé et habillé, je me rendais à la Klause, pour la 
balayer et la chautfer. Gela me rapportait trente kreutzers par mois. J'ai fait ce 
métier pendant une année. Au point du jour, les fidèles arrivaient pour la 
prière... » [Ma Jeunesse, p. 210.) 



LVI ACTES ET CONFERENCES 

Trier. Alexandre Weill nous a conservé un tableau très mouve- 
menté des disputes talmudiques d'alors. Le voici, — il a pour 
nous son intérêt et son importance, si nous songeons que bien plus 
tard, séparé des rabbins par sa philosophie et devenu l'enfant pro- 
digue de la synagogue, cette éducation lui laissait encore son 
empreinte, et que, même à Paris et sur le boulevard, il resta jus- 
qu'à la fin de sa vie l'éternel et terrible disputeur, le bachor de sa 
jeunesse : 

Le café pris, on se rendait chez Rabbi Trier. Ce n'était plus un froid 
cours archéologique de syllabes et de phrases, comme chez Rabbi Fould, 
un récit de moribond; c'était la parole vivante, débordante, enivrante ; 
une parole de feu et de foi ! 

Une demi-heure à peine, et c'était une mêlée, une bataille de discus- 
sions, de disputes, de cris, de rugissements. Les questions et les 
réponses se croisaient, volaient, rebondissaient, puis soudain les cris 
étourdissants étaient coupés par un silence de mort, chacun méditant et 
cherchant la solution demandée, la contradiction à lever, ou bien une 
nouvelle explication d'un texte inextricable. 

11 y a treize manières de discuter, je les ai citées dans mon livre 
Moïse et le Talmud. 

Un passant qui nous aurait entendus, nous eût certainement pris pour 
autant de fous furieux. 

Le rabbi d'ordinaire nous laissait nous enfoncer dans un dédale de 
contradictions et nous réservait pour la fin sa solution, qu'il nous 
donnait avec un sourire de satisfaction sur les lèvres ; solution souvent 
accueillie par des hourras et des trépignements sans fin. 

Par contre, quand ses réponses ne nous satisfaisaient pas, et nos 
objections tombant dru sur lui de droite et de gauche, il se laissait aller 
à des mouvements d'impatience, et parfois, à des accès de colère. Levant 
alors son pupitre et le posant avec fracas, il en faisait sortir une nuée 
de poussière, qui nous enveloppait et nous coupait la parole. A notre 
tour alors de sourire, non d'aise, mais de dédain. Il nous fallait des 
raisons et non des pupitres. 

Un jour, le voyant se courroucer contre un condisciple, je criai à 
celui-ci en hébreu le verset de Moïse : « Ne sais-tu pas, malheureux, 
que tu es poussière, et que tu y retourneras. » Le rabbi qui avait déjà 
soulevé son pupitre, le posa doucement, en étouffant un sourire ! 

Cela durait tous les jours, de 9 heures à midi, sauf le vendredi et le 
samedi '. 

1. Ma Jeunesse, p. 210-211. 



ALEXANDRE WEILL LVU 



Pourtant, cette théologie n'absorbait pas entièrement le jeune 
Alexandre. Sa curiosité d'esprit, sa soif intérieure de justice le 
tournaient vers le monde moderne. Des journaux français parve- 
naient à Francfort : c'étaient le Constitutionnel, la Gazette de 
France^. Et comme les événements de France ont toujours eu le 
don d'éveiller au dehors l'attention passionnée des peuples, ces 
petits apprentis rabbins dévoraient les nouvelles de France, et ils 
s'exaltaient au contact lointain de Paris : 

Un jour, le Constitutionnel et la Gazette n'arrivèrent pas à la poste de 
Francfort. Grande rumeur! Ils n'arrivèrent pas non plus le lendemain. 
Attroupements dans les rues ! Le garçon de café, qui avait un nez long 
d'une aune et qui politiquait à tort et à travers, me dit : « Mon nez sent 
la poudre. » Enfin, le troisième jour, le journal allemand annonça la Ré- 
volution de Juillet. 

Ce fut un coup de foudre. Pour avoir un numéro de ce journal, j'ai 
escaladé un mur de cinq mètres de hauteur, au milieu d'une tourbe de 
curieux, au risque de me casser le cou. La rue des Juifs surtout était 
sens dessus-dessous. 

Les juifs de tous les pays sentent d'instinct la connexion intime qui 
existe entre eux et la Révolution française. Ils saisissent les relations 
intérieures, qui lient l'idée d'un Dieu immuable comme idéal de justice, 
avec la Révolution de 89 ; Révolution, qui, quoi qu'en disent les ignares, 
les caffards et les cuistres, devait logiquement aboutir à YÊtre suprême 
de Robespierre, et qui, sans ce fondement céleste, devait nécessairement 
s'effondrer, non seulement dans sa cause, mais encore dans tous ses 
effets ! 

La Révolution de 1830 a retenti comme une trompette de Jéricho dans 
les cœurs de tous les juifs de l'univers. Nous autres, Israélites alsaciens 
et français, nous parcourûmes les rues de Francfort, ivres d'orgueil et 
de bonheur, chantant, criant, gesticulant comme des fous mis en 
liberté. Que de larmes de joie j'ai vu couler! Pendant trois jours, nous 
ne sentions pas le besoin de nourriture. Et quand enfin le Constitutionnel 
arriva avec des détails, ce fut une fièvre, une liesse perpétuelle, quelque 

1. « Nos sympathies étaient d'avance acquises au Constitutionnel, que nous 
lûmes religieusement, depuis le titre jusqu'au nom de l'imprimeur, y compris 
les annonces. Moi seul je taisais des études sur la Gazette. » (Ma Jeunesse, 
p. 205.) 

C'était la Gazette de France dirigée par ce curieux et chimérique M. de Ge- 
noude, qui était catholique, légitimiste, et féru du suffrage universel. Plus tard, 
à Paris, le petit juif de Schirhof fut distingué par M. de Genoude et travailla 
pour la Gazette. Il serait piquant de rechercher les traces de la collaboration 
d'Alexandre Weill à la sévère Gazette de France. 



LVIII ACTES ET CONFÉRENCES 

chose qui, d'après un proverbe allemand, n'a pas encore été! Une cohue 
hurlante, buvante, dansante, prophétisante. 

La race juive est toujours la même! Telle elle est dans la rue des 
Juifs de Francfort, telle elle fut dans le parvis du temple de Jérusalem ; 
telle elle sera toujours ! Une mer, tantôt tourbillonnante, mugissante, 
engloutissante, tantôt plate, à peine ridée, dévorant ses fureurs dans 
l'abîme. 

Le soir, nous dansions comme des forcenés dans nos chambres, en 
gueulant la Marseillaise*... 

C'est vers le même temps que notre héros entreprend de se 
donner une culture universelle. Avec une préférence marquée pour 
les écrivains du xvn e et du xviii 6 siècles français, il se met à 
interroger, brusquement et éperdument, les génies de tous les pays 
et de tous les temps : Homère, Sophocle, Thucydide, Condillac, 
Gœthe, Lessing, Fénelon, Dante, Klopstock, Shakespeare, Rollin, 
La Fontaine, Le Sage, Florian, Racine, Jean-Jacques, — plus 
tard Descartes et Spinoza... Par le désordre de cette liste, je 
cherche à imiter ici le désordre de ses lectures. Elles paraissent 
avoir été gigantesques et incohérentes. Et le résultat fut ce qu'il 
devait être... Imaginez ce que pouvait produire cette invasion 
violente de tout le savoir^ de toute la pensée, de toute l'imagination 
éternelle des peuples dans le cerveau d'un petit étudiant rabbi- 
nique, dont la sphère spirituelle s'était jusqu'alors limitée à des 
exercices d'école sur les textes de la Bible et du Talmud. Gomment 
n'eût-elle pas entraîné le doute, l'inquiétude, le déséquilibre, que 
suscitent toujours, même chez des jeunes gens mieux avertis ou 
plus frivoles, les premières ivresses de l'émotion philosophique? 

Chez le petit Alexandre Weill, qui était outrancier et logicien 
par tempérament, ce choc fut terrible. Justement parce que sa 
nature était dogmatique et religieuse, son premier élan d'incrédu- 
lité l'emporta d'abord bien au-delà du point auquel il devait finale - 
ment se tenir. Avec cette même crudité qu'il avait mise jusqu'alors 
à affirmer et à croire, — il nia. Là-dessus, nous avons son aveu : 
« Je n'avais plus la foi, je ne croyais plus à la révélation personnelle 
de Moïse, encore moins au Talmud. Je passais mes nuits à chercher 

1. Ma Jeunesse, p. 266-267. 



ALEXANDRE WE1LL LIX 



les preuves de V existence de Bleu l . » Et vous entendez bien que ces 
preuves, s'il les cherchait, c'est qu'il ne les trouvait plus en lui... 

Ailleurs, il nous conte les étranges soirées qu'il passait en com- 
pagnie de deux jeunes filles, couturières de leur état, dont Tune, 
— Réginèle, — fut, dit-il, « son premier amour 2 ». (Même, cet 
amour l'attira dans certaines aventures scabreuses. . .) Il leur lisait, 
leur commentait la Nouvelle Hèloïse de Jean-Jacques, le Charles XII 
de Voltaire, et surtout le Droit de Moïse, livre hérétique de Michaë- 
lis. Parfois survenait un jeune barbier, ami de ces deux jeunes 
filles, et tard dans la nuit la causerie se prolongeait en querelles 
audacieuses sur Jésus et sur Moïse, et sur l'essence de la révélation, 
et sur les destinées de l'âme. . . 

Surpris lui-même à ce souvenir, le vieil Alexandre Weill 
s'écriera plus tard, avec un mélange de sarcasme et d'orgueil : 

Dire que, dans le fond d'une chambre, au fond d'un couloir, au fond 
de la rue des Juifs, un étudiant, un barbier et deux couturières mettaient 
en doute tous les principes sur lesquels l'humanité' roule depuis des 
siècles 3 ! 

(En vérité, n'était-ce point là, très exactement, la première Uni- 
versité populaire?) 

De pareilles crises sont toujours redoutables chez ceux qui sont 
aptes à les trouver sur leur chemin. Mais combien davantage chez 
un futur prêtre ! Soudain, le jeune Alexandre Weill ne se découvre 
plus d'obéissance possible qu'envers la raison, ni de goût intime 
que pour les joies de la vie, de l'esprit et de l'amour. Incertain de 
croire en Dieu, il était certain de rejeter le dogme et le rituel. . . 
Et brusquement, il sentit qu'il ne pourrait pas être rabbin. . . 

De telles natures ignorent l'art d'accommoder le jugement à la 
conduite. Chez elles, l'acte suit toujours de près la décision inté- 
rieure. La peur du scandale leur est inconnue, et celle de ses 
conséquences... Alexandre Weill, âgé de vingt-deux ans, sortit 
donc avec fracas de la synagogue. 

1. Ma Jeunesse, p. 352. 

2. La troisième et dernière partie de Ma Jeunesse a pour titre : Réginèle, mon 
premier amour, 

3. Ma Jeunesse^ p. 364. 



LX ACTES ET CONFERENCES 

Son récit à cet égard paraît un peu*bien poussé de ton. En l'écri- 
vant sur ses vieux jours, peut-être cet imaginatif Alexandre Weill 
aura-t-il cédé à la tentation d'embeilir, par l'introduction de cer- 
tains détails, et de rendre plus héroïque le personnage qu'il avait 
joué au temps de sa jeunesse. Pourtant, ce récit doit être assez 
exact au fond ; il est conforme à ce que nous savons par ailleurs 
des motifs de sa retraite. — Vous le trouverez dans l'énorme et 
paradoxal ouvrage qu'Alexandre Weill, à la fin de sa vie, a con- 
sacré à la critique du Pentateuque, lorsqu'il en vient à commenter 
ce passage du Lévitique où il est dit : « Tout ce qui sera dévoué 
par interdit sera entièrement consacré à l'Eternel. Aucune personne 
dévouée par interdit ne pourra être rachetée, elle sera mise à mort x . » 

Voici le récit d'Alexandre Weill : 

Depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à vingt-deux ans (j'avais de'jà le 
diplôme rabbinique), j'étais premier officiant et lecteur de la Thorah 
dans la synagogue de l'hospice israe'lite, à Francfort. Cette petite syna- 
gogue avait la re'putation d'une chapelle sacro-sainte. Il n'y avait qu'une 
cinquantaine de fidèles, composés de quelques ultra-orthodoxes richards, 
et de plusieurs rabbins et élèves rabbiniques. De môme pour les 
femmes, toutes connues pour leur piété' et leur charité. 

Le Pentateuque écrit sur parchemin est sans voyelles. Comme j'en 
faisais tous les samedis une lecture à haute voix de sept coupures et 
tous les lundis et jeudis d'un chapitre, je le savais par cœur. Un samedi 
(j'avais déjà saule d'un extrême à l'autre, d'une grande piété, d'un bond, 
à un doute universel, et la lecture presque quotidienne du Pentateuque 
avec ses contradictions flagrantes, n'était pas étrangère à cette conver- 
sion), arrivé à ce passage, je le sautai lestement et passai aux dix der- 
nières lignés. — Monsieur ! Monsieur ! Jeune homme ! Jeune rabbin 1 me 
criaient dix voix à la fois, qui d'ordinaire suivaient scrupuleusement la 
lecture dans leur livre, vous avez sauté deux versets ! Il est défendu de 
parler pendant la lecture. Mais comme le Lévitique finit à ce passage, 
après avoir prononcé la bénédiction voulue, je leur répondis : — Oui, 
Messieurs! J'ai sauté cet infâme passage. Lisez-le vous-même. En savez- 
vous la signification? J'en doute! Quant à moi, jamais ces lignes ne 
franchiront plus mes lèvres. Il y eut des cris et des clameurs! — Et 
pourquoi ? me demanda à la fin le plus vieux des assistants ? — Parce 
que, lui répondis-je, c'est le panégyrique du sacrifice humain, que 
Moïse, au nom de Dieu, a voué à toute exécration ! Il y eut un silence. 

1. Lévitique, xxvi, 28-29. 



ALEXANDRE WEILL LXI 



— Ce jeune homme a peut-être raison, dit le vieux, mais ce n'est pas à 
nous d'abolir un usage de deux mille ans. — Si cela vous déplaît, lui 
dis-je, en ôtant ma chasuble, renvoyez-moi ! Et d'ailleurs, je vous donne 
ma démission de Hasan et de Koré (de chanteur et de lecteur) ; mais 
comme j'avais une très belle voix de te'nor de poitrine, que je savais 
l'hébreu comme une langue maternelle et surtout que j'allais vite, abat- 
tant le service au galop (ce qui leur allait très bien), on me priait de 
continuer mon service. La cause fut porte'e devant un lit de justice 
composé de trois rabbins. On me priait de revenir sur mon obstination, 
mais mon parti était pris. Je maintins ma de'mission, en leur disant que 
depuis longtemps je n'étais plus digne de leur servir ni de lecteur, ni de 
chanteur, et depuis ce jour je n'ai plus revu cette sainte synagogue que 
quarante ans plus tard, et qui aujourd'hui n'existe plus du tout '. 

Et voilà notre Alexandre Weill sur le pavé de Francfort. . . Il 
n'a plus de métier, il n'a pas de ressources, et, par cet éclat, vient 
sans doute de s'aliéner ses protecteurs ? — Si pourtant ! il lui en 
reste, tant parmi les juifs fidèles que parmi les convertis et les pro- 
testants. 

Je détache d'une de ses brochures 2 cette autre page de sou- 
venirs : 

A peine eus-je jeté aux orties le froc rabbinique, que quatre million- 
naires, dont un sénateur et un magistrat 3 , m'offrirent six mille francs, 
pour achever mes études de chant, à condition de m'engager d'avance 

1. Les Cinq livres (mosaïstes) de Moïse. Tome III ; le Le'vitique, p. 223-224. 

2. La Mission Nouvelle, préface. — Paris, Dentu, 1885. 

3. « A l'âge de vingt-deux ans, un comité composé de deux sénateurs chrétiens, 
qui m'avaient entendu chanter dans la synagogue, du célèbre avocat Goldschmid, 
d'un membre de la famille Rothschild, M. Beylus, et du docteur Wihl bien connu 
en France, après nvavoir l'ait chanter l'air du ténor de la flûte enchantée, m'ont 
offert de consacrer la somme de six rai le francs à mes études de chanl, à condi- 
tion de m'engager à vie comme premier ténor à l'Opéra de Francfort, à raison 
de dix mille florins par an. Je leur ai répondu: « Vous voulez que de la belle 
voix que Dieu m'a donnée, je flatte les oreilles de mes contemporains. J'aime 
mieux les leur faire tinter avec les vérités que ce même Dieu m'a inspirées. » Ils 
m'ont congédié, en me disant que j'étais un petit fou destiné à crever sur le 
fumier. Deux années plus tard, après avoir publié une brochure intitulée : Réponse 
aux questions vitales de la philosophie, dont il m'a été impossible depuis de retrouver 
un exemplaire, le même docteur Goldschmid, qui est resté mon ami jusqu'à 
sa mort, m'a écrit : « Vous aviez peut-être raison. » (Code d' Alexandre Weill, 
p. vu ; Paris, 1895.) — Voir aussi Souvenirs intimes de Henri Heine, p. 73. — 
Et notons ici qu'Alexandre Weill conie d'ordinaire uce demi-douzaine de fois 
(pour le moins), avec des variantes, les anecdotes de sa vie. Qu'il s'agisse d'idées 
ou de souvt nirs jamais il ne craint les répétitions. 

ACT. ET CONF. E 



LXII ACTES ET CONFÉRENCES 

à l'Opéra de Francfort. Offre tentante ! Le maître de chapelle, M. Guhr, 
juif converti et mou ami, me disait que j'avais un million dans le gosier 
et qu'il se faisait fort de l'en faire sortir. J'acceptai préalablement. A 
peine lancé dans cette carrière, au seuil encore du temple, dirigé par 
des marchands, je m'aperçus que c'était un véritable esclavage. Escla- 
vage dore, soit! Mais qsclavage ! Tous les jours à l'heure fixe aux 
répétitions, matin et soir aux leçons. Être expose à ce qu'un directeur 
examine vos mollets et vos dents ; chanter à l'heure indique'e, non pas 
quand il vous plaira, quand le cœur vous en dit, mais quand il plaira à 
un directeur spéculateur et à un public sot, et ignorant et oisif; être 
exposé aux sifflets d'un imbécile et par-dessus tout s'engager par écrit 
et signer toiis les jours un papier de présence. Il est vrai qu'on a devant 
soi un bel avenir d'or et de femmes! Mais quoi ! L'or, je m'en passais 
très bien, et quant aux femmes je crois, avec la cabale, que, récom- 
pense ou châtiment, on a toujours la femme que l'on mérite et qu'en 
dehors du mariage, comme Thydropique, plus on a d'eau dans le ventre, 
plus on a soif! Et puis représenter des personnages souvent antipa- 
thiques, chanter des airs d'amour, quand on a la haine au cœur, mentir 
pendant toute sa vie, paraître ce qu'on n'est pas, et rien laisser après soi 
qu'un sillage d'e'cume, semblable au navire qui fend l'onde 1 

Moi, qui connaissais, par mes études rabbiniques, le néant et les 
vanités de la courte vie, qui, au lieu d'être un justiciable, avais déjà 
pris dans la presse, le rôle de justicier... 

(Alexandre Weill avait un peu collaboré, à l'occasion, aux 
feuilles littéraires de Francfort, et peut-être se faisait-il quelque 
illusion sur ses dons d'écrivain. Même, il n'est pas impossible que 
cette foi en son génie l'ait secrètement encouragé à quitter le métier 
de rabbin...) 

Il continue : 

— Non, me dis-je, c'est une vie de mensonges dont tu ne goûteraspas. Le 
bon Dieu fut de mon avis. Il m'envoya une bonne petite maladie de 
peau, me livra à un tas de médecins allemands, plus ignorants, plus 
empiriques l'un que l'autre, et le théâtre et le chant furent, non sans 
luttes, écartés pour toujours, malgré une nouvelle tentative de mon ami 
Meyerbeer. 

Le même sénateur — il s'appelait Coester — qui avait souscrit pour 
faire de moi un chanteur, après avoir vu mon refus et après avoir lu de 
moi une brochure intitulée : Kolladi et son ami, réponse aux questions vitales 
de la philosophie et de la religion, vint m'offrir en mariage sa nièce, son 
héritière, à condition de me convertir et de me faire pasteur protestant. 



ALEXANDRE WE1LL LXI1I 



Là-dessus, soyons un peu sceptiques... Si Alexandre Weili avait 
pu épouser toutes les jeunes filles qui, d'après ce qu'il conte *, s'of- 
frirent à lui ou lui furent offertes, il eut possédé le harem du roi 
Salomon. Et c'est sa manie de montrer avec quel courage il sut 
refuser une série de conversions avantageuses. — (Dans Ma Jeu- 
nesse, voyez l'épisode de cette riche et noble dame de Metz, qui veut 
l'entraîner dans le catholicisme : il a treize ans, et répond à M" le de 
Caulat sur le ton de Joas enfant à la reine Athalie. . . Plus tard, à 
Francfort, la ravissante renégate Esther le tente, et il lui résiste 
avec des mines d'exorciseur effarouché. . . ) 

Donc, il conclut : 

Moi, qui avais refusé de défendre Jéovah, je devais m'engager à 
défendre Jésus. Cet homme a peut-être fait du bien aux ennemis des 
Juifs, mais jamais fils n'a fait autant de mal à sa famille que ce Juif a 
fait à son peuple ! On m'aurait offert vingt nièces et cent millions, il 
m'eût été' impossible de trouver dans l'Évangile une seule vérité' qui ne 
fût contenue déjà dans l'Ancien Testament. Et quant à Jésus, le disciple 
de Habbi Jéshuah Ben Prachia, je l'ai toujours cru de la race des élèves 
talmudiques, mes compagnons d'étude, et qui n'aimaient pas plus que 
lui les Pharisiens. 

I. Et pourtant, il a écrit: « Je n'ai jamais été un homme à bonnes fortuues. 
Enfant, je me fis aimer par mon ardeur à apprendre, par ma vivacité, par ma voix ; 
mais, dès que je fus un homme, je reculai au second plan, autant par ma petite 
taille que par ma timidité intérieure. — Comme chez tous les poètes, ma passion se 
purifiait au feu de l'imagination, et pendant que j'adorais à genoux, d'autres mon- 
taient sur l'autel.» (Ma Jeunesse, p. 106.) 

La fille du sénateur Coester était, du reste, fort laide. Alexandre Weill l'avoue 
dans un très curieux et précieux livre, écrit en allemand, où il a réuni sa corres- 
pondance avec divers écrivains d'Allemagne, en y mêlant des fragments d'auto- 
hiographie. J'en traduis ce passage : • J'étais gorgé de principes républicains, que 
j'avais tous puisés dans la législation de Moïse. J'écrivis alors une brochure, Kol- 
ladi et son ami, réponse aux questions vitales de la philosophie et de la religion. 
Le libraire, mon ami, me Pimprima à crédit, comme on avait coutume de dire.Je- 
veux être mort, si je m'en rappelle une seule ligne. Je n'en ai pas un seul exem- 
plaire et l'éditeur, qui ne m'a jamais donné un centime, me disait avoir tout vendu. 
Je crois, foi de chrétien ou de juif, qu'il fit tout mettre au pilon, car il ne me fut 
jamais possible de lui en pêcher un exemplaire. Bref, tous les quinze jours j'étais 
appelé par la police, qui me jetait a la figure que j'étais un étranger, et par-dessus 
le marché un juif. Un sénateur de Francfort, nommé Coester, qui était très riche 
et n'avait pas d'enfants, voulut faire de moi un pasteur protestant et me promit sa 
nièce, qui était encore plus laide que ma fiancée juive, Perle de Hatten. Avant 
mon mariage, je n'ai jamais été aimé que par des femmes qui n'étaient pas belles. 
Seule, Réginèle fut une grande beauté...» [Briefe hervorragender verstorbener 
Mànner Deutschlands, p. 225 ; Zurich, 1889.) 



LXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

Je n'ai pas hésité une heure pour écarter ce nouveau mensonge d'un 
revers de main. 

Ainsi, pour lui, èire rabbin ou pasteur, c'était être esclave et 
mentir. Se faire chanteur, c'était, être esclave et mentir encore. Mais 
devenir un écrivain, un journaliste, c'était garder son indépendance, 
— Alexandre Weill le croyait alors, — et combattre, tel un prophète , 
pour la justice et la vérité ! 

#*# 

Une première phase de sa vie est close... L'apprenti rabbin se 
transforme en homme de lettres; et le petit Alsacien, après avoir 
essayé de Francfort, est guetté par le grand Paris. 

Le hasard lui vint en aide. 

En 1836, Gérard de Nerval traversa Francfort. Alexandre Weill 
combattait alors dans les rangs de la Jeune Allemagne. Gérard le 
vit, s'attacha à ce drôle de garçon, et l'engagea à venir chercher 
fortune à Paris. 

Alexandre Weill en était bien tenté, mais il hésitait : 

Comment aller à Paris sans être sûr d'y gagner ma vie avec ma plume 
française, affligé que j'étais de mon accent alsacien, que je n'ai jamais 
totalement perdu? — L'envie de rentrer dans mon pays, qui, grâce à 
l'émancipation des Israélites, devint pour moi une patrie, s'empara telle- 
ment de mon esprit, qu'elle faillit briser le corps 1 . 

Il se décida à jouer la partie, quitta Francfort, et « devint» Fran- 
çais, comme il le dit, par un libre choix. 

Cette grande patrie retrouvée, la France, il l'aima jusqu'à sa mort 
et, quand vinrent les malheurs de 1870-71, ses Lettres de vengeance 
d'un Alsacien 2 dirent sa douleur et sa colère d'avoir vu Schirhof 
changé en village allemand. 

Mais en 1837, époque où il vint s'installer à Paris, convenons 
qu'il était encore un peu étranger à la France, sinon dans son cœur, 
du moins dans son langage et sa tournure. Surtout, il était étranger 

1. Prélace de Mes Romans. — Paris, Cohen frères, 1886. 

2. Paris, Deutu, 1871. 



ALEXANDRE WEILL LXV 



au boulevard. Dans cette bohème littéraire où il fréquente dès son 
arrivée, il apparaît comme eût été l'Ingénu, de Voltaire, si, au lieu 
d'être Huron et de s'être laissé baptiser, il était né, demeuré juif et 
Alsacien. Tout de suite, à Paris, il avait rejoint son grand coreli- 
gionnaire Henri Heine, dont il devint vite le commensal et, si j'ose 
dire, la doublure... Henri Heine, voilà à qui il faut toujours songer 
pour comprendre et hiérarchiser Alexandre Weill. C'est un Henri 
Heine, moins le sourire diabolique et le génie lyrique. C'est un Henri 
Heine moins favorisé. 

Dans les cénacles artistiques où cette protection un peu narquoise 
de Henri Heine l'avait introduit, on s'amusait du petit Weill, on lui 
infligeait même parfois des moqueries assez pénibles; mais on l'aimait 
bien'. Au reste, il savait se défendre, car il possédait un certain 
instinct batailleur. . . 

— Qui est ce Weill, murmure Paul de Saint-Victor au café de la 
Porto-Montmartre, où les célébrités du temps, — Théophile Gautier, 
Eugène Sue, Méry, Philibert Audebrand, — se réunissaient souvent 
avec Henri Heine et Mathilde autour d'une côtelette à la proven- 
çale... D'où vient-il? Il a gardé les pourceaux ! 

— Possible, réplique le petit Weill, mais je ne les garde plus. 
Tandis que vous, monsieur de Saint-Victor, si vous aviez gardé les 
pourceaux, vous les garderiez encore !... 

Et Henri Heine d'intervenir en riant : « Bien répondu... » disait-il. 
Et il ajoutait : « Weill, tu as dû voler ce mot-là quelque part - ! » 



1. «Grâce à ma qualité de correspondant des principaux journaux allemands 
et à mon audlié avec Gérard de Nerval, j'obtins vite mes entrées dans les sanc- 
tuaires de la science et de la littérature de Paris. En effet, tous les journaux 
allemands étaient à ma dispositon. Je correspondais avec la Gazette d'Augsbourg, 
le Correspondant de Nuremberg, la Gazette de Leipzig et le Courrier de Stuttgart. 
— J'étais collaborateur du Monde Elégant de Kuhne, du Mcrgcnblatt de Cotta et 
du Télégraphe àzGiulïkovj. J'étais plus connu en Allemagne à l'âge de vingt-quatre 
ans, que je ne le suis en France, après quarante années de travaux littéraires, 
poétiques et philosophiques. Mais j'étais décidé, dussé-je mourir de faim, à 
briser ma plume allemande et à ne plus écrire que dans la langue sacrée de ma 
patrie, à laquelle je ne préfère que l'hébreu. » [La Mission nouvelle, préface.) 

2. Adolphe Brisson, Promenades et visites, le dernier ami de Henri Heine. — 
Temps du 21 novembre 1901. 

Les Souvenirs intimes de Henri Heine, par Alexandre Weill (Dentu, 1883), 
sont uu de ses bons livres, et un document infiniment agréable et réaliste sur la 
vie privée de ce grand poète. 



LXV1 ACTES ET CONFÉRENCES 

Alexandre Weill n'avait pas volé cette réponse, — Saint-Victor 
non plus. Le petit paysan d'Alsace l'avait trouvée en lui-même, 
dans sa fierté de descendre d'une vieille nation pastorale et véné- 
rable ' , et dans la conscience de l'effort qu'il avait dû fournir, — lui, 
humble étudiant talmudique, — pour être admis à la table où dai- 
gnait s'asseoir cet imposant Saint-Victor. 

Cette fierté, ce que nous savons des difficultés de sa jeunesse le 
justifiait de la ressentir. Elle était immense. Elle éclate, incommen- 
surable, dans tout ce qu'Alexandre Weill a écrit. Et tantôt, elle fait 
sourire, tantôt elle arrête et force presque à l'admiration. Dans le 
fatras de son œuvre si incohérente et confuse, si quelques pages ou 
quelques paroles méritent de survivre, n'est-ce point cet orgueil qui 
leur donne de l'éloquence? 

En voici, je crois, le plus magnifique exemplaire. Je le relève 
dans Y Histoire vèridique et vécue de la Révolution de 1 848, à l'en- 
droit où Alexandre Weill conte son projet de candidature à l'Assem- 
blée Constituante : 

Sur une seule déclaration insérée dans la Presse, j'ai eu 15,000 voix à 
Paris. On m'a prié de me présenter aux clubs, mais, à vrai dire, je ne 
tenais pas et ne tiendrai jamais à être élu par d'autres Je me suis élu 
moi-même dès tâge de sept ans, quand, tout en. gardant les bêtes de mon 
village, f ai lu V histoire de David en hébreu 1 . 

Je sens là une force de style et une hauteur sauvage qui, — pour 
reprendre le langage du comte de Gobineau, — caractérisent direc- 
tement le fils de rois ou, si vous préférez, \ejils de prophètes... 

Dans cet Alexandre Weill devenu petit journaliste parisien, assidu 
des salles de rédaction, correspondant du Monde élégant de Leipzig 
et collaborateur du Corsaire Satan, et soupant avec la bohème, sur- 
vit l'âme d'un contemporain du roi David 3 . Dans ce petit Alsacien 

1. «Moi aussi, je suis gsnlilhomme et de race encore ! Ma noblesse remonte 
jusqu'au patriarche Abraham. » [Lettres de vengeance d'un Alsacien, p. 4.) 

2. Chap. xni. — M. de Girardin. 

3. Tel était bien son propre sentiment sur lui-même. Aussi a-t-il mis les vers 
que voici en tête de ses Knittelverse eines EUâsser Propheteu (Paris, 1885, chez 
l'auteur): 

Es giebt keine Propheten mehr! 
Soschallt es aus den Gassen. 
Die Hâuser Gottes, sie sind leer, 



ALEXANDRE WEILL LXVII 



déraciné, couve encore le feu sacré et crépitent parfois les étincelles 
du prophétisme d'Israël. 

#*# 

Je ne suivrai pas Alexandre Weill dans sa carrière parisienne, 
car il nous faudrait étudier presque toute l'histoire littéraire, poli- 
tique et morale du dernier siècle, à laquelle il s'est mêlé en tirailleur 
isolé et petit combattant. Certes, il pourrait être piquant et instructif 
de reprendre ainsi le fil des événements publics, en l'observant 
selon l'optique d'un de ces originaux, à demi obscurs et à demi 
notoires, dont Alexandre Weill nous apparaît comme un type assez 
éminent. 

Mais ce travail excéderait de beaucoup le cadre de cette causerie. 
Je ferai donc ici Un bond d'une trentaine ou d'une quarantaine d'an- 
nées, afin de peindre Alexandre Weill tel que certains d'entre vous 
ont pu le connaître encore ; et je lui restituerai, si je puis, la figure 
qui semble s'évoquer d'elie-même, lorsque son nom est prononcé de 
notre temps. 

#*# 

(Test un vieux petit homme, vif et sarcastique, dont la tête éclate 
de pensées et dont les vêtements sont bourrés de brochures. 

Die Priestcr sind verlassen. 



Ich aber herzhaft. sa^e Euch : 
Icli bia eia Gottesgesandter, 
Ich komme ails dem Frankenreicli, 
Uad heisse Alexander. 

Traduits en français par lui-même (Rimes alsaciennes, Paris, 1889), ces vers 
ont inoins de force, mais non moins de saveur : 
Il n'est plus de prophètes, 
Entend-on dire partout. 
Les maisons de Dieu sont vides, 
Les prêtres sont abandonnés ! 



Mais moi, sans vantardise, je vous dis 
Je suis un envoyé de Dieu ! 
Je viens du cœur de la France, 
Et mon nom est Alexandre! 



LXVUI ACTES ET CONFÉRENCES 

Sous la Monarchie de Juillet, en 48, sous le Second Empire et la 
Troisième République, il a voisiné avec toutes les gloires de la poli- 
tique, de la finance, du journalisme et de la littérature. Etlui-même, 
il est devenu une physionomie du boulevard. De près ou de loin, 
tout le monde à Paris connaît Alexandre Weill; et Alexandre Weill 
se vante de connaître tout le monde. Les simples passants n'ignorent 
pas son nom. Les camelots, sitôt qu'un incident de quelque impor- 
tance surgit dans la vie de la cité, leur crient aux oreilles 1' « Opinion 
d'Alexandre Weill » sur le fait du jour, la « Réponse d'Alexandre 
"Weill » aux puissants de la terre. . . 

C'est qu'Alexandre Weill détient les vérités éternelles et il les 
disperse, par ordre du Seigneur, au vent de l'actualité. 

Par malheur, ses placards ne se vendent guère, et on les lit moins 
encore. Alexandre Weill s'en attriste. Car il est très affligeant de 
posséder la vérité, et d'être inapte à la répandre. Mais s'il ren- 
contre un ami, il tire de sa poche et lui offre son dernier livre. 
L'ami écoute, sourit et s'esquive en prenant le volume, que ses 
héritiers découvriront un jour dans sa bibliothèque, vierge et 
endormi . . . 

Alexandre Weill sait cela. Mais il ne se décourage point, parce 
qu'il a confiance dans la force de sa pensée et dans son réveil futur : 
«Ce livre ne sera pas lu, du moins de mon vivant, écrit-il en tête 
d'une de ses préfaces. Aucun de mes livres sérieux n'a été lu, et 
cela tient à des causes entièrement dépendantes de moi et que je n'ai 
jamais cherché à faire disparaître.. . ! » (Là-dessus, il se dupe peut- 
être: même s'il avait ambitionné de se faire lire, serons-nous si cer- 
tains qu'il y serait parvenu ?) Et, dans une autre préface : « Je suis sûr 
qu'après ma mort, mes révélations, autant inspirées par ma pensée 
que corroborées par ma science, feront une révolution dans l'histoire 
de toutes les religions existantes. Je sais aussi, comme dit David, 
qu'on partagera ma robe en lambeaux, chacun inventera quelque 
partie de mes découvertes et la déclarera sienne ; mais, au fond, on 
ne pourra que glaner dans un champ labouré, ensemencé et mois- 
sonné par moi 2 . » 

1. La Mission nouvelle, préface. 

2. Le Centenaire de l'émancipation des Juifs, préface. Paris, 1888. 



ALEXANDRE WE1LL LXIX 



Réconforté par cette espérance indestructible, qui n'anime pas au 
même degré tous les auteurs incompris, Alexandre Weill patiente 
et continue à faire imprimer des livres qui ne rencontrent pas d'a- 
cheteurs et pour lesquels il n'essaie même plus de découvrir des 
éditeurs l . Assurément, ce n'est point dans un espoir de lucre, mais 
dans un esprit mêlé d'orgueil, de désintéressement, de « devoirs » à 
remplir envers Dieu et le genre humain, que jamais il ne se lasse de 
publier ces livres à ses frais, ou plutôt aux frais de sa femme, dont 
le commerce de modes alimente la propagande et les méditations du 
prophète. 

Alexandre "Weill avait épousé M lle Agathina Marx à la fin du 
règne de Louis-Philippe, — en 1847. Elle n'avait jamais été belle 
dans son apparence périssable, et ce n'est plus une indélicatesse de 
dire qu'elle fut même un peu contrefaite ; mais son âme était haute 
et pure. Tant qu'elle vécut, Alexandre Weill l'aima religieuse- 
ment ; et, dans le volume de vers qu'il a nommé Agathina, ma 
femme! Les grandes Juives de l'histoire*, il lui a dédié un monu- 
ment poétique après sa mort. Grâce à elle, il avait pu d'assez 
bonne heure s'affranchir des besognes ingrates du journalisme, et 

i. La plupart des derniers livres d'Alexandre Weill portent cette indication : 
« Chez l'auteur, 11, faubourg Saint-Honoré. » — Eu outre, sur certains d'entre 
eux, on lit cet avis : « Ne pas confondre mon nom avec celui de mon riche homo- 
nyme, 45, rue de Courcelles. » 

Pendant les sept dernières années de sa vie, Alexandre Weill vécut enfermé 
chez lui, sans sortir. Non qu'il lût malade. Mais il avait un grand dégoût denses 
contemporains. Sa femme était morte, il vivait en compagnie de ses deux se|r- 
vaotes, qui l'aidaient à relire et à corriger tous ses livres. Alexandre Weill leuj 
dédia une « idylle dramatique en vers », intitulée Christian et Christine (Paris, 
1896), qui porte en exergue : 

A Mademoiselle Marie Nievollet, 

ma fidèle et honnête servante depuis seize ans, 

Et à Mademoiselle Alice Barbebet, 

qui me sert fidèlement, depuis cinq ans, de servante et de secrétaire. 

2. Paris, Dentu, 1879. — Agathina Weill, née Marx, mourut le 20 octobre 
1878. Elle repose auprès de son mari, au cimetière Montmartre, où le passant 
s'arrête à lire l'épitaphe que lui a composée Alexandre Weill : 

Amis ! elle a quitté notre sainte phalange ! 

Ce n'est qu'à son départ que l'on reconnaît l'ange. 

Agathina était une femme d'une réelle distinction d'esprit. On pourra lire ses 
lettres, dont quelques-unes sont charmantes , dans le volume intitulé Lettres d'amour 
entre deux Epoux avant et après le mariage, depuis 18 il jusqu'à 1878, où Alexandre 
Weill a imprimé, sans la moindre pudeur, l'histoire de sa vie conjugale. 



LXX ACTES KT CONFÉRENCES 

s'adonner à sa flamme d'inspiré. Agathina comprenait qu'il en 
devait être ainsi. Elle était fière de son époux. Le ménage habita 
longtemps la maison qui porte le n° 11 du faubourg Saint-Honoré, 
près la rue Boissy-d'Anglas. Agathina y avait son magasin de 
modes, et elle offrait des soirées aux gens de lettres amis 
d'Alexandre Weill. 

Elle était modiste, il était prophète. Et lui-même se surnom- 
mait Ylsaie du faubourg Saint-Honorè. . . 

#** . 

Je voudrais caractériser rapidement ce prophète et le secret de 
ses prophéties. 

Mais d'abord, qu'est-ce qu'un prophète? 

— « Prophète, dit Littré, celui qui, chez les Hébreux, inspiré 
de Dieu, prédisait l'avenir. » 

Si tels Sont les dohs auxquels se reconnaît le « prophète », 
Alexandre Weill fut véritablement le dernier prophète d'Israël : né 
chez lés Hébreux, il se tenait pour inspiré de Dieu ' et il se flattait 
de révéler l'avenir. 

#** 

Depuis cette nuit mystique où une figure étlncelante était 
apparue au petit pâtre de Schirhof, et lui avait dit : « Jeune homme, 
lève-toi, ceins tes reins et va-t-en d'ici », Alexandre Weill se 
tenait pour l'élu du Seigneur, dans le même sens où le fut Moïse, 
dont il pensait être l'héritier direot et le légitime continuateur : 

Depuis Moïse, Josuê, Samuel, Isaïe; Amos et Jësiis (qui était un pro- 
phète Mosaïste) il n'y à pas eu, il ne pouvait pas y avoir un juif comme 

1. « ...La Vérité est que je ne médite pas. Je ne Cours jamais après une 
pensée. Les pensées sautent sur moi et me quittent de même, si je ne les retiens 
pas par la parole écrite. De là vient que je les appelle, peut-être à tort, des révé- 
lations. » (La Mission nouvelle, préface.) 

Dans cette singulière petite brochure, c'est Dieu qui parle, de la première à 
la dernière paige : • Je suis la Force-Justice, la Loi autonome et universelle, 
immuable, etc. » Dieu y commente son univers, Alexandre Weill tient la plume. 
Ce n'est point là un procédé littéraire. Le titre dit : « Révélations «. Les 
chapitres se nomment des « dictées ». L'auteur écrit, mais Dieu « dicte ». 



ALEXANDRE WEILL LXX1 



moi. Spinoza, tout en puisant ses principes dans Moïse, n'a pas compris 
ses vérités éternelles, à cause des falsifications pharisiennes qu'il n'a pu 
séparer pour les rejeter. Si un juif comme moi avait surgi, il y a seule- 
ment un siècle, il aurait été brûlé par les prêtres juifs et chrétiens, 
comme ils ont voulu le faire à Maïmonide, du moins envoyé aux galères. 
J'ai expulsé de l' Ancien Testament les fraudeurs de Moïse et consé- 
quemment du Nouveau Testament les fraudeurs de Jésus, qui en sont 
sortis. J'ai toujours eu la conscience de ma mission, même, je crois 
daus le ventre de ma mère, même dans mes errements politiques. 
Gomme Moïse, Yéovah m'a parlé dans mes songes. Je l'ai vu dans toute 
a splendeur de sa Loi immuable, conforme à la plus haute raison qui 
vient de lui, et qui ne vient que de lui l . . . 

Ces paroles nous donnent l'essentiel de la pensée d'Alexandre 
Weill. Leur sens vous sera plus accessible, quand je l'aurai rapporté 
à l'idée absorbante et unique, dont je vous disais, au début de 
cette causerie, qu'elle emplit ses innombrables livres. 

Cette idée, c'est que la plus grande fraude historique, religieuse 
et philosophique, qui ait jamais été commise, a été l'introduction 
mensongère et funeste de la fête du Grand-Pardon — ou de 
Kipoiir — dans la législation attribuée à Moïse par les rédacteurs 
du Pentateuque; que « depuis l'existence du monde, toutes les 
superstitions réunies de toutes les nations n'ont pas produit autant 
de malheurs, de crimes, d'infamies et de méfaits que la seule idée, 
la seule erreur de la possibilité du pardon, de V annulai' 1 on des effets 
dune cause, par la volonté dP, Dieu, soit par un miracle, soit par un 
caprice, soit par le simple repentir 2 » ; que l'idée du pardon est 
immorale, absurde, et proprement inintelligible ; qu'en effet elle est 
contraire aux lois de la justice et de la nature, qui sont l'émana- 
tion directe de Dieu ; qu'elle est donc injurieuse pour Dieu même; 
et que l'humanité ne trouvera le chemin du progrès et du bonheur, 
qu'en retournant à la vraie loi de Moïse, c'est-à dire à sa parole 
purifiée de cette impiété et de ce mensonge. . . 

La « mission » d'Alexandre Weill est de l'y conduire. 

C'est pour accomplir cette mission qu'Alexandre Weili a publié 

1. Code <P Alexandre Weill, page ix ; Paris, Sauvaitre, 1895. — A l'exemple 
de Moïse, Alexandre Weill se propose, dans ce livre, comme législateur. 

2. Ma Jeunesse, p. 83-84. 



LXXII ACTES ET CONFÉRENCES 

tant d'ouvrages que personne n'a lus ni ne lira jamais, et notam- 
ment ce grand commentaire des « Cinq livres (mosaïstes) de Moïse », 
où il affirme que deux religions cohabitent dans le Pentateuque, 
l'une de raison et de lumière, due à Moïse, et l'autre de thauma- 
turgie et de mensonge, due à Esra (Esdras) et aux docteurs de la 
Grande Synagogue ' . . . 

1. Les Cinq livres (mosaïstes) de Moïse, traduits textuellement s sur l'hébreu avec 
commentaires et étymologies, avec élimination des falsifications qu'Esra et la 
Grande Synagoaue ont frauduleusement mises dans la bouche de Moïse. — Cinq 
volumes, Paris," 1890-1891. 

Une bibliographie complète des œuvres d'Alexandre Weill serait malaisée à 
établir. Mais on peut esquisser un essai de classement. 

Romans. — Ce sont des histoires alsaciennes et juives [Emeraude, Couronne, 
Selmel, etc.) Alexandre Weill les a réunies en deux volumes [Mes Romans, Paris, 
1886), avec une préface de Henri Heine, assez moqueuse. 

Théâtre. — De même, il a réuni huit pièces, en prose ou en vers, dans Mon 
Théâtre (Dentu, 1885). Alexandre Weill était grand ennemi de la propriété litté- 
raire. Mais pourtant il se lamentait d'avoir été plagié par MM. Alexandre Dumas 
fils (dans Y Etrangère), Sardou (dans Divorçons), et Georges Ohnet (dans le 
Maître de Forges)... Plagiats peu croyables. Mais Alexandre Weill se jugeait 
dépouillé, et le supportait mal. 

Eu allemand : Zwei Jugenddramen (Zurich, 1896.) — Noch twei Jugend-Theater- 
stiicke (Zurich, 1896). 

Souvenibs. — Ma Jeunesse. — Souvenirs intimes de Henri Heine. — Histoire 
véridique et vécue de la Révolution de 1848 . — Lettres d'amour entre deux Epoux 
(1892). — Signalons aussi Y Introduction à mes Mémoires, donnée comme la 
« suite » de Ma Jeunesse. Les mémoires promis parce titre n'ont jamais paru. Ils 
eussent été terriblement sévères, et voisins du diffamatoire, à en juger par celte 
« introduction ». 

En allemand : Briefe hervorragender verstorbener Mànner Deutschlands (Zurich, 
188S). 

Histoire. — Vie de Schiller (Dentu, 1855). — Histoire de la grande guerre 
des Paysans (Poulet-Malassis, 1862). — Histoire de la guerre des Anabaptistes 
(Dentu, 1874). 

Vebs. — Blasphèmes (1861). — Agathina, ma femme ! Les grandes Juives de 
l'histoire (1879). — Lamartine et Hugo (1881). — Mes poésies d\imour et de 
jeunesse (1889). — Rimes alsaciennes (1889). — Le Nouvel Isaïe (1892). — En 
Démence (1894). — Epopée alsacienne ; Alsacien et Sémite (1895). — Rabbin et 
Nonne (1895). — Christian et Christine (1896). — Fables et Légendes d'or (1897). 

En allemand : Skizzenreime meiner Jugendliebe (1887). — Knittelverse eines 
Elsâsser Propheten (1885). 

Science e.t Philosophie. — La Parole Nouvelle (1872). — L'Athéisme déra- 
ciné (1878). — La Mission Nouvelle (1885). — Le Pentateuque selon Moïse (1886). 

— Le Centenaire de l'émancipation des Juifs (1888). — Lois et Mystères de l'amour 
(1887). — Si f avais une fille à marier. Si f avais un fils à élever (1891, réédition) 

— Les Cinq livres (mosaïstes) de Moïse (1890-91). — L'Art est une Religion et 
l'Artiste est un prêtre (1892). — Lois et Mystères de la Création (1897). — 
Etude comparative de la langue française avec l'hébreu, le grec et le latin (1898)- 

Brochures et pamphlets divers. — Hommes Noirs, qui êtes-vous? (1870). 
— Les Croquants financiers en vers (1861). — Fleurs d'esprit et de sagesse des 



ALEXANDRE WEILL LXXI1I 



Cette affirmation, nous devons en convenir, Alexandre Weill ne 
l'appuie que sur des raisonnements abstraits, et nulle part il ne 
l'accompagne du moindre essai de démonstration scientifique * . 
Mais qu'importe, si elle l'a mené à une pensée qui n'est pas dénuée 
d'une certaine grandeur farouche et sévère ? 

Alexandre Weill croit en Dieu et se confie (peut-être à tort) à la 
justice de la nature. Il croit que l'homme est libre et que le sort de 
l'homme est susceptible de se prédire, parce que, dans un temps 
donné, les suites de tout acte humain se mesurent à la valeur de cet 
acte, et contiennent l'expiation ou la récompense. Et il croit, en 
conséquence, que l'humanité est maîtresse de s'affranchir et de se 
rendre heureuse sur cette terre, dans la paix et dans la vertu, 
parce que Dieu respecte son œuvre et n'intervient pas dans les 
affaires du monde pour détruire ses propres lois par le pardon et le 
miracle, c'est-à-dire par l'arbitraire. 

#*# 

Il y a intérêt à considérer comment Alexandre Weill relie à 
cette philosophie sa théorie du prophétisme : 

Un prophète, dit-il *, n'est pas un prêtre ignorant qui, après avoir pen- 
dant des années avalé des erreurs religieuses et pris de nausées, vomit 
des prophéties miraculeuses sur ses concitoyens ; un prophète est un 
penseur, un logicien, un savant ayant pénétré les lois de la nature... 

Or, si Dieu pouvait pardonner, c'est donc que la nature cesserait 
d'exaucer le juste et de punir l'injuste : et la prophétie serait inter- 
dite. Aussi est-ce la fausse croyance dans la possibilité du pardon 
surnaturel, qui a fait péricliter l'esprit prophétique en Israël : 

rabbins (1885). — L'Esprit de l'esprit (1888). — Qu'est-ce que le rêve? (1872). 
— Lettres de vengeance d'un Alsacien (1S7I). — Paris- Mensonge (1887). — 
Epîtres cinglantes à M. Drumont (1888). — Mes Contemporains (1890). — Le 
faux Jésus-Christ du père Bidon (1898). 
Cette bibliographie est très imparfaite. 

1. Alexandre Weill émet une pareille hypothèse au sujet de {'Ethique de Spi- 
noza (Voir U Parole Nouvelle, p. S9 ; édition de 1892). Il voit des contradic- 
tions uans V Ethique et décide, en conséquence, qu'elle nest pas tout entière de 
Spiooza. Cela peut mettre en déliance. 

2. Lettres de vengeance d'un Alsacien, p. 16. 



LXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

Avec le système d'Esra basé sur le miracle et le pardoD des crimes, 
moyennant un bouc envoyé au diable, aucune prophétie n'est plus pos- 
sible. La prophétie est basée sur la loi immuable de Dieu, des causes et 
des effets par le Temps, chaque cause produisant son effet sans qu'aucun 
pouvoir puisse détacher les effets de sa cause par un miracle ou par le 
pardon, une action de vertu ou de justice produisant forcément un bien, 
et une action de vice et de crime force'ment le mal. Sur ce principe, le 
prophète, connaissant la loi de Dieu qui ne change jamais, peut prédire 
un avenir heureux, selon les vertus et les crimes des nations et de leurs 
chefs. Cette prophe'tie disparut force'ment dès que les nations admet- 
taient que Dieu change ou viole ses lois naturelles par un miracle ou 
le pardon, le miracle ou le pardon n'ayant pas d'autre raison d'être que 
d'annihiler ou de détacher les effets naturels de leurs causes. Il est vrai 
que cette fausse croyance des hommes n'a jamais eu la moindre influence 
sur Dieu, dont la loi fut, est et sera immuable et qui punira toujours, 
par la justice divine, les crimes invengés par la justice humaine, qua- 
druplement, tout en centuplant les récompenses des vertus et des devoirs 
accomplis des humains. De là tous les malheurs et toutes les misères 
des peuples croyant aux miracles et au pardon, vivant dans des erreurs 
religieuses et étant vicieux et criminels. Les Juifs n'y font point excep- 
tion. Leurs malheurs, qui sont sortis naturellement de leur fausse reli- 
gion esraïque et talmudique, ne les ont pas gue'ris de ces hére'sies. Et 
ces malheurs dureront aussi longtemps qu'ils ne retourneront pas à la 
religion de Moïse et qu'ils ne pratiqueront pas les lois et les vertus que 
Moïse leur a prescrites, au nom de Dieu dont, mieux que tout autre 
mortel, il a connu les lois et les voies de justice. 

Avec un Dieu qui change sa loi à volonté, ou qui peut la violer, 
comme le Ye'ovah d'Esra et des Pharisiens et le Dieu des chrétiens, il 
n'y avait plus de prophe'tie possible. Gomment menacer, au nom de la 
loi de Pieu, un roi criminel d'un châtiment de justice, dans un certain 
laps de temps, puisque dans ce même laps de temps le Dieu, au nom 
duquel parle le prophète, peut avoir change' de volonté' et de loi? Et 
voilà la raison pourquoi il n'y a plus eu de prophètes, ni sous le second 
temple, ni dans l'exil, ni pendant les siècles chre'tiens *. 

Mais Alexandre Weill est venu. , , Il connaît Dieu : « Dieu, c'est 
la Justice incorruptible, rien que la Justice, en vertu de laquelle 
tout existe, depuis le brin d'herbe jnsqu'a la planète. . . Jamais il ne 
détache un effet de sa cause, jamais il ne suspend sa loi, jamais il 
ne pardonne ! Toujours et partout la vertu produit paix et bonheur, 
et le vice guerre et malbeur, de même que la pourriture engendre 

1. Le Centenaire de l'Emancipation dès Suifs, p. 87- $8. 



ALEXANDRE WEILL LXXV 



vermine et gangrène, et la propreté santé et gaieté ' . » — Armé de 
ce déterminisme idéaliste, Alexandre Weill peut et sait prédire 
infailliblement, il est prophète. Et parmi les anciens prophètes, il 
choisit Isaïe comme son prototype et son modèle, parce qu'il aime 
son mépris des rites, sa sévérité contre les grands, et ses pro- 
messes d'universelle fraternité millénaire : 

Car de Sion sortira la loi, 

Et de Jérusalem la parole de l'Eternel. 

Il sera le juge des nations, 

L'arbitre d'un grand nombre de peuples. 

De leurs glaives ils forgeront des boyaux, 

Et de leurs lances des serpes ; 

Une nation ne tirera plus l'e'pée contre une autre, 

Et l'on n'apprendra plus la guerre *. 

Les curieux trouveront, dans les livres d'Alexandre Weill, bien 
des prédictions concernant les nations et les hommes. A croire 
leur auteur, toutes se sont accomplies, ou s'accompliront. Mais 
Alexandre Weill était si habile à deviner partout les marques de la 
justice de Dieu ! 

#** 

Ce Dieu impassible, qui jamais ne s'attendrit sur la créature, qui 
jamais ne pardonne, est-il vraiment le Dieu dont l'esprit a jadis 
parlé à Moïse sur le Sinaï ? — Du moins, c'est le Dieu qui anime 
Alexandre Weill. 

Son nom véritable est Justice. Toute sa vie et tant que sa vieil- 
lesse eut un souffle, Alexandre Weill a vainement servi ce dieu si 
ingrat, par l'offrande de ses ouvrages. C'est pourquoi nous nous 
interdirons de sourire de son mauvais style philosophique et nous 
consolerons sa mémoire en l'unissant, comme il souhaitait, à la 
lignée des grands « justiciers » d'Israël. 

1. Lettres de vengeance d'un Alsacien, p. 17. 

2. Isaïe, if, 3-4. — Ce « pacifisme » messianique d'Isaïe ne le détournait point 
d'être, dans le présent, un grand patriote. Voir ses effroyables oracles contre tous 
les ennemis d'Israël (Babylone, Moab...) et ses objurgations à son peuple: 
« Réveille-toi, révedle-toi, Jérusalem*.. » 



LA 

GENÈSE DE L'ANTISÉMITISME 

SOUS LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE 

CONFÉRENCE FAITE A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 
LE 14 AVRIL 1907 

Par M. I. LEVAILLANT. 



Mesdames et Messieurs, 

Si l'on admet que, dans l'histoire des sociétés humaines, tous les 
faits doivent logiquement s'enchaîner et qu'il n'y a pas plus de 
génération spontanée pour les phénomènes sociaux que pour les 
êtres vivants, l'historien ou le philosophe de l'avenir qui voudra 
remonter à la cause première de l'affaire Dreyfus ne laissera pas 
que d'être quelque peu embarrassé. Il n'éprouvera assurément 
aucune peine à reconnaître que seul le fanatisme est capable 
d'obscurcir les consciences au point de les rendre inaccessibles au 
sentiment de la justice, et il en conclura naturellement que l'affaire 
Dreyfus est née de l'antisémitisme, qu'elle en a été la manifestation 
la plus aiguë et la conséquence la plus douloureuse. Mais si, désireux 
d'aller plus au fond des choses, il s'efforce, suivant les règles d'une 
saine critique historique, d'expliquer le mouvement antisémite lui- 
même par les circonstances qui l'ont précédé, par le milieu où il 
s'est propagé, par le temps qui l'a vu naître, il aura la surprise de 
constater que ce mouvement s'est précisément produit dans le pays 
qui semblait offrir le terrain le moins favorable à son développement 



LA GENÈSE DE L'ANTISÉMITISME LXXVII 



et à une époque où les haines confessionnelles y paraissaient depuis 
longtemps et à jamais éteintes. 

C'est un singulier paradoxe, en effet, que, pendant un grand 
nombre d'années, une guerre acharnée ait pu être faite aux Juifs 
dans un des pays du monde qui comptent relativement le moins de 
Juifs. On comprend à la rigueur l'animosité dont on les poursuit 
chez les nations où ils forment des agglomérations nombreuses et 
compactes, où, de gré ou de force, ils vivent séparés des autres 
habitants, en Roumanie, par exemple, où ils sont 300.000, en 
Autriche -Hongrie, où ils sont 1.700.000, en Russie, où ils sont 
5 millions. Mais en France, depuis l'annexion de l'Alsace-Lorraine à 
l'Allemagne, ils sont à peine au nombre de 80.000. Disséminés dans 
tout le territoire, ne formant nulle part de groupement distinct, ils 
sont comme une poussière sans consistance ; même réunis et parqués 
dans une région déterminée comme le sont les Juifs de Russie, ils 
représenteraient tout juste l'équivalent d'un petit arrondissement 
de province. Et c'est pour avoir raison d'une minorité aussi infime 
qu'on a organisé une propagande effrénée, qu'on a fondé des comités, 
créé des journaux, qu'on a prêché la lutte sainte et qu'on s'est 
équipé et armé comme pour une véritable croisade. Il y avait une 
telle disproportion entre l'effort dépensé et le but poursuivi que 
l'entreprise cessait presque d'être lâche à force de paraître ridicule . 
Pour donner à cette campagne une apparence de légitimité, on a 
naturellement grossi l'importance du chétif adversaire qu'il s'agissait 
de réduire. On a non seulement prêté aux Israélites de France une 
puissance d'autant plus redoutable qu'on la disait plus mystérieuse ; 
mais on leur a attribué surtout des richesses fabuleuses. On a 
affirmé, non seulement dans les journaux, mais à la tribune de la 
Chambre des députés, qu'ils détenaient quatre-vingts milliards. 
Quatre-vingts milliards ! Vous figurez- vous ce que représente une 
pareille somme ? Mais quatre-vingts milliards pour 80.000 Juifs, ce 
n'est rien moins qu'un million en moyenne, non pas par famille, 
mais par tête 1 On peut supposer que, si ces pauvres inventions ont 
pu se répandre en France, — et elles y ont en effet trouvé créance 
chez un grand nombre d'esprits, — c'est qu'elles y ont rencontré un 
terrain tout préparé à les recevoir, qu'elles y sont tombées sur une 
Act. et conp. p 



LXXV11I ACTES ET CONFÉRENCES 



population aveuglée par des haines ataviques et des préjugés sécu- 
laires. Il n'en est rien pourtant. Je ne veux pas exagérer l'influence 
que les idées de la Révolution ont exercée sur les masses profondes 
de notre pays et, encore que notre population soit en générai d'in- 
telligence ouverte et de mœurs douces, je ne prétendrai pas qu'elle 
soit incapable en toutes circonstances de sentiments préconçus et 
même de fanatisme. Ce qui est vrai, c'est que, si elle a été imprégnée, 
dans des temps fort reculés, de la haine du Juif, elle s'en était depuis 
longtemps déshabituée. Il ne faut pas oublier que les Israélites, qui, 
au moyen âge, avaient été nombreux en France, dix fois plus 
nombreux peut-être qu'aujourd'hui, en furent expulsés par 
Charles VI, le 17 septembre 1394. Cet exil se prolongea pendant 
une longue série de siècles. A la veille de la Révolution, il n'y avait 
guère dans le royaume que les Juifs d'Alsace, que Louis XIV y 
avait trouvés au moment de la conquête, les Juifs portugais, qui 
avaient été autorisés à s'établir à Bordeaux après qu'ils eurent été 
bannis d'Espagne, et les Juifs du Comtat Venaissin, que la bienveil- 
lance des papes avait laissés subsister. A Paris même, les Juifs 
étaient 500 tout au plus, venus du Midi ou d'Alsace, dissimulés dans 
les faubourgs et que le gouvernement feignait d'ignorer plutôt qu'il 
ne les tolérait. Lors donc que la Révolution émancipa les Juifs, il y 
avait longtemps que la majorité de la nation ne les connaissait plus. 
L'image sous laquelle on lui avait appris à se les représenter ne les 
flattait peut-être pas. Mais les préventions qu'elle nourrissait contre 
eux, précisément parce qu'elles étaient suggérées, avaient néces- 
sairement quelque chose de superficiel, de factice, et ne sauraient se 
comparer à ces animosités profondes et implacables qui naissent, 
entre hommes que la religion divise, d'un contact prolongé et de 
conflits sans cesse renouvelés. 

Encore aujourd'hui, dans plusieurs de nos provinces, on ne sait 
pas, en dehors des villes, ce que c'est que le Juif et on ne le connaît 
guère que par les images d'Epinal. D'ailleurs, les pays qui sont 
réellement imbus de la haine du Juif, qui l'ont en quelque sorte dans 
les moelles et qu'on peut considérer pour cette raison comme les 
terres d'élection de l'antisémitisme, se distinguent par un signe 
certain : ce sont ceux que hante la légende du meurtre rituel. Cette 



LA GENESE DE L'ANTISÉMITISME LXXIX 

accusation sanguinaire, la plus inepte que l'histoire ait enregistrée, 
mais aussi la plus tenace, la plus rebelle à la raison, qui a résisté aux 
réfutations des savants, aux protestations des chrétiens éclairés et 
même au désaveu des papes, qu'on avait dirigée d'abord contre les 
premiers chrétiens et qu'on a détournée ensuite sur les Juifs, qui 
depuis des siècles a fait parmi ces derniers d'innombrables victimes, 
qui aujourd'hui encore sévit avec une extraordinaire intensité dans 
les pays d'Orient, en Asie-Mineure, en Russie, en Autriche et même 
en Allemagne, qui naguère a fait naître les drames de Tisza-Ezlar 
et de Konitz et qui, tout dernièrement, a été la cause occasionnelle 
des massacres de Kichinef, cette accusation, dis-je, est totalement 
ignorée en France, si l'on ne tient pas compte de quelques érudits, 
qui la connaissent comme ils peuvent connaître les superstitions des 
Arabes ou des Chinois. On a écrit en Allemagne toute une biblio- 
thèque sur le meurtre rituel ; c'est à peine si chez nous il a donné 
lieu à quelques rares opuscules, tant il y tient peu de place dans les 
préoccupations publiques. Et si d'aventure, dans un de nos villages, 
se rencontrait le concours fortuit de circonstances qui provoque 
d'ordinaire l'entrée en scène de la légende infâme, si, par exemple, 
à la veille des fêtes de Pâque, le cadavre d'un enfant ou d'une 
jeune fille était découvert en un lieu où l'on se souviendrait d'avoir 
vu passer quelque colporteur juif, il ne viendrait pas à l'idée même 
du paysan le plus arriéré de prétendre qu'un assassinat a été 
commis pour permettre aux Israélites de mêler du sang chrétien à 
leurs pains azymes. Cette constatation n'est-elle pas frappante? Et 
peut-on mieux montrer que la persécution contre Israël avait perdu 
dans notre pays ses véritables traditions et que, si l'antisémitisme s'y 
est manifesté en une poussée plus ou moins vigoureuse, il n'avait pu 
sortir spontanément d'un sol d'où il était depuis longtemps extirpé? 
Le caractère paradoxal de l'antisémitisme français apparaît 
d'autant plus nettement que le paradoxe se double ici d'un anachro- 
nisme. Que dans les pays où les Juifs sont en dehors du droit 
commun ils soient en butte à l'aversion et aux suspicions d'une 
foule ignorante, cela peut s'expliquer ; car la législation restrictive 
qui les opprime et que l'esprit d'intolérance a inspirée devient à 
son tour génératrice d'intolérance et entretient les mœurs barbares 



LXXX ACTES ET CONFERENCES 

dont elle est le reflet. Mettre des créatures humaines hors la loi, 
n'est-ce pas, en effet, les dénoncer comme des êtres inférieurs, qu'on 
peut légitimement molester, et les exposer à être traitées en parias? 
Mais fort heureusement, les idées de tolérance et de justice ont, elles 
aussi, une puissante vertu éducatrice et, lorsqu'une nation a réalisé 
dans ses lois l'égalité entre les confessions religieuses, elle en ressent 
de tels bienfaits qu'elle s'attache à sa législation nouvelle sans esprit 
de retour ; depuis la Révocation de l'Édit de Nantes, il est peut-être 
sans exemple, dans l'histoire de la civilisation moderne, que les 
conquêtes de la liberté de conscience n'aient pas été définitives. 

Or, il y a plus d'un siècle que la France, devançant toutes les 
nations du monde, a reconnu aux Juifs français le titre de citoyens. 
Et depuis cette séance mémorable du 21 décembre 1791, où l'As- 
semblée Constituante proclama leur émancipation, leurs droits n'ont 
jamais été, sauf un instant sous Napoléon I er , sérieusement contestés. 
La Restauration elle-même n'essaya pas de détruire sur ce point ou 
seulement d'amoindrir l'œuvre de la Révolution française. Sous le 
gouvernement de Louis-Philippe, il est vrai, quelques publications 
hostiles aux Israélites virent le jour. Pendant ce règne, les Israélites 
français, relevés depuis un demi-siècle seulement de leur longue 
déchéance, commençaient déjà à conquérir leur place au soleil. Un 
certain nombre d'entre eux se distinguèrent dans les lettres et dans 
les arts ; ils comptèrent dans leur sein des écrivains en vue, des 
avocats en renom, des musiciens illustres. Il y en eut qui se mêlè- 
rent activement à la bataille des idées et des systèmes ; on connaît 
notamment la part importante que certains Juifs originaires du 
Midi, comme Pereire et Olinde Rodrigues, prirent au mouvement 
saint-simonien. La monarchie de juillet vit également grandir la 
puissance d'une maison de banque juive qui joua un rôle considé- 
rable dans l'émission des emprunts d'Etat et devint pour ainsi dire 
un des facteurs du crédit public. On conçoit que cette ascension 
rapide d'une race affranchie de la veille ne laissât pas que d'éveiller 
les jalousies et les colères. Dès cette époque, l'influence des finan- 
ciers israélites provoqua un mouvement de protestation et de résis- 
tance, qui donna naissance aux livres de l'historien Capefigue et 
surtout au célèbre ouvrage de Toussenel, — plus célèbre peut-être 



LA GENESE DE L'ANTISEMITISME LXXXI 

q Ue lu — j les Juifs, Rots de V Epoque. Bien que cette campagne fût 
conduite avec une certaine vigueur et avec un incontestable 
talent, elle resta entièrement confinée dans les cercles littéraires ; 
elle n'exerça pas d'action sérieuse sur l'opinion et n'en exerça 
aucune sur les pouvoirs publics. Ce fut sous le gouvernement de 
Louis-Philippe que les dépenses du culte israélite furent inscrites 
pour la première fois au budget de l'État et ce fut sous le même 
règne, en 1839, que disparut, avec le serment morejudaico, le dernier 
vestige des différences légales qui séparaient Juifs et chrétiens. 

Avec la Révolution de 1848 se produisit un fait nouveau, qui 
montra d'une façon particulièrement caractéristique que toutes les 
barrières élevées devant le Juif par les lois et les mœurs étaient 
définitivement renversées. Deux Israélites successivement furent 
appelés au pouvoir. Crémieux fut membre du gouvernement provi- 
soire et se signala en cette qualité par deux grandes mesures d'hu- 
manité et de justice : la suppression de la peine de mort en matière 
politique et l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Et 
je me souviens d'avoir assisté dans ma jeunesse à une assemblée 
générale de Y Alliance israélite universelle, assemblée présidée par 
Crémieux et devant laquelle le célèbre avocat déclara, non sans 
émotion, qu'il avait éprouvé un certain orgueil à contribuer, lui 
Juif, à l'affranchissement d'une race. Un autre Israélite, Michel 
Goudchaux, devint ministre des finances dans le cabinet formé par 
le général Cavaignac et laissa derrière lui le souvenir d'une rare 
capacité unie à l'intégrité la plus haute et au plus noble désintéres- 
sement. Du reste, tant que dura la République de 1848, le Juif eut 
rarement à souffrir des passions qui s'entrechoquaient pendant cette 
période tourmentée ; alors que tout se discutait, ses droits restèrent 
hors de conteste. Il y a eu un moment, dans quelques villages d'un 
coin de l'Alsace, des désordres dirigés contre les Israélites ; mais 
d'un caractère purement local, ils furent vite réprimés et n'eurent 
aucune répercussion au dehors. Et lorsque, en 1851, la réaction 
étant triomphante, un ministre clérical voulut imposer un change- 
ment de poste à un professeur de philosophie d'un lycée de Bre- 
tagne, qu'un évoque fanatique avait dénoncé comme Juif, l'émotion 
considérable que souleva ce mince incident vint montrer combien 



LXXX1I ACTES ET CONFÉRENCES 

fortement les idées de tolérance s'étaient enracinées dans les esprits. 

La situation des Juifs français s'affermit encore durant les dix-huit 
années du règne de Napoléon III. S'il m'était permis ici de faire 
allusion aux luttes politiques où j'ai eu jadis un modeste rôle, je 
serais en droit de dire que je ne suis pas suspect de partialité pour 
le régime issu du coup d'Etat du 2 décembre ; mais je dois à la 
vérité de reconnaître qu'on chercherait vainement dans l'histoire 
du second Empire la moindre trace d'antisémitisme. Je dois même 
ajouter que le second Empire s'honora plusieurs fois en se faisant 
en Europe le champion de la liberté de conscience et le protecteur 
des Juifs persécutés. Napoléon III intervint personnellement en 
faveur des Juifs roumains, qui avaient été à cette époque, comme 
tout récemment encore, victimes d'émeutes populaires. Et ce fut à 
la suite de négociations engagées par la diplomatie impériale et 
qu'un vote unanime du Sénat avait encouragées que la Confédération 
helvétique fut amenée, en 1864, à concéder aux Israélites des droits 
qu'elle leur avait jusqu'alors refusés. Le gouvernement de la troi- 
sième République aurait-il osé, dans ces dernières années, braver 
les colères que de semblables démarches de sa part auraient déchaî- 
nées dans le camp antisémite? Oserait-il même les braver à l'heure 
actuelle? A cette question j'hésite à répondre, ne pouvant oublier 
l'accueil plein d'indifférence, sinon de dédain, que rencontrèrent 
auprès du gouvernement de la République les généreuses et coura- 
geuses initiatives prises par l'illustre président Roosevelt en faveur 
des Juifs de Roumanie et plus tard en faveur de nos malheureux 
coreligionnaires de l'empire russe. Quoi qu'il en soit, les démarches 
que je viens de rappeler ne soulevèrent pas sous l'Empire ombre de 
critique. Tant il est vrai que le principe de la liberté de conscience 
avait cessé d'être le principe exclusif d'un parti politique et était 
devenu comme une portion du patrimoine moral du pays tout entier. 

Aussi bien, la guerre de 1870, qui exalta si violemment le sen- 
timent patriotique et l'égara même parfois au point d'éveiller les 
défiances les plus injustes contre tout élément en apparence 
étranger, ne donna-t-elle jamais lieu, contre le patriotisme des Juifs 
français, à la manifestation de ces soupçons injurieux qu'on leur 
a plus tard prodigués si volontiers. L'Alsace, qui a été le premier 



LA GENESE DE L'ANTISÉMITISME LXXX1II 

théâtre de la guerre et qui devait en être l'enjeu, était, après Paris, 
la province de France qui comptait le plus d'Israélites. Israélites et 
chrétiens y furent parfaitement unis dans la lutte contre l'enva- 
hisseur. En Alsace, comme dans le reste du pays, les Juifs firent 
leur devoir et rivalisèrent avec les chrétiens de patriotisme et de 
dévouement. Détail caractéristique à noter : après le traité d'an- 
nexion, ce fut parmi les Juifs d'Alsace qu'il y eut, relativement à 
leur nombre, le plus d'émigrants. 

On conçoit donc qu'à l'aurore de la troisième République aucun 
sentiment hostile aux Juifs ne se soit fait jour au sein de la nation 
française. Les graves événements qui venaient de bouleverser le 
pays, la guerre, la chute de l'Empire, la Commune, avaient laissé 
derrière eux bien des ferments de discorde ; ils n'engendrèrent pas, 
du moins, de querelles religieuses. Même au sein de cette Assemblée 
nationale, qui a voué la France au Sacré-Cœur, qui avait rêvé de res- 
taurer l'ancien régime et de rétablir le pouvoir temporel des papes, 
il ne s'éleva jamais une seule voix, fût-ce des bancs de la droite 
ultramontaine, pour menacer les Juifs dans leurs droits ou seulement 
pour prononcer contre eux une parole désobligeante. De même, le 
gouvernement du 16 mai se garda de leur témoigner une antipathie 
particulière. Il les trouva pourtant presque tous sans exception dans 
les rangs de ses adversaires ; mais ce n'est que plus tard qu'on 
songera à leur faire expier leur attachement à la République. 

Au lendemain de la période du 16 mai, le parti républicain, défi- 
nitivement installé au pouvoir, ne pouvait évidemment que montrer 
des dispositions bienveillantes à l'égard des Juifs, qui avaient été ses 
fidèles partisans, dont un grand nombre avaient combattu dans ses 
rangs et contribué à sa victoire. Dès la première heure, les Juifs 
avaient salué avec enthousiasme l'avènement de la République : ils 
voyaient en elle le couronnement nécessaire de cette Révolution 
française qui les avait rétablis dans leurs droits d'hommes et leur 
avait rendu une patrie. Il est donc naturel que le parti républicain 
n'ait pas voulu les exclure de son triomphe et que les différents 
ministères qui se sont succédé aux affaires, après la chute de l'ordre 
moral, ne leur aient refusé ni sympathie, ni protection. Leur situation 
morale et matérielle continua donc à se développer à l'abri des lois 



LXXXIV ACTES ET CONFÉRENCES 

égales pour tous ; quelques-uns d'entre eux furent investis d'impor- 
tantes fonctions publiques ; il y eut même, comme en 1848, des 
Juifs ministres, sans que personne s'avisât de s'en étonner et de s'en 
irriter. Et la même politique de tolérance et de libéralisme, l'in- 
fluence de la France la faisait prévaloir dans les conseils de l'Eu- 
rope ; c'est sur la proposition du ministre français, M. Waddington, 
appuyé par Disraeli, qu'en 1878 le Congrès de Berlin proclama 
l'émancipation des Juifs des royaumes danubiens. Grâce à la 
France, la liberté de conscience, si longtemps contestée, devenait 
une des bases du droit international. 

Et c'est quand l'œuvre de la Révolution venait de recevoir ainsi 
la plus éclatante des consécrations que nous allons la voir battre 
en brèche par l'antisémitisme. Chose inattendue ! la question juive 
se posa de nouveau devant le pays à un moment où non seulement 
on pouvait la croire depuis longtemps et irrévocablement tranchée, 
mais où elle semblait complètement oubliée. 

Pour s'expliquer cette anomalie, il faut se souvenir que l'antisé- 
mitisme contemporain n'est pas un produit français ; il nous est 
venu d'Allemagne, de cette Allemagne où les luttes confessionnelles 
sont de tradition, où a toujours prédominé l'esprit de caste et qui, à 
la suite de ses dernières victoires, avait poussé jusqu'au paroxysme 
l'orgueil de race. A ce point de vue, il est peut-être exact de dire 
que l'antisémitisme fut une des conséquences et non des moins 
funestes de la guerre de 1870, qui a été, d'ailleurs, d'une manière 
générale, l'origine première du déclin des idées libérales en Europe. 

Moins heureux que leurs coreligionnaires de France, quoique 
infiniment plus nombreux, les Juifs allemands n'ont été émancipés 
qu'en 1869. On devine que ce n'est pas sans se heurter à une vio- 
lente résistance des préjugés et des intérêts coalisés qu'ils purent 
entrer en jouissance des droits qu'ils venaient de conquérir. Ce 
fut du camp des piétistes protestants que partit contre eux le 
signal des hostilités. Un des prédicateurs de la Cour de Prusse, le 
pasteur Stoecker, fulmina du haut de la chaire évangélique contre 
les dangers dont, selon lui, les Juifs menaçaient la société chré- 
tienne, et ses excitations, que d'augustes adhésions semblaient 
encourager, produisirent une impression profonde. On vit rapide- 



LA GENESE DE L'ANTISEMITISME LXXXV 

ment se lever les semences de haine que la parole du pasteur 
Stoecker avait jetées au vent, mais ce fut surtout dans l'Allemagne 
catholique qu'elles fructifièrent. On était alors au plus fort du 
KuïturTcampf. Dans le conflit engagé entre le nouvel Empire et 
l'Eglise romaine et qui devait se terminer par la capitulation de 
l'Empire, M. de Bismarck avait pour allié le parti national libéral, 
dont un des principaux chefs était un Juif, le député Lasker, et 
était soutenu par les journaux libéraux, qui comptaient des Juifs 
parmi leurs rédacteurs. Le parti catholique al'emand eut l'habileté de 
mettre ces circonstances à profit pour opérer une diversion : à la lutte 
contre l'ultramontisme, il opposa la lutte contre le sémitisme. La 
manœuvre réussit à souhait et trouva naturellement des imitateurs. 

Elle en rencontra même en France. Mais il serait insuffisant et 
peut-être puéril d'expliquer le succès de cette importation par la 
tendance qu'ont les Français à s'engouer des modes venues de 
l'étranger. Non ! Si le cri de haine qui a retenti en Allemagne contre 
les Juifs ne s'est pas éteint de ce côté du Rhin dans l'indifférence et 
le silence, s'il s'y est répercuté, au contraire, en échos stridents et 
prolongés, c'est qu'il y est venu à point nommé pour servir de cri 
de ralliement à un parti politique en déroute. Ce parti est le parti 
clérical. Il avait besoin d'un dérivatif au courant d'impopularité qui 
l'avait submergé. L'antisémitisme est venu le lui fournir. 

A deux reprises, au 24 mai 18*73 et au 16 mai 18*77, le parti 
clérical s'était engagé dans une lutte à outrance pour retenir le 
pouvoir et l'influence qui lui échappaient ; il en était sorti écrasé. 
Le parti vainqueur avait poursuivi sur lui ses avantages en dis- 
persant les congrégations d'hommes non autorisées, mesure plus 
ou moins efficace, mais qui, sans précédent depuis la Révolution, 
parut d'une audace extraordinaire. Puis, la défaite politique s'était 
aggravée d'un désastre financier. La banque qu'on avait créée pour 
servir les intérêts catholiques s'était effondrée, entraînant dans sa 
ruine de nombreuses fortunes. On avait, en effet, eu la singulière 
idée de fonder, sous le nom d'Union générale et sous la direction 
d'un ancien député clérical, une institution financière qui affichait 
hautement le but de devenir l'instrument de la puissance catho- 
lique. Parce qu'il y avait des Juifs banquiers, on s'était imaginé 



LXXXVI ACTES ET CONFÉRENCES 

qu'il y avait une banque juive, c'est-à-dire un pouvoir d'argent 
mystérieux et anonyme qui poursuivait par des voies occultes des 
visées hostiles au catholicisme et qui, s'étant fait le commanditaire 
du parti républicain, avait seul pu, disait-on, lui procurer la vic- 
toire. A cette œuvre diabolique on avait jugé nécessaire d'opposer 
une banque chrétienne. L'entreprise eut de brillants débuts et sem- 
blait avoir devant elle un magnifique avenir. Songez donc ! elle 
devait accaparer la clientèle catholique, qui était immense, et tra- 
vailler avec tout l'or des congrégations. En peu de temps, les 
actions de Y Union générale montèrent à des cours fantastiques. 
Lorsqu'enfin le mirage se fut dissipé et que la catastrophe se fut 
produite, on s'en prit aux Juifs, qui, par d'adroites manœuvres, 
se seraient débarrassés d'une redoutable concurrence et dont une 
magistrature complaisante aurait, par des arrestations injustifiées, 
secondé les coupables desseins. Les Juifs n'y étaient pour rien ; les 
débats judiciaires qui eurent lieu dans la suite établirent queY Union 
générale avait été le propre artisan de sa déconfiture, qui était due 
à de folles imprudences, à des spéculations effrénées et même à 
des pratiques délictueuses. Mais la légende était née et beaucoup 
d'esprits superficiels ou prévenus étaient dès lors convaincus que 
c'était l'or juif et l'influence juive qui avaient précipité la débâcle 
de Y Union générale et causé la détresse de nombreuses familles 
catholiques. On peut affirmer avec une certitude presque absolue 
que c'est à l'instant précis où Y Union générale a sombré qu'a germé 
l'idée qui a été le principal levier de la propagande antisémite et 
qui a consisté à rendre les Juifs responsables en bloc de toutes les 
calamités publiques. Quand ensuite on se fut aperçu par l'exemple 
de l'Allemagne que les vieux préjugés qui animaient contre les Juifs 
la chrétienté du moyen âge n'étaient qu'assoupis au fond des cœurs 
et qu'il était possible de les réveiller au moyen d'excitations éner- 
giques et soutenues, qu'on pouvait rallumer les haines d'autrefois 
en soufflant sur les cendres mal éteintes où elles couvaient encore, 
on eut vite fait d'ériger l'idée née d'un événement accidentel en un 
système général d'attaque et de défense. Dénoncer le Juif comme 
l'ennemi de la prospérité nationale, exagérer sa puissance, lui 
attribuer tous les pouvoirs afin de lui imputer toutes les fautes, le 



LA GENESE DE L'ANTISEMITISME LXXXVII 

rendre suspect aux masses populaires pour pouvoir les mieux 
détourner des principes de liberté dont il est l'incarnation vivante, 
tel a été le plan de bataille à l'aide duquel le cléricalisme a voulu 
prendre sa revanche des échecs mutipliés qu'il avait subis. Le plan 
était bien conçu et a été bien près de réussir. 

Si l'antisémitisme a fini par exercer de grands ravages en France, 
on comprend pourtant qu'il n'ait pu s'y implanter du premier coup. 
Comme pour toute entreprise d'acclimatation, il y a eu une série 
de tâtonnements et d'essais. Dès le lendemain même de la cam- 
pagne du pasteur Stoecker, un certain nombre de journaux conser- 
vateurs dirigèrent contre les Israélites des attaques tout d'abord 
timides et réservées, mais qui, devant l'indifférence tant du public 
que des intéressés eux-mêmes, devinrent peu à peu plus violentes. 
L'antisémitisme naissant voulut, en outre, avoir ses journaux spé- 
ciaux. Il a paru notamment à Paris, en 1883, sous le titre Y Anti- 
sémitique, une feuille hebdomadaire qui s'était donné pour tâche de 
couvrir d'invectives les Israélites quelque peu en vue. Mais toutes 
ces tentatives avortèrent. L'esprit public n'était pas encore mûr 
pour une pareille propagande. Le mouvement antisémite, station- 
naire durant plusieurs années, ne prit réellement son essor qu'avec 
la publication en 1886 de la France juive de M. Drumont. On peut 
dire de M. Drumont que, s'il n'a pas été le promoteur de l'antisémi- 
tisme français, il en a été le véritable fondateur. 

Vous connaissez sans doute ce livre. Le titre même en révélait la 
pensée dominante. La France juive, cela voulait dire que quarante 
millions de Français étaient gouvernés, tyrannisés et exploités par 
quatre-vingt mille Israélites. Pour étayer cette thèse stupéfiante, 
M. Drumont imagina un procédé très simple. Tous les événements 
fâcheux dont le pays avait eu à souffrir, tous les désastres qui 
l'avaient frappé, tous les scandales dont il s'était ému, M. Drumont 
en attribua invariablement la cause aux Israélites. Il fit preuve à 
cet égard d'une audace dans l'affirmation véritablement extraordi- 
naire. C'est ainsi qu'il appela la guerre de 1870 « la guerre juive » . 
C'est ainsi encore qu'il prétendit que la Commune avait eu une 
« face juive » ; la preuve, c'est « qu'elle n'avait pas incendié une 
seule des maisons des Rothschild » et « qu'ensuite — résultat 



LXXXVIII ACTES ET CONFERENCES 

autrement important — elle avait fait égorger trente mille Français 
par des Français ». Comme les accusations portées contre les Juifs 
en général n'auraient pas suffi pour donner au livre le piquant et 
l'attrait voulus, M. Drumont les releva et les agrémenta d'attaques 
personnelles dirigées contre une quantité innombrable de Juifs en 
particulier, ce qui était un moyen bien plus sûr d'éveiller la curio- 
sité du lecteur. Tous les Israélites qui, dans la presse, dans la poli- 
tique, dans les fonctions publiques ou dans les affaires, jouissaient à 
un titre quelconque de la moindre notoriété, ceux même dont les 
noms avaient été accidentellement prononcés dans un procès ou 
dans un fait-divers de journal, étaient pris à partie dans la France 
juive de la façon la plus malveillante; leurs actes les plus simples 
et même les plus louables étaient travestis et présentés sous un 
jour odieux ou ridicule. La liste de ces victimes du dénigrement 
systématique était, pour faciliter les recherches de la malignité 
publique, réunie dans un index placé à la fin de l'ouvrage, index 
qui n'a pas été une des moindres causes de son succès et qui a 
permis plus tard à un magistrat de qualifier le livre de M. Drumont 
de « Bottin de la diffamation ». Pour figurer, du reste, sur ces 
tablettes de la calomnie qui pouvaient devenir des tablettes de pros- 
cription, il n'était pas indispensable d'être Juif : il suffisait d'avoir 
un nom à physionomie vaguement hébraïque. 

Mais ce qui caractérisait surtout la France juive, ce qui en faisait 
ressortir le véritable but et en décelait les arrière-pensées, c'est 
qu'elle fut moins un acte d'accusation contre Israël qu'un réquisitoire 
contre le régime républicain. La République y était plus maltraitée 
encore que le judaïsme et Gambetta y tenait beaucoup plus de 
place que M. de Rothschild. Comme au moment où le livre a été 
écrit, la République était gouvernée par les amis de Gambetta et de 
Ferry, par ceux qu'on appelait alors les opportunistes, M. Drumont 
s'est naturellement évertué à créer entre l'opportunisme et les Juifs 
des liens d'étroite solidarité, afin de pouvoir faire rejaillir sur l'un 
le discrédit dont il espérait couvrir les autres. Tirant parti de ce 
qu'il y avait parmi les amis et les collaborateurs de Gambetta 
quelques Israélites marquants, tels que Raynal et M. Joseph Reinach, 
il a représenté les Juifs comme ayant totalement asservi l'oppor- 



LA GENÈSE DE L'ANTISÉMITISME LXXX1X 

tunisme. Vous savez, Mesdames et Messieurs, que plus tard il les 
accusera de même d'avoir complètement domestiqué le socialisme. 

Ce qui prouve qu'en attaquant les Juifs il visait principalement 
le gouvernement de la République, c'est qu'il ménagea intention- 
nellement tous les partis qui combattaient les hommes alors au 
pouvoir. Bonapartiste d'origine et de tempérament, il se montre 
inconsolable, dans son livre, de l'échec des tentatives de restaura- 
tion de Henri V et attribue cet échec aux Juifs, qui, « dès 18*73 
avaient pris ouvertement la direction du mouvement républicain à 
Paris ». En même temps, il est plein de tendresse pour les sur- 
vivants de la Commune. Il s'ingénie de toutes façons à flatter, à 
séduire et à entraîner les socialistes et les révolutionnaires. Faisant 
appel aux convoitises de la foule, comme à ses préjugés, il n'hésite 
pas à lui présenter le pillage comme la fin dernière de l'antisé- 
mitisme. « On distribuera tous ces biens mal acquis à tous ceux qui 
prendront part à la grande lutte qui se prépare, comme on a dis- 
tribué jadis des terres et des fiefs aux plus courageux. » M. Drumont 
n'est-il pas dès lors fondé à soutenir que l'antisémitisme se confond 
avec l'anticapitalisme et que, par conséquent, il tend au même but 
que le socialisme? Aussi bien n'est-il pas embarrassé pour signaler 
aux ouvriers un moyen commode et expéditif de réaliser toutes leurs 
revendications du premier coup, « Avec cinq ou six milliards 
comptant, prélevés sur les 80 milliards dont on aurait préalablement 
dépouillé les Juifs, on exproprierait certainement assez d'usines pour 
permettre aux ouvriers d'expérimenter leurs doctrines sociales. » 
Ainsi que vous le voyez, tout le plan de campagne qu'on a suivi 
plus tard pour donner l'assaut à la République et qui a consisté à 
réunir pour un même combat les partis les plus opposés par leurs 
doctrines et par leurs traditions, à exploiter à la fois les instincts 
rétrogrades et les passions révolutionnaires, les plus respectables 
sentiments de patriotisme ou de piété et les plus vils appétits, se 
trouve déjà, non seulement ébauché et esquissé, mais tracé et 
parachevé avec tous ses détails de tactique et de stratégie, dans le 
volumineux pamphlet de M. Drumont. 

La France juive eut un succès de librairie considérable, mais ce 
fut essentiellement un succès de curiosité et de scandale, qui 



XC ACTES ET CONFERENCES 



paraissait devoir rester sans lendemain. Il ne semblait pas qu'un 
livre dont les exagérations étaient criantes et les inexactitudes 
monstrueuses dût laisser dans les esprits une impression durable. 
Cependant l'antisémitisme venait de se révéler comme un filon trop 
fructueux pour pouvoir être abandonné. Quelques journaux de droite 
et de gauche voulurent tirer profit de la veine que Drumont avait 
ouverte et les attaques contre les Juifs devinrent plus fréquentes, 
aussi bien dans la presse avancée que dans la presse conservatrice. 
M. Drumont lui-même s'appliqua à ne pas laisser pâlir sa renommée ; 
il débita son livre en tranches, sous forme de conférences ; il organisa 
des meetings et fut secondé dans cette œuvre de diffusion populaire 
par un gentilhomme décavé, le marquis de Mores, et un commerçant 
failli, M. Jules Guérin. Avec le même Jules Guérin, futur héros du 
fort Chabrol et futur condamné de la Haute-Cour, qui se préparait 
dès cette époque à devenir l'homme des coups de main de l'anti- 
sémitisme, il fonda la Ligue antisémitique, qui n'a jamais eu que peu 
d'adhérents effectifs, mais qui suppléa au nombre par une extrême 
audace. Il publia enfin, comme suite à la France juive, sous les 
titres de « la Fin d'un Monde » et de la « dernière Bataille », de 
nouveaux écrits conçus dans le même esprit. Mais le résultat de 
tous ces efforts tentés pour renforcer le mouvement et le précipiter 
ne se fit que lentement sentir. L'antisémitisme ne commença à faire 
figure et à exercer sur l'opinion une action appréciable que plus 
tard, en 1889 et 1890. Ce n'est pas que la propagande des premières 
années demeurât vaine et stérile; mais noyée en quelque sorte dans 
la propagande boulangiste, ce n'est pas à l'antisémitisme qu'elle 
profita tout d'abord, mais au boulangisme. 

L'apparition du boulangisme, il convient de ne pas l'oublier, 
suivit de près celle de l'antisémitisme. Le boulangisme et l'antisé- 
mitisme étaient les produits de la même époque troublée. Ils étaient 
nés l'un et l'autre au moment où la République se trouvait aux 
prises avec ses premières difficultés, après les dissensions politiques 
causées par la guerre du Tonkin, après les élections si disputées 
d'octobre 1885, au lendemain des scandales de l'affaire Willson, 
à la veille de ceux du Panama. L'un et l'autre ont cherché à 
exploiter tous les mécontentements et à les réunir en un faisceau 



LA GENÈSE DE L'ANTISÉMITISME XCI 

contre la République. Le boulangisme et l'antisémitisme étaient 
comme deux courants issus presque à la même heure de sources 
différentes et qui, roulant sur la même pente, finirent par mêler 
leurs eaux. L'antisémitisme, absorbé d'abord par le boulangisme, 
semblait disparu ; mais telle une rivière de montagne entre dans le 
lac à l'état de maigre ruisseau et en sort fleuve impétueux, tel l'an- 
tisémitisme, après s'être perdu dans le boulangisme, reparut grossi 
et renforcé. On se souvient que, grâce à l'influence de M. Naquet 
sur le général Boulanger, le parti boulangiste, malgré les tendances 
individuelles de la plupart de ses membres, refusa longtemps de 
s'associer, officiellement du moins, à la guerre contre les Juifs. 
Cependant, lorsqu'affaibli par de graves échecs électoraux, il dut 
rechercher le moyen de ressaisir la popularité qui lui échappait, il 
délibéra sur le point de savoir s'il ne prendrait pas la tête de la 
campagne antisémitique. Quand enfin, aux élections générales de 
1889, il fut définitivement vaincu et qu'après le suicide du général 
il fut forcé de se dissoudre et de disparaître de la scène politique, 
ce fut l'antisémitisme qui recueillit son héritage et qui rallia ses 
troupes débandées. Ce sont les débris de l'état-major boulangiste, 
les Francis Laur, les Delahaye, les Thiébaut, les Millevoye, les 
Turquet, qui formèrent les premiers cadres de l'antisémitisme. 

Cette évolution du boulangisme en antisémitisme se manifesta 
pour la première fois à la Chambre des Députés en mars 1889, 
quand, à l'occasion de l'affaire des cuivres et de la déconfiture du 
Comptoir d'Escompte, M. Francis Laur dirigea, du haut de la 
tribune, de virulentes attaques contre les Juifs en général et en 
particulier contre M. de Rothschild, qui venait pourtant, en contri- 
buant pour une large part au salut du marché français, de rendre 
au pays un service éminent, hautement reconnu à la tribune par le 
Ministre des Finances, M. Rouvier. Quelques semaines plus tard 
eurent lieu les élections générales de 1889, qui, ainsi que je viens de 
le dire, marquèrent la débâcle du boulangisme et où M. Laur lui- 
même fut battu. Mais, en janvier 1890, M. Laur se présenta de nou- 
veau dans une élection partielle, à Neuilly. Au cours de sa campagne 
électorale, il organisa dans cette ville une réunion publique, qui fut 
surtout dirigée contre les Juifs et qui consomma la transformation du 



XC11 ACTES ET CONFÉRENCES 

boulangisme en antisémitisme. On y voyait confondus les coryphées 
des deux partis ; les Laur et les Déroulède y fraternisaient avec les 
Mores et les Drumont. On s'y livra naturellement contre les Juifs 
aux excitations les plus haineuses, excitations qui, à ce moment-là 
encore, pouvaient sembler inoffensives, mais qui avaient cela de 
grave que c'était pour la première fois que l'antisémitisme appa- 
raissait aux comices et arborait son programme de violence et de 
proscription devant le corps électoral. 

L'antisémitisme, de simple secte irrégulière qu'il était, se trou- 
vait ainsi élevé au rang de parti politique; il eut donc à cœur de 
s'affirmer désormais comme groupement autonome et il n'hésita 
plus à produire au grand jour ses revendications, même les plus 
brutales et les plus audacieuses. Dans les premiers jours de 
novembre 1891, M. Laur déposa sur le bureau de la Chambre une 
proposition de loi tendant à l'expulsion de tous les Juifs de France. 
Qu'il se fût trouvé un halluciné ou un cynique pour désigner au 
bannissement et à la spoliation un grand nombre de ses concitoyens, 
cela n'avait rien de bien extraordinaire; de tout temps, on a vu 
surgir dans les assemblées des motions excentriques. Ce qui était 
inouï, c'est que la Chambre n'eût pas couvert de huées d'indigna- 
tion la proposition insensée ou criminelle qu'elle venait d'entendre. 
Et ce qui était plus stupéfiant encore, c'est qu'il y eut trente-deux 
députés pour l'appuyer. Décidément, l'antisémitisme avait fait du 
chemin et pouvait désormais tout oser. 

Encouragés par l'indifférence des partis politiques ou par leur 
lâcheté, les antisémites redoublèrent d'activité. Ils multiplièrent les 
réunions, inondèrent le pays d'écrits de toute sorte et envoyèrent 
des émissaires dans tous les coins de la France. Sous différents 
titres : « les accapareurs », « les Juifs maîtres de la France », 
Mores, Guérin et d'autres orateurs du parti firent successivement 
des conférences dans les différents quartiers de Paris et dans plu- 
sieurs villes de province, à Lille notamment et à Bordeaux. La 
conférence de Lille eut cela de caractéristique qu'elle eut lieu devant 
un auditoire composé presque entièrement de prêtres et de notabi- 
lités du catholicisme lillois. C'était la preuve que le cléricalisme 
n'hésitait plus, pour rétablir ses affaires, à confondre ses intérêts 



LA GENESE DE L'ANTISEMITtSME XCllI 

avec ceux de l'antisémitisme. Mais un parti que des adhésions 
chaque jour plus nombreuses venaient ainsi grossir, qui avait mani- 
festement le vent en poupe et qui se sentait en plein développement, 
ne pouvait plus se contenter d'instruments de propagande lente et 
limitée, tels que la conférence et le pamphlet. Pour accélérer la 
mouvement qu'il avait créé, il lui fallait le puissant et irrésistible 
outil qui s'appelle un journal. Le 20 avril 1892, M. Drumont fit 
paraître le premier numéro de la Libre Parole. 

La Libre Parole n'était pas montée comme un autre journal. 
Comme elle se proposait de jeter la déconsidération sur ses adver- 
saires, les Juifs et les judaïsants — les judaïsants, c'étaient tous 
les républicains, — elle avait besoin, pour pouvoir se livrer à cette 
besogne tout à son aise, d'intimider ses victimes, de leur inspirer la 
crainte et la terreur. Elle eut donc une double organisation. A côte 
de l'équipe des rédacteurs qui avaient mission d'exploiter le scandale 
de chaque jour et de l'inventer au besoin, elle constitua, sous la raison 
sociale : Mores et ses amis, un groupe d'hommes d'action qui 
devaient fréquenter les meetings, faire le coup de poing, le cas 
échéant, et se battre en duel. Ce groupe se composait de M. de Mores, 
qui était non seulement un joueur ruiné, mais aussi un bretteur émé- 
rite, du serrurier Vallée, qui, suivant le portrait qu'en traçait la Libre 
Parole, « était taillé en Hercule », de Guérin, le commerçant failli, 
« qui avait pour biceps un énorme morceau de fer », et d'un certain 
nombre de bouchers de la Villette. M. Drumont définissait ainsi les 
services qu'il attendait de ces dignes compagnons : « Quand il y aura 
de l'électricité dans J'air, Israël verra se dresser un Paris qu'il ne 
connaît pas, le Paris des Maillotins et des Ligueurs, le Paris de la 
Saint-Barthélémy. » Ainsi que vous le voyez, on recrutait le personnel 
de la guerre civile en même temps qu'on se préparait à la déchaîner. 
Les débuts de la Libre Parole furent sinistres. 
Une de ses premières campagnes fut dirigée contre « les officiers 
juifs dans l'armée ». Depuis quelques années, le nombre de ces offi- 
ciers avait sensiblement augmenté. Cela prouvait que les Israélites, 
grâce à leur goût héréditaire pour l'étude, réussissaient aisément 
dans les concours d'admission de l'école Saint-Cyr et de l'école Poly- 
technique; mais cela prouvait également, cela prouvait surtout 

ACT. ET CONF. G 



XG1V ACTES ET CONFERENCES 

combien était fausse la légende qui ne leur reconnaissait do vocation 
et d'aptitude que pour les professions mercantiles. Mais les antisé- 
mites n'admettaient pas qu'ils pussent avoir accès dans la carrière 
noble entre toutes, qui avait été longtemps réservée à certaines 
castes et demeurait encore leur refuge préféré. La présence d'offi- 
ciers juifs dans l'armée était le signe le plus éclatant, le plus triom- 
phal de la victoire des principes de la Révolution ; les antisémites et 
les cléricaux ne pouvaient s'y résigner. 

La Libre Parole publia, les 23, 24 et 26 mai 1892, trois articles, 
ayant pour auteur un officier resté inconnu mais signés d'un nommé 
de Lamaze et où les officiers israélites étaient incriminés de la façon 
la plus outrageante. On trouve déjà dans ces articles l'abominable 
esprit de suspicion qui devait engendrer l'affaire Dreyfus. Les offi- 
ciers juifs y étaient dénoncés en bloc — ils étaient trois cents envi- 
ron — comme « préparant les trahisons futures ». Il y était dit 
notamment qu'il « existait chez l'énorme majorité des militaires un 
sentiment de répulsion instinctive contre les fils d'Israël, qu'on 
reconnaissait en ceux-ci . . . l'officier qui trafique sans pudeur des 
secrets de la défense nationale ». Ne semble-t-il pas qu'on ait tracé 
à l'avance dans ces lignes comme le scénario du terrible drame qui 
moins de trois ans plus tard devait émouvoir le monde ? 

Le 26 mai, un capitaine israélite, Crémieux-Foa, somma M. Dru- 
mont de « cesser cette campagne odieuse, faute de quoi il lui deman- 
derait réparation ». Il est permis de supposer que cette mise en 
demeure était espérée et attendue. Il y fut répondu par une lettre 
portant solennellement la triple signature — Drumont — , la rédac- 
tion de la Libre Parole — , Mores et ses amis — et où il était déclaré 
qu'à tous les délégués que les officiers juifs voudraient désigner «on 
opposerait un nombre égal d'épées françaises ». Cette opposition 
entre les épées juives et les épées françaises était un outrage de plus, 
qu'aggravait encore la provocation collective de tout le syndicat 
antisémite. 

Un duel eut lieu entre M. Drumont et Crémieux-Foa et se termina 
par d'insignifiantes blessures. Ce n'était pas le résultat qu'on avait 
prévu. De cette première rencontre on s'ingénia à en faire sortir 
d'autres sous les prétextes les plus futiles ou les plus subtils. « Que 



LA GENÈSE DE L'ANTISEMITISME XCV 

nous ayons un bon cadavre de Juif, dit publiquement Jules Guérin, 
et vous verrez toute la France en l'air. » Ce franc propos, qu'un docu- 
ment judiciaire a enregistré, éclaire d'un jour bien vif les dessous 
de cette triste histoire. 

Après s'être battu avec M. Drumont, Crémieux-Foa, provoqué de 
nouveau, se battit avec M. de Lamaze et devait se battre encore 
avec chacun des deux témoins de M. de Lamaze, Mores et Jules 
Guérin, lorsque, sur l'ordre formel de ses chefs, il dut rejoindre d'ur- 
gence son régiment. Mais sur ces entrefaites, un autre officier juif, 
le capitaine Mayer, instructeur à l'Ecole polytechnique, qui avait été 
un des témoins de Crémieux-Foa, fut à son tour provoqué par Mores. 
Il s'ensuivit une nouvelle rencontre qui, celle-là, eut une issue fatale. 
Le capitaine Mayer, mortellement atteint par Mores, expira le même 
jour. Il avait trente-quatre ans et passait pour avoir devant lui le 
plus brillant avenir. 

Ce tragique événement produisit une émotion profonde. Il y eut 
une véritable révolte de la conscience publique contre les détestables 
excitations qui en avaient été la cause. Un peuple immense assista 
aux obsèques du malheureux capitaine. L'incident fut porté devant 
la Chambre et une question fut posée au ministre de la guerre, M. de 
Freycinet. Le ministre flétrit en termes énergiques «les appels 
aux préjugés de caste et aux passions d'un autre Age » . Il proclama 
que l'armée ne connaissait pas les distinctions d'origine. « Si, disait- 
il, l'excitation à la haine mutuelle des citoyens est une chose mau- 
vaise, l'excitation à la division entre officiers de l'armée est un crime 
national. » Un ordre du jour conforme à ces belles paroles fut voté 
par l'assemblée à l'unanimité. A ce moment, l'antisémitisme, objet 
de la réprobation universelle, semblait définitivement condamné. La 
Libre Parole, elle-même, jugea prudent de ne pas heurter le senti- 
ment public et arrêta la campagne contre les officiers juifs. Elle ne 
devait avoir que trop tôt, hélas ! l'occasion de la reprendre avec des 
risques moindres et avec plus de succès. 

Forcée d'abandonner momentanément la lutte sur le terrain mili- 
taire et patriotique, la Libre Parole la transporta sur le terrain 
économique et social. Ce n'est plus contre le Juif soldat, c'est contre 
le Juif homme d'affaires, négociant, banquier ou industriel, qu'elle 



XCV1 ACTES ET CONFERENCES 

dirigea ses coups. Elle s'éleva contre les fortunes juives, le luxe juif, 
l'arrogance juive, contre l'action corruptrice et démoralisante de 
l'or juif. Elle reprocha aux Juifs d'accaparer le commerce et de 
monopoliser la finance. Ces accusations trouvèrent d'autant plus 
aisément créance dans l'opinion que même les esprits les moins pré- 
venus attribuent volontiers aux Israélites des aptitudes particulières 
pour le négoce. Ils expliquent cette supériorité, si c'est une supério- 
rité, par le passé d'Israël qui, exclu pendant des siècles de toutes les 
carrières et même de tous les métiers manuels, condamné à ne pra- 
tiquer que le commerce, a acquis forcément, pour les affaires, des 
dispositions devenues à la longue héréditaires , mais ils l'admettent 
comme un fait indéniable et sont naturellement portés à l'exagérer. 
Si l'on examine pourtant les choses de près, on constate aisément 
que ces facultés en quelque sorte innées et ataviques s'affaiblissent 
de jour en jour, précisément parce que la cause qui les a fait naître 
a disparu, et que le goût du Juif pour le commerce et la spéculation 
est bien moins exclusif depuis qu'il n'est plus acculé au négoce et 
que d'autres sphères se sont ouvertes à son activité. En tous cas, si 
la place qu'il occupe dans le monde commercial et industriel reste 
importante, elle n'a rien qui ressemble à une primauté, rien surtout 
qui permette de parler de monopole et d'accaparement. Ce ne sont 
pas les Juifs qui ont inventé ces grands magasins qui sont peut-être 
le phénomène le plus caractéristique de la situation économique 
des temps présents, qui constituent, eux, une véritable féodalité 
commerciale, qui ont attiré peu à peu toute la clientèle de détail et 
entraîné la ruine du petit commerce. C'est au Juif cependant que le 
petit boutiquier s'en est pris de ses déceptions et de ses embarras, et 
le ressentiment qu'il lui a voué n'a pas été un des moindres éléments 
du succès que la propagande antisémite a obtenu dans notre pays. 

Je crois nécessaire d'ajouter que la prépondérance des Juifs 
n'existe pas plus dans le domaine financier que dans le domaine 
commercial. La grande et célèbre maison de banque qui a servi et 
sert encore de cheval de bataille aux polémiques de la Libre Parole 
est bien loin d'avoir aujourd'hui l'influence prédominante qu'on lui 
prêtait il y a un demi-siècle et il est surtout faux de dire qu'elle soit 
la maîtresse du marché. En dehors de cette maison, la haute banque 



LA GENESE DE L'ANTISEMITISME XCVII 



est presque tout entière entre des mains chrétiennes. Les grandes 
sociétés de crédit qui se sont établies depuis cinquante ans, qui sont» 
comme on l'a dit récemment à la tribune de la Chambre, comme les 
grands magasins de la finance, qui ont des comptoirs dans tous les 
quartiers de Paris et dans toutes les villes de province, qui ont vu 
s'accumuler dans leurs dépôts la plus grosse part de l'épargne natio- 
nale et possèdent de ce chef une incomparable puissance de place- 
ment et d'émission, ont été créées en dehors des banquiers juifs et 
même contre eux. Cela n'empêchait pas la Libre Parole de dénoncer 
les Juifs comme les souverains dispensateurs du crédit public et de 
les rendre à ce titre responsables de toutes les crises économiques et 
de toutes les commotions financières dont le contre-coup pouvait 
atteindre les fortunes particulières. Que dans n'importe quelle région 
de la France, même là où il n'y avait jamais eu de Juifs, une grosse 
faillite vînt à éclater ou qu'une industrie vînt à y sombrer en entraî- 
nant le chômage d'un nombre plus ou moins considérable d'ouvriers, 
et immédiatement on faisait remonter à la spéculation juive la cause 
première du désastre. Ce procédé de dénigrement collectif a été 
appliqué avec une virtuosité et une maestria particulièrement 
remarquables, lorsque la catastrophe de Panama s'est produite avec 
son cortège de ruines et de scandales, avec sa suite maintes fois 
renouvelée de poursuites judiciaires et d'enquêtes parlementaires. 
L'entreprise du Panama n'avait été à aucun titre et à aucun degré 
une affaire juive, si tant est qu'il y ait jamais eu d'affaires juives. 
Ce n'étaient pas les Juifs qui l'avaient fondée ni qui l'avaient diri- 
gée soit au point de vue industriel, soit au point de vue financier ; 
nul d'entre eux n'avait eu la moindre part dans les erreurs ou dans 
les folies qui l'ont conduite à sa perte. Tout ce qui est vrai dans les 
allégations qui ont été émises à cet égard, c'est qu'un petit nombre 
de Juifs ou d'anciens Juifs ont joué un rôle plus ou moins important 
dans les négociations engagées par la Compagnie du Panama, soit 
pour faire autoriser par le Parlement son dernier emprunt, soit pour 
le faire réussir auprès du public. Ce rôle, on peut en discuter la légi- 
timité et même la moralité. Ce qui est hors de doute, c'est qu'il a été 
purement accessoire, qu'il n'a modifié en rien le fond des choses et 
n'a contribué en aucune façon à amener ou à hâter le résultat final. 



XCVU1 ACTES ET CONFERENCES 



Il a suffi pourtant pour motiver et alimenter une longue et perfide 
campagne, qui avait pour objet de faire du Juif le bouc émissaire de 
toutes les défaillances morales révélées par l'affaire du Panama, en 
le représentant comme ayant voulu à la fois ruiner et corrompre le 
pays. Dans cette campagne, les antisémites et les socialistes ont 
marché d'accord, cherchant les uns à discréditer le régime républi- 
cain et parlementaire, les autres à atteindre le capitalisme. Les 
socialistes rompront plus tard cette alliance, quand, éclairés par les 
événements, ils se seront aperçus qu'en s'attaquant à une minorité 
religieuse, ils faisaient le jeu des éternels ennemis de la Révolution, 
et ce changement d'attitude de leur part exercera sur la situation 
politique du pays une influence aussi heureuse que décisive. Mais à 
l'époque dont je parle, les socialistes tenaient le même langage que 
les antisémites et faisaient la même besogne. Au Parlement, où 
l'affaire du Panama ne cessait d'être à l'ordre du jour, MM. Rouanet 
et Viviani poursuivaient la tâche commencée par M Delahaye et, 
dans la presse, les articles publiés par les journaux socialistes et 
révolutionnaires contre les Juifs n'étaient guère moins injustes ni 
moins violents que ceux de la Libre Parole et de Y Autorité. C'est 
ainsi que l'opinion publique, attaquée de deux côtés à la fois, prise 
en même temps par ses deux extrémités, fut entretenue, pendant les 
trois années qui précédèrent l'affaire Dreyfus, dans un esprit de 
défiance, de suspicion et de haine, qui, en éteignant chez elle tout 
discernement et tout sens critique, devait la laisser sans défense 
contre le sophisme et le mensonge. C'est ainsi qu'on parvint à créer 
dans ce pays cette atmosphère troublée et viciée où la saine raison 
a failli périr et où l'affaire Dreyfus devait fatalement éclore. 

A partir du moment où nous sommes arrivés, l'histoire de l'anti- 
sémitisme se confond avec l'histoire de l'affaire Dreyfus, que je ne 
referai pas devant vous, car elle est restée vivante dans vos souve- 
nirs. A concevoir l'affaire Dreyfus comme autre chose qu'un crime 
de l'antisémitisme, on ne la comprendrait même pas. Si Dreyfus a pu 
être, je ne dirai pas seulement condamné, mais simplement poursuivi, 
si les charges relevées contre lui ne se sont pas, faute d'avoir été 
soumises à une vérification tant soit peu sérieuse, évanouies dès la 
première heure, c'est que les préjugés de religion et de race avaient 



LA GENÈSE DE L'ANTISÉMITISME XCIX 

frappé les promoteurs de son procès d'une véritable cécité intellec- 
tuelle. Et si plus tard, lorsque son innocence eut éclaté, l'évidence a 
été mise en doute, c'est que l'antisémitisme ne voulait pas lâcher sa 
proie ni se laisser enlever l'inépuisable mine de déclamations patrio- 
tiques qui assurait son ascendant sur la foule abusée. En réalité, le 
véritable accusé, ce n'était pas le capitaine Dreyfus, ce n'était même 
pas le Juif Dreyfus, c'était le Juif en général, tel que la légende 
l'a dépeint, le Juif du moyen âge, qu'on croyait mort depuis la 
Révolution et que l'antisémitisme a fait revivre dans l'imagination 
populaire, le Juif déicide, profanateur d'hosties et empoisonneur de 
fontaines, capable de tous les forfaits et de toutes les trahisons, le 
Juif qu'il suffit d'accuser pour le faire condamner, qui n'est jamais 
innocent, qui ne peut pas être innocent, qui n'a pas le droit d'être 
innocent! Dreyfus a été un symbole et c'est la ce qui explique sa 
déconcertante aventure. Il fut moins la victime d'une erreur 
judiciaire que des égarements de toute une époque. 

De là vient précisément que l'erreur judiciaire a été si longue et si 
difficile à réparer. C'est vainement qu'on accumulait les preuves les 
plus décisives de l'innocence du condamné. Tant que l'esprit du pays 
subissait le vertige dont l'antisémitisme l'avait frappé, tant qu'il 
restait en proie aux passions haineuses qui avaient troublé sa vision 
et perverti son jugement, le jour de la vérité et de la justice ne 
pouvait pas venir. 

Pourquoi la première revision de l'Affaire en 1899 s'accomplit- 
elle au milieu de l'agitation la plus violente et souleva-t-elle de telles 
résistances qu'elle put être mise en échec par une condamnation 
nouvelle? Et pourquoi, au contraire, la réhabilitation définitive de 
Dreyfus en 1906 put -elle être prononcée dans le calme le plus 
complet et fut-elle accueillie dans le pays par un concert d'ap- 
plaudissements que les récriminations de quelques énergumènes 
n'ont pas pu troubler? S'était -il donc produit dans l'intervalle 
une révélation imprévue et foudroyante sous laquelle l'accusation 
s'était subitement écroulée ? Pas le moins du monde. Tout ce 
qu'on a su de l'Affaire en 1906, on le savait déjà, à peu de chose 
près, en 1899. Non, ce n'était pas l'Affaire dont la physionomie avait 
changé d'une revision à l'autre. C'était la mentalité du pays qui 



ACTES ET CONFÉRENCES 



s'était modifiée ; c'était la conscience publique qui s'était retrouvée. 

Comment s'est opéré ce revirement des esprits? Quels sont les faits 
qui l'ont amené et les causes qui l'ont déterminé ? Comment, après 
avoir atteint son apogée avec l'affaire Dreyfus, est-ce précisément 
de l'affaire Dreyfus que l'antisémitisme a fini par mourir? Ce sont là, 
Mesdames et Messieurs, des questions que je ne saurais examiner 
ni même aborder aujourd'hui, — car elles sont en dehors du pro- 
gramme nécessairement limité que j'ai dû me tracer, — mais dont 
je tiens néanmoins à vous dire un mot, pour terminer cet entretien. 

La décadence de l'antisémitisme a commencé lorsque, sous la 
lumière des événements, son véritable caractère et son véritable but 
eurent apparu aux regards du pays. Pendant longtemps, le pays, et 
même le pays républicain, n'avait pas compris que l'antisémitisme 
n'était que le masque dont s'était affublé le cléricalisme discrédité et 
que ce qui se dissimulait derrière la guerre aux Juifs, c'était la guerre 
à la République. Mais grâce aux leçons qui s'étaient dégagées de 
l'affaire Dreyfus, grâce aussi aux salutaires avertissements qui résul- 
taient de certains incidents particulièrement significatifs et graves, 
tels que la rébellion du fort Chabrol et l'échauffourée de la caserne 
de Reuilly, les yeux du pays se sont dessillés et il a vu clairement 
que l'antisémitisme ne menaçait pas seulement une minorité confes- 
sionnelle, mais qu'il mettait en péril toutes les conquêtes de la France 
moderne. 

Et à partir du jour où ce danger trop longtemps méconnu fut 
aperçu, le parti républicain est revenu à ses principes et à ses tradi- 
tions, dont l'antisémitisme était la négation directe. Il a reconnu 
que la cause de la liberté de conscience, que les Juifs avaient à la fois 
l'honneur et le malheur d'incarner, ne saurait se séparer de la cause 
générale de la Révolution française. Et la lutte n'a plus été entre 
l'antisémitisme et les Juifs, mais entre l'antisémitisme et les idées de 
la Révolution. Il était dès lors inévitable, il était dans la force des 
choses, que l'antisémitisme fût vaincu et refoulé. 



Le gérant : Israël Lévi. 



VERSAILLES. — 1MPR1MEKIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



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Revue des études juives; 

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